MONSIEUR
Pour réponse à votre lettre du 31° janvier dernier, je vous adresse ci-joint une lettre pour M. Bégasse, votre officier, que vous ferez bien de lui remettre en mains propres.
Si, après cela, on vous fait encore des difficultés relativement à la construction de l'oratoire et de l'école que Sa Majesté vous a permise, vous m'en informerez, et en quoi elles consistent.
(S.) D'OLIMaART.
De Luxembourg, le 43° de février 1786.
A ce billet était jointe la lettre que voici :
Le Procureur général rappelle à l'Officier Bégasse le décret impérial du 26 novembre, autorisant les protestants de Hellendahl, Kirscheïffen et Blumendahl à construire un temple. — Propositions de la duchesse d’Arenberg. — Elles ne concordent pas avec la décision du Souverain. — Il faudra veiller à l’exécution pure et simple du décret.
MonsIEUR,
Par ma lettre du 8 décembre dernier, je vous ai informé du décret que Sa Majesté a porté, le 26 novembre précédent, en faveur des villages de Hellendahi, Kirscheïffen et Blumendahl, par lequel Elle a daigné leur permettre de construire un oratoire et une école sur un terrain convenable, qu’on a offert de leur céder gratuitement à cet effet.
Ces protestants m'ont adressé, par lettre du 31° du mois dernier, copie de la supplique qu'ils ont présentée à Son Allesse le Duc d’Arenberg, le 15° dudit mois, et une copie de la réponse que l’Intendant général de la Maison d’Arenberg a donnée à cette supplique, le 23° janvier dito, en l'absence et au nom de Son Altesse Madame la Duchesse douairière d’Aren-
berg, comme Dame et Comtesse de Schleiden, par laquelle il dit que si les suppliants veulent se réunir aux protestants habitants de Gronsfeld, Harserscheid, Schauenseiffen, etc., et concourir avec eux aux frais ainsi qu'aux compétences des ministres, maîtres d'école et autres nécessités de l’établissement, à quoi elle les exhorte, en place d'un oratoire, on leur aecordera la permission de bâtir une église.
Ces conditions me paraissent d’un côté dures, et d’un autre, absolument contraires à la disposition royale de Sa Majesté, qui permet à ces protestants de bâtir leur oratoire et école sans aucune restriction ni condition.
Et comme, par la même disposition, Sa Majesté m'a chargé de surveiller à ce qu'il n'arrive aucune difficulté à l'exécution de son décret, j'espère, Monsieur, que vous ferez en sorte que ce décret ait son exécution, et que ces protestants n'aient plus sujet de recourir à moi.
J'ai l'honneur, etc.
(S.) D'OLImART.
De Luxembourg, le 13 février 1786.
A M. Bégasse.
(Archives du grand-duché de Luxembourg. Papiers du Conseil.)
Lettre de Gendebien, intendant de la duchesse d’Arenberg, à l’Officier Bégasse, 8 mars | 786.
Les propositions de la duchesse d’Arenberg ne sont pas en contradiction avec les ordres de l'Empereur. — Étendue des droits de la duchesse. — Ces droits ont été implicitement reconnus par les pétitionnaires protestants, — Raisons de fait qui justifient les propositions de la duchesse.
J'ai vu, Monsieur, la lettre que vous a écrite Monsieur le Procureur général de Luxembourg.
Il me semble que vous devez lui dire en réponse : que vous avez attentivement considéré et la résolution qu’au nom de Sa Majesté il a prise, le
26 novembre dernier, en faveur des protestants des villages de Hellendahl, Kirscheiffen et Blumendahl, et au préjudice de ceux des autres villages de la terre de Schleiden, et la permission qu’en date du 21° de décembre 1785, a donnée Son Altesse Madame la Duchesse d’Arenberg, douairière, Comtesse de Schleiden, aux protestants, tant de la ville que des autres villages du comté, au nombre de nonante-six familles. :
Que vous savez qu’il a paru à ceux du Conseil de Leurs Altesses Monsieur le Duc et Madame la Duchesse d’Arenberg, que Sa Majesté, par son Édit de tolérance, n'avait pas entendu multiplier en ses États le Luthéranisme, au préjudice de la Religion Catholique et Romaine, mais seulement souffrir les protestants, et permettre que librement ils exercent les fonctions de leur religion, ce qui jusqu'ici n'avait pas pu se permettre dans les Pays-Bas.
Que cependant, accorder que le petit nombre de familles luthériennes qui se trouvent dans les trois villages de Blumendabl], Kirscheiffen et Hellendahl se bâtissent un oratoire public, c'était ouvrir la porte à ces sortes de lieux publics, toujours dangereux pour le bon ordre et la tranquillité, dans les endroits où les Catholiques Romains ont, de toute ancienneté, leurs chapelles ou églises.
Qu'il est vraisemblable que c’est remplir les intentions de Sa Majesté que d'accorder à tous les villages du comté de Schleiden un seul oratoire ou une seule église ; et qu’en tel cas il est simple que ce lieu devait être au centre de tous ces villages, et non pas à l’un des bouts de ce pays.
Que c’est dans ces vues que Madame la Duchesse, après avoir accordé aux protestants des autres villages de son comté la permission de se bâtir un oratoire à Schleiden même, avait, par son apostille du 23° de janvier de celte année, donnée sur la requête des protestants de ces trois villages susdits, exhorté ceux-ci à se réunir à ceux des autres villages.
Qu'il semble que, ce faisant, Madame la Duchesse n’a imposé, ni entendu imposer aucune condition à ceux de ces trois villages, et que, loin d’avoir voulu contrevenir à la disposition royale de Sa Majesté, elle a cru que c’est remplir l'intention de Sa Majesté que d'accorder à tous les protestants de sa terre un seul et même oratoire, également propre à tous ceux qui en habitent
les extrémités; en même temps qu'à tous également elle épargnerait la
dépense de l'établissement de plusieurs et celle du salaire de divers ministres.
Que vous croyez devoir informer M. le Procureur général que les droits de Madame la Duchesse d’Arenberg en la terre de Schleiden sont tels que Personne ne peut y bâtir sans sa permission, et que ceux de son Conseil croient fermement que Sa Majesté, en permettant aux protestants des trois villages susnommés de se donner un oratoire, n’a pas entendu les dispenser de cette obligation envers leur Seigneur.
Qu'il semble que c’est cette permission, que, par leur requête, appointée le 23° de janvier, ils ont entendu requérir, en demandant sa protection, mais que, cependant, cela ne remplit pas l'obligation de demander cette permission; pourquoi on se réservait bien d’user de son droit à cet égard, si ces protestants bâtissaient avant de s'être mis en règle.
Voilà, Monsieur, en substance, la réponse qu’à mon avis vous devez faire à la lettre honnête que vous a écrite M. d'Olimart, qui, certainement, engagerait lui-même ceux des trois villages à se réunir au corps des autres protestants, s’il daignait faire attention que la ville de Schleiden est le centre du comté, que Sa Majesté, voulant que tous ses sujets participent également à ses grâces, ce serait mal répartir celle accordée aux protestants du pays de Schleiden de se donner un oratoire ou une église, que d’en permettre l'emplacement à l’une de ses extrémités, parce qu’alors l’éloignement de ceux de l’extrémité opposée serait tel, qu’ils ne pourraient guère en profiter, y ayant entre eux plus d’une lieue de distance.
Du reste, si l'intention de M. le Procureur général était d’empécher que les protestants du comté de Schleiden ne pussent profiter de la faveur de l'Édit de Sa Majesté, je dirais en les désunissant, il y parviendra certainement, et qu'il est assuré de leur désunion, s’il veut forcer ceux des autres villages à concourir aux dépenses d'un oratoire, d’un ministre et d’un maitre d'école à créer dans l’un des dits trois villages.
J'ai l'honneur, etc.