‹ Notes et éclaircissements sur l'histoire générale des Pays-Bas et sur l'histoire de Valenciennes au xvi siècleChapitre 4 sur 20 · SIGNIFICATION DES MOTS : BANDES, ENSEIGNES, ETC · texte numérisé non relu

SIGNIFICATION DES MOTS : BANDES, ENSEIGNES, ETC

Il sera peut-être utile à nos historiens locaux d'être fixés sur le sens de certains termes employés pour désigner les troupes du xvi* siècle.

Ainsi, suivant le regretté M. de Coussemacker, les émissaires de certains princes électeurs luthériens (1) annonçaient dans les Pays-Bas la prochaine venue de quarante bandes de fantassins et de trois cents bandes de cavalerie (Garlier, 95, 96). Cette hâblerie était si monstrueuse que Ton ne comprend pas comment des magistrats purent y ajouter foi.

D'abord, au xvi® siècle, en Allemagne ou dans les Pays- Bas, mais surtout dans ce dernier pays, on n'applique jamais cette expression de « bande » à une troupe de fantassins (2). Dans les Pays-Bas, il n'y a que des ensei-

(1) Ces princes paraissent avoir été appelés par M. de Coussemacker Frédéric de Nausburg et Gérard van Sevenberghe. — Je ne comprends rien à cette citation que je ne puis vérifier. Il n'y a jamais eu de princes électeurs de ce nom.

(2) Le lecteur verra cependant plus loin que les bas-officiers des compagnies bourgeoises deValenciennes sont qualifiés de « sergens « de bende » , mais jamais les compagnies elles-mêmes ne sont dénommées ainsi. Ces mots « sergens de bendes » constituent un idiotisme dont les termes sont indivisibles.

gnes ou compagnies d'infanterie. Quelquefois et dans des cas exceptionnels, on réunit plusieurs enseignes po)ir en faire une « coronellerie ». Ce fut le cas pour Antoine Blondel, seigneur du Haultbois. (Commission du 21 mai 4563. — Histoire des Troubles, III, 290.) Mais on peut voir en même temps à quel point cette innovation fut mal prise par le marquis de Berghes, gouverneur général du Hainaut, et même au sein du conseil d'Etat.

Sous les murs de Valenciennes assiégé, il y avait des compagnies de wallons commandées par les seigneurs de Rongy, dlnchy, de Béthencourt, de Bugnicourt, de Preux, de la Hamaide, etc., et deux régiments auxiliaires à six drapeaux chacun, de luxembourgeois et de namurois commandés par Charles de Mansfelt et par Gilles de Berlaymont, seigneur de Hierges, dont j'ai retrouvé les lettres.

En Allemagne, il y avait des enseignes et aussi des régiments de piétons. Ainsi Philippe II, qui hésita assez longtemps à autoriser le siège de Valenciennes, n'y consentit qu'à la condition qu'on lèverait ad hoc deux régiments d'allemands , qui furent , si j'ai bonne mémoire, commandés par Schauwenbourg et par Otto d'Eberstein (1).

Lorsque, au contraire, on veut désigner des troupes de cavalerie, on se sert souvent du mot « bande », mais alors ce mot est synonyme de « compagnie d'ordon- « nance » , composée de gens d'armes et d'archers à cheval, à raison de deux, quelquefois même trois archers par homme d'armes. On dit donc indifféremment « bande » ou compagnie d'oi*donnance.

Les bandes d'ordonnance des Pays-Bas (2), qui furent

(i) Gachard, Corresp., I, 504, N. I. Voir aussi d'Oultreman.

(2) Elles furent fondées par Charles-le-Téméraire, qui introduisit dans les Pays-Bas le système des armées permanentes.

généralement au nombre de quatorze sous le règne de Philippe II, ont varié quant à l'effectif, depuis quarante ou cinquante hommes d*armes jusqu'à cent et cent cinquante. En temps de guerre, l'effectif pouvait être plus fort ; ainsi en réunissant les pièces relatives aux campagnes du Hainaut de 1543, j'ai pu constater que certaines bandes s'élevaient jusqu'au nombre de deux cents lances. Elles étaient commandées pai* les plus grands seigneurs, chevaliers de l'Ordre et gouverneurs de province. A l'époque qui nous occupe, on rencontre les quatorze bandes d'Orange, d'Egmont, de Berghes, de Montigny, de Hornes, de Hoohgstraeten, de Megen, d'Arschot, de Berlaymont, d'Aremberg, de Ligne, de Boussu, de Rœulx et de Mansfelt. Le plus mince seigneur parmi ces capitaines est peut-être Henri . de Brederode (1) , de noblesse pourtant très ancienne, et dont le père, Renaud de Brederode, avait été l'un des principaux généraux de cavalerie de Charles-Quint (2).

Comme on le voit, l'effectif de toutes les bandes l'éunies des Pays-Bas ne s'élevait pas encore bien haut, mais elles constituèrent la meilleure cavalerie de l'Europe et jouèrent un rôle prépondérant à Muhlberg, à Saint- Quentin, à Gravelines, etc.

Eln France, aussi, il y avait un certain nombre de bandes ou compagnies d'ordonnance, dont l'effectif variait et qui étaient commandées par les plus grands seigneurs, même par le dauphin et les fils de France.

Ainsi , quand ces soi-disant émissaires allemands parlaient de trois cents bandes de cavalerie, ils énonçaient un effectif supérieur à toute la cavalerie régulière de l'Europe.

(1) II commandait une de ces bandes comme suppléant le titulaire.

(2) J*ai induit en erreur plusieurs écrivains français, qui après moi ont écrit Brederode avec deux accents aigus, que l'orthographe flamande ne comporte pas.

Les historiens qui voudraient creuser ce sujet doivent se procurer l'ouvrage spécial de M. le général Guillaume, ancien ministre de la guerre du royaume de Belgique.

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