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LES RÉQUISITIONS DE BLÉS ET AUTRES CÉRÉALES

C'est un spectacle à la fois triste et curieux que celui d*une ville bloquée, qui s'administre révolutionnairement sous le coup d*une nécessité « qui n'a pas de loi > .

Pour être clair, il faut diviser le sujet en deux parties : parler d'abord des bourgeois, ensuite des artisans et indigents (je pense que la nuance était bien faible entre ces deux dernières catégories, surtout à la fin du siège).

Aux premiers, le conseil, que 4'sd qualifié déjà d'ex^ traordinaire et qui avait à sa tête ce qui restait du Magistrat, demanda de s'imposer de plusieurs façons. La contribution pour la solde des soldats à deux patars ayant été volontaire , je n'ai pas à y revenir. Mais les taxes pour l'entretien des pauvres et pour l'établissement ou réfection des fortifications , furent générales et obligatoires. La commune elle-même (considérée comme être moral), contribuait à la subsistance des pauvres pour quatre-vingts livres tournois par semaine (1).

(1) Conseil du 23 décembre i566,

«t Sur ce que a esté remonstrô comme jà par plusieurs fois et « sepmaines l'on avoit délivré de la part de la Ville aux malstres et « superintendans de ia commune et généralle aulmosne et pour « subvenir aux affaires d^icelle et nécessité des povros , la somme « de quattre-vingts livres tournois, et comme ceste ville avoit de « grant ffaix à soustenir en pluisieurs endroitz et peu de profQt et « cattel présentement, et questoit à adviser comment on en polroit « faire.

« A esté advisé , voyant l'indigence des povres en grant nombre « de plus en plus, de encoires continuer de délivrer lesdicts IIII^^^ « 1. tournois par chascune sepmaine, jusques ad ce que aultrement « sera advisé et conclud. »

La taxe ayant pour objet de fournir la subsistance aux pauvres , notamment sous forme d'un travail rétribué , fut arrêtée dans le conseil du 17 décembre. Elle parut lourde à des gens dont le gain avait cessé et dont les revenus avaient tari. Voici ce que je trouve dans la délibération dudit Conseil, en date du 24 décembre 1566 :

« Sur ce que a esté donné à congnoistre comme suivant « Tadvis heu le xvii* de ce mois, pour cœillier argent en dons € pour povbir entretenir les povres et indigens en ouvraiges « et leur donner moyen de vivre (1), pluisieurs de ceulx qui

< avoient esté assis et portionnéz raisonnablement, selon leur € estât et qualité, par Tadvis de bon nombre des principaulx « bourgeois, estoient en reffus de payer; meismes , estant « appeliez vers Messieurs ( le Magistrat ) pour les oyr et « induyre à contribuer par tous bons moyens , eontempnant € la justice , n'ont fait debvoir y venir ny monstrer obéis-

< sance.

€ A esté conclud de constraindre les reffusans , n'est qu'ilz « donnent excuses suffi^ntes et raisonnables >.

Plus Ton avança, plus les difficultés de recouvrement s'accrurent. D'un autre côté, se révéla rinsufftsance de la taxe des fortifications. 11 fallut changer de plan. Le nouveau système fut fourni par les réquisitions de blé et par les mesures économiques et financières qui en découlèrent.

Les écrivains qui jusqu'ici n'ont fait , fautQ de documents, qu'effleurer l'histoire du siège, n'ont pas toujours été d'accord sur le caractère des réquisitions de blé. Quelques-uns y ont vu une série de déprédations , de pillages à la charge des tout-nuds. Il est bien clair que, quand ceux-ci emportaient, comme le dit M. Cai'lier, des horloges et autres meubles, ils commettaient des vols dont personne ne songe à les excuser, mais il n'en est pas de même en ce qui concerne les céréHes. Là, ils

(1) Je n'ai pas retrouvé la délibération du 17 décembre.

n*étaient que les instruments de ce conseil extraordinaire, qui désormais représentait la Ville , le corps de la ville comme on disait alors.

Ces réquisitions d'ailleurs, quels qu'en fussent le caractère et la légitimité , étaient devenues nécessaires. Sans doute les Valenciennois avaient cru au succès de la ligue des Gueux , à la capitulation du roi. Lors même qu'ils affrontèrent le siège , ils ne le firent que dans l'attente d'un prompt secours (1). Cela explique comment ni le Magistrat, qui avait la haute main sur la halle, ni les particuliers, n'avaient pris leurs précautions et avaient laissé passer la récolte ^e 1566 sans faire d'amples approvisionnements .

Nous trouvons dans la délibération du Conseil, en date du 4 janvier 1567, un renseignement fort important. Il en résulte : 1® Que l'on fit le « retrœuve » des ménagers qui étaient dans l'obligation d'acheter leur blé à la halle, n'en ayant pas chez eux ; 2** qu'une quantité de blé dépassant cent quarante muids par semaine fut jugée nécessaire ; 8° qu'il y avait alors fort peu de blé en ville :

« A esté donné à congnoistre comme, par la retrœuve

(1) J'ai dit ailleurs que la ville comptait être débloquée et M. Carlier souligne ces mots bien simples. Je faisais par là allusion à des rumeurs qui ne paraissent pas être connues des historiens valenciennois. Ainsi, au rapport de Jacques Gellée, le comte de Homes, se trouvant à Antoing , lui avait dit que « sy on povoit tenir la « ville encoire trois sepmaines que ce seroit assez, leur donnant « advis de se deffendre sy on les assailloit ». Suivant d'autres, le seigneur d'Audregnies , passant dans les faubourgs de Valenciennes , avait dit qu'il s'apprêtait un tel secours que les cheveux se dresseraient bientôt sur la tête de Noircarmes. 11 existe dans le même sens une lettre écrite d'Anvers, le 24 janvier 1567, par les deux délégués du consistoire , Jacques Gellée et Antoine Morrenart. EnHn il est encore question de billets écrits par les soigneurs de Villers et de Wingle, tant à Simon Logior qu'à M. d'Audregnies , d'après lesquels il semblait « que de bricf « les armes se prendroyent s^jon l'apparence ». Tout cela a été dit et publié par mm dans le Bulletin d'histoire du protestantisme français (no» des ''15 août 1878, 15 février, et 15 mai 1879). Les documents d'où sont tirés ces renseignements, ne sont-ils pas connus des historiens valenciennois ? Ils reposent pourtant aux archives générales du royaume de Belgique.

€ faicte parmy la ville de tous les mesnaigiers ausqiielz € convient acheter bledz en la halle, il en faudroit bien par « chascune sepmaine cent et xl muys et plus, et si s'en « trouve bien petit nombre et peu de pourveu en la ville, « au moyen de quoy polroit advenir grand trouble et incon- « vénient en la ville ».

Cet état de choses , évidemment grave , préoccupe beaucoup le conseil extraordinaire. Il en est encore question dans la séance du 15 janvier 1567 :

« A esté remonstré, comme encoires a esté faict, que, par € la Visitation des cônes tables et rapport qu'ilz ont faict des « grains trouvez es maisons des bourgeois en ceste ville, ne « s'en trouvoit gherres ny de pourveus, mais fort grand nom- « bre ausquelz en convient avoir et acheter en la halle, 4c et -combien que Ton ayt esté quérir grains et garbes au « dehors et les mis en divers lieux en la ville, Messieurs , à « bien grande difficulté , sçavoient trouver grains pour jour- « nellement mectre et pourveoir ladicte halle de ce qu'il en « est besoing, nonobstant qu'on y melle de l'orge.

« Estoit partant à sur ce adviser et mectre ordre.

« À esté conclud et advisé de dénommer et commectre « ceulx cy-après, pour de rechef faire Visitation et retrœuve, € par les maisons , boulangiers , cambiers ( brasseurs ) et € aultres, que aussy prendre regard et entendre à ce qu'il « poelt avoir es granges, églises et aultres lieux, comme sur « les basteurs, et que le grain que journellement l'on y bat « soit recoeillié et mis en certains lieux et greniers seure- « ment que, pour par eulx, en furnir la halle et estre vendu « et distribué , assavoir : Franchois Saulmon , Claude Gre- « bert, etc. . . »

Il n*y avait à cette disette qu'un remède ; réquisitionner les grains aux alentours, les placer en lieux sûrs dans la ville , en centraliser la vente et la distribution dans la halle de Valenciennes.

De là les réquisitions exercées d'abord dans les faubourgs , puis dans les abbayes ( Crespin , Fonienelles , etc.) ; et enfin dans les censés des villages.

Les passages suivants prouvent jusqu'à la dernière évidence que ces réquisitions sont faites pour le compte

de la ville. Celle«*ci en ^et paie déâmtivement les char* geurs , et provisoirement les chaiTetiers , sauf recours contre les propriétaires de denrées.

Conseil du 27 décembre 1566.

€ Sur ce que a esté remonstré comme pluisieurs chartons € (charretiers-voituriers) avoient esté avec leurs kars et che- € vauhc quérir et voiturer grains et garbes de bledz par « divers jours des maisons et censés des faulxbourgs (1) de « ceste ville pour amener en icelle et en provision , dont ilz « en demandoient et poursuivoient sallaire et paiement.

« A esté advisé de leur donner sallî^ire tel que avoit esté « advisé et taxé par certain roUe et recœil sur ce faict, et « que par la ville et les massars leur en soit faict paiement <c et prest (c'est-à-dire avance). » — Nous citerons plus loin le reste de la phrase, et Ton verra ce qu'il faut entendre par ce mot de € prest ».

« Et au regard des manouvriers et aydes estans employez « à chergier lesdits chariotz et porter grains et garbes,

« A esté conclud que la ville leur en fera payement et « portera (supportera) la despence ».

Conseil du ii jantier 1567.

c Sur ce que Pierre Lepoyvre a faict remonstrancc com- « ment la despence faite par les soldatz estans allez à Fonte- « nelles , ensemble les sallalres des bacqueteurs et ouvriers « ayans esté empeschiéz à chergier et amener grains et « garbes en la ville portera à grant somme, et dont estoit « requis faire le payement et contentement.

« A esté advisé que la ville porte et furnie la despence de « bouche desdits soldatz.

« Et quant ausdicts bacqueteurs et ouvriers , ont été dé- « nommez et commis pour faire taxation de leurs ouvraiges « et sallaires, selon qu'il sera trouvé appertenir, etc. (Suivent les noms.)

« Ont aussy esté dénommez et commis (ici les noms) pour « eulx transporter demain à Fontenelles veoir et ad viser s*il « y a encorres grains ou garbes à amener, sinon de faire

(1) Ainsi Tordre chronologique des pièces indique qu'on s'adressa d'abord au plus près , c'est-à-dire aux « norretiers » des faubourgs.

4c rethonraer lesdictz soldatz sans les laisser faire mueun « désordre,

« Item, pour adviser et mectre ordre que les grains en € garbes en pluisieurs lieux en ceste ville soient battus et « mis à point, et que le coiD/trerolle (contrôle) et garde soit « faicte des grains que pour les faire mectre , distribuer et « vendre à la halle (1), ont «sté commis, etc. >

Conseil du ISjtmoier 1567.

« Comme il fut proposé que pluisieurs chartons avoîent < esté avec leurs kars, karettes et chevaulx, quérir et voye- € turer grains et garbes de bledz et aultres , par divers «jours, de pluisieurs censses cy enthour et de Fontenelles, « qullz auroient amené en ceste ville en provision et lesquelz « chartons comme aussy pluisieurs ouvriers, ayant esté em- « ployez à cherger et porter lesdiets grains et garbes, « demandent avoir de leurs paines et sallaires payement et « contentement.

« A esté ad visé, comme et devant du xxvii"du mois passé, « que leur soit fait taxation de leurs sallaires , et que , selon « ledict tax, leur soit fait le paiement en prest par les massars € qui s'en rembourseront sur les deniers venans et procé- « dans desdicts grains, et sur chascun à quantité et à Tadve- « nant de leur portion, saulf que, quant ausdicts ouvriers et « aydes, leur salaire se payera et suportera par ceste ville ».

Enfin, par délibération du 29 janvier 1567, ledit Conseil accorde xx livres tournois à Jehan Dubois et Mahieu Leducque

(1) Nous ne voyons qu'une seule exception à ce principe de la vente en régie. Elle est faite au profit de l'Hôtel- Dieu :

Conseil du 17 Janvier 1567,

« Sur ce que a esté proposé comme la maistresse de l'Hostel-Dieu « en ceste ville avoit remonstré à Messieurs comïnent la maison « n'avoit gherres de bled» et en estoit deu par aulcuns censsiers de « dehors les portes, ce qu'elle désiroit bien de pooir avoir et recep- « voir que pour pourveoir ladicte bonne maison et en traicter les « povres et malades , mais qu'il y avoit certains commis tenant « regard sur les bledz en ladicte ville , pour tout faire mectre et « vendre seuUement en la halle*

« Sy estoit à sur ce délibérer.

« A esté conclud de leur laisser et permettre en avoir et recep- « voir de leurs censsiers ce que leur en sera do besoing ».

€ pour leurs paines, solicitudes, labeurs et vacations faictes « en prenant regard et tenant contreroUe sur les kariaiges « et voyetures de grains et garbes prins et venans des faulx- « bourgs et villaiges voisins, au durant le terme et espace € de cincq sepmaines et aucuns jours ».

J'arrête mes citations à la fin de janvier 1567. Elles prouvent jusqu'à la dernière évidence que les réquisitions de grains eurent lieu pour le compte de la ville et sous la responsabilité du Conseil. Toutefois , si je m'en tenais là y la responsabilité ne serait que déplacée. Étant donné que jamais l'intention de rembourser les denrées n'aurait existé, la « rei aliense fraudulosa detrectatio » pourrait être imputée, sinon aux tout-nuds, du moins au Conseil représentant la ville.

Mais il n'en est pas ainsi et plusieurs passages des délibérations prouvent que les représentants, plus ou moins autorisés de la cité, mais les seuls qui en définitive existassent, comptaient payer la valeur de ces grains, aussitôt après le déblocus de la ville. Je citerai deux de ces passages.

Bélihération du 27 décembre 1566.

II y est dit que le salaire des charretiers sera avancé par les massars

« pour le ravoir et rethirer des cerisiers et laboureurs sur les « deniers du vendaige de leurs grains, chascun à portion et « quantité (1) ».

En d'autres termes , lorsqu'on remboursera aux fermiers le prix de leurs grains , on leur retiendra le prix du voiturage, qu'ils auraient dû supporter pour amener leurs denrées sur le marché de Valenciennes.

Délibération du JB 5 janvier 1567.

Des bourgeois viennent demander que l'on emploie à secourir les pauvres les orfèvreries provenant du bris des images , et voici ce que le Conseil leur répond :

(1) Voir aussi à la page précédente la délibération du 13 janvier 1567.

« Et aultres auroient advisé et trouvé plus expédient (pour « moins yrriter la court) de lever deniers et les prendre sur « le vendaige que on faict des bledz et grain venant des

« censses et biens d'abbayes , que pour cy-après les rem-

« boursser par ceste ville ».

Ce qui prouve encore l'intention de restituer, c'est la délibération du 1" janvier 1567, relative aux débris provenant du sac de l'abbaye de Fontenelles. Le Conseil ordonne que « touttes et quelconques les parties de « meubles et baghes tant licthières que estains , cuivre, t férailles et autres soient recoeillées ensemble, amenées, « mises et tenues en sçeur lieu et garde que pour les « rendre »

Assurément de l'intention au fait il y a loin et nous comprenons fort bien cette réflexion de M. Garlier disant que les fermiers n'acceptaient qu'avec répugnance les méreaux au moyen desquels ils devaient être remboursés plus tard. Toujours est-il que celui qui a l'intention, impuissante peut-être , de payer, n'est pas un pillard. Et puis, nous l'avons déjà dit avec le fabuliste, nécessité n'a pas de loi. Pierre Rasoir, ceux de ses échevins qui n'avaient pas émigré , d'autres bons catholiques encore que les calvinistes empêchaient d'user des sauf-conduits de Noircarmes, faisaient partie du conseil extraordinaire. Ils devaient pourvoir à l'approvisionnement de la ville, à peine des plus grands désordres et des dernières violences.

Il nous reste maintenant à exposer le mécanisme économique et financier, auquel la vente des grains servit de pivot. Fidèle à notre système, nous allons encore recourir à des textes inédits.

Nous avons vu le Conseil , contraint par la plus pressante des nécessités et par la considération de son propre salut , mettre la main sur les grains battus et en gerbes se trouvant dans la ville , dans les faubourgs , dans les abbayes dévastées par le fanatisme religieux , dans les

villages circonvoieins , faire battre les gierbes et accumuler les grains dans la halle de la ville. Là siège mie commission, qui a sotrs ses ordres des mesureurs et un préposé à la recette, nommé Pierre Horin., qui lui-même n'est que le mandataire de Pierre Lepoivre.

Les bourgeois viennent acheler leur grain i la halle, suivant une mercuriale que je n'ai pas retrouvée, et en paieat le prix aux mesureurs qui ie remettent à Pierre Horin.

Quant aux artisans et indigents, voici comment la chose se passait : il existait en « chascun ruaige » (quartier) des commissaires qui, après avoir dressé la liste des pauvres dont ils avaient la surveillance , communiquaient les noms au Magistrat et l'avertissaient des besoins de chaque famille. Ces indigents recevaient des commissaires des « plommets (1) » qu'ils remettaient aux mesureurs de grains, en se présentant à la halle. Que se passait-il alors? Pouvaient-ils, avec ces « plommets », se faire délivrer du grain ffratis ? Je ne le crois pas : la ville n'aurait pas été assez riche pour faire de telles largesses, mais il est probable qu'ils l'obtenaient à prix réduit, car s'ils eussent été forcés de l'acheter au même prix que les bourgeois, on ne voit pas à quoi auraient servi les plommets. D'ailleurs Tidée du maximum, en matière de denrées, apparaît dans toutes les circonstances semblables. Gomme, avant tout, il faut manger, c'est sans nul doute à ces achats que les indigents non valides employaient les quatre-vingts livres tournois qu'ils recevaient chaque semaine de l'Aumône générale, que les tout-nuds employaient leur solde , et que les « bottiers » (ouvriers des fortifications), très-nombreux, comme on va le voir, employaient la solde qu'ils recevaieat de Pierre

(1) Ce mut 0e « plommet » ne se trouve, à ma connaissance, dans aucun dicUojlnaire de la langue romane, mais je pionse qu'il déaigne un méreau ou jeton de plomb.

Gonrart^ agent compiabie desdits travaux ^ leopiel U {prélevait sur les trois cents livides tournois qu'il recevait chaque semaine de Pierre Horin.

On comprend mamtenant le système. La c$iâ^ de la halle au blé était le pivot de la finance municipale. Elle se vidait et se remplissait tour a tpwr, car ce qui en sortait à divers titres lui revenait imm^édiatement par action réflexe et par suit9 de Tachât des grains {i).

Ce qu'il y a de plus curieux dans ces combinaisons, c'est le parti qu'on flit obligé de prendre par rapport aux ouvriers des fortifications.

Dans les premiers jours de Janvier 1567, il devint évident que la taxe spéciale affectée aux ouvrages (2) était insuffisante .; on prit alors la résolution de ne faire que les ti*avaux indispensables, ainsi que l'indique le document suivant :

Conseil du Ôjanmer 1567,

« Sur oe que les commis de la court Saint-Denis auroient « mis pordevant lesdicts bourgeois assemblez certaine décla- € ration par escript des ouvraiges que, par Tadvis des supé- « rintendans , se trou voient bien requis estre fais en divers « lieux et endroitz et où on polroit employer et mectre en < euvre les povi^s gens, sy on le trou voit ainsy bon.

« Iceulx , congnoissans et considérans les grans frais et « cherges que ces te ville avoit à suporter, ont esté d'advis « de seullement besoignier et ouvrer où il est le plus néces- « saire et en ce que consiste en réparations et pionaiges, « pourVentreténement desdicts povres gens, faisant ouvrer 4c au relargissement des fosséz de la poterne, estetter et

(1) Cela est de la dernière évidence. Si la ville avait .pu renouveler ses achats de grains, le fonds de roulement aurait servi à ces achats successifs. Or ceux-ci devinrent impraticables par suHe du blocus hermétique , et par conséquent le fonds de roulemenit reçut la destination consignée plus luàut.

(2) Outre cette taxe spéciale, établie par commissaires, il paraît y avoir eu une collecte organisée dans chaque paroisse. (Voir ci-après l'interrogatoire de Pierre Conrart;)

« abattre les hayes et arbres , etc., etc., sans emprendre « aultres ouvraiges de grans faix et mises ». '

Mais ce palliatif est insuffisant, e^le 15 janvier 1567 l'état de choses s*est déjà aggravé.

Délibération duditjour,

« Sur ce que de la part des commis de la court Saint- € Denis a esté remonstré comme le nombre des povres gens « ouvrans porte à IXc LX et leur en vient encorres en bon < nombre pour estre reçeus à ouvrer, mais ils n'ont moyen € ny argent pour y furnir, de tant mesmes que plusieurs « bourgeois se refroident en leurs dons et aulmosnes et les € aulcuns ne voellent plus continuer ou n'ont le moyen , € déclarant qu'il avoit plusieurs josnes filz et enfans ouvrans, « ausquelz l'on donne et paie m ( gros ? ) par jour, sur les- € quelz on polroit prendre et retirer ung gros pour en entre- « tenir aultres, sy on le trouveroit ainsy bon. »

Le Conseil constate son impuissance. « N'y a eu « aulcune résolution sur ce prinse. »

Plus le temps marche, plus la situation empii'e. Le 24 janvier 1567, Tun des maîtres de la cour Saint-Denis se présente devant le Magistrat. Il lui déclare que la commission des travaux est débordée et qu'il faut prendre de nouvelles mesures ; sinon, de sérieux désordres sont à redouter. Le lendemain, 25 janvier, le Conseil est assemblé et le Magistrat lui fait Texposé suivant :

« A esté proposé comme le jour d'hyer, Pierre Conrart, « l'ung des commis à la cour Saint-Denis , assisté de plui- « sieurs principaulx bourgeois, seroit venu remonstrer com- « ment bien ni° personnes s'estoient trouvez vers eulz pour « estre reçeuz en ouvraiges, déclarant qu'ilz avoient tout € usé et esseillié leurs biens et n'avoient plus moyen de « vivre sy par ouvrer on ne les entretenoit et leur donnoit à € gaignaige, et que ce fut en dedens lundy prochain ; sinon € admseroient comment il^ en feroient pour aller dehors ou € aultrement. »

On délibère et diverses opinions sont exprimées. Les

uns sont d*avis de consacrer à nourrir ces malheureux les orfèvreries brisées le 24 août 1566 et qui sont toujours à la maison 4e ville ; d'autres , de puiser dans la caisse de la halle ; les derniers enfin, d'emprunter quelque argent au nom de la Ville. C'est à ce dernier parti qu'on s'arrête. Mais où et à qui emprunter? Sans doute on reconnaît que le parti adopté est impraticable , car nous apprenons par les interrogatoires de Pierre Gonrart qu'il recevait de Pierre Horin, sur la caisse de la halle, la somme de trois cents livres tournois par semaine (1).

(1) Voici les passages saillants et si)éciaux à notre sujet des interrogatoires de Pierre Conrart , que je crois être l'aïeul ou du moins l'un des parents en ligne ascendante de l'académicien Gonrart « au silence prudent », immortalisé par les rancunes de Boileau.

« Pierre Corrat, marchant, prisonnier, eaigô de trente-huyct ans, « amené pardevant Messieurs en la chambre de la prison et interro- « gué, confesse avoir esté présent aux ouvraiges de ceste ville par « le Conseil particulier et Magistrat avec TRomas Desprez au mois « d'aougst de l'an 1566, où il auroit continué jusques au jour de « son emprisonnement. »

(Ici des détails curieux sur ce conseil des fortifications. Il était composé de six personnes. Furent institués en août 1566 Gonrart, Nicolas Rasoir, Bertrand Gruel , Jehan Fontaine, Marnier et Olivier Le Boucq. Jehan Fontaine (qui n'est pas le guidon des chevaucheurs mais un homonyme ) et Nicolas Rasoir émigrent avant le siège et sont remplacés par Michel Herlin , le père , et François Voisin. Vu les circonstances, on nomme six nouveaux commissaires : Pierre Wicart, Nicolas Bassée, Jehan Le Vasseur, le père, Nicolas Gillet, Glaude Martin et un maître maçon nommé Pennaville.)

« Dict que les deniers pour employer ausdicts ouvraiges passoient « par les mains de luy qui parle et de son compaignon (Thomas « Desprez).

« Depuis , signamment durant la closture , le tout a esté

« employé ausdictes fortiffications avec aultres deniers que ledict « Gonseil ordonnoit à prendre sur les massars et , pardessus ce, « les deniers qui se levoient sur les bourgeois et s'employoient « ausdites fortiffications et passoient aussy par leurs mains comme « les aultres qui se collectoient par les commis de chascune paroice che. Et comme les susdits deniers ne povoient furnir ausdites « fortiffications , fust proposé au Gonseil de la vilfe pour trouver K aultres deniers et y eult diversité d'advis » ( ici une lacune où il était évidemment question de la délibération du 24 janvier 1567, et le manuscrit reprend ainsi) : « sepmaine, trois cens livres tournois « sur les deniers procédans de la vente des grains appertenans « aux abbayes , que les commis à la recepte desdicts deniers leur « apportoient par sepmaine,

« Interroçué à quelz fins se faisoient les fortiffications , attendu « que les riches s y emploioient aussy bien que les povres , non « seuUoment par contribution de deniers, mais aussy à paine de

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