MENIER
Thomas-Philippe Menier (i)débutaàla domcdie Italienne, \q^ ïévriQV ijyj, dans le Hiiron (2) de Grétry. Admis d'abord à l'essai, il fut reçu à 1/4 de part le 26 mars 1777 et peu après à part entière (3).
Il existe aux Archives Nationales deux documents concernant cet acteur.
Le premier, qui porte la date du 25 mai 1789 (4), est une plainte de Marie Josèphe Borrée, épouse de Philippe-Thomas Menier, pensionnaire du Roi, demeurant cul de-sac Taitbout, maison du sieur Roux, maître charron, paroisse Saint-Eust^che. Cette plainte vise son dit mari contre lequel elle plaidait en. séparation, et le sieur Jouan, huissier au Parlement, demeurant rue de la Harpe. La dame Borrée articule qu'elle a été autorisée par arrêt de la Cour à vivre dans telle maison que bon lui semblera avec sa lille âgée de 14 ans, « faute par le sieur Menier d'avoir vécu maritalement avec son épouse et de l'avoir traitée, comme il le devoit ». Malgré cet arrêt, son mari et M<: Jouan se sont présentés chez elle « accompagnés de deux quidams » et ont provoqué une querelle. Tandis que le propriétaire, le sieur Roux, prenait part à l'altercation en présence des voisins attirés par le bruit de la scène, la dame Borrée « saisie, et maltraitée par l'huissier s'est évanouie » (5).
(i) Le célèbre acteur Saint-FaI ou Saint-Phal.du Théâtre Français, s'appelait également Meynier de son vrai nom.
(2) Deux actes, représentés, en 176S.
(3) Campardon, op. cit., T. II, p. i5.
(4) Arch. Nat. Y., 12.07g.
(5) Ce document est reproduit in extenso dans Campardon. ov. cit., T. II, p. 16-18.
Le récit de cette dispute est assez piquant. Il eût été plus intéressant encore de savoir quelle suite fut donné à cette plainte peu banale.
Le second document, que nous croyons inédit, est une lettre écrite le 19 août 1792, par Menier, au Président de l'Assemblée Législative. En voici le texte, tel que nous Pavons relevé aux Archives Nationales (i) :
« Monsieur le Pre'sident,
« J'ai l'honneur de vous envoyer le fuzii avec sabayonnette, destinés à l'un de ces braves chasseurs qui se sont présentés ce matin à la barre. Mon exemple sera suivi j'en suis sçur , puissent-ils chacun tuer avec ses armes autant d'ennemis des Français^ qu'il contient de grains de poudre dans une cartouche.
f J'ay rhonneur d'être avec respect. Monsieur le Président, votre très humble et très obéissant serviteur.
Menier, des Italiens ».
19* aoust, l'an 4* de la liberté et le 9' jour de l'égalité.
P. S. — J'en étois sçur que l'exemple gagneroit. Car ma lettre écrite, mon camarade Solier en fait autant; Monsieur le Président, je crois que ça ira ».
En haut de la feuille est inscrite l'annotation marginale suivante :
« Le 19 août, Tan 4^, Tass. n^'« accepte l'offre et décrète la mention honorable.
Signé : Le Cointe Puyraveau, s''« » (2).
Nous avons, d'autre part, retrouvé dans les papiers de Menier, l'extrait en due forme de cette délibération, tel qu'il lui fut délivré. Ce document, reproduit in fine (pièce 2), est signé par divers membres du bureau de l'Assemblée Nationale, notamment par le fameux conventionnel Hérault de Séchelles (3), dont Ernest Daudet a retracé l'existence si
(i)Arch. Nat. C, i38, n* 238, original siçné. Ce document est signalé dans les Archives parlementaires, t. XLVIII, p. 379, et dans Tuctey, t. IV, p. 221, n» 1734.
(2) Le Cointe-Puyraveau (.Michel-Mathieu), homme de loi àSaint- Maixent, administrateur du département des Duux-Sèvres, député de ce même département à r.\ssemblée Législative, nommé secrétaire le 27 juillet I7()2, en fonctions jusqu'au 10 août.
(3) Voir: Emile Dard, Un Epicurien sous la Terreur, Hérault de Séchelles (i73()-i7i)4>. Paris, Perrin et Cie, U)o') et l'édition des œuvres littéraires publiée avec une prélace et des notes par le même auteur libiJi.
mouvementée dans l'ouvrage qu'il a consacié aux dames de Bellegarde (i). En réalité, Hérault de Séchelles n'était pas président de l'Assemblée Nationale à la date du 19 août 1792. Il ne présida que du 2 au 16 septembre
A remarquer aussi, en ce qui concerne les secrétaires, que tandis que Gamon (2) et Tartanac (3) signent simplement secrétaires, Goupilleau (4) a pris soin d'ajouter en abrégé à la suite de sa signature '< nouveau secrétaire ». Au reste, on n'y regardait pas de si près, tant le désordre ctaitgrandà cette époque à l'Assemblée [législative et M. Kusciuski, qui en a dépouillé les procès-verbaux, fait précisément ressortir que (( depuis le 10 aoûr, on paraît s'être départi de toute règle dans la nomination des secrétaires (3^ ». Selon toute vraisemblance, l'extrait " coUationné à l'original » fut signé par Gamon, secrétaire en fonctions, à la date du 19 août, et contresigné, à la date du II septembre, par le Président Hérault de Séchelles et les nouveaux secrétaires Tartanac et Goupilleau.
En offrant à l'Assemblée Nationale un équipement complet pour armer un défenseur de la patrie, Menier ne taisait que suivre l'exemple général.
Des citoyens envoyaient à la frontière des volontaires équipés à leur fiais. La ville de Versailles, en un seul jour, fournissait huit cents fantassins armé--.
Le citoyen Saint-Prix, au nom des citovens acteurs
(i) Revue des Deux-Mondes des 1", ir octobre et i5 novembre iqo3.
(2) Gamon (François-Josepli), lioinme de lettres, né le 6 avril 1747 à Entraigues, où il mourut en novembre i832, fut député suppléant de l'Àrdèche à la Législative, puis député à la Convention (Cf. H. Vaschalde, L'Ardèche a la Convention nationale). 11 fat secrétaire de l'Assemblée nationale du 10 au 21 août 1792.
(3) Tartanac (Jean) fils, juge au Tribunal de Valence (IJrônie), élu député du Gers à la Législative. Son élection, contestée par ce qu'il exerçait des fonctions dans un autre département, fut néanmoins validée. 11 fut secrétaire à l'Assemblée, du h au 14 septembre 1 792.
(4) Goupilleau (Pliilippe-(>harlcs-Aimé), né le lo novembre i/.n), a. Montaigu, où il mourut en 1823, fut député de la Vendée, à la Législative et secrétaire de cette Assemblée du 6 au 14 septembre 1792 11 fut également secrétaire de la Convention et ensuite député au Conseil des Cinq Cents.
(3) Les Députés à l'Assemblée Législative. Paris, \qoo, note, ■p. 3o.
du Théâtre de la Nation présentait le produit d'une recette de 2.241 livres 17 sols, faite pour les frais de la j^uerre (1).
Les dons en nature affluaient. Les garçons tailleurs apportaient des paquets d'uniformes en disant : " Le jour nous travaillons pour vivre; nous avons fait ces habillements la nuit ; on ne dort pas quand la patrie est en danger ».
On voyait arriver à la Convention des paniers pleins de boucles de souliers et de jarretières (2), de montres, d'épingles, de jetons, de chaînes, de dés à coudre, etc. Cachets, bracelets, étuis, médaillons, gobelets, tabatières, couverts d'argent, anneaux de mariage, franges et paillettes d'or, bouts de galon,
(1) Voir notamment le procès-verbal de la séance du 3o septembre 1792, sous la Convention.
(2) L'invitation à venir ^u secours du Trésor public par des dons patriotiques remonte au mois de décembre 1789. Des brigands et des filous osèrent en plein jour arracher aux passants leurs bijoux et aux femmes leurs boucles d'oreilles, sous le prétexte d'en faire des dons patriotiques à l'Assemblée Nationale. Ce brigandage ert'réné jeta la consternation dans Paris ; la police eut beaucoup de peine à le réprimer; elle y parvint le 7 décembre.
Les dons patriotiques" continuèrent à affluer. Tandis que les personnes riches apportaient leur vaisselle et des bijoux d'or et d'argent, les particuliers moins fortunés offraient leurs boucles de col et de souliers. C'est de ce moment que vint l'usage de porter des cordons et des rubans à ses souliers et de paraître en société dans ce négligé.
Piis composa une chanson sur le Don patriotique des boucles d'argent.
Nous en détachons les deux couplets suivants :
Mes boucles avaient fort bon tour, C'était le modèle du jour; C'est ce qui me désole :
Mais le modèle de demain Eut été d'un nouveau dessin, C'est ce qui me console.
Si mes rosettes toui' à tour
.Se détachent vingt fois par jour,
C'est ce qui me. désole ;
Mais après m'étre bien fâché.
J'en peux changer à bon marché :
C'est ce qui me console.
(('hansons nationales et républicaines de i'jSq à fS4fi, par I) umersan.)
épaulettcs, contre-épaulettes et bien d'autres objets disparates se trouvaient confondus dans ces olTrandes quotidiennes.
D'autres dons étaient adresses aux sections. La quittance curieusement libellée, dont nous reproduisons le texte (pièce 3), est relative à un don en nature de cette espèce fait par le même Menier à la section Lepelletier.
Dans une autre circonstance mémorable, Menier ne laissa pas échapper l'occasion de provoquer l'une de ces bruyantes manifestations dont le public spécial qui fréquentait alors les théâtres, était coutumier.
Le 7 décembre 1793, le citoyen Mathelin donna à l'Opéra- Comique un fait historique en deux actes ayant pour titre : « Marat dans le Souterrain des Cordeliers ou la journée du 10 août ».
En contemplant le vertueux Marat, caché dans le souterrain, un sans culotte s'écriait avec indignation : « I^es hommes vicieux dorment dans de beaux appartements, tandis que la vertu est là !... Mais, patience, la journée de demain fera changer la carte ! . . . »
Menier, qui jouait le rôle du sans-culotte, ayant appris avant d'entrer en scène que la tête du duc d'Orléans venait de tomber sous le couteau fatal, changea la phrase et dit : « La ]ournée d'aujourd'hui, etc.. » Tous les spectateurs interrompirent la scène pendant plus de cinq minutes et l'on n'entendit plus, dans toutes les parties de la salle, 'que des battements de mains et des cris de Vive la Nation ! Vive la République ! . . . (i).
Avec des pièces patriotiques de ce genre dont le répertoire était alors surchargé, la musique devait fatalement passer à l'état d'accessoire et l'art du chant tomber en décadence.
(1) Le théâtre de la révolution (lySq-iyoo). par Hcnr); Wi-lscliinger, Paris, CharavHy, 1880, p. 468. Cf." .Jaûlirct, Le théâtre révolutionnaire (lySH-iySt)), Paris, Fiirne-Jouvct. 1869, p. 244. Cet auteur signale un autre opéra en deux actes, où étaient exprimées les mêmes pensées pour glorifier Marat. La pièce intitulée « La seconde Décade », avait pour auteur le citoyen Bellement, acteur au théâtre patriotique du Boulevard du Temple, et fut représentée à ce théâtre, le 4 nivôse (24 décembre) de l'an U(ibid., p. 24?).
IJAlmcinach dc'sSpeclaclen, dès 1792, en faisait dcjà timidement la constatation : « On ne peut se dissimuler que le Théâtre Italien est faible en chanteurs et qu'il a besoin de se recruter dans cette partie. Les applaudissements très vifs et très justement donnés à M. Solier prouvent combien il est nécessaire au plaisir du public. Les autres chanteurs ont du goût, de rcà-propos, de la grâce, si l'on veut, de la justesse; ils connaissent bien la scène et réussissent particulièrement dans ces drames forts, dont les effets bruvants exigent plus d'éclat que de mélodie. ^L^is ce genre même pathétique et sombre dont le Théâtre Italien a peut-être abusé commence à ne pas être trop suivi. On en reviendra à lui demander du chant et les excellents musiciens, qui l'ont enrichi de leurs ouvrages, ne pourront se livrer à leurs idées qu'autant que des voix justes et fraîches pourront les seconder ».
En 1795, le nom de Menier ne figure plus sur la liste des sociétaires de l'Opéra-Comique.
Un dernier document que nous avons entre les mains, nous apprend seulement que cet acteur se trouvait à Toulouse en l'an VI et qu'il se disposait à regagner la capitale le 28 vendémiaire de la même année ( 1].
(i) Voici la teneur de cette pièce : « Compagnie Rozei.eur, Diligence, Bureau général de Toulouse pour Paris. Départ du 28* vendémiaire, à midy précis, an 6'. M. Menié a payé la somme de cent quarante-quatre livres pour arrhes de la F" et 2" place qu'il a retenue dans la diligence. Toulouse, le 22' vendémiaire an 6. Signé : Verdeilhet ». En marge : « Les hares (sic) ont été payées par la citoyenne Daumont ».