SUR LES TRAVAUX DE LA COMMISSION ITALIENNE
CHARGÉE EN 1810 d'inventorier LES ARCHIVES DU VATICAN (1).
Ce carton comprend deux fortes liasses, dont la première contient 505 bulletins ou notices et la seconde 520. Il renferme une table des actes des papes ou adressés aux papes, depuis le troisième siècle de l'ère cbrétienne jusqu'au milieu du pontificat de Clément V (1310).
Du troisième siècle de Père chrétienne à l'an 1000.
19 bulletins seulement. Rien d'important que la prétendue donation de Constantin. Le quatorzième bulletin est un extrait d'un mémoire fait pour Urbain Vlll et destiné à prouver l'authenticité de la donation. L'auteur va jusqu'à prétendre que Charlema{jne reçut la couronne impériale du pape en pur don (ce qui semble le faire vassal du pape).
(1) Nous reproduisons ce rapport tel que l'a rédigé Miclielet, sans relever certaines inexactitudes provenant soit de la commission, soit de Michelet lui-même. Les analyses ou extraits auxquels donnèrent lieu les travaux de cette commission remplissaient alors les cartons cotés L 374 à L 398, la lettre L étant affectée d'une manière générale aux fonds ecclésiastiques des Archives nationales. Pour plus de clarté, nous indiquons, connue l'a fait Michelet, les cotes des cartons examinés par lui.
298 RAITORT DE MICHELET
De Tan 1000 à /'an 1100.
10 bulletins seulement et dénués de tout intérêt : donations, brefs, canonisations, etc.
De l'an UOO à tan 1200.
107 bulletins, relatifs la plupart aux petites affaires de Rome et des barons romains, à la possession du Colisée qui alors était un fort, etc. Peu d'actes d'intérêt général, sauf la soumission d'Henri V (1122), de Frédéric Barberousse (1159), d'Othon IV (1198).
De 1198 à 1216.
Innocent III.
37 bulletins. De 1209 à 1210, six bulletins relatifs à Taffaire d'Otbon IV : 1° sa soumission à Innocent III; 2» ses dons et restitutions à divers évêques et seigneurs italiens. De 1213 à 1214, trois bulletins relatifs à l'affaire de Jean : 1" l'acte de sa soumission au Saint-Siège; 2" la lettre du légat qui l'annonce à Innocent 111; 3" relation de la conduite tenue par le légat auprès de Jean.
De 1216 à 1254.
Honoiius III, Grégoire IX, Innocent IV.
122 bulletins. Ce qui donne à cette période une sorte d'unité, c'est la grande affaire de l'Église, celle de l'empereur Frédéric 11 (comme vassal ou comme adversaire du pape). Seize bulletins relatifs aux actes de cette affaire (actes généralement imprimés). Deux sont curieux; par l'un, l'empereur essaye de s'appuyer sur le royaume de Bour(jo(jne, c'est-à-dire sur le sud-est de la France, spécialement sur la rancune que gardaient les Provençaux depuis la guerre des Albigeois; dans l'autre acte, l'empereur essaye d'éteiadre sa juridiction yî/A'7«'aM Poitou, défendant
au comte de Poitiers, frère de saint Louis, de lever des péages sur les biens ecclésiastiques.
De 1255 à 1279.
D'Alexandre IV à Nicolas III.
209 bulletins. Les dix-sept bulletins les plus importants sont relatifs à la proscription de Manfred, roi de Naples, fils naturel de Frédéric 11, aux efforts que font les papes pour détruire son parti en Italie, enfin à la conquête de son royaume par Charles d'Anjou, frère de saint Louis, au tribut qu'il paye au Saint-Siège (1263-1278).
Un bulletin semble indiquer une pièce intéressante : relation de l'évêque d'Olmutz au Saint-Siège (1271) sur l'état de l'Allemagne, la Hongrie, la Pologne.
De 1280 à 1294.
Martin IV, Honorius IV, Nicolas IV, Célestin V.
142 bulletins. Trois bulletins sont relatifs à l'excommunication de Pierre d'Aragon, déclaré déchu de la couronne (1282-1285).
Cette période, peu intéressante, ne présente rien de curieux que quatre bulletins relatifs aux miracles de saint Louis (1280-1286), et deux bulletins relatifs à l'approbation que donnent Ladislas et Elisabeth de Hongrie aux constitutions du Saint-Siège contre les hérétiques (1280).
De 1294 à 1303.
Boniface VIII,
173 bulletins. Deux bulletins témoignent de l'ardeur que met Boniface à poursuivre les hérétiques; l'un de ces bulletins est relatif à une bulle qu'on dit si obscène dans la forme qu'elle n'a pu être imprimée. Dans un autre acte (1300), Boniface, profitant des embarras d'Albert d'Au-
triche, Tcngagc à dôclaier que la Toscane, jadis attribuée à CEinpire par le pape du temps de Charlenuujnc, doit faire retour au Saint-Siège. Autre acte (1296) où Honiface chasse de la Sicile Jean de Procida (l'auteur des Vêpres siciliennes).
De 1303 à 1310.
Hcnoit XI et Clément V.
205 bulletins. Neuf sont relatifs au procès que le roi Philippe le Bel force Clément V de faire à la mémoire de lîoniface VllI (1305-1310); treize sont relatifs au procès des Templiers et à la confiscation de leurs biens (mêmes dates).
De 1311 à 1325.
Fin du pontiKicat de Clément V et coniuiencenient de celui de Jean XXII
Ce carton contient deux liasses, Tune de 498 bulletins, l'autre de 472. Le nombre des actes augmente infiniment, on le voit, et leur importance diminue. Les dernières années de Clément V, les premières de Jean XXI 1 n'ont, à proprement parler, nul intérêt ecclésiastique ; les affaires y sont toutes politiques et financières. Les hérésies même, qu'on y voit cruellement poursuivies, sont moins relatives au dogme qu'à certaines doctrines sur la propriété.
Fin du pontificat de Clément V : 100 bulletins. Rien d'important que six bulletins de 1312 relatifs au couronnement de Henri Vil à Rome et à son serment prêté aux légats du pape. Pour trouver les pièces curieuses qui se rapportent à Clément V, il faut aller au pontificat de Jean XXII, où l'on trouve, en 1317, un état d(\s recettes et
dépenses do Boniface VIII et de Clément V, et, en I32I, la soumission de Bertrand de Gotli, neveu de Clément V> qui avoue avoir reçu de son oncle 300,000 florins d'or pour faire la guerre aux Infidèles et qui en rend la moitié à Jean XXIL
Premières années de Jean XXII, 1316-1320.
210 bulletins.
Les six les plus importants caractérisent ce pape financier qui laissa le plus monstrueux trésor qu'ait vu le moyen âge.
En 1318, il interdit le cumul de deux bénéfices; mais on voit bientôt que cette défense devait être une simple mesure d'intimidation.
En 1319, il s'attribue la disposition de tout bénéfice vacant.
En 1319 et 1320, on voit les curieux arrangements de ce pape avec les banquiers florentins qui avaient acquis la ferme des revenus du Saint-Siège dans toute la chrétienté.
En 1320, l'administrateur des dépenses de la cuisine du pape reçoit, pour trois semaines, 334 florins d'or.
188 bulletins.
Quinze bulletins sont relatifs aux actes pour la répression des hérésies; la plus redoutable pour un pape aussi amoureux de la propriété, c'est celle des mineurs et fraticelli qui soutiennent que Jésus et les apôtres n'ont voulu avoir rien en propre, mais tout en commun. Jean XXII les poursuit avec une extrême rigueur.
On voit, par un acte de 1319, que les inquisiteurs, non moins amoureux de la propriété que le pape, rançonnent ceux qu'on accuse d'iiérésie. Le pape ordonne de procéder sans bruit contre ces inquisiteurs.
En 1319 et 1323, deux cas de magie.
.'Î45 bulletins.
Ce nombre énorme d'actes peut se réduire presque à un seul ; c'est t excommunication de Louis de Bavière et de ses adliérens, les Visconti et autres; affaire politique plus qu'ecclésiastique, dans laquelle cependant le pape met un extrême acliarnement. Tous les évoques, toutes les villes, les simples bourgs même, les couvents, etc., s'empressent de lui écrire qu'ils ont exactement promulgué sa sentence.
Plusieurs de ces actes reproduisent le procès en entier. Un seul occupe un parchemin de dix aulnes et demie (selon la remarqxie du rédacteur du bulletin y relatif).
Un autie acte est curieux en ce qu'il montre que le pape enveloppait Louis et les Templiers dans la même excommunication. Beaucoup en effet s'étaient réfugiés en Allemagne.
Dans l'un des bulletins les plus longs et les plus soignés, je trouve cette remarque curieuse, que Jean XXII, légiste habile, essaye de corroborer sa sentence en y accumulant toutes les formes et formalitc's juridiques. Evidemment il se fia plus à l'autorité de la jurisprudence qu'à celle du àaint Esprit.
N. B. L'un des employés qui ont rédigé les bulletins, évidemment un Italien très passionné contre les papes, mêle à ses analyses beaucoup de remarques satiriques, celle-ci entr'autres. «Le pontife qui était tout en ce temps là et qui est moins que rien aujourd'hui. » Ce mot aura été écrit pendant la captivité de Fontainebleau.
127 bulletins.
C'est la continuation de cette série, absolument insipide et stérile, des actes du pape contre les adliérens de Louis
<le Bavière et des promulyations de la sentence que les villes et les évêques lui envoient en forme authentique.
Sur ces actes, généralement semblables, les bulletins sont presque tous semblables. Il est impossible d'en démêler un qui présente le moindre intérêt.
L'ensemble donne pourtant une grande impression de cette immense centralisation spirituelle qui fait répéter partout la même sentence, de 3Iessine à Riga et jusqu'au fond du nord.
Suite de Jean XXII, Benoît XII, Clément VI, de 1326 à 1352.
Ce carton renferme deux liasses très fortes, l'une de 616 bulletins, l'autre de 652, toutes deux relatives au pontificat de trois papes d'Avignon.
Il est assez difficile de partager exactement ces liasses en subdivisions secondaires. L'analogie des matières oblige <le rapprocher du commencement de cette époque plusieurs faits qu'on trouve à la fin
On sait le caractère de ces trois pontificats : celui de Jean XXII, avare, envahissant et persécuteur ; celui de Benoit XII plus modéré, enfin celui de Clément VI, guerrier et conquérant en Italie. Mais, ce qu'on ne sait pas si bien et ce que les actes font parfaitement sentir, c'est l'importance relative de faits divers qu'offre l'histoire de ces pontificats. Tel fait qui, dans les chroniques, n'occupe qu'une ligne, est l'objet d'un nombre infini d'actes et par cela seul apparait comme fait dominant de l'époque.
Le fait qui se présente comme tel, spécialement sous Jean XXII, c'est d'abord le travail immense de ^Aca//ïe qui €St le caractère de ce pontificat,' les réserves, expectatives, les traités avec les fermiers, banquiers florentins et autres,
304 UAPPOUT DE MICHELET
les Baidi, les Peruzzi etc. Tout devient finance et poli-. ti(iue. L'archevêque de Lyon (12 août 1339), réduit pres- (jue ù la mendicité par les exactions de Jean XXII, déclare à son successeur Benoît Xll que, si l'on insiste sur de nouvelles demandes, il abandonnera tous les revenus de son sié(je et ne réclamera que la vie et C habit, comme le moindre des moines.
Contre cette matérialisation du pontificat s'insurjjent les ennemis qu'on aurait le moins attendus, les dominicains eux-mêmes et les franciscains. Ces deux ordres qui, au treizième siècle, ont été les principaux instruments du Saint-Siè[;:e contre l'hérésie, y touchent maintenant euxmêmes. En 1327, le très illustre dominicain Eckard, de Cologne, commence en Allemagne la carrière des nouveautés théolo{jiques qui doit, pendant deux cents ans, préparer Luther. Mais ce qui paraît effrayer encore plus le pape, c'est, dans les années 132S-1329, l'immense extension des doctrines du franciscain Michel de Gésène. Il est, à lui seul, l'objet de soixante-trois actes. La plupart sont des procès-verbaux d'églises, qui constatent qu'elles ont publié les anathèmcs du pape contre le grand hérétique.
Jean XXII, non content des poursuites inquisitoriales, oppose à ces nouveautés des nouveautés qui lui sont personnelles, l'addition d'une prière nouvelle à celles de l'Église (acte du 20 juin 1328) et sa doctrine hasardée sur la vision béatifique (actes de 1334, 1335, 1336), qui plus tard l'a fait condamner lui-même pour hérésie.
Les pontificats de Benoit XII et Clément VI n'offrent presque rien d'ecclésiastique. Tous les actes s'y rapportent ou aux premières conquêtes des papes en Italie, ou à l'acquisition d'Avignon (vendu par Jeanne de Naples à vil prix après le meurtre de son mari), ou à l'établissement d'une dynastie impériale dévouée au pape (Charles IV de la maison de Luxembourg).
Plusieurs actes sont de nature à modifier les idées que
RAPPOHT DE MICHELET 3dS
donneraient les chroniques. On voit, par exemple, Benoit XII, 1 un des meilleurs papes, contribuer à fortifier la tyrannie des La Scalaà Vérone, en leur donnant le titre de vicaires pontificaux et lieutenants du pape en Lombardie et Romagne (1339).
Quelques actes sont précieux, en ce qu'ils donnent le prix de certains objets au quatorzième siècle. On voit, par un acte du 29 mai 1327, qu'une bibie et une coticordance biblique sont estimées chacune 25 florins. Quoique le prix du florin (énormément variable, selon qu'on parle de l'Italie, si riche en numéraire, ou de l'Europe alors si pauvre) soit très difficile à fixer, on entrevoit que les manuscrits ne se vendaient pas aussi cher qu'on le suppose généralement.
Un autre acte de février 1339 est curieux par l'énumération qu'il donne des marchandises qui faisaient l'objet du commerce entre l'Italie et Avignon.
L 377 D'Innocent VI à Urbain VI, 1353 à I38I.
Les notièes y sont fort nombreuses : 729 pour la première liasse, et 682 pour la seconde.
Sur ce nombre énorme, on n'en remarque que cinq qui aient de l'intérêt sous le rapport ecclésiastique et qui touchent proprement le pouvoir spirituel. Elles sont relatives à la répression des hérésies (13 mars 1356; II avril 1370; 22 juin 1376). Dans la cinquième, du 23 mars 1369, adressée au général des frères prêcheurs, le pape lui recommande de ne s'occuper que de hitilité de l'Ordre et de l^Eylise et d'écarter toute discussion. Les grandes controverses qui ont rempli le douzième et le treizième siècle n'ont plus visiblement aucun intérêt.
Les pièces d'intérêt politique sont au contraire fort
;i06 HAPHOKT DE MICHELKT
iu)!iil)reuses (dix actes pour le seul couromieinent de Cluirles IV). Dans une de ces pièces, du 9 juin 137(), l'onipoieur Wenceslas s\Mi{;a{;"e à restituer mi pape le Monlfcrrat. On ij'norait, je pense, (jue les papes d'Avignon eussent jamais possédé ou recouvré ce passa{je important de l'Italie.
Les pièces d'intérêt yï^ca/ sont en nombie innoniltrable; on peut dire qu'elles forment la presque totalité des deux liasses. Si elles étaient extraites avec plus de détail et de netteté, on trouverait, dans ces notices, une véritable /u'vtoire financière de rÉ{;lise d'une (jrande curiosité. Telles (ju'elles sont, elles font touciier au doifjt les causes de l'abaissement du pontificat à cette époque. Ses besoins augmentent et par la nécessité de fortifier Avignon (acte du 22 décembre 1366) et par la tentation naturelle des papes de se créer en Italie des domaines indépendants des rois de France. Leurs traités coûteux avec les princes et condottieri italiens les poussent aux exactions les plus violentes, ainsi que les exigences du roi de France, qui se fait prêter par le pape 40.000 francs d'or, en une fois, pour aider le duc de Bourbon à conquérir la Sicile (février 1378).
Un acte du 22 décembre 1366 établit que les agents du pape prodiguaient l'excommunication pour un simple retard de payement.
Les années 1368-1369 sont fort instructives. Elles donnent, au moins pour seize mois, la dépense et la recette mensuelles du pape. On y voit qu'en général la dépense excédait la recette, et de plus que les trésoriers ne rendaient pas toujours des comptes nets et sérieux. Il est infiniment probable qu'ils ne faisaient accepter de pareils comptes que parce qu'ils faisaient de grandes avances et .se trouvaient par là, en quelque sorte, les maîtres de cette cour prodigue.
Quelques autres pièces sont curieuses en ce qu'elles
RAPPORT DE MICIIELET 307
peuvent aider à établir le prix de plusieurs des denrées du temps.
Deux pièces doivent être importantes pour l'histoire de Tayriculture en Italie. C'est, comme on sait, précisément à cette époque qu'on commence d'y écrire les curieux ouvrafjes de ce g^enre qui montrent que l'agriculture y était déjà un art. L'une de ces pièces, — malheureusement extraite en deux lignes, — est le compte des frais du jardinier du pape en 1372. L'autre pièce indique que le pape voulant partir pour Rome (février 1369) fait emporter du plant de viyne française .
Peu de temps avant son départ, le pape Grégoire XI, dans sa détresse financière, paraît avoir songé à l'emploi d'un remède héroïque, fait ignoré, je crois, entièrement jusqu'ici : l'application aux besoins de l'Église des biens de l'ordre de S. Jean de Jérusalem. Cet ordre, qui avait en partie hérité des biens des Templiers, était fort riche et répandu dans toute la chrétienté. Des actes très nombreux (au nombre de quarante), tous de 1373 et 1374, établissent que le pape fit faire, dans chaque diocèse, l'inventaire des biens de l'ordre. Rien de plus propre à faire au pontificat défaillant des ennemis implacables et actifs. L'ordre ne pouvait être sauvé que par la ruine du pontificat — ou sa division; et elle le sauva en effet (1378). C'est le commencement du Grand Schisme.
L 1378 Années 1382-1517
Ce carton comprend deux fortes liasses, dont Tune contient 860 analyses, l'autre 783. Il embrasse un espace immense de 135 ans (de Clément MI à Léon X).
Espace absolument stérile snus te rapport ecclésiastique. Sur plus de 1.600 actes, il y en a ci)iq ou six qui intéressent
a08 IIAPI'OHT DE MICHELE!
Le pouvoir spirituel proprement dit. Trois des cimj sont diri[{és contre les lu'Mvti(|ues ou excommuniés (1385, 1385, 1390); l'un défend (jue les excommuniés soient enterrés dans les mêmes églises que les catholiques; un autre, accordé au roi de Castille, lui permet d'élever aux d'\{';nitv& \gs iiotiuraiix convertis; on sait que le {fouvernevernement espa^jnpl, à cette époque (1449), était entièrement dans la main des juifs et des enfants baptisés des juifs.
• Le défaut d'intérêt que présente cette période peut s'explicjuer d'un mot : l'intérêt reO'yieux a cessé (depuis 1300 environ), et l'intérêt diplomatique, qui grandira au seizième siècle, ne commence pas encore.
Qn peut s'étonner, en lisant les titres de ces actes, qu'ils soient entrés dans ce qu'on appelait les archives secrètes. Les plus importants, existant en copies dans Içs archives des diverses couronnes, des corporations, des universités, devaient être publiés, et t'ont étv en effet dans de nombreux recueils. Tous les actes, par exemple, qui se rapportent à la fin du Grand Schisme, au refus d'obédience de Charles VI, à la résistance du pape aragonais Benoît XIII, au siège qu'il soutient dans Avignon, sont imprimés intégralement, si ma mémoire ne me trompe, dans l'histoire de l'Université par Du Boulay.
Tout l'intérêt de ce carton ne porte donc ni sur l'histoire du pouvoir spirituel, ni sur l'histoire politi(|ue, mais uniquement et exclusivement sur l'histoire financière, comme nous l'avons remarqué pour le carton précédent.
On y trouve plusieurs faits de ce genre jusqu'ici inconnus. Le pape Clément V^II reçoit du fondateur de la maison de Bourgogne la somme énorme de 30.000 francs d'or (1383), et peu après, en 1390, accorde an roi f/our un an la moitié de toutes les dîmes et rentes ecclésiastiques. Ce grand mouvement d'argent, si profitable à la cour ,de Frçince, ces§e naturellement lorsque les papes retour-
lient à Rome. Charles VI refuse l'obédience à son pape d Avignon Benoit XIII, qui ne fournit plus rien.
La caisse du pape est évidemment comme une rivière qui tarit. On peut l'apprécier d'après les comptes de treize mois de diverses années (entre I386et 1396). Les variations sont énormes (4.000, 7.000, 10.0000 florins); un mois donne 40.000. Dans ces brusques alternatives, le fleuve finit comme par secousses.
A ces treize comptes j'ai joint six autres pièces curieuses sous le rapport économique. On y voit que la dépense de la cire était infiniment considérable et peut-être la plus forte dans la maison du pape.
Deu.x pièces, d'intérêt tout particulier, méritent d'être si(jnalées. L'une contient des recettes propres à conserver la santé, des discours de médecins, des descriptions de vertus de plantes et minéraux. La date est de I50I, peu avant la innrt d'Alexandre VI. Sans rechercher l'intérêt que ce pape, très attaché à la vie et très sujet à abréger celle de ses ennemis, pouvait mettre à ce genre d'études, on ne peut s'empêcher de remarquer que les bibliothèques des grands dignitaires ecclésiastiques (spécialement la Mazarine) sont les plus riches de toutes en livres d'ancienne médecine.
L'autre pièce, de 1470 (20 septembre), est une lettre de Louis XI où il promet au pape Paul II que, s'il nomme 'l'archevêque de Lyon légat d'Avignon, cet archevêque ne fera rien que sur l'ordre du pape. L'auteur de la notice ajoute (ce que beaucoup de personnes ignorent) que Paul II, reconnaissant de cette soumission, donna à Louis XI te titre tout nouveau de roi très chrétien.