QUELQUES MOTS SUR PÉRÉGRIN DE LA GTIANGE
A la page 98, M. Carlier répète après Pontus-Payen et après moi que Pérégrin de La Grange , avant de venir à Valenciennes , avait assisté au siège de Rouen , d'où il s'échappa après la prise de la ville (26 octobre 1562).
C'est là un point curieux , mais qu'il serait désirable de voir vérifier à Genève ou à Rouen. Pour moi, en effet, la chose reste douteuse. D'après les relations , Pérégrin avait , en 1566 , vingt-cinq ou vingt-six ans. En 1562 , il avait donc environ vingt-deux ans. A cet âge-là, on n'est pas ministre ou pasteur , et dès lors je me demande en quelle qualité Pérégrin aurait été envoyé de Genève à Rouen. Car c'est en ces termes qu'il faut poser la question. Il ne vint pas à Valenciennes spontanément , mais parce que deux calvinistes valenciennois , le patinier Jehan de la Court et le moUekinier Jehan Flébin allèrent à Genève demander un ministre. S'il se rendit à Rouen, il dut y être envoyé par ses supérieurs, et je ne m'explique pas qu'on ait chargé un aussi jeune homme d'une mission importante.
Je pense qu'il est possible de s'entendre sur le caractère de Pérégrin de La Grange.
Tous les documents et les publications déjà faites sur Pérégrin sont d'accord pour le représenter comme un jeune homme plein de vivacité , abondant en saiUies, et c'est pour cette raison que , malheureusement pour Valenciennes, il y acquit plus d'influence que le grave Guy
de Bray. Au fur et à mesure que les événements se déroulent , Pérégrin parcourt tous les degrés qui mènent à l'exaltation. Lorsqu'on lui demande de s'interposer auprès du peuple va!enciennois, il répond que, plutôt que de parler en ce sens , il préférerait devenir muet comme un poisson et sentir sa langue s'attacher au palais* Quand le conseiller pensionnaire d'Oultreman lui réplique : « Si « vous avez peur pour votre peau, on vous obtiendra « congé de sortir et de vous en aller librement où il vous « plaira, mais il n'est pas juste que tout un peuple soit « ruiné de gaité de cœur pour le plaisir de quelques-uns » , il répond qu'il n'a pas à s'occuper de sa préservation personnelle et que Dieu y pourvoiera. Après la mission de d'Egmont et de d'Arschot, après la défaite d'Austruweel, il s'obstine à résister à l'évidence, à espérer contre toutes les chances humaines et terrestres. Compte-t-il donc encore sur le secours d'en haut ? C'est bien possible. Il est alors arrivé à Villuminisme, et c'est par ce mot que je voulais finir.
Si Guy de Bray eût été seul à Valenciennes , il ne se serait vraisemblablement pas opposé à un accommodement (1), d'autant plus que, né à Mons, il était sujet du roi et pouvait exercer son ministère en notre ville, par suite de l'accord passé entre Noircarmes et le consistoire valenciennois.
(1) Guy de Bray garda une attitude différente de celle de Pérégrin dans les circonstances où ce dernier tint le langage ci-dessus relaté. Pontus-Payen dit à ce sujet que les exaltés soupçonnèrent Guy de Bray de s'être laissé acheter par Noircarmes, ce qui est d'ailleurs absolument faux. «