‹ Notes et documents pour servir à l'histoire de LyonChapitre 6 sur 26 · Partie du subside et tribut que la France · texte numérisé non relu

Partie du subside et tribut que la France

Supporte , et u'y pfut plus fournir de sa cheuance ,

Incontinent après , par la paix cesseront

Tous malheurs , et onc plus ne se publieront

Les grauds regrets , la plainte et l'extrême souffrance

Des trois nobles Estatz du royaume de France.

1570. — Décembre* (samedi). Débordement du Rhône et de la Saône, qui se réunissent a onze heures du soir sur la place des Jacobins. Rubys, Privilèges, p. 29. — « Le Rhosne , dit Mezeray ( Abr. chronol. , ut, 146 , édit. de 1690) noya le faux-bourg de la Guilloticre à Lyon , et ses eaux, par leur grande rapidité , ayant arraché un rocher de la montagne près du destroit de l'Escluse, se Qrcnt unedigue à elles-mesines qui leur boucha le passage, et les contraignit de rebrousser contremoot, en sorte qu'on vit les roues des moulins qui estoient sur cette rivière tourner au rebours. » — On connaît deux relations de ce débordement, l'une en vers, par Léonard de la Ville , Charollais ; l'autre en prose, par Philibert Bugnyon , Alâconnais, (réimprimée dans le tome I des Nouv. arch. du Rhône ). — On nous a reproché de n'avoir rien dit d'un débordement qui aurait eu lieu en 1 196 , et qui est mentionné dans un article sur les inondations du Rhône , inséré dans le Jownal de Lyon, el du Midi, du i5 nivôse an x ( 5 janvier 1803). «En l'année 1196, dit l'auteur de cet article, une pluie presque continuelle pendant deux mois, « vint « interrompre les hostilités entre Richard-Cœur-de-Lian et Philippe-Au- « guste. On vit alors nos rivières causer les mêmes ravages (qu'en 58o, et « non en Ô92), et jusqu'aux étangs débordés , semer l'effroi loin de leurs « rivages... » Si nous n'avons pas cru devoir rappeler cet événement , c'est pareequenous n'avons rien trouvé qnile justifiât d'une manière satisfaisante. Tlyeut,à la vérité, une inondation de la Seine au mois de mars 119G, mais nous ne croyons pas qu'aucun de nos anciens historiens lyonnais ait dit qu'il y ait eu à la même époque une inondation du Rhône ou de la Saône. Voici en quels termes Mezeray en a parlé dans son ttist, de France, 1 , 490 ( édit. de îG/p, in-fol. ) : « Les misères de ce temps , causées par les insolences des « soldats* sembloient faire pitié à la nature, si plustost elle ne se pré- « sageoit encore celles de l'aduenir. Les plùyes continuelles qu'elle versa « durant deux ou4rois mois, l'an 1196 , grossirent les riuicres et deborde- « rent les étangs , qui menaçoient de faire un second déluge par leurs inon- « dations. Les prières , les aumosnes et les processions publiques furent le « senl remède À ce mal; et qnand, après tout cela, on eut fait le signe de la « croix sur les eaux, elles se resserrèrent toutes miraculensement dans lenrs « lits ordinaires. On vit en peu de temps ce que signifioit ce prodige. » Les rois reprirent les armes...» Le môme historien, dans son Abrégé chronologique , dit qu'il a voulu marquer ce débordement, « parce que ça « esté le plus grand de tous ceux dont I histoire de France fasse mention... » Nous ajouterons que les chroniqueurs auxquels Mezeray a emprunté ce fait, ne mentionnent ni le Rhône ni la Saône , et ne parlent que de la Seine. Voyez le Recueil des historiens des Gaules et de la France , t. xvn, pag. 45 , 72 et 582. — Il est encore un débordement qui nous a échappé et que nous trouvons rappelé dans les fragments que P. M. Gonon a publié des Faicls , gestes et victoires de Charles VII et de Loys XII , sous le titre de Séjours de Charles VIII et de Loys XII à Lyon sur te Rhosne ( Lyon , 1841 , in-8° ). Ce débordement qui fut universel eut lieu au commencement de janvier 1497 , n. s. — Les principales inondations dont Lyon a été le théâtre, sont celles de 58o , de 1408 , de i4?6» de i5oi, de 1.572, de 1603. de 171 1 . de 1756, de i?87 , de 1801 , i8o5. 1812 , i8a5, i83o, i836 et 1840,

Voyez sur ces différentes inondations les Tablettes de M. Chambet , rT* 16 et 18; le premier Mémoire de M. J. Guerre pour les habitants de laGuitlotiére , Lyon, 1822 , in-4° ; l'Indicateur de Lyon, publié par MM. Périsse , Lyon , 1810, p. 65; la Revue du Lyonnais, v , 1 et 2Ô2 ; YHist. de Lyon , par MM. Clerjon et Morin, vi, 3s et 35; le Rapport de M. Terme, maire de Lyon, sur l'inondation de 1840, Lyon, 1841, in-8°, etc., etc.

1570. — Décembre 21 . Claude Riche, docteur es-droits, prononce l'oraison de la St. Thomas, dans l'église de St.-Nizier. Ses- deux discours, l'un en latin, l'autre en français, ont été publiés à Lyon, chez Jean Symonet , 1 57 1 , in-8*, avec une dédicace à Claude Riche , son oncle, chevalier de l'église de Lyon. — L'orateur, s'adressant aux magistrats, s'écrie : «... Excitale , quajso, semisepulta litterarum studia , et à Lethei fluminis injuria vindicale. Efficitc, quaeso, utad quam externe nationes, negociationîs causa, veluti ad emporium confluunt , ad eandem litterarum studiosi ex omnibus partibus majori mullitudine accurrant. et ab ea scientiarum veluti fluentam, per universum orhem efl'usa discurrant... »• — Claude- Riche , dans ses deux harangues , donne de grands éloges a Mandelot , et surtout au président Michel Larchier, intendant de justice a Lyon , « vray arc et soutien de jus- « tice , homme entier et incorruptible. » — C'est ce Michel Larchier qui , l'année précédente, i569 , avait fait prendre aux avocats de Lyon la robe longue à manches vêtues , avec le bonnet carré et la cornette ou chapeau fourré. Auparavant les avocats de Lyon assistaient au palais en chapeaux et en robes à manches pendantes. C'est aussi lui qui fit endosser la robe et prendre le bonnet carré aux procureurs, qui ne portaient précédemment que le manteau et le chapeau , etc.Rubyss, p. ^16. Biogr. lyon. , p. iG5.

1670. — Le registre des actes consulaires de la ville de Lyon pour l'année 1570, manque entièrement , et on n'en a conservé aucunes minutes ou expéditions. Noies de feu l'abbé Sudan.

1570. — Guillaume du Garct qui possédaitalors le vaste emplacement qui avait appartenu aux Médicis, y fait ouvrir une rue-, afin d'établir une communication de la place du Collège h celle des Terreaux. Riogr. lyon. p. 121. Voyez ci-dessus , année — La, môme année fut ouverte U rue qui s'appela

d'abord la rue. Neuve, eusuitc la rue Reynier , et plus tard, en 1607, la rue Relle-Cordiere. C. B. , Die t. des rues de Lyon.

1570. — Antoine Camus , trésorier de l'épargne dans la généralité de Lyon , donne une somme considérable à l'hôpital pour contribuer à la construction d'une boucherie. Pernetti, 1, ^21.

1570. — Publication de la nature de tous contracts , pactions et conuenanecs et substances d'iceux : traité vtile etnecessairt, compose par Nicolas Theueneau, aduoeat en la cour presidiale à Poitiers. .. A Lyon, par Renoist Rigaud , i5;o , petit in-16 (imprimé à Lyon , par François Durelle , 1070 ). — La préface de l'auteur porte pour signature : Au haut voile science; c'est l'anagramme de son nom. Ne .serait-ce point ce petit volume qui aurait engage Benoît du Troncy a nous donner son Formulaire fort récréatif de tous contiacts, publié pour la première l'ois en 1 594 , dans le même format, et avec une préface ayant aussi pour signature l'anagramme de son nom : Bonté n'y crois t?

1571. — Janvier 27. Le baron des Adrets qui avait été arrêté l'année précédente et renfermé au chflleau de Pierre-Seize , obtient sa liberté , et se rend à Grenoble. Chorier, Hist. du Dauphiné , p. 641 et 644.

1571. — Février 17. François de iMarulelot est nommé gouverneur «le Lyon , en remplacement de Jacques de Savoie , duc de Nemours , démissionnaire. Rubys, p. 4^o ; J. Morin , v , 247.

1571. — Mai 28. M. de Mandelot rend contre les vagabonds une ordonnance de police, dans laquelle on remarque le passage suivant : « ... Et aussi d'autant que nous avons été advertis que , ez environs de ladite ville, courent plusieurs sorciers qui se mêlent d'engraisser les portes, et usent de certains moyens pour mettre la contagion , et que mesme aucuns d'iceux se sont ingérés entrer en ladite ville , et de nuict engraisser certaines portes, au très-grand scandale et ruine de ladite ville , il est enjoinct aux penons quaterniers et dixeniers, chacun à l'endroit soy , de faire mettre sur chacun quanton de rue, une lanterne dans laquelle il y aura une chandelle allumée pour toute la nuit : et à l'endroit du quartier qu'ils ver.ront estre le plus propre, tiendront 5 ou 4 hommes qui feront le guet toute la nuit, pour, s'il est possible, prendre lesdits sorciers et graisseurs ; comme aussi se saisiront de ceulx qui se trouveront aller sans lumière, passé les neuf heures, et iceux mettront ez mains de la justice; lesquels quatre hommes n'auront que l'épée et hallebarde pour le plus qui leur sera baillée par lesdits penons.» J. Morin , v , 2.47. Voyez un opuscule du médecin Pierre Tolct , intitulé : Adio judicialis ad senatum lugdunensem in unguentarios pestilentes et nocturnos fures qui civitatem in prœdam sibi proposuerunt , et edictum prœtorium neglexerunt. — Lyon , 1577, m-8"> sans nom d'impr. ni de libraire ; précédé d'une Epistre en français à Monseigneur de Mande lot , de ses faits héroïques pour le service' du roy y en ses gouvernements de Lyonnois^ de Forest et Beaujolois , depuis te mois de janvier 1577 jus<!ues à présent. Du Verdier, dans son suppl. à la Biblioth. de Gesner s'est trompé en donnant à l'opuscule de Tolet la date de 1567. Voyez C. B., Mil. , p. 182.

1571 .— ilfat.. . Edict du roi sur la réformatîon de l'imprimerie. — On lit dans le préambule de cet édit que a la cherté du papier et la difficulté qu'il y a aux « compagnons imprimeurs, et à leur satisfaire de vivres, gages et salaires , « et les tenir en devoir, apportent telle incommodité , que partie des libraires « qui souloient faire leur imprimerie en nostre ville de Lyon , sont contraints « de faire imprimer hors nostre royaume la meilleure partie de leurs livres; « puis, sous une première feuille qu'ils font faire avec leur nom et marque , les « vendent, et à meilleur marché que s'ils étoient imprimezen nostre royaume, « transportai par conséquence le gain que nos subjeetsdeuoyent receuoir ,à « estranger... » G. A. Crapclet, Etudes typogr., 1, 121. — Cet éditf t présenté à la sénéchaussée de Lyon, le i5 décembre suivant , pour être vérifié au nom du Consulat. Les compagnons imprimeurs y formèrent opposition , et firent assigner les maîtres imprimeurs et libraires de Lyon pardevant le parlement. S. Voyez ci-après, 18 mai i5g5. — Nous avons déjà parlé des procès que les maîtres imprimeurs eurent en 1S40 avec leurs compagnons qui s'étaient « bandez ensemble pour contraindre les maîtres imprimeurs de leur fournir • plusgros gages et nourriture plus opulente.... 0 Voici ce que nous apprennent, sur ce procès , les actes consulaires de la ville de Lyon. — Séance du 11 novembre i54o. « Comme l'on dit que les maîtres imprimeurs de cette ville se veulent retirer à Vienne , à cause de quelque procès qu'ils ont avec les compagnons imprimeurs, et que ce seroit grand dommage à cette ville de perdre une si belle chose , que ledit art de l'imprimerie , qui est en cette ville te plus grand et le plus beau qui soit en la chrétienté où une grande partie du peuple gagne honnêtement sa vie , ou arrête de mander les maîtres im-

frimeurs pour voir si l'on pourra les détourner de quitter Lyon. — Lesdits imprimeurs étant. venus , on leur montre qu'ils ne doivent penser à aller à Vienne, et que le Consulat leur aidera a l'aire les remontrances nécessaires pour avoir provision du roi sur l'arrêt donné dernièrement aux grands jours à Moulins : ce que le Consulat offre faire avec eux, s'ils veulent s'aider, de leur côté , à envoyer un personnage en cour pour en faire la poursuite. — Le ii5 novembre suivant , Jean de Cambrai et plusieurs autres imprimeurs viennent au Consulat, et rapportent qu'ils ont avise avec MM. les libraires qu'ils se pourront aider et fournir la moitié des frais qu'il conviendra faire pour faire réformer, contre les compagnons imprimeurs, un article de l'arrêt des grands jours , portant que les apprentis ne besogneront à composer et mettre les lettres, qu'ils n'aient demeuré trois ans apprentis; ce qui est chose si contraire à l'imprimerie , que lesdits maîtres ne sauroient y tenir et demeurer en cette ville. — Le surlendemain a5 , le Consulat considérant que ce serait gros dommage a cette ville de perdre une grosse et belle manufacture de l'imprimerie qui a coûté beaucoup 9 il y a environ huitxingts ans (i) , de l'y attraire et entretenir, le sieur de La Porte ayant dit qu'il a conféré avec les libraires et maîtres imprimeurs qui consentent ù fournir la moitié des frais , si le Consulat veut fournir l'autre moitié , lequel le Consulat accorde , et on arrête d'y envoyer M" Pierre Gravier , fils du secrétaire de la ville , aux gages accoutumés de 55 sous par jour. Extraits de M. S. , copie de C. B., vm, 1U, u3. Vovea ci-dessus, novembre 1640, et décembre i54i, cl ciaprès 19 mars 157a.

1571. — Juin 1a. Séance consulaire. Les sieurs eschevins considérant le peu de respect que le menu peuple porte au Consulat pour ne tenir pas lesdits sieurs eschevins la grandeur qui leur est due, et qu'ils doivent avoir, comme aussy pour raison de leurs habits , qui ne sont que de cappes ou manteaux, qui sont habits indécents à leur état , qualité et autorité : pour cette raison , voulant lesdits sieurs eschevins y pourvoir, ont unanimement d'un mesme advts et consentement ordonné que par cy après lesdits sieurs eschevins porteront robes noires à manches avec le collet renversé à quarre ( sic ) , parement de velours noir, tout d'une mfime façon et parure; lesquelles chacun d'eux seront tenus faire à leurs dépens dans le jour et feste de saint Jean Baptiste prochain , lequel jour passé ne seront repus , et ne pourront lesdits sieurs eschevins, entrer au Consulat en autre habit que de robe de la façon susdite, ù peine de dix livres d'amende pour la première fois, et de confiscation de la cappeou manteau dont ils se seront trouvés saisis , laquelle présente ordonnance sera déchirée aux conseillers eschevins qui seront successivement élus, à ce qu'ils soient curieux de l'ohservation d'icelle, et qu'ils soient munis de leurs robes lorsqu'ils seront mandés pour venir prendre l'exercice de leurs charges. Et néanmoins parce qu'il est requis et tres-necessaire de décorer et honorer le Consulat es assemblées , entrées et congrégations publiques qui se font et pourront se faire cy après , a esté ordonné que, aux dépens de ladite ville et communauté, sera faite à chacun desdits conseillers une robe longue d'escarlatc rouge, avec le parement de velours , lesquels lesdits sieurs eschevins seront tenus porter avec le bonnet de velours esdites entrées, assemblées et congrégations publiques, aultrement seront

(1) Ruict vingts ans , c'est-à-dire , 160 ans. A ce compte , l'imprimerie aurait été attraiie a Lyou , en 1380 ; c'est une grosse erreur. Eu 1540, l'établissement de l'art typographique duus notre ville ne comptait pas même quatre vingts ans ; puisque les premiers litres qui y furent imprimés u« sont pas antérieurs à lauuce 1473.

déchus des honneurs et aulhorilés qui leur appartiennent, à cause de la charge et du lieu qu'ils tiennent en l'eschevinage. S. Voyez ci-après, année i5yn.

1571. — Juin 12. Séance consulaire. Il avait été convenu la veille, au conseil du gouverneur, où les échevins s'étaient trouvés, qu'il serait fait une procession générale qui passerait parles lieux accoutumés : «El pour ce que aucuns « de la nouvelle religion pourroient estre refusans de tendre tapisseries au

« devant de leurs maisons pour la révérence du S. Sacrement, » le Consulat arrête que les penons des lieux par lesquels passera la procession a tendront

« ou feront tendre au devant desdites maisons de ceux de ladite prétendue re-

« ligion qui seront refusans. » S.

1571. — Juillet ii. Mort, à Orthez, de Pierre Viret, célèbre théologien, et l'un des chefs de la réforme en Suisse et en France. La ville de Lyon , suivant d'Aubigné, fut prise en i562, plus par sa langue que par les épées des Calvinistes ( Hist. > liv. m , ch. 7). Il resta a Lyon depuis celte époque. Il se joignit, dit-on , au grand-vicaire de l'archevêque de Lyon , pour combattre les nouvelles sectes qui tentaient de s'introduire dans celte ville , au moyen delà liberté de conscience. Il eut, avec les PP. Possevin etAuger, plusieurs conférences dont les deux partis ne manquèrent pas de s'attribuer l'avantage. — - On a prétendu que , sur une dénonciation du P. Auger, Viret fut banni de Lyon , comme un sédilieux ; mais il est à croire , comme le disent les auteurs du Moréri de 1740, que si Viret fut obligé de qnitler Lyon, c'est parce que , étant né en Suisse, il ne pouvait plus exercer son ministère dans cette ville; Charles IX ayant, par un édit, défendu à ses sujets protestants . d'avoir des ministres nés hors du royaume. Au reste, le P. Auger élait un de ces hommes qui fît une guerre franche et loyale aux disciples de Lulher, et qni parvint à se faire estimer de ceux qu'il combattait , à tel point que les protestants eux-mêmes disaient de lui « que s'il n'avait pas été catholique , « il n'aurait jamais exislé un plus grand orateur. » Ranke , Hist. de la Papauté, t. 5, p. 78 de la trad. franc. ; Ch. Labitle , Prédicateurs de la Ligue % p. 21.

1571. — Décembre 21. Anloine-Emmanuel Chalon , de Cervière, en Forez , prononce en latin , dans l'église de St-Nizier, l'Oraison doctorale. — Cette Oraison qui a pour sujet de l'administration civile, a été imprimée l'année suivante ( Lyon , Michel Jove , in-4°), et l'auteur y a joint une traduction française, dans laquelle il cite du lalin, du grec, de l'espagnol, de l'italien et même de l'hébreu. Il y donne de grandes louanges à Mandelot , à M. de la Mante et au président Hierosme de Chastillon. Il nous apprend que ce dernier magistrat était neveu de Benoît lluatier, vicaire-général de l'archevêque de Lyon. — Chalon élait entré fort jeune chez les Jésuiles , avec Papire Masson , son compatriote ; mais il les quitta , sans toutefois renoncer à embrasser l'état ecclésiastique. Pierre d'Espinac , archevêque de Lyon, en fit sou officiai , et le mit à la tête du chapitre de St-Nizier. Il exerça ensuite les fonctions de grand-vicaire sous Albert et Claude de Bellièvre : il mourut en 1612, et fut inhumé dans l'église de St.-Nizier. D. Thomas , Mém. sur la. Ligue , p. 3o. Voyez aussi Severt , p. 5i5.

1571. — Un noble Florentinque Junctin appelle Capponus de Capponis , et qui était né le 24 février 1 522 , étant mal dans ses affaires (pmni spe dtstitutus), se noya dans la Saône sans qu'on pût retrouver son corps. Spéculum astrologiœ, 1, 443. M. — Ce Florentin était probablement de la même famille que Laurent Capponi, dont nous parlerons en 1675.

1671. — Mort, à Villefranche en Beaujolais , d'Alexandre Sarrasin., dominicain , habile prédicateur, fils de Richard Sarrazin , qui avait été conseiller de Tille , et visiteur pour le roi au grenier à sel. Pernetti , i , 254.

1571. — François Panigarole, un des plus célèbres prédicateurs italiens de son temps, se rendant à Paris, pour s'y livrer à l'étude de la théologie, s'arrête à Lyon , et y prononce plusieurs sermons devant les inarchauds de sa nation établis en cette ville. Mais ses prédications irritèrent tellement les Calvinistes que peu s'en fallut qu'ils ne lui classent la vie. Tiraboschi , Storia délia Litlerat. , fib. lu , cap. Xiti. Voyez ci-après, année 1^5. — Il y avait alors à Lyon un si grand nombre d'Italiens, qu'un célèbre publicistc , Innocent Gentillet , de Vienne en Daupbiné , auteur d'un Discows... contre Nicolas Machiavel, qu'il publia cette même année en latin, et dont la traduction française parut à Genève, en 1 576 , disait dans cet ouvrage: a ... Combien ne s'en faut-il que la ville de Lyon ne soit colonie italienne , car outre ce que bonne partie des habitans sont italiens , les autres du pays se conforment peuà-peu à leurs mœurs , façon de faire , manière de vivre et langage. Et à grand peine trouverez-vous dans icelle ville un notable artisan qui ne s'adonne à parler le Mcsseresque : parce que ces messires ont cela qu'ils ne font bon visage, et n'oyent volontiers sinon ceux qui gazouillent avec leur ramage , taschans par ce moyen d'acquérir vogue et crédit à eux et à leur langage... » Arch. du /?/*., un, 106; Biogr. univ. , supplément, Gentillet ; A. P. , art. Variétés , p. 78.

1572. — Mars 19. Barthélémy de Gabiano , syndic des marchands libraires " de Lyon, Guillaume Hoville, Philippe Tinghy ( Florentin ), tant pour lui que

pour les héritier^ de feu Jacques Sancte ( sic) , Antoine Cryphius , Symphorien Berauld , René Ponstelier , pour lui et pour Clément Baudin, Etienne Michel et Louis Cloquemin son compagnon , Claude Ravol, Jean Huguetan et Jean de Tornes(sio), tous marchands libraires à Lyon ; — plus Jean Ausoult, Jean Marcorelle, Jean Dogerolles, François Durclle, Pierre Roussin , Nicolas Guerin , Jacques Roussin, Etienne Servin, Jean Carre et Jean Maircl , tous maîtres imprimeurs de la ville de Lyon , passent procuration pour comparaître en leurs noms au parlement de Paris, sur l'assignation à eux donnée par les compagnons imprimeurs de Lyon , portant qu'ils acceptent le dernier édit du roi (Voyez ci-desus mai 1071 ), et consentent à son entérinement, etc. S. Voyez ci après, 5 juillet. i58o.

1572. — Mars .... Entrée solennelle du cardinal Alexandrin, neveu et légat de Pie V. Rubys , p. 420 ; Jim. de Lyon de 1 746, p. xlv ; J. Morin , v ,

1572. ^-Mai ... Jean-Jacques de Mesmes, seigneur des Arches, vient à Lyon, enqualitéde commissaire duroi et de superintendant de la justice, pour y veiller à l'exécution de l'e'dit de pacification. Rubys, p. 420 ; J. Morin, v , 25o.

1572. — Jain 28. On transporte dans l'église de St-Jean le chef de St- Irénée qui avait été enfoui, en i562, dans la maison d'un barbier, lors du sac des églises par les Calvinistes. — La recherche de cette relique fut faite par Jean Guilhcn , conseiller du roi au siège présidial de Lyon , et auditeur au gouvernement de M. de Mandelot. Rubys, Privilèges, p. 27; HisU , p. 117; A. P. , Notice sur Emond Juger , p. 16.

1572. — Juillet 18. Charles IX , par son édit du mois de février 1572, en créant des juge» de police dans toutes les villes du royaume, avait attribué

aux pauvres les amendes qui seraient prononcées par ces juges : par sa déclaration du 18 juillet de la même année, il voulut que cette attribution fût spéciale dans la ville de Lyon. Dagier, i, 161.

lo72. — Août 7. Pierre Scarron , échevin , écrit de Lyon, à Guyot de Mass.o , son cousin, aussi échevin , un des députés de la ville de Lyon \ a Paris : «... Je vous veux dire que Mgr le gouverneur et la plus saine partie du Consulat aimeront mieux la nomination pour eslablir le presche à Chaponoux (aujourd'hui Chaponost) qu'à Dardilly ; et pour mon particulier, je î'aimerois mieux à Dardilly. Mais pour tout le public, il seroit cent fois mieux audict Chaponoux , pour auoir a le poser aussy prez de la ville. Parquoy, je vous prie, s'il est possible, raccoustrez vostre nomination , et vous en serez coniens et honorez pour Taduenir, j'aimerois mieux aller et reuenir de Dardilly que seulement aller aux premières maisons de Chaponoux, etc. » S.

157*?. — Âoût7>\. Vêpn-s lyonnaises. — a Une assez grande obscurité, dit M. Morin (Hist. de Lyon, v , a53 ) couvre les détails de l'exécution qui fut faite à Lyon, et dont les principaux auteurs se sont appliqués par la suite à effacer les traces. Mais la main qui a arraché les feuillets du registre des actes consulaires (1) , contenant la relation du massacre lyonnais, n'a pu en faire disparaître la mémoire. » Voici comment il est raconté par Jacques-Auguste de Thou (2) : a Ce fut à Lyon que se fit le plus grand carnage des Hugue-

(1) Le registre offre une lacune de 10 feuillets ; le f. 144 où elle s'arrête contient la fin du proces-verbal de i'exécution , laquelle est ainsi conçue «... et pourvoir selon icelles , leur com- « mandant et ordonnautde leur part les forces qui seroient pour cet effect nécessaires. Toutefois « ayant, l'asprès-disnée, <a volonté esté divertieetchangée,seroientdcmeurezlesaffairesen mesme » étal que devaut ; attendant par moud, sieur le gouverneur plus ample déclarai ion de la vo- « louté de S. M. qu'il esperoit de jour à l'autre , par l'arrivée du S. de l'isle qu'il avoit pour «< cet effect dès long temps envoyé en cour. » Et après avuir fait lire par lesdits eschevins sus- « nommés , au Consulat et assemblée faite par eux, le procès- verbal ci-dessus déclaré etescrit es « 134 , 135. 136, 137 , 138 , 139, 140, 141, 142 , 143 et 144 feuilles, le présent compris , « comprenant les remontrances réitérement faite à M de Mandelot par Mess, les eschevins de « ladite ville . nommés au 134 feuillet du présent régistre , auquel feuillet ledit procès-verbal «. a 11 roi t esté commencé pour raison de ce tjui est advenu aux personnes de ceux de la nou velle « religion , durant le présent mois d'août 1 672 , et autres jours suivants , auquel procès-verbal « sout aussi insérés les refus et réponses faites par moud, sieur le gouverneur sur les poursuites « desd. sieurs eschevins , amplement déclarés au présent procès verbal , la cédulle originaleduquel « procès-verbal est demeurée patdevers moi secrétaire dud. Consulat , soussigné, pour répondre - et justifier de ma charge, en temps et lieu , ainsi que de raison ; et le présent régistre , en- « semble l'expédition dud procès verbal sera les feuillets susdits délaissé et remis aux archives de « la ville et communauté , par commandement exp'ès du Cousulat. » — Tout ce qui précède dans le narré du secrétaire Ravot , depuis les mots : « Et écrit es 134- 135 , etc. feuillets » est ajouté par apostille de la main du sieur Ravot , et cet acte est censé finir par ces mots qui , dans le principe, suivaient ceux-ci : «. . Le procès-verbal ci-dessus déclaré, et ont ordonne icelui « estre enrégislré au présent régistre de lad. ville pour servir à leur décharge, en temps et « lieu , ce que de raison. Ce jourd'hui , 1er septembre 1573. Au bas , signé Ravot. >• — S'il est permis de faire quelques conjectures sur cette suppression et sur les additions mises à la fin de cet acte, on croit voir que c'est le secrétaire Ravot lui même, qui a reira'nohé tout le procès-verbal en quesliou du registre ; laissant subsister la pagination telle qu'elle devait être, soit pour anéantir le souvenir de ce malheureux événement , soit par tout autre motif. On peut dire que l'on n'a pas vu ailleurs une clôture et des additious si détaillées une énouciation aussi exacte des folios que contenait le registre ; d'où l'on croit pouvoir conjecturer que c'est après avoir fait la suppression que l'on a cm devoir énoncer l'étendue du procès- verbal. fioles de l'abbé Sudan. — L'acte qui précède la lacune , est du 26 août , et ne contient que le commencement de cet acte ; celui qui suit la lacune est du 2 septembre.

(2) Ce passage de J.-A. de Thou a été traduit par M. Rabanis, ancien professeur de ihétorique au collège royal de Lyon, aujourd'hui doyen de la faculté des lettres à Bordeaux ; <t a été inséré dans uotre Notice sur F. de âfandelot , Lyon , Rarret , 1828 , in-8°.

nota. Dans cette oité populeuse dont les portes furent soudain fermées, on surprit un grand nombre de religionnaires que le gouverneur, François de Mandelot, fit enfermer dans les prisons, sous prétexte, disait-il, de les protéger contre les fureurs du peuple, en les confiant aux gens du roi ; mais pendant qu'on les conduisait, la troupe de fanatiques qui leur servait d'escorte, en massacra plusieurs dans les rues détournées et les quartiers isolés ; leurs cadavres étaient aussitôt jetés dans le Rhône ou dans la Saône. Le chef de ces assassins était un certain Boydon (i) , misérable , couvert de crimes, qui , dans la suite , reçut le traitement qu'il méritait , à Clermont en Auvergne, où il fut pendu. Les trois premiers jours , la multitude dévasta et pilla les maisons des suspectes dont elle recherchait les traces. Le 29 août (q) , le sieur du Peyrat de Lyon (5) , qui venait de recevoir le cordon de Saint- Michel . décoration avilie et dédaignée depuis longtemps, à cause de l'abus qu'on en avait fait en l'accordant à toutes sortes d'individus , arriva de la part de la reine avec des instructions secrètes et des lettres de Claude de flubys, ainsi que d'autres échevins qui se trouvaient alors à Paris pour les intérêts de la Commune. Ces lettres donnaient le détail de ce qui s'était passé a Paris, et annonçaient que l'intention et la volonté formelle du roi était que la ville de Lyon suivit l'exemple de la capitale. Mandelot qui avait des sentiments plus modérés, quoiqu'il passât pour être dévoué à la faction des Guises , recula d'abord à l'idée d'une pareille atrocité. Après avoir obtenu de la multitude furieuse une espèce de trêve de quelques jours , pour avoir, disait-il, le temps de réfléchir et de recevoir les ordres du roi qu'il attendait d'un moment à l'autre, il fit publier que tous les hérétiques eussent à se rendre au palais du gouverneur pour apprendre les intentions du roi. Ces malheureux , persuadés que le nom dn roi serait pour eux une sauvegarde , sortent de leurs asiles, et accourent auprès de Mandelot, qui les dirige aussitôt sur différentes maisons d'arrêt; car ils étaient en si grand nombre que la prison de Roanne n'aurait pu les contenir tous. Au même instant arrive Pierre d'Auxerre (4) , homme d'une profonde perversité et d'une réputation infâme. Sans autre garantie que son dire , comme si la parole d'un homme de son rang était plus que suffisante , il assure a Mandelot que la volonté du roi et de la reine est que tous les hérétiques qui ont été ou qui pourront être pris soient exécutés sur le champ , et sans autre information. Mandelot, intimidé par les vociférations du peuple, à qui Pierre d'Auxerre avait communiqué la volonté du roi, n'ose plus résister, et se

(1) Boidon ou Boydon était capitaine de la milice lyonnaise. M. Sismondi , Hist. des Franc. , xix , i89 , l'appelle Bordon ; c'est une faute d'impression.

(2j II nous paraît y avoir ici une erreur de date. La nouvelle des massacres de Paris arriva à Lyon , le mercredi 27 août , et ce fut ce jour-là que le gouverneur fil fermer les portes de la ville et emprisonna les Protestants. Les lettres des députés Rubys et Masso arrivèrent le lendemain 28 , et non 29. » Note de Morin

(3, Maurice du Peyrat. Voyez son article dans la Biograpfùe lyonnaise.... Voyez aussi la Revue du Lyonnais.. . « Les cruautés que du Peyrat fit commettre dans Lyon , al lâchèrent du « blâme à la réputation de Mandelot, homme au reste bon et modéré. S'il eut assez d'huma- « nité pour n'en être pas l'auteur, il n'eut pas assez de force pour en dissiper le conseil. - Chorier , Hist. du Daaplùné ,, 647. — Maurice du Peyrat , fils de Jean I , du Peyrat , vivait encore en 1604 ; il était né le 8 septembre 1555. Rubys en fait l'éloge dans son Hist. de Lyon , p. 376. — Maurice n'avait que dix-sept ans lors de la S. Barthélemi. Après cette funeste journée , on lui donna pour récompense la lieutenance du roi au gouvernement de Lyon.

Pernetti, 1 , 258). — Son frère, Jean II, avait été tué devant Beaurepaire, le 30 septembre 1562 , en combattant contre les troupes du baron des Adrets.

(4) Voyez son article dans la Biogr. univ. , et dans la Biogr. Ifon.

tournant vers celui qui lui avait apporté l'ordre du massacre : «Monsieur, lui « dit-il , je n'ai plus qu'A vous dire ce que Notre-Seigneur dit autrefois à « Pierre : Faites comme vous voudrez ; ce que vous aurez lié sera lié , ce * que vous aurez délié sera délié (i). » A peine ces mots sont-ils prononcés, que la multitude se disperse pour courir au meurtre et au pillage. Boydon s'adjoignit deux complices, Mornieu etLeclou (2) , gens prêts à tout faire, et familiarisés avec le crime. Le bourreau (3) qu'ils voulaient charger des exécutions leur refusa son ministère , en disant qu'il était prêt à obéir s'il en recevait l'ordre légal de l'autorité compétente, mais que rien ne l'obligeait à se prêter à ces massacres arbitraires , ni à intervenir dans cette boucherie. Alors on fit connaître ce refus aux officiers de la garnison qui , non moins indignés, répondirent avec horreur qu'ils ne feraient jamais l'office de bourreaux (4), et qu'une infamie de* cette nature souillerait trop la loyauté de leur profession ; qu'après tout ils n'avaient jamais eu à se plaindre des malheureux protestants (5). On fut donc obligé de recourir à tout ce qu'il y avait de plus vil dans la lie des citoyens et dans le rebut de la population. Mais il ne se rencontra pas un seul homme, pour si infâme qu'il fût, qui acceptât la sanglante mission. Enfin on s'adressa a la milice urbaine , composée de 3oo habitants (6) qui, au refus des bourreaux et des soldats , acceptèrent avec transport l'ordre de massacrer leurs concitoyens. Les trois chefs dont nous avons parlé , choisissant dans cette milice même ceux qui annonçaient le plus de détermination et de cruauté ( c'était le dimanche 3i août ) » coururent d'abord au couvent des Cordeliers où l'on avait enfermé une partie des protestants, et de là aux Célestins (7) , massacrant tous les hérétiques que i'ou y gardait. Et tandis que, sur le bruit d'une nouvelle émeute (8), Mandelot ,

(1) N'est-ce pas le cas de dire avec un ancien à Mandelot :

Qui non vetat peccare, cum posslt, juber.

* Sehica , Troades , v. 291 .

(2) Mornieu , suivant Mézerai , était soupçonné d'avoir iué son père. — Leclou était capitaine des arquebusiers de la ville.

(3) Claude Saltiir. Ce bourreau était français !... Les auteurs de la Biographie lyonnaise ne pourront se dispenser de lui faire une mention honorable. Act. cons. du VT juillet 1591. C.B.

(4) Loys Guyon nous a conservé les noms de deux de ces officiers; « Ce furent, dit-il , le m capitaine de Jayac , Perigourdin, et le capitaine Luc, qui dirent qu'eux ni leurs compagnies m n'assisteraient à exécuter un acte si infâme ,.. » Diverses Leçons , livre xu , chap. 2.

(5) Il faut encore ajouter à ceux qui refusèrent de se prêter aux massacres de Lyon , Nicolas de Langes , qui avait succédé à Pompone de Bellièvre , son parent , dans la ebarge de lieutenant-général de la sénéchaussée de Lyon. Voy. Mêm. de Pestât de France, sous Charles IX.

(6) Après la S. Barthélemi , la milice urbaine fut envoyée eu garnison à Aubenas, où elle fut passée au fildel'épée , lors de la prise de cette ville par les Huguenots , sortis de Villeneuve ( d'Aubigné et Mézeray ). Tous les assassins n'étaient pas Lvonnais ; il se trouvait dans la milice urbaine de Lyon , plus connue sous le nom de compagnie des arquebusiers , beaucoup d'Italiens , et principalement des Génois , des Florentins , des Luquois , etc. Voyez Brizard , Du massaere de la Saint-Barthelemi , et de t'influence des étrangers en France durant la Ligue ( Paris , 1790 , in-8<0 , et f Université catholique , t. xu , p. I96 et suiv.

(7J Suivant Goelnitz ( page 336 de son Ulysses Belgico -G alliais , Amst. , 1631 ), les religieux Célestins ne voulurent point consentir au massacre des protestants... qui étaient emprisonnés dans leur couvent, la hanc evangelicorum truculentam necem noluisse etiam consentire dicuntur canonici in ade Cœlestinorum heic Lugduni ....

(8) Le bruit courait en ce moment qu'on allait pendre à la Guillutière quatre ministres devant le temple où se faisait alors l'exercice de la religion réformée. Il n'y en avait cependant que trois à cette époque, si l'on en croit l'auteur des Mém. de Pestât de France , tom. Il , p. 482 : Ces trois ministres étaient Jacques Langlois , Antoine Caille et Jean Ricaud.

accompagné de Saluée de la Mante, commandant des troupes de la cifadelle, se portait au faubourg de la Guillotière, les assassins se dirigèrent vers le palais archiépiscopal, où Ton avait renfermé , d'après l'ordre du gouverneur, trois cents des plus notables protestants. On commence par s'emparer de leurs bourses , et, après les avoir dépouillés , on les égorge impitoyablement : en vain ils essayèrent d'implorer la miséricorde des sicaires , et de réclamer la parole du gouverneur. C'était un spectacle déchirant de voir les enfants serrant leurs pères dans leurs bras, les pères couvrant leurs fils de leurs corps, les frères, les amis, les parents s'exhorter mutuellement au martyre, et tomber, comme le bétail dans les abattoirs, sous les coups des bouchers, des crocheteurs et des mariniers , pendant que les gémissements, les cris et les vociférations retentissaient dans toute la ville. Le massacre terminé, Mandelot revint , à point nomme, de la Guillotière , et avec une apparente indignation, comme s'il n'avait rien su, ni rien commandé, il parut sur le théâtre même du carnage , assisté du procureur-général (i) ; là, comme s'il se fût agi d'une enquête en forme , après avoir fait dresser un procès-verbal ('i) par un notaire , il fit publier à son de trompe , qu'on donnerait centécus d'or à tous ceux qui désigneraient les auteurs des meurtres et les signaleraient à la justice : dissimulation maladroite et tout à fait ridicule. Aux approches de la nuit , les sicaires investirent la prison de Roanne, et, par un raffinement de cruauté, ils garrottent leurs victimes, et, leur mettant une corde au col , les traînent vers la rivière , où ils les lancent vivants encore. Les massacres et le pillage continuèrent pendant la nuit. Les meubles , les marchandises, tout fut enlevé; ceux des hérétiques qui avaient réussi à se cacher , trahis et arrachés de leurs retraites , étaient jetés pêle-mêle dans le Rhône. Mandelot, importuné du spectacle horrible qu'offraient à ses yeux les cadavres gissant dans la cour de l'archevêché, les fit charger sur des bateaux , afin qu'on les transportât de l'autre côté du fleuve , dans le cimetière de l'abbaye d'Ainay ; mais les moines réclamèrent vivement ; ils prétendirent que ces restes étaient indignes d'être ensevelis en terre sainte, et le peuple, accourant au signal qu'on lui donna, précipita ces cadavres dans la Saône. Toutefois, avant de les jeter, on avait permis aux pharmaciens de mettre à part les plus gras , afin d'en retirer la graisse (5). Tels sont les détails rapportés par ceux qui ont décrit ces horreurs dans le temps même où elles furent commises. Encore les meurtriers ne s'en tinrent pas là. Peu de temps après, les frères Darut, chefs d'un commerce important, les sieurs de la Bessée (4) et Flocard , citoyens recommandables, furent arrache's des prisons, égorgés et précipités dans le Rhône. Telle fut aussi la fin de Claude Goudimel, un des meilleurs compositeurs du siècle , qui avait mis en musique la traduction française des Psaumes de David , par Clément Marot et Théodore de Bèze , traduction que les protestants chantent encore aujourd'hui (5). Néanmoins , au milieu des égorge-

(1) Et des officiers de la sénéchaussée, à l'exception de Nicolas de Langes , le même dont il a été fait mention dans la noie 5 , p. 73.

^2) La minute de ce procès-verbal a clé arrachée du registre des actes consulaires de la ville de Lyon, el l'on ne trouve maintenant dans ces actes rien qui ait trait à la Sl-Bai thélemi . Voyez ci- dessus, note 1 , page 71.

(3) L'auteur du Discours du massacre de ceux de, la religion réformée , Jean Ricaud , attribue principalement aux Italiens les horreurs commises sur ces cadavres.

(4) Valet de chambre du roi ; il avait été procureur-général de la ville et communauté de Lyon. Rubys , Hist. de Lyon , p. 470.

(5j Goudimel , dit M. Audiu , « ne manquait pas de talent; sa phrase mélodique est simple et

menU , grâces à la compassion des officiers du roi , et de M. de la Mante , commandant des troupes, quelques-uns parvinrent A s'échapper, entre autres les pasteurs Jean Ricaud (i) et Antoine Caille (a). Jean Langlois(5), leur collègue et président du consistoire , avait été mis a mort un des premiers. On porte à 800 personnes de tout âge et de tout sexe le nombre des victimes qui furent inhumainement sacrifiées (4). » Hist, I. l. Notice sur François de Mandelot % par A. P, ; Lyon, Barret, 1828, in-8°.

1572. — Septembre 1. Jean de Masso, receveur-général à Lyon, écrit à Guyot de Masso , son frère , un des échevins de cette ville, qui se trouvait alors à Paris : « Monsieur et frère , nous receusmes voz lettres du 26" du passé , discourant de ce que qu'estoit passé à Paris ; mais il y en avoit une infinité de lettres en ceste ville auparavant. Hier , jour du dimanche , entre trois et quatre heures après midy, quelques ungs du peuple entrèrent dans les prisons de MM. de Lyon, et là occirent de 7 à 8 vingts huguenots , et fut

noble, mais sans élan. Après trois siècles, le choral Ein'/este Burg de Luther est encore jeune, tandis que le mode musical de Goudimel est usé comme les paroles qui l'ont inspiré. » Hist. de Calvin , II, 97. Voyez lf Biogr. des musiciens , par M. Fétis , et la Biogr. lyon. , art. Goudimel. — Trois libraires figurent parmi les victimes des Vêpres lyonnaises : Jean Honoré, Matthieu Penin et Jean Vassin. Voyez Vffist. de l'admirable estât des églises chrétiennes , etc. Genève, 1619, fol. 796. — Nous men*ionnerons aussi l'avocat Barnoud, qui fut massacré dans les prisons de l'Archevêché, Biogr. lyonn.

(1) Auteur du Discours du massacre , etc. déjà cité. Voy. dans les Archives du Rhône , tom. 18 , pag. 249 et suiv., une lettre dans laquelle nous croyons avoir démontré que cet ouvrage qui a paru, sous le voile de l'anonyme, en 1574 , est réellement de Jean Ricaud.

(2) Suivant l'auteur du Discours de la vie , mort et derniers propos de feu Mgr. Mandelot ;. .* Lyon, 1588, in-8°, Mandelot , « parmi les armes du peuple, sauva la vie à une infinité de séditieux hérétiques. • Page 11. Nous ajouterons ici avec d'Aubigné, que les assassius laissèrent la vie à tous ceux qui voulurent promettre d'aller à la messe. Voyez aussi Rubys , Privilèges des habitons de Lyon , p. 17.

(3) Jean ou Jacques Langlois, Normand, était déjà ministre à Lyon en 1562. Discours du. massacre ( par Jean Ricaud) , p. 24 , Mém. de l' estât de France , 1 , 476 , édit. de 1576.

(4) « Quelques mois après toutes ces Uagédies jouées en France, le pape (Grégoire XIII ; envoya un légat ( le cardinal Orsiui ou des Ursins ) vers le roy, lequel fut reçu très -honora blement à Lyon et les rues tapissées. Arrivé qu'il fut, il alla descendre sur la calade de saint Jean, là où il entra, et ayant ouy les vespres, sortit par la mesms porte qu'il eslnit entré, et estant sur ladite calade , fut rencontré par la pluspart des massacreurs qui l'attendoient là de pieds coy : lesquels le voyant se mirent tous à genoux pour avoir absolution. Mais parce que ledit légat... ne savoit l'occasion pour laquelle ceux - ci se mirent à genoux devant luy , un des notables de la ville luy dit que ces gens... estoient ceux qui avoient fait l'exécution des massacres ; ce qu'ayant entendu , ledit légat incontinent leur bailla l'absolution , en faisant le signe de la croix de la main droite. Mais parce que cela se faisoit trop publiquement, Boydon ne se voulut trouver eu cette place , mais alla trouver ledit légat en sa chambre , là où il lui bailla l'absolution, comme il avoit fait aux autres. » Mém. de Pestât de France, 1 , 490. Nous ferons observer que l'auteur de ces Mémoires était calviniste, et nous ajouterons qu'il a le plus souvent copié, sans en prévenir . le Discours du massacre , par J. Ricaud. Voy. aussi Jacq. Aug. de Thou, liv. uv. — Poullin de Lumina . Hist. chronol. de Lyon , prétend que le boucher qui s'était signalé par le plus grand nombre d'Huguenots qu'il avait assommés , en fut récompensé par l'honneur qu'il reçut d'être admis à la table du légat. Quand on rapporte de pareils faits , il faut citer ses autorités. Poullin de Lumina est un de ces écrivains sans conscience , et sous la plume desquels tout s'exagère. Ne porte-t-il pas à 4000 le nombre des victimes de Lyon . tandis que le protestant d'Aubigné , d'accord avec de Thou , ne le porte qu'à 800 ? Voy. la Dissertation de Caveirac sur la journée de la Saint- Barthélemi , pag. xxxv et suiv. , et V Origine de l'église de Lyon , par M. l'abbé Jacques , pag. 90 , où l'estimable auteur remarque avec raison que le clergé de Lyon demeura entièrement étranger aux fureurs de cette époque.

faict sans bruict ny esmeutte. Il n'y avoil entre lesditz prisonniers , de marque, que deux frères Vassan , Jacques Dorlin , à ce que Ton m'a dict , et un des Grabotz ; les deux frère9 Daruth avoient esté tuez dès vendredy dernier. Toujours s'en est dépesehé quelcung qui n'est venu à nottice. Au surplus , j'ai bien voullu incontinant vous advertir comme il n'y a pas une heure que M" Pierre Gaulthier (i), lieutenant particulier de robbe courte , est allé à Dieu, mallade dans son lict : sy pouviez le faire obtenir en don à quelcung , et à en faire pourvoir quelcung amy no9tre , j'estime que nous en aurions deux mil livres du moins : il y a trois cens livres de gaiges. 11 me semble qu'il seroit bon ponr Benoist Bruyas, combien que je ne lui en ay pas encores parlé, car présentement l'ayant sceu, je vous en ay voulu soubdain advertir; regardez s'il il y auroit moyen que puissions gaigner quelque chose sur cest advis : vous y aurez l'œil. Quant aux offices des huguenotz, vous sçavez qu'il n'y eu a poinct par deçà. Je vouldrois bien trouver marchand pour l'oûlce dont si souvent vous ay escript9car il est tousjours en mesme vollonté de s'en deffaire et plus que jamais , y estant contrainct par les raisons que sçavez. Je crains que si tost ne pourrez avoir vostre congé de venir, veul'occurance des affaires qu'à présent se présentent: touttesfoiznous en sentirons encores le gué. Je ne vous ay point adverty de la nativité de ma fille vostre niepee et filiole de vostre femme , nommée toutesfoiz Clémence, parce que mon frère de Valbenoiste vousl'escrivist, et que de ma part j'estois encores si récentement fâché du danger où j'avois veu ma femme que je ne pouvois rien faire. A présent Dieu grâces tout se porte bien. Madicte fille est à Chapponost puis vendredy dernier. Je vous recommande, s'il vous plaist , la reddition des comptes chez M. Deschelles , à ce que me rapportiez les doubles, ce dont de rechef je vous prie humblement. Nostre frère l'advocal se porte bien à présent, Dieu mercy, fors qu'il est encore foible : vous présentant sur ce mes humbles recommandations, etc. — De Lyon , le premier jour de septembre 1673. — Vostre humble frère et serviteur. Signé: Jehan de Masso, receveur général à Lyon.

Une lettre du 4 septembre du même au môme, contient le passage suivant: « L'office est aultre encores que je ne pensois; il y a 5oo liv. de gages « comme je vous ai escript : puis un homme de place de l'un de ces ar- « chers que sont 180 liv. , bief Testât exercé vault 5oo écus par an ; il a « séance en jugement là hault avec les conseillers du présidial. » Arch. consul.

1572. — Septembre a. Séance consulaire. Présents ? Noble Claude Platet , sieur et baron de Vaux ; M. André Mornieu, élu, Claude Valleton , Thomas Faure, Pierre Scarron, Claude Coulaud, André de la Chapelle, et André Ballan , consuls, etc. — Lesdits seigneurs eschevins advertis que les portes de la citadelle estoient ouvertes aux principaux et premiers factieux de la nouvelle religion , lesquels se retiroient en Bresse, à quoy ils ne pou voient autrement pourvoir , quelques remonstrances qu'ils en aient su faire à M. le gouverneur, a esté ordonné et commandé au secrétaire du Consulat en advertir bien amplement les sieurs de Masso et de Rubys estant en cour , et néanmoins que le procès verbal (commencé) au i34 feuillet de ce régistre , sera continué, selon le succès des affaires survenues depuis le 28° jour d'aoust

(1)... Quelques-uns, et entre autres le lieutenant de robe courte, moururent de Phorreur de voir un si grand tas de corps humains si estrangement chaplés... Mémoires de l 'estât de France sous Charles IX, tora. I, pag. 485. — Pierre Gaullhicr , dont il s'agit dans cette lettre , est sans doute le même que celui qui a été désîgaé dans les M cm. de Testât de France* «t dout le nom était resté inconnu.

dernier, à cause de la suhîevation populaire, et en iceluy procès verbal sera fait mention et inséré l'eslargissement des prisons de ceux qui auroient esté retirez en ladite citadelle contre la volonté desdits sieurs eschevins , et après eslargis d'icelle , ensemble de la response qui a esté faicte par M. le gouverneur , qui a dit : Que ceux qui estoient tenus les représenter en estaient responsables , ce qu'ils feroient à peine de leurs têtes, — Outre ce , ont dit lesd. sieurs eschevius, combien que mond. sieur Mandelot , gouverneur et lieutenant-général pour le roy, ait toujours eu communication des lettres qui ont esté escritesau Consulat par les sieurs de Masso et de Ruby s , depuis le a5 du mois passé, et qu'aucunes d'icelles lettres soient plulost tombées entre ses mains qu'en celles desd. sieurs eschevins, toutefois led. sieur de Mandelot n'a laissé de faire grande instance envers lesd. sieurs eschevins pour avoir la copie desd. lettres ; sur quoy lesd. sieurs eschevins ont advisé ne devoir faire aucune réponse pour le présent aud. sieur gouverneur ; espérant que par la longueur du temps il pourra oublier et ne demander plus la copie desd. lettres, et toutesfois que le procès verbal commencé au 1 34 feuillet du présent registre , concernant les poursuites et remonstrances faites et a faire par lesd. sieurs eschevins à mond. sieur de Mandelot, sera continué selon ce qui succédera de jour à autre, afin de justifier en temps et lieu à sa Majesté de leur devoir pour l'exécution de sa volonté sur ceux de la nouvelle religion , et la conservation de la ville en l'obéissance de S. M. — ( « Il sem- « ble que la fin de cet acte a été ajoutée depuis par le sieur Kavnt ( secrétaire « du Consulat), à partir de ces mots: et toutes/ois , etc; une différence dans « l'écriture et quelque autre circonstance le font augurer » ). Note de l'abbé Sudan,

1572. — Septembre 2. Mandelot écrit à Charles IX (i) : « Sire, i'escrivis avant-hier à V. M. la réception des lettres qu'il lui auroit pieu m'escrire les xxii et xxiiii* du passé , et , comme suivant icelles et ce que le sieur du Peyratm'auroit dict de sa part, je n'aurois failly pourueoir par divers moyens à la seureté de celte ville ; si bien , Sire , que les corps et les biens de ceux de la religion auroient esté saisys et mis soubs vostre main sans aucun tumulte ni scandalle : jusques lors depuis et hier l'après dinée, m'en estant allé par ville pour pourveoir touiours à contenir ce peuple , mesmement vers la Guillotiere où j'aurois sceu paroistre danjur de quelque mouvement, seroit intervenu cependant que ce peuple ayanY trouvé moyen d'entrer es prisons de l'archevesque, où il scavoit estre quelques deux cents de ceulx de la religion cogneus factieux ou avoir porté les armes, lesquels ils auroient touts mis à mort avant que j'en pusse rien sçavoir , et m'y eslaot allé aussitost, n'y aurois plus trouvé aucun de ceulx qui se seroient meuz à ce faict , s'estant escartés toutsoubdain ; et ce que j'aurois peu faire a esté faire rechercher et requérir par tous les moyens, mesmement par justice, qui auroient esté autheurs et excuteurs de ce faict et comme le tout est passé , aflin que Y. M . en puisse bien au vray estre esclaircye. Je continue au mieux qu'il m'est possible de contenir toutes choses , voyant ce peuple n'estre pas encore bien appaisé, et que c'est tout ce que l'on peut faire d'obvier A un sac, n'ayant ncanlmoins jusques ici esté faict aucun tumulte , meurtre ni saccaigemeut par la ville ni es maisons , et estime que le reste desdicts de la religion saisis

(t) Cette lettre qui se trouve dans un Ms. de la B. du roi, contenant la correspondance de Charles IX avec Mandelot , a été publiée pour la première fois dans le tome Vit des Jrch. tlu Rlwne , livraison d'avril , 1826 , p. 449-451 .

pourront demeurer en seureté es lieux ou je les ny faiet retirer , attendant que je puisse mieux entendre qu'il plaira à V. M. en estre faict, et spécialement de tous leurs biens, meubles , marchandises, rapines et autres que j'ai jà escript avoir faict saisir et mettre soubs vostre main, sans touttefois en estre rien desplacé ny transporté des lieux et maisons desdicts de la religion : osant bien asseurer V. M. que le tout luy sera seurement et fidellement conservé; et suis après à pourveoir à les faire retirer en magasins et lieux seurs à ce qu'il .n'y soit commis aucun abus. J'oseray dire à V. M. que si j'élois ouy à la conseiller, je ne serois d'opinion qu'elle feist aucun don des biens, meubles et marchandises desdicts de la religion que premièrement on ne roye ce qu'il y aura , et pour le moins elle sçaiche la valeur de ce qu'elle donneroit, et que plustost elle feist don.et recompense à ceux qui lui plairoit ^sur les immeubles: et pour ne mettre en cela la conséquence, je ne veulx estre le premier à en demander à V. M. , m'asseurant que si elle a commencé par quelques autres, elle me fait tant d'honneur de ne m'oublier. Au reste, Sire , il me semble ne devoir taire à V. M. que en tout ce qui eschet ici pour son service, je trouve le sieur de la Mante prompt et affectionné d'ensuivre à son pouvoir ce que je lui en ay faict entendre, dont à la vérité il mérite estre recogneu et bien recompensé. »

1572. — Septembre a. Un sieur Fallaize écrit de Lyon au sieur Prayer, secrétaire du sieur de Masso , à Paris : «.... L'on a pris tous les Huguenauts, et dimanche dernier, durant vespres, il yen eut deux cens soixante et trois qui furent tuez tous ensemble dans la prison de Mons. de Lyon ; plusieurs aultres tuez, tant ez aultres prisons que par les rues : lesaultres jettez à la riuiere : les aultres la teste couppce , et les ministres penduz. Sy bien que l'on faict conte qu'il en a esté tant tué que jeté à la riuiere prez de sept cens ; leurs maisons scellées , et quant à des aultres pouruu qu'ils se retirent , l'on les met dehors les prisons, en baillant bon respondant , et les portes de la ville bien guardées. Aultre chose ne sçaurois que vous mander des nouuelles de deçà... » S.; Documents.», tirés des archives de la ville de Lyon (par M. Godeinard ), p. io5.

1572 — Septembre 5. Le Consulat délivre ù Dominique..., courrier, un mandat de 3o écus pour reste de 70 écus à lui promis par les députés de la ville, en cour, lesquels avaient expresjî:ment envoyé ce courrier pour leur donner avis de la mort de l'amiral , et de l'exe'cution faite à Paris par le commandement du roi. S.

1572. — Septembre 5. Mandulot écrit à Charles IX : « J'ay aussi reçu , Sire , la lettre ( du 28 août ) qu'il a pieu à V. M. m'escrire , par laquelle elle me mande d'avoir esté advertie qu'il y a un homme qui est parti de part de là avec la tête qu'il auroit prise dudit admirai ( Col.igny ), après avoir esté tué, pour la portera Rome , et de prendre garde , quand ledit homme arrivera en ceslc ville, de le faire arrester , et luy oster ladite teste , àquoy j'ay incontinent donné un si bon ordre que s'il se présente , le commandement qu'il plaist à V. M. m'en faire, sera ensuivi. Et n'est passé iusques icy par ceste ville autre personne pour s'en aller du costé de Rome qu'un escuyer de monsieur de Guise, nommé Paul, lequel estoit parti quatre heures auparauant du iour mesme que ie reçus ladite lettre de V. M. » — Cette lettre qui était restée inédite dans les Mss. de la fi. du Roi, a été publiée pour la première fois dans les Archives du Rhône, vu , 45a ( livraison d'avril 1828). — « Le premier avis qu'on reput à Rome de la mort de Coligny , fut envoyé par Mandelot qui fit sortir son courrier par dessus les murs de la ville , et le fît

marcher quelques lieues à pied avant de lui avoir fait donner des chevaux. » Capilupi , Relation des massacres de la S. Barthelcmi, traduite par Aignan. Bibliotk. étrangère , i , 208.

1572. ■ — Septembre 7. Mort de Claude Ciberand, custode de Sainte-Croix, chanoioe et sacristain de Saint-Just , prévôt de l'IIe-Barbe , etc. Biog. lyonn.

1572. — Septembre 10. M. Grolier écrit de Lyon à M. de Masso de la Garde, son cousin, à Paris : a... Il n'est ja besoing que je vous escrive les beaux faiets que Ton a faicte icy d'auoir tué quatre ou cinq cens quanailles et auoir sauué ceux qui en partie estoient cause des maux aduenus en France. Il est vray que c'est soubs vng prétexte qu'ils iront à la messe, qui consiste en partie d'aller à l'offrande. Vous estes de par de là pour le pouvoir remonslrer. M. l'aduocat de Masso, vostre frère m'a confessé que j'auois profifelizé sur * ce dont je l'auois si souuent menassé : et desia en est aduenu quelque chose. Je ne vous en diray aultre, etc. » Archiv. cons. S.

1572. — Septembre 1 0. M. de Masso , abbé de Valbenoisle, écrit de Lyon , à son frère , M. de Masso de la Garde , à Paris : « Mon frère , M. de Champenard sort présentement d'icy pour me prier vous escrire de vous informer ce qu'est deuenu son frère,.... dont il est en grand peine... J'ay receu présentement des lettres de M. Serallier qui me mande que l'on tient bruit à Paris qu'il soit mort en cette ville 1200 huguenotz : le commun bruit est de 6 à 700. Chez mons. de Lyon , en fut tué dans une cour 260 , et les aultres aux Cordeliers... Des gens de marque estoient les deux Darut, les deux Vassans , vng fils de la Grabotte , M. l'aduocat Barmond , et Godon , les capitaines La Jacquiere et La Sauze, Claude Lené, orphevre , Phoste de N. D. de Bourneuf , Me Guillaume le menuisier, les fils de Pierre Seue et leur mere vont à la messe. Anthoine Perrin , sa femme , Combe , M""5 Aubret, M. du Crozet, M. de Batz l'aduocat , leurs femmes , la femme de Teize et plusieurs aultres vont à la messe : et se sont sauvez Pierre Seue (1), Tbelusson , la Besséc , Jean Henry, Jean Ricaut ( un des ministres ) , le thresorier Juge , et plusieurs aultres dont il ne me souuient : et pour ce qu'auant la réception des présentes vous en aurez sceu dauantage , ne vous feray plus longue lettre. .. » Archives cons.

1572. — Septembre 10. Jacques Teste écrit de Lyon à M. de Masso , son beau-frère , à Paris ; a Monsieur et frère , je vous ay escript par mes dernières amplement de ce qui est passé. Pour ce jourd'huy il n'y a personne huguenot en ceste ville. Pierre Seue, les frères Seue, Jean Combe „ Lasson vont à la messe , et une infinité d'aultres... qu'il ne me souuient de les nommer. J'ay esté marry de ce que i'ay entendu de mons. Descousu. Je n'en ay rien voulu dire à personne , sinon qu'à mons. l'Aduocat et Valhenoiste. a — Le 16 du même mois, Jacques Teste écrivait à son beaufrère : «... Madame la generalle a fait un beau fils... Mons. de la Bessée, George Rerioard , Bernard Seve,.. , et d'autres doivent mourir aujourd'huy, si desia ils ne sont despechez. Dieu ayt pitié d'eux... » Archives cons.. S. — George Renoard avait été échevin en 1660 et 61 ; il parvint à se sauver, et mourut dans un âge très-avancé. J. Morin , v , 264.

1672. — Septembre 21. Nicolas de Langes, lieutenant-général au présidial, écrit de Lyon au sieur de Masso, son cousin , à Paris : «... A présent issy

(1) Maurice Sève qui fut si célèbre comme poète , et dont 1 époque de la mort est ignorée , n'aurait-il pas été une des victimes des vêpres lyonnaises ?

nous nous comportons auec un peu plus de douceur. Mais a esté temps pour quelques iours que sur les aduertissemens qu'on receuoit de Paris , on ne parloit que de rigueurs. Nous n'auons d'Huguenotz qui soient de marque qui ce soient réduits. Si c'est auec vérité ou feintise , je n'en sçay rien : mais j'ay opinion qu'une bonne partie y soit allé de bonne foy. Nous auons fait auiourd'huy le Jubile où les Huguenotz sont accourus auec autant de démonstration de bonne volonté , contrition et repentance de leurs erreurs , comme autrefois on les voyoit accourir en leurs presches, etc. Vostre cousin, seruiteur et amy. Signé : de Langes. » S.

1572. — Les terriers et les maîtres des métiers rendent une ordonnance portant que dorénavant les échevins, pour être discernés du reste du peuple, , porteront des robes violettes dans lès assemblées publiques. — Cette ordonnance fut insérée dans le syndicat de cette année , et publiée le jour de la fête de St. Thomas ; mais Rubys nous apprend qu'elle n'avait pas encore été mise à exécution quand il publia stfs Privilèges des habitants de Lyon , dont la dédicace est datée du 10 août 1673. Voyez ce livre, p. 85, et ci-dessus au la Juin i5yi.

1572. — Antoine du Verdicr, qui était alors homme d'armes de la compagnie du sénéchal de Lyon , publie un opuscule ayant pour titre : Les Omonimes , Satire des mœurs corrompues ; h Lyon , par Antoine Gryphius t 1572 , in-4°. — L'avis au lecteur est daté du Camp, ce dixième février 1569. Voici quelques vers de cette satire assez curieuse , ne fut-ce que par la recherche des rimes.

En quelque coing de France etaullre part où ailles ,

Trouveras sans pasteur errantes les ouailles.

Le prélat en sa charge assez mal entendu ,

Sait très bien recueillir tout lefruicten temps deu.

Rare est un bon enré qui lumière paroisse Et miroir de vertu à ceux de sa paroisse.

Rare est un bon prieur lequel face à ce jour Dans le pourpris d'un cloistre ordinaire séjour. ...............

Chaque jeune advocat qui en plain barreau cause ,

N'est employé souvent à plaider grave cause :

Car d'université tels de nouveau venus ,

Au lieu d'étudier ont caressé Vénus,

Y ont appris l'escrime , à bien pousser la balle ,

Pincer les nerfs du luth , comme on saulelle et balle ,

Comme il faut le matin raffreschir le palais ,

Se promener après deux heures au palais.

Du Verdier termine ainsi cette facétie :

Si j'ay mal commencé traiter ceste leçon , Ma seconde Satire aura plus haut le son.

Nous ne croyons pas que cette seconde satire ait été publiée ; car du Verdier ne l'a pas mentionnée dans la liste qu'il a laissée de ses ouvrages. Voy. sa BibUoth. franc. , 1, 142.

1572. Louys Cloquemin , libraire, publie une nouvelle édition de VHcpia-

meron ... de Marguerite de Valois, reyne de Navarre... Lyon, in-16. — Edition citée par Ebert, et dont M. Brunei mentionne une réimpression donnée par la même libraire en 1678, même format. SuppL 11, 37a. — Marguerite de Valois perdit à Lyon son premier mari, Charles d'Alcnçon , mort le 11 avril iôa5. Elle séjourna sans doute à cette époque dans cette ville , et nous l'y trouvons avec François Ier, en juillet i536. Maurice Scève fut un de ses protégés. Elle a consigné dans son Heptameron une anecdote qu'elle avait sans doute recueillie pendant qu'elle était à Lyon ; la voici : « En l'église de Sl-Jean de Lyon, il y avoit une chapelle fort obscure, et devant un sepulchre fait de pierres a grands personnages eslevtz comme le vif, et sont à l'entourdu sepulchre plusieurs hommes d'armes couchez. Un soldat se promenant un jour dans l'esglise en temps d'esté qu'il fait grand chaud , luy prit envie de dormir, et, regardant ceste chapelle obscure et fraisclie , pensa d'aller au sepulchre dormir comme les autres, auprès desquels il se coucha. Or, advint qu'une bonne vieille fort dévote arriva au plus fort de son sommeil. Et, après qu'elle eut dit ses dévotions, tenant une chandelle en sa main , la voulut attacher au sepulchre , et là , trouvant le plus près d'icelle, cet homme endormy , la luy voulut mettre au front, pensant qu'il fut de pierre ; mai9 la cire ne put tenir contre cette pierre. La bonne dame qui pensoit que ce fut à cause de la froideur de l'image , luy va mettre le feu contre le front pour y faire tenir sa bougie , mais l'image qui n'estoit insensible, commença a sVcrier , dont la femme eut peur ; et comme tout hors de sens , se prit à crier : Miracle! miracle ! tant que tous ceux qui estoient dans l'église coururent, les uns à sonner les cloches, les autres à venir voir le miracle. Et la bonne femme les mena voir l'image qui s'estoit remuée , qui donna occasion à plusieurs de rire , mais quelques prestres ne s'en pouvoient contenter , car ils avoient bien délibère de faire valoir ce sepulchre et en tirer argent. » — La reine de Navarre parle dans la 7a* et dernière Nouvelle, d'une neu vainc qu'elle faisait à l'église de St-Jean , avant la mort de son premier mari. — C.de Rubys, Ilist. de Lyon , p. 39o, fait mention d'une « establerie , size en « rue Longue , qui appartenoit a ce marchand de Lyon , auquel la reine de « Navarre a fait cet honneur de l'avoir meslé parmy ses contes facétieux, et « raconté comme pour coucher avec la chambrière , il fit coucher son ap- « prentif avec sa femme. » Nous avions pensé (voyez ci-dessus au 3o avril i56o) , que ce marchand était Pierre Terrassou ; mais la reine de Navarre n'a donné ce nom à aucun des personnages de son Heptameron. Le seul conte qui ait quelque rapport avec celui dont parle Rubys, est celui qu'on lit dans la première journée ( 8e Nouvelle ). Le mari qui joue le principal dans ce conte , est nommé Bornet , et la scène se passe en la conté d* Allez y probablement Alais ou Àlez , en Languedoc; car nous ne pensons pas avec le bibliophile Jacob qu'on doive lire Altth , en Gascogne. Il suffit d'ouvrir le P. Anselme ou Moréri pour être certain qu'il y avait un comté $ Alais ( voyez ci-dessus, années i5a^ et 1547 )• —Cette même année , la veuve de G. Coiier publia nne nouvelle édition du Thresor des livres a" Amadisde Gaule... De nouveau augmenté et orné du recueil du i5e Hure et d*vne infinité de propos et deuis bien gentils , tirez dudit Hure. In- 16 de 568 pages , suivies d'une table de 12 f. non chiffrés ( B. de Lyon , F. lmb. , n° (388 ).

1573. — Février 9. M. de Chastillon , président en la sénéchaussée et siège présidial de Lyon et parlement de Dombes, G. Grolier de Cazault , conseiller au présidial, F. Grolier, secrétaire, Céîiar Gros , Antoine Scarron et Lambert Bonet , bourgeois de Lyon, en vertu d'un édit du roi vérifié au parlement de Paris . le ai février i57a (qui onlonnoit que certains bons et

notables personnages fussent élus es communautés et assemblées des villes , eussent la charge de vaquer à faire observer et entretenir les ordonnances concernans ce qui appartient au fait politique) , furent choisis pour dresser un règlement provisionnel pour la police de la ville de Lyon et de ses faubourgs. Ce règlement, rédigé par Philibert Bugnyon , jurisconsulte mâconnais , et avocat ès cour de Lyon , fut publié le dernier février i5j3. M.

1573. — Mars 9. Guillaume Paradin* doyen de Beaujeu, dédie ses Mémoires de i'histoire de Lyon à François de Mandclot , « gouverneur et lieute- « nant-géuéral pour le roy es païs de Lyonnois et Beaujoloy» , etc. » — Celle dédicace est datée de Beaujeu. — Le 26 mai suivant , Paradin sé présenta devant le Consulat , et lui fit hommage d'un exemplaire de son ouvrage, probablement un des quatre exemplaires qu'il avait fait relier « en veau « rouge et dorez. » — « Les consuls, voulant en partie reconnoistre le labeur dudit sieur Doyen , et le recompenser de ses mérites , à cause de la rareté de ladite histoire , ayant mis le faict en délibération , ont ordonné de lui faire présent jusques à la somme de cent escus sol. » — Le 19 octobre suivant , « mon frère maistre Etienne, dit Guillaume Paradin (1), apporta finalement, et après plusieurs voyages , la vaisselle d'argent que m'avoit donnée la ville de Lyon pour la peine que j'avois prinse a faire l'histoire de la noble et antique cité de Lyon, laquelle avoit esté imprimée audit Lyon, par Antoine Gryphius, Tan i5y3, aehevée le îô de mars. Cette vaisselle estoit vng beau bassin d'argent ouvré dedans d'ouvrage de grotesques à l'antique, et vug vase d'argent fort beau en forme d'esguyere , élaboré aussi comme le bassin à la pance duquel estoit un escusson des armes de la ville , et alentour estoit escript et gravé en or : noc respublica Lvgdvkensis doïiavit. Autant il y en avoit au bouillou du bassin (2). »

1573. — Mai 2. Le roi assemble à Lyon un conseil de guerre pour aller dans le Dauphiné coutre Montbrun. Chorier, p. 658. M.

1573,' — Juin 23. Le jeune duc de Genevois, Charles-Emmanuel de Savoie , fils de Jacques de Nemours , vient à Lyon, où il est reçu avec toute la faveur dont y jouissait sa maison. J. Morin , v. 266.

1573. — Août 10. Claude de Rubys dedie à M. de Mandelot son commentaire sur les Privilèges des habitam de Lyon , imprimé l'année suivante , à Lyon , par Antoine Gryphius , in-fol. — Rubys était alors avocat et procureur-général de la ville et communauté de Lyon.

1573. — Septembre \{\. Mort, à Beaujeu , de Claude Paradin , auteur des Quadrins historiques de la Bible , etc. — Guillaume Paradin , son frère , rapporte, dens son Journal, que Claude Paradin fut ensépulluré dans la tombe de feu Mc Lancelot Anchcmand , leur oncle maternel. Le même historien , dans sa Chronique de Savoye, liv. ni, chap. 94, parle avec éloge d'un maître Pierre Aneheinand, secrétaire de l'archiduc Philippe.

(1) Journal de Guillaume Paradin, doyen de Beaujeu, peudant hs années 1572 et 1573 , publié pour la première fois par M. d'Aigueperse , Lyon , Léon Boitel , in 8°.

(2) « Lorsque le P. Menestrier publia son Histoire consulaire, il reçut du Consulat une gratification de 1300 livres, qui lui lurent payées le 20 novembre 1698 ; l'avocat Brouette en reçut une de 2400 livres, le 24 mars I7O5 , pour son Eloge historique de la ville de Lyon. Le P. de Colonia lut gratifié d'une pension viagère, pour ses Antiquités et son Histoire littéraire. Il nous serait facile de citer plusieurs antres traits de générosité du Consulat , qui était toujours disposé à encourager les geus de lettres, et surtout ceux qui travaillaient à l'histoire de noire cité. Que les temps sont changés ! » Note de M. d'Aigueperse.

1 73. — Décembre 21 . Antoine Mariais , chanoine de St-Just , prononce lu harangue consulaire. — Son discours fui publié sous ce titre : Sommaire recueil des moyens pour restablir en splendeur la respub tique de Lyon ( Lyon , Benoît Rigeutd , i5y5). B ogr. Lyonn.

1573.— « La ville de Lyon fut affligée de deux grands fléaux de Dieu : Je ne sçay, dit Claude de Rubys ( Hist. de Lyon, p. 422) > si ce ne tut Poînl pour le sang espandu l* année précédente,.. L'un des fléaux fut que toutes les vignes de la province gelèrent de telle façon au mois d'avril , qu'elles ne portèrent point de fruict cette année là : et ne fit-on point de vendanges, et fallut jouer du bassin , car le vin se vendit jusqu'à dix escus l'asnée , qui ne vaut par communes années qu'un escu ou qustre francs. L'autre fléau... fut la grande cherté du bled, qui valut six et sept francs la mesure, que nous appelons le bichet, qui est de soixante livres, et le pis estoit qu'on n'eu pouvoil pas recouvrer pour de l'argent (1). Il y eut grande pitié au petit menu peuple , tant en la ville qu'aux cnauips... Pendant cette grande famine furent exercées de grandes et charitables aumosnes à Lyon... Il y eut... un gentilhomme florentin , nommé le sieur Laurens Cappon , seigneur d'Amberieu^ lequel par l'espace d'environ trois mois, nourrit de trois à quatre mille pauvres, auxquels il faisoit distribuer tous les jours , en la place qui est devant l'église des Carmes , pain, chair et potage de riz, et puis Dieu Tappela à soy au bout de ceste belle charité (2)... et à tous ces gens de bien servirent d'aiguillon et de inirouer Monsieur et Madame de Mandelot , lesquels outre ce que pendant le rigoureux froid q l'il avoit fait l'hiver precedenl... ils avoient recueilly , revestu , nourry et chauffé à leurs dépens* un bon nombre de petits enfans , qui alloient transissant de froid par les rues, et firent aussi de grandes et charitables auinosues p ndant cette famine. . » — Guillaume Paradin parle aussi de cette calamité dans son Journal « ... La plupart des poures gen<, dit-il, mouroient de faim partout. C'estoit grande pitié de les voir manger des herbes comme bestes, et n'est de merveille si l'on disoit : Ira Dei super nos (3) , devise espouvantab'le qu'on disoit avoir été treuvée à Thurin gravée et tirée de terre , remerquée soubz le nombre de ceste année 1573...» Voyez ci-dessus, année i5o4 et i55i.

1573. — Le chapitre suivant extrait de la Prosopographie d'Antoine du Verdier (page 491 de l'édition de Lyon i573, in-4°) , nous offre sur la banque de Lyon, un jugement aussi défavorable que celui qu'en a porté Bodin danj sa République , livre vi, ch. 2 :

« Au commencement du règne du roi François premier du nom (voyez ci-dessus, année 1 543 ) , les bauques furent introduites en la ville de Lyon par eslrangers : inuention très-dommageable , ne tendant qu'à la totale ruine

(1) » Jelaisseà penser, dit Rubys, combien ces gangue* d'usurier* le vendoyent à crédit ( le blé) au bonhomme. » Privilège < , p. 30. — Lyon , au commencement de cette année , éprouva toutes les rigueurs de l'hiver. Le Rhône tut entièrement gelé. M. de Mandelot fut obligé de faire rompre les glaces aûu que les moulins pussent fonctionner. Rubys , livre cité , p. 5 de la dédicace.

(2) Il mourut la même ann^e et fut inhumé dans l'église des Jacobins. Bi >gr. Lyonn.

(3) Grégoire de Tours, s'il faut en croire l'auteur d'un article inséré dans les Nouvelles archives du Rhône, it , 50 , rapporte que de son temps . la France fut euvahi*? par des sauterelles qui dévorèrent les moissons , et sur lesquelles on lisait ces mots : Ira Dei. L'auleur de l'Histoire de* Francs a parlé de ravages exercés en divers lieux par des sauterelles ( iv , 20; vt, 33 et 44 ) ; mais nous n'avons pas su trouver l'endroit où il a dit qu'on lisait sur leurs ailes : Ira Dei.

des hommes, bien que ces gentils banquiers dient que par leur moyen s'entretient l'humaine société : mais, je vous prie, voyez quelle palliée couverture. On peut assez emiuoistre leur dire estre faux : car si un homme prend deniers d'eux, le voilà empestré de telle façon que c'est grand cas si jamai9 il se remet. Et s'il leur en baille pour les faire profiter et avoir ( comme on dict) argent en banque , après qu'ils ont faict lever de grandes sommes de deniers, ils s'en vont en Espaigne ou en Angleterre, en Sicile ou a Constantinople , et ailleurs , puis allez les chercher, ou attendez en bien les nouvelles jusques à leur retour qui sera aux calendes grecques ou à Nostre Dame de may. Ainsi font belle et bonne banqueroute, belle et bonne pour eux , laide et mauvaise pour le pauvre créancier. Leur dix pour cent de foire eu foire, leur interest de Pinterest , leur cento per cento , ont causé que l'usure est si fréquente pour le jourd'huy , qu'il n'est dict fils de bonne mère , qui ne prend usure sur le prochain , et encores s'en glorifie-t-on... » Du Verdier a joint à cette invective, la vie d'un grand usurier qu'il ne nomme pas , et dont il avait sans doute été la dupe.

1573. — - Le passage qu'on va lire est tiré de la préface de l'édition des œuvres de St. Irénée , publiées par le cordelier Feu-ardent, et dédiée à Charles de Bourbon : « Anno 1673, quum è Delphinatu redeuntes una cum exaeti judicii viro F. Mathurino Quadrato sodalitii nostri S. Theologiae ac linguarum professore , Lugdunum appulissemus, et aliquot ibi dies feriati , cum calvinianae scolae ministro praecipuo, non indocto certe homine , quem D. Angelum vocabant , in vico Mercimonii ad insigne Fontis , ejus in hospitio disputationem instituissemus , quo pacto contra Arium , filium patri esse consubstantialcm ; vel contra Neslorium, Christum unica hypostasi in duplici natura eonsislere ; B. Mariam verè Dei matrem esse , vel certe Spiritum Sanctum à Christo procederc, ex solis iisque apertis et mantfeslîs, Scriptura verbis evinceret ; multis hinc inde quatuor horis prodnetis , dilutis atque discussis , tandem hai-sit nebulo , et quo se verteret non habuit aliud praeter Pontificum, Patrum, Marlyrumque scripta et Conciliorum Décréta, à se prtus superbe aspernata... »

1573. — Gabriel de Saconay , précenteur et comte de l'église de Lyon , un des plus ardents antagonistes des Protestants, publie un nouvel écrit intitulé : Généalogie et fin des Huguenaux , etc. , à Lyon , par Benoist Rigaud , in-8°. Il parait que cet ouvrage fut compose immédiatement après la St-Barthelemi , car le privilège est daté du 18 octobre 1572. L'auteur qui ne voit que des singes dans les disciples de Luther et de Calvin, les appelle Huguenaux y c'est-à-dire, Guenons de H us. Du Verdier, p. 319 de la première édition de la Prosopographie , attribue cette ridicule étymologie à un prédicateur de Paris. L'invective de Saconay contient quelques faits qui ne devront pas être négligés par les historiens Lyonnais ; les principaux sont aux fol. 55 et 54 ■ 96 et 97. Ce volume est orné d'un frontispice et de deux gravures dans lesquelles les Protestants sont représentés avec des têtes de singe. Les mêmes gravures se trouvaient déjà dans un autre ouvrage de Saconay, le Discours des premiers troubles advenus à Lyon , publié en 1569. On les retrouve encore dans le poëme de Trislibus Franciœ , publié en 1840, par M. Léon Cailhava, d'après le manuscrit de la Bibliothèque de Lyon. L'auteur de ce poëme est resté inconnu; mais il est certain qu'il le composa après la mort de Saconay, arrivée le 8 août i58o. Il y est, en effet question, p. 116, du départ de Mayenne et de Mandelot pour le Dauphiné; or, on voit dans nos registres consulaires , que Mayenne partit de Lyon le 23 août i58o , et Mandelot le

25 du même mois. La 59e figure du poëine Tristibus Franche, représente le siège de la ville de Murât en Auvergne II y en avait une 4<>* q»i représentait le lux* , la vanité , le libertinage et plusieurs autres vices qui régnaient alors dans la France; mais le feuillet sur lequel elle se trouvait , avait déjà été arraché lorsque Delandine décrivit le Ms , puisqu'il dit que le dernier dessin représente le siège de Murât. Ce manuscrit avait appartenu à Jean Ferdinand Michel, chanoine d'Ainay, qui le tenait , à ce qu'on croit, du fameux bibliographe Michel Brochard (et non Bochard, comme l'appelle Pernetti , 11, 294), dont les livres furent vendus en 1729, sur un catalogue mentionné dans le Journal des savants de la même année , p. 4s5. L'abbé Michel mourut le 14 décembre 1740. Avant sa mort, il av. lit vendu sa bibliothèque à la ville de Lyon , moyennant une rente viagère, et le Ms. de Tristibus en faisait bien certainement partie , puisqu'il porte l'ancien sceau de la première bibliothèque de la ville de Lyon, fondée par l'avocat Pierre Aubert , en i*fb\. Un savant humaniste, M. J. Quicherat, a consacré un article fort intéressant au de Tristibus dans la Bibliothèque de l'école des Chartres, 11 , 402 ; mais il s'est trompé quand il a dit que le poëme finit en i586 ; nous ne croyons pas qu'il aille au-delà de i58o. Voyelle Réparateur Au 16 mai 1841 ,et Y Artiste en province du même jour.

1573. — « Lecaresme de cette année, prescha à Lyon, au couvent des Cordeliers de St. Bonaventure, ce torrent d'éloquence et second Chrysostome en sçavoir et en bien dire , Frère François Panicarole ( Panigarole ) , de l'ordre desilits Cordeliers , et depuis evesque d'Ast , sorti d'une noble et ancienne famille de Milan. Il faisait toutes les semaines trois sermons contre la doctrine de Calvin, et appeloit ces sermons ses Calviniques , parce que, en iceux, il refuloit, les livres au poing, les blasphèmes et erreurs de Calvin. Ilrécapitula en un seul sermon, prenant congé après Pasques, sommairement tout ce qu'il avoit presché par jour tout le long du caresme , faisant par là une preuve très signalée et manifeste du bonheur de sa mémoire. » Kuhys , Hi*t, de Lyon, p. 422, Arch. du Rh. , vin, g3. — Panigarole était déjà venu à Lyon en 1571 ; il y revint, en 1589, avec le cardinal Caietan et Robert Bellarmin. Gilbert Genébrard , archevêque d'Aix , s'y trouvait aussi. Pierre Bullioud , procureur du roi au siège présidial de Lyon , eut l'honneur de recevoir chez Ini ces illustres passagers., auxquels il donna , dans sa maison, rue du Bœuf, un repas qui fut appelé le festin d'Agathon ou des Sept sages. Les deux auires convives étaient le P. Bernardin Caslorius ( ou Castor), recteur du collège de la Trinité , et Matthieu de Vauzelles, avocat , fils d'un autre Lyonnais du même nom , mort en i562). Colonia, 11, 715. Yoyez ci-après année 1689. — Les Leçons (ou sermons ) catholiques de Panigarole , prononcées à Thurin l'an i58a, par le commandement et en présence de Charles Emanuel ducdeSavoye, etc. ont été traduites de l'italicnen françois , par Gabriel Chapuis, Tourangeau, et imprimées à Lyon , par (an Slratius , i585 , in-8J. La dédicace du traducteur à Pierre Gomly , eoesque de Paris , est datée de Lyon , ce dernier jour de mai io85. Le Duchat dit dans ses notes sur la Confession de Sancy , p. 567 : «Il y a de Panigarole un volume in-4°de sermons «• violents et séditieux/qu'il prononça à Paris, pendant le dernier séjour qu'il « y fit, et notamment durant le siege; ces sermons ont e'/e imprimé? a Lyon « avec privilège du duc de Mayenne ♦ comme chef de l'Union... » Ce volume qui n'existe dans aucune des bibliothèques de Paris, n'existe pas non plus dans celle de la ville de Lyon. Voyez les Prédicateurs de la Ligue , par Ch. Labitte,

1573. — Nicolas Nicolaï, sieur d'Arfeuille, gentilhomme dauphinois,

premier et ordinaire eosmographe du roi, dédie à Catherine, de Médicis, sa Générale description de l'antique et célèbre cité de Lyon, des pays de Lfonnois et de Beaujolais , selon C assiette, limites et confins de ces pays. — Le manuscrit de cet ouvrage resté inédit, se conserve à ia bibliothèque du roi. L'auteur est mort en i585. On a de lui plusieurs ouvrages imprimés, cités daus la Biblioth. de du Verdier et dans celle du P. Le Long. Il n'a pas d'article dans la Biogr. univ. Voyez les Arch. du Rhône , v, 1 5 1 .

1573. — Mort de François Sala , sieur de Mont-Justin et de la Costc , chevalier de J'ordre de St- Michel 9 echevin en i54i, i5yi et i5yo, capitaine de la ville de Lvon de 164a à i56(), possesseur d'nne bibliothèque riche en manuscrits. (C.B. Mélanges , p 534 P« Paris , Manuscrits françois de la B. du roi, 11, ai3) — «Suivant Pernetti, 1,377, le Consulat avait accordé « à son père en i5o4, une rue qui porte encore son nom. » Voyez aussi la Biogr. Lyon. , p. 268. Il esta présumer que le père de François Sala , était Pierre Sala, seigneur de l'Antiquaille, en i5i3, à moins que ce ne soit te Nicole Sala dont la Bibliothèque de V école des Chartes, u, aSi-85, nous a tout récemment révélé l'existence , dans un article qui nous a paru trop intéressant pour ne pas être reproduit.

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