CARACTÈRE DE LA CONVERSION DU PRINCE DE CONDB
A la page 97 du livre de M. Carlier, je rencontre une digression sur Louis de Bourbon , prince de Condé , chef militaire des huguenots français , lors de leur première prise d*armes de 1562.
Je ne suivrai pas mon contradicteur dans cette digression étrangère à notre sujet et me contenterai de relever le passage suivant : «... lui aussi (le prince de Condé) « sans doute s'était fait calviniste , le jour où il avait cru « comprendre que Télément religieux pouvait seul lui « fournir les moyens de prendre la place de son roi (1) » .
Voilà une appréciation à laquelle je ne puis souscrire !
Comment Louis de Bourbon aurait-il eu la pensée de supplanter son roi ( Charles IX ) , alors que , comme prince du sang , il était primé par ses deux frères aînés, Antoine > duc de Vendôme (2), lequel avait lui-même un fils qui fut Henri IV, et le cardinal Charles de Bourbon, qui fut un fantôme de roi sous le nom de Charles X ?
(1) Ces mots sont soulignés par M. Carlier.
(2) Blessé mortellement au siège de Rouen.— Mort le 17 novembre
S'il était nécessaire de trouver un motif politique à l'abjuration du prince de Condé , il faudrait bien plutôt le chercher dans le désir de contrebalancer l'influence des Guise (François, le premier balafré, et Charles, le second cardinal de Lorraine). On ne doit pas oublier en effet que, sous François II, les deux Guise, oncles de la reine Marie Stuart , écartèrent tout à la fois les princes du sang, le connétable de Montmorency et les Ghâtillon. Louis de Bourbon faillit laisser la vie dans cette lutte, car, aiTÔté à Orléans à llinstigation des Guise, il fut condamné à mort le 26 novembre 1560 et aurait été certainement décapité le 10 décembre suivant, si le 5 de ce mois François II ne fût mort presque subitement par suite de la rupture du rocher (os temporal) (1).
Mais je pense qu'il ne faut pas chercher un motif poUtique à l'abjuration de Condé. Elle a plutôt un caractère intime et de famille.
Louise de Montmorency, sœur du connétable, se maria deux fois, la première avec Ferry II de Mailly, dont elle eut un fils mort jeune et célibataire et une fille, la célèbre Magdeleine de Mailly, et la seconde fois avec le maréchal de Ghâtillon , dont elle eut les trois Ghâtillon, savoir : le cardinal Odet, l'amiral Gaspard II de Coligny et François de Goligny (D'Andelot). Magdeleine de Mailly était donc la sœur utérine de ces trois derniers.
Elle se maria avec Gharles, sire de Roye, dont elle eut deux filles : Éléonore, qui épousa le prince de Gondé, et Gharlotte , qui se maria avec le comte François de La Rochefoucault , l'une des plus illusti*es victimes de la Saint-Barthélémy.
On peut distinguer maintenant les suggestions de fa-
(1) François II , prince malsain et rachitique , ne crachait pas et ne se mouchait pas. Les sécrétions nasales lui sortaient par l'oreille, au moyen d'une ûstule. (Voir les détails dans Régnier de la' Planche.)
mille auxquelles fut soumis le prince de Condé. L'amiral de Coligny était devenu son oncle par alliance ; sa bellemère, Madame de Roye, était huguenote de cœur et Tinfluence de celle-rci dut être grande, car Magdeleine de Mailly, Tamie intime de la reine Éléonore et de Catherine deMédicis (1), est une des figures considérables de notre seizième siècle. Joignez à cela le respect et la déférence que , malgré ses désordres trop réels , Louis de Bourbon conserva toujours pour sa femme, qualifiée par M. Guizot et bien d'autres « d'admirable épouse et d'admirable « chrétienne » .
Là est, je crois, la véritable cause de l'abjuration du prince de Condé (1558).