‹ Notes et fragments d'histoireChapitre 7 sur 11 · KAI'I'OUT DE MICHP^I.ET · texte numérisé non relu

KAI'I'OUT DE MICHP^I.ET

Ci's (Unix pii'cos curieuses mises à part, on peut suivre dans ce carton une série d'actes intéressants, au point de vue reli{;ieux ou politicjue, principalement dans les rapports des papes avec l'Espagne, TAutriclie et le Piémont.

Les premières se rapportent évidemment aux suites immédiates du concile de Trente. On y voit d'abord une chose très (Contraire à l'opinion commune, c'est (|ue, bien loin (jue l'Ejjlise italienne conseillât des ménagements à rin(juisition d'Espagne, elle lui donne des instructions spéciales pour sévir contre ceux qui introduisaient dans la péninsule la religion réformée. Les nonces pontificaux font des enquêtes sévères (sans doute au commencement du dix-septième siècle) sur l'état de l'hérésie dans les vallées vaudoises du Piémont (vallées de Lucerne, Angrogne, etc.); c'est très probablement le prélude de l'épouvantable persécution dont Léger a écrit l'histoire. Dans une pièce fort curieuse de ce temps, ou un peu antérieure, l'empereur d'Allemagne, voyant que les prêtres allemands persistent à se marier, envoie dire au pape quil doit se yarder (ladliérer kvLnc demande si dangereuse pour toute la chrétienté. Cet empereur si zélé ne peut guère être que Ferdinand II, l'homme de la guerre de Trente ans. L'exemple d'Albert de Brandebourg, qui, laissant, pour se marier, son habit de chevalier-moine, changea sa principauté ecclésiastique élective en domaine héréditaire, effrayait sans doute Tempereui- sur les tentations de ce clergé féodal.

Cinq pièces, dont l'analyse est malheureusement très courle, se rapportent aux deux grands faits politiques et financiers qui ont dispensé les rois d'Espagne de séculariser les biens ecclésiastiques. Les papes, dans cette craipte, les autorisèrent (aux <juin'/iènie et seizième siècles) à réunir à la couronne les {jraudes maîtrises de Saint-Jacques d'Alcantara et de Calatrava et, d'autre part, à lever le droit tout ecclésiastique de la Cruzada (\u\ p<'niiettait au |)euple

de tempérer certains jeûnes rigoureux, etc. Ce droit était d'un produit immense.

Plusieurs pièces relatives aux procès ecclésiastiques et aux points les plus délicats de la discipline paraissent avoir de l'importance. L'une est relative à Molinos (son procès est de 1687). Une autre, du dix-huitième siècle, est le procès d'un cardinal Coscia, furieusement avare et simoniaque, qui trouvait chaque jour d'ingénieux moyens de s'enrichir (1741).

Le bon pape Benoit XIV fait des efforts inutiles pour remédier aux abus de la confession, surtout en Portugal, pour que les confesseurs n'en révèlent point les secrets ou n'abusent point de leur ministère auprès des religieuses (1746-48).

On trouve aussi une pièce très importante pour l'histoire du Portugal (elle devrait être datée de 1758), sous le titre suivant : " Procès verbal d'une séance de l'inquisition tenue en présence du roi, dans laquelle furent condamnés plusieurs hérétiques, sorciers, juifs, etc., exécutés quelques heures après. » Parmi eux était le vieux père Malagrida, jésuite, qui fut étranglé et brûlé, comme auteur du livre : Naissance de C anti-Christ. Il serait curieux de voir ses réponses; il était le confesseur des grandes dames dont les parents tirèrent sur le roi. On sait que Pombal préluda par cette exécution à l'abolition des jésuites.

Trois actes relatifs à l'Angleterre sont curieux, spécialement le dernier, inconnu, je crois; c'est le testament par lequel le Prétendant, qui vivait à Rome, recommande son fils à la protection de Louis XVI, alors fort en péril luimême. C'était en 1789!

Dans trois actes de 1768, le pape proteste contre la tolérance des Polonais à l'égard des dissidents (protestants et grecs). Cette protestation ne fut que trop écoutée. L'intolérance des Polonais pour les dissidents servit, comme on sait, de prétexte aux invasions de la Russie.

SI

La pièce la plus rtrange peut-être de ce carton est celle où les cardinaux écrivent à leur confrère Ouirini,qui voulait entreprendre une oeuvre difficile à coup sur, la conversion du roi de Prusse Frédéric le Grand.

Copies et extraits de bulles et lettres des papes, pièces officielles.

J'ai cru devoir ajourner l'examen de ce carton, qui ne peut êti'e définitivement classé qu'en rapport avec le carton L 394, lequel contient aussi des bulles et devrait y être réuni.

A partir de ce carton, j'ai dû aussi différer de donner le nombre des pièces que contient chaque carton. Ce nombre sera très probablement modifié, à mesure que je trouverai en avançant de quoi remplir les lacunes que présentent ce carton d'extraits et les suivants.

Lettres des pritices, des nonces., des rois et de divers personnages. Seizième siècle.

Le carton dont il s'agit ici ne ressemble en rien à ceux qui précèdent dans cette collection. Les précédents ne contenaient, à proprement parler, que des étiquettes ou des titres d'actes, le plus souvent en trois lignes sur chaque feuille. Ici il s'agit d'extraits détaillés, sur de grandes feuilles écrites des deux côtés et parfois d'un caractère assez fin. L'ensemble de ces extraits dépasse de beaucoup la valeur d'un volume in-folio. Je n'ai pu lire encore que la moitié du carton. Préalablement je l'ai classé de la seule manière qui soit possible, réunissant les extraits qui

portent des numéros analogues. Cette classification n'est pas entièi'ement conforme à l'ordre clironolof^^ique. Onadonné de suite naturellement ce qui se rapportait à une même correspondance, aux affaires d'une même nonciature, etc.

La valeur de ces documents, même dans les simples extraits que nous avons sous les yeux, est inestimable pour celui qui en étudierait la suite, l'enchaînement chronologique pour l'histoire du seizième siècle. Ils sont infiniment curieux même pour nous qui ne pouvons qu'y glaner des faits intéressants. Aucun de ces faits toutefois ne m'a paru de nature à changer essentiellement l'histoire connue, ni à démentir les documents imprimés.

La première moitié du seizième siècle, les temps de Chai'les-Quint, sont généralement l'objet des documents que j'ai lus dans la première moitié du carton. Il y a donc une sorte d ordre chronologique, quoiqu'il ne soit pas rigoureusement suivi.

Beaucoup de pièces éclairent les précédents de la terrible année 1527 et du sac de Rome; elles aident à faire connaître les grands personnages du temps. On voit, par exemple, en 1526, le fameux général luthérien, Georges Frondeberg (celui qui portait une chaîne d'or exprès pour étrangler le pape), écrire familièrement au pape (Clément VII) pour qu'il relâche un vieux chef de landsknechts ou de reîtres, fait prisonnier à Pavie et qui n'a pas le moyen de payer rançon (E. 393). (I)

Ce qui est plus curieux, c'est de voir, en janvier 1527^ à la veille de la prise de Home par les Espagnols, le fameux conteur et bouffon, Bal thazarCastiglione, naguère envoyé comme agent du Saint-Père à l'empereur, écrire maintenant au pape de la cour de l'empereur : qu'il

(1) Ces indications E. 393 et autres analogues, données par Michelet dans la suite de son travail, sont les cotes que portaient les pièces aux Archives du Vatican.

324 RAPl'OUT DE MICHEL ET

recevra bientôt la visite du confident de Charles-Quint, maître Paitlo d'Arezzo (je crois que c'est l'Arétin. E. 395).

Suit une lettre italienne, signée en français : Très humble et très obéissant serviteur Charles^ du camp impérial,SI mars 1527. C'est une lettre, non de Charles-Ouint, mais de son lieutenant, Charles de Bourbon, le célèbre connétable, qui écrit au pape que, malgré la trêve, son armée s^ obstine à avancer, et qii il est forcé de marcher aussi pour éviter un plus yrand inal. Il marcha ainsi jusqu'à Rome, où il fut tué le 5 mai, en donnant l'assaut (E. 395).

Le roi de France écrit au pape qu'il ne doit entendre à aucuii accommodement, qu il va de concert avec Henri VIII lui envoyer 30,000 hommes, etc.

Plus loin, dans une lettre sans date, un cardinal écrit à Rome qu'il a trouvé dans te roi François 1" une intelligence des affaires qui surpasse son imagination (entre 1528 et 1535. E. 397).

Dans le même dossier, le roi de France, parlant devant le nonce des exécutions ordonnées par Henri \ III, dit que les protestants eux-mêmes en ont horreur, de même qu'ils se plaignent de la mort des leurs qiion brûle en France. Sur quoi, l'amiral (Bonnivet sans doute) fit cette réflexion : Nous faisons des confesseurs, il est vrai; mais le roi (P Angleterre fait encore pis; il fait des martyrs. Il est curieux (ju'en présence de François I" on ait pu dire ainsi qu'en envoyant les protestants à la mort, il faisait des confesseurs de la vérité (E. 397).

Au même dossier, à la fin, très curieuse visite de Catherine d'Aragon au légat : elle ne peut trouver de défenseurs contre Henri VIII, etc.

Vers 1547 (E. 404), on trouve un fait, ignoré, je crois : que la dernière maîtresse de François I", la duchesse d'Etampes, protégeait les protestants. Ce qui explique pour(|uoi Diane de Poitiers et Henri II les persécutèrent.

Même dossier : note sur les emplois de la cour de

Rome qui se vendaient publicjuemcnt au plus offrant.

En 1525, un cardinal écrit au pape qu'à Metz, un luthérien ayant été brûlé vif, le peuple catholique dit qu'on avait brûlé un saint et saccagea tout dans sa fureur. Vn autre écrit au pape qu'à Saverne il a vu passer au fil de l'épée 17,000 luthériens d'Alsace (E. 39-4).

1533, 26 juin. Lettre infiniment curieuse du clergé de Tolède qui reproche au pape de l'avoir livré en proie aux agens du fisc espagnol, qui emprisonnent les receveurs ecclésiastiques, saisissent leurs registres, etc. Ces facilités que le pape donnait au roi d'Espagne expliquent pourquoi il n'eut pas besoin de séculariser les biens d'église (E. 401).

1546. Ordre du pape de donner à Mélanchthon tout l'argent qu'il voudra, s'il est vrai que ses dissentiments « avec Luther l'obligent de s'établir à Venise (E. 405).

1541. Le duc de Bavière prétend que le ministre impérial Granvelle a reçu 30.000 florins pour obtenir de son maitre la liberté religieuse dans certains pays d'Allemagne {ibid.).

1546. Tournoi d'un Maure et d'un Anglais à Fontainebleau devant la duchesse d'Etampes (ibid.)

1552, décembre. Scène effroyable qui se passe à Lisbonne au mariage de l'infante de Castille avec le prince de Portugal. A la messe, au moment de l'exaltation de l'hostie, un Anglais l'arrache au prêtre, la foule aux pieds. Les seigneurs portugais voulaient dévorer l'Anglaisa belles dents (con li proprii denti). Le prince pleure à chaudes larmes de compassion pour l'hostie. Le lendemain on brûle l'Anglais, à grand'peine; les jeunes voulaient le lapider, les vieux lassommer, etc. (E. 412).

Sttite du rapport sin- le cdrton L 384.

Ouoique ces extraits ne suivent point un ordre rigoureusement chronoloffique, on doit observer que la seconde

moitii' (lu carton ne contient pas seulement des pièces des seizième et dix-septième siècles, mais quelques-unes du dix-huitième (règne de Louis XV jusqu'en 1772), après lesquelles reparaissent des pièces bien plus anciennes. On ne peut rectifier cet ordre. Il est conformée la série numérotée dos volumes que ces extraits représentent dans la disposition matérielle où ils sont placés.

Les observations qui suivent peuvent se diviser en deux classes : 1° Politique et religion : 2* Vie monastique. 1° Politicjuo et religion.

On remarque d'abord une demande très curieuse de l'empereur (ISô^; cette année peut convenir ou à Ferdinand, frère de Charles Quint ou à Maximilien son neveu). Il sollicite du pape : coiicessionem calicis, c'est-à-dire l'autorisation de faire communier ses sujets sous les deux espèces. C'est le moyen, dit-il, de ramener les protestants. Ainsi le fameux cri populaire, répété par les Hussites pendant cent années de batailles : La coupe an peuple! il se retrouve au seizième siècle dans la bouche même de l'empereur (E. 420).

Une demande moins grave est celle d'un bon Allemand, Blankenalt de Cologne, qui, dit-il, a écrit longtemps contre les hérétiques, et qui maintenant, arrivé à l'âge de 55 ans, voadrait pourtant obtenir l'autorisation de les lire. Cet Allemand sait quatre langues; il serait propre à remplir les fonctions de secrétaire, etc. (1574. E. 424).

Les pièces relatives à la France du seizième siècle jettent beaucoup de jour sur la situation de Catherine de Médicis et de Charles IX (seize lettres de Charles IX et de Catherine de Médicis, sans date précise). On y voit ([ue cette cour, littéralement, meurt de faim ; elle écrit lettres sur lettres à Rome pour obtenir (juelque chose. La mère et le fils craignent fort qu'on ne les ait accusés de tolérance auprès de Sa Sainteté. Ils font la guerre aux gages du pape et réclament des secours en stvle de mendiants. La vieille

reine lui écrit, entr'autres choses, que ce sont les premiers secours qu'il a bien voulu donner à son fils qui lui donnent la hardiesse d'en demander de nouveaux; mais ce sera la fin, etc. Charles IX parle, avec une emphase pleine de bassesse, du protonotaire que Sa Sainteté a bien voulu lui envoyer; c'est un messager de bonheur-, pour trouver un pareil homme. Sa Sainteté sans nul doute a été inspirée de Dieu, etc. (1568-1570. E. 423). Henri 111 n'est pas moins pressant pour 40.000 écus qui lui sont indispensables pour payer les Suisses; le nonce lui en promet 10.000; mais que ferait-il d'une si petite somme? Il recommande à Sa Sainteté un pauvre homme qui est poursuivi par les fils de Goli{jni et qui veut sortir de France. Le roi, qui lui veut du bien, lui a fait épouser la fille du prince de Melfi et veut faire en sorte que, par la protection du roi d'Espagne, il hérite de son beau-père. L'objet de cette tendre sollicitude est le fameux Maurevert, assassin de Coligni (1576, 1577. E. 425).

Une lettre plus honoi'able pour la France est celle qu'écrit le très jeune Louis XIV (en 1645) ou plutôt qu'écrit Mazarin, pour remercier Sa Sainteté d'avoir fait rendre à l'ambassadeur de France les yens quoti avait arrêtés dans son carrosse à la sortie de Rome. On sait que les malheureux proscrits italiens échappèrent ainsi plus d'une fois dans le carrosse de nos ambassadeurs. L'un d'eux protégea Galilée et sauva l'un de ses livres qui arriva ainsi dans l'Europe savante; un auti'e ambassadeur français fit évader Campanella et l'amena près de Richelieu. Ce droit d'asile qui parfois couvrit, il est vrai, des crimes, fut très souvent le salut des libres-penseurs (1645. E. 452).

2" Vie monastique.

Le numéro E. 450 contient, sous la date d'une seule année, 1679, un nombre immense de réclamations, la plupart confidentielles, adressées surtout par des moines au pape Innocent XI ou au secrétaire d'Etat, cardinal Cybo

328 HAPPORT DE MICHELET

Elles donnent une idée terrible de la vie monastique. C'est un pauvre capucin de Dijon, qui a prêché la réforme de son ordre, et qui craint que ses supérieurs ne le mettent in pace pour le reste de ses jours, comme il est arrivé ù un de ses confrères qui avait été à Rome demander la protection du pape. C'est un jésuite de Cafjliari qui, désespéré, écrit pour la troisième fois pour en appeler au pape des mauvais traitements qu'il reçoit de son général Oliva. On apprend par cette lettre que ce galant et voluptueux Oliva n'en était pas moins terrible pour les simples religieux. Un carme déchaussé de Cambrai écrit au pape qu'il avait publié avec licence papale un livre sur la nécessité de différer souvent l'absolntio7i; mais que ses supérieurs ont soutenu que cette licence était subreptice et ont condamné le livre. Il en a brûlé prudemment tous les exemplaires.

La partie la moins édifiante peut-être de ces numéros, c'est celle qui nous fait connaître l'avidité de Pélisson. Converti et chargé par le roi de brocanter des consciences calvinistes, il reçoit dans cette seule année 1679 : 1" une grosse abbave, qui n'est pas nommée, du diocèse de Limoges; 2" l'énorme don de l'abbaye de Cluny. Pélisson, pour gagner le pape, lui écrit qu'avec l'argent du roi il a acheté jusqu'à 10.048 âmes de calvinistes (littéralement : par l'appât des faveurs pécuniaires qu'il a déterminé le roi à leur faire); il donne leurs noms, les lieux de leur abjuration, etc. Les moines de Cluny n'en sont pas moins indignés de ce que le roi leur enlève leur droit d'élection; ils en écrivent au pape (E. 450).

Au numéro E. 460 (année 1647), on voit que les frères de l'Observance qu'on voulait réformer à Rennes ont été rouer de coups leurs confrères déjà réformés.

JV. B. — J'oubliais une lettre fort tragique d'un homme de Varsovie au pape; il accuse le secrétaire du nonce d'avoir violé sa fille et de l'avoir fait emprisonner dans un couvent (année 1646. E. 460).

Lettres des papes et aiix papes

Ce carton comprend un siècle et demi de correspondances. Les extraits de lettres qu'il contient feraient la valeur de deux volumes in-folio.

Important par ce nombre immense de pièces et par rintérèt que plusieurs de ces pièces doivent présenter (autant qu'on en peut juger par les extraits), il l'est infiniment plus par son caractère général, par le crescendo d'intérêt qu'il offre jusqu'au fait capital et décisif de cette période, la révolution d'Angleterre, l'affaiblissement de la France, alors cbef du parti catholique, et le coup fatal porté pour toujours à la marine française (1688, 1692).

A partir de cette époque, l'intérêt décroît; la papauté, vaincue avec Jacques II et Louis XIV, cesse d'être un centre politique. Dans les derniers extraits du carton, on trouve à chaque instant les plaintes des archivistes qui se désolent de la nullité des pièces et de l'ennui d'un travail insignifiant.

Première période, de 1655 à 1692.

Cette période s'ouvre d'une manière bien flatteuse pour les papes par les lettres de la fille de Gustave-Adolphe, Christine de Suède. La fille du chef des protestants se remet au pape. L'attraction du climat, des arts, des plaisirs de Rome, est parfaitement couverte, dans ces lettres, de l'apparence d'un zèle religieux. On n'attendait pas d'un esprit si libre et au fond si indifférent cette hypocrisie inutile. Elle sollicite (20 juillet 1657) un bref qui l'autorise à loger et coucher dans les monastères de France et

330 RAPPOllT DE MICHELET

d'Italie iiui se trouveront sur sa route; « elle y aura plus de lil>erté et échappera au cérémonial, » etc. Les enquêtes (de Ricci et autres) montrent qu'on y jouissait en effet cfune très grande liherlc. (E. 473, 478).

Vers la inênie époque, Mme de Longueville et autres princes et princesses obsèdent infatigablement la cour de Rome pour les affaires des monastères cjui se multiplient en France. L'ordre des Carmélites a cinquante-cinq couvents en 1659 (E. 475).

Le jeune roi de France, en 1661, se porte pour accusateur du cardinal de Retz devant le pape et plaide en quelque sorte à son tribunal (E. 477).

Le roi d'Espagne ne parait dans cette correspondance que pour des affaires toutes religieuses. Il semble mort aux intérêts politiques.

En 1662 seulement, il se permet une légère résistance contre le Saint-Siège. Le pape désirait introduire l'inquisition dans le royaume de Naples. Le roi i^eprésente l'aversion extrême des Napolitains pour ce tribunal (E. 477). On voit qu'en effet en 1691 l'inquisiteur de iXaples s'enfuit pour sa sûreté (E. 517).

Les pauvres rois d'Espagne n'ont plus la force de s'occuper des affaires. On est tenté de croire qu'ils signaient les actes sans les avoir lus. On leur faisait donner (sans doute dans leurs meilleurs moments) plusieurs signatures sur autant de petits carrés de papier que l'on collait au bas de chaque lettre émanée en leur nom de la secrétairerie d'État (E. 477).

Ce qui paraît intéresser le plus le roi d'Espagne, c'est d'obtenir que Rome impose à chaque prédicateur l'obligation de commence!" tout sermon par : Sia laudato il SS. sacramento deWaltare e l'immacidata conception (1663. E. 479.)

En 1677 (E. 500), le roi d'Espagne demande que rin(juisition fasse le procès d'un administrateur des octrois que la reine régente, sa mère, a fait étrangler en 1668 sans for-

malité, sans lui donner un défenseur. La conscience du roi y est intéressée : car cet administrateur était un prêtre.

En novembre 1668, lettre olographe de ïurenne qui annonce au pape sa conversion. Ce grand homme, qui était de la maison de Bouillon, sans être intrigant comme ses parents, était très avisé sous une apparence simple; il se convertit l'année même où la politique du Roi se convertit pour ainsi dire. Indépendante et indifférente sous Henri IV, Richelieu et dans les premières années de Louis XIV, elle devient proprement catholique entre le traité de 1668 et la guerre de 1672 contre la Hollande.

L'abbesse de Fontevraud, princesse de la maison de Bourbon, écrit sous la même date une lettre très mystique (E. 488) sur le patron de l'abbaye, le bienheureux Robert d'Arbrissel, qui, à Fontevraud, soumit les liommes au gouvernement des femmes. C'est, je crois, cette princesse qui plus tard (avec l'aide de Racine) a traduit du grec le dialogue de Platon sur l'amour (le Banquet).

Enfin commence la grande crise (1671-72). Le roi va se précipiter dans la guerre de Hollande. Il se souvient des grands secours que Philippe II a trouvés jadis dans les troupes italiennes pour les guerres des Pays-Bas, et il écrit au pape de lui permettre de lever un régiment italien spécialement dans les Etats romains (I67I. E. 492). Vainqueur, au 23 septembre 1672, il écrit au pape qiiit a vaincu pour Sa Sainteté autant que pour lui-même (E. 493). Seulement, dans une si sainte guerre, ne pourrait-on toucher aux biens ecclésiastiques"? Qu'il serait beau et chrétien de ramener les cordeliers à leur pauvreté primitive^ et cela sans leur rien ôter; ils tran%j}orteraient la propricté de leurs biens à certains particuliers {sans doute les financiers qui prêtaient au roi), et ces particuliers leur paieraient leurs revenus (17 décembre 1672. E. 493). On ne voit pas que le pape ait goûté cet arrangement.

Les pièces qui suivent la paix de Nimègue (1679)

témoignent de l'esprit extraordinairemcnt intiuiet et ambitieux de la cour de France. Tout lui est bon, elle a envie de tout, depuis la petite conquête de Lièjje jusqu'à celle de l'Empire ottoman que Nointel, notre ambassadeur à Constantinoplo, scml)le proposer au pape dans un long mémoire sur les forces de cet Empire (1679. E. 501). Toute 1 Europe désirait que l'orage tombât au loin, et c'est pour cela que Leibnitz conseillait la conquête de l'Egypte, con- «juête du reste plus raisonnable à une époque où la l^ancc était maîtresse de la mer.

En 1685, la révolution politique et religieuse commencée en 1672 par la guerre de Hollande se dessine et pnuid couleur. Le roi remercie le pape pour l'approbation qu'il donne à la révocation de l'édit de Nantes (E. 510). La correspondance devient très active entre le pape et le roi d'Angleterre Jacques II. Ce prince, beaucoup plus dépendant des jésuites que de Rome même, ne cesse de persécuter le pape pour qu'il fasse évoque le jésuite Yalta et cardinal le jésuite Pétri, son confesseur, contrairement à la règle de leur ordre (E. 511-512). Il commet l'insigne imprudence d'envoyer à Rome une ambassade extraordinaire, celle de constituer un évéque cbef du clergé catholique anglais, etc., etc.

Après la débâcle (1688), la i-eine d'Angleterre, Marie d'Esté, remercie le pape de vouloir bien faire présenter en son nom au baptême l'enfant dont elle vient d'accoucher, dont la légitimité fut contestée par Guillaume et qui devint le prétexte de la révolution (E. 514).

Suit l'expédition d'Irlande, pour laquelle Jacques sollicite les secours du Saint-Siège (1690. E. 515), puis la déroute définitive, l'anéantissement de notre marine à la llogue (1692). La défaite de Louis XIV et de Jacques est celle de Rome elle-même (E. 518).

Deuxième pcriode. 1692-1792.

Cette période, si longue et si faible d'intérêt pour l'his-

RAPPORT DE MIGHELET 333

toire pontificale, débute par des faits minutieux qui avertissent tout à coup qu'on entre dans le monde des petitesses.

Le roi d'Espayne, Charles II, mourant comme son Empire, voudrait du moins auparavant que le pape canonisât le vénérable D. Juan de Palafox y Mendoza (1695. E. 521).

Deux petits princes, le duc de Bourgogne et le duc d'Orléans, remercient le pape de confirmer les grâces qvii viennent d'être faites à leurs précepteurs. Le précepteur du premier, l'abbé de Fénelon, vient d'être nommé à l'arclievêché de Cambrai, et celui du duc d'Orléans à une abbaye; ce dernier est l'édifiant abbé Dubois, qui plus tard succédera à Fénelon dans le siège de Cambrai (1691-95. E. 517, 521).

Mme de Maintenon remercie le pape d'un présent (de reliques, selon toute apparence) et des grâces qui y sont jointes (1696. E. 522).

La dispute du quiétisme et de l'amour pur vient heureusement animer un peu l'ennui de l'époque. Louis XIV écrit au pape, de sa propre main, une lettre très effrayée sur le péril où il croit voir l'âme de ses sujets (1698. E. 524). En récompense, il se plaint avec modération d'un outrage qu'a reçu son ambassadeur (1700. E. 526). Il y a loin de ce temps à celui de sa jeunesse où il exigea pour une affaire semblable une si éclatante réparation.

Au contraire, l'empereur Joseph 1" écrit au pape une lettre violente et sans ménagement sur sa partialité pour les ennemis de la maison impériale (1705. E. 532). On sent dans cette lettre l'accent du prochain maître de l'Italie.

Il n'y a pas grand'chose de suivi désormais dans ces correspondances. Tout est décousu, excepté toutefois les demandes d'arjjent que font le Prétendant et autres mendiants de la cour de Rome avec beaucoup de suite et d'insistance.

ti'moignentdc l'esprit cxtraordinairemont liKjuiet et ambitieux de la cour de France. Tout lui est bon, elle a envie de tout, depuis la petite conquête de Liè(je jusqu'à celle de l'Empire ottoman que Nointel, notre ambassadeur à Constantinople, semble proposer au pape dans un long mémoire sur les forces do cet Empire (1670. E. 501). Toute l'Europe désirait que l'orage tombât au loin, et c'est pour cela que Leibnitz conseillait la conquête de l'Egypte, con- <{uête du reste plus raisonnable à une époque où la l'rance était maîtresse de la mer.

En 1685, la révolution politique et religieuse commencée en 1672 par la guerre de Hollande se dessine et pnnid couleur. Le roi remercie le pape pour l'approbation qu'il donne à la révocation de l'édit de Nantes (E. 510). La correspondance devient très active entre le pape et le roi d'Angleterre Jacques IL Ce prince, beaucoup plus dépendant des jésuites que de Home même, ne cesse de persécuter le pape pour qu'il fasse évéque le jésuite Valta et cardinal le jésuite Pétri, son confesseur, contrairement à la règle de leur ordre (E. 511-512). Il commet l'insigne imprudence d'envoyer à Rome une ambassade extraordinaire, celle de constituer un évèque cbef du clergé catbolic[ue anglais, etc., etc.

Après la débâcle (1688), la reine d'Angleterre, Marie d'Esté, remercie le pape de vouloir bien faire présenter en son nom au baptême l'enfant dont elle vient d'accoucher, dont la légitimité fut contestée par Guillaume et qui devint le prétexte de la révolution (E. 514).

Suit l'expédition d'Irlande, pour laquelle Jacques sollicite les secours du Saint-Siège (1690. E. 515), puis la déroute définitive, l'anéantissement de notre marine â la llojfue (1692). La défaite de Louis XIV et de Jacques est relie de Rome elle-même (E. 518).

Deuxième période. I692-I792.

Cette période, si longue et si faible d'intérêt pour l'bis-

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toire pontificale, débute par des faits minutieux qui avertissent tout à coup qu'on entre dans le monde des petitesses.

Le roi d'Espayne, Charles II, mourant comme son Empire, voudrait du moins auparavant que le pape canonisât le vénérable D. Juan de Palafox y Mendoza (1695. E. 521).

Deux petits princes, le duc de Bourgogne et le duc d'Orléans, remercient le pape de confirmer les grâces qui viennent d'être faites à leurs précepteurs. Le précepteur du premier, l'abbé de Fénelon, vient d'être nommé à Tarchevêché de Cambrai, et celui du duc d'Orléans à une abbave; ce dernier est l'édifiant abbé Dubois, qui plus tard succédera à Fénelon dans le siège de Cambrai (1691-95. E. 517, 521).

Mme de Maintenon remercie le pape d'un présent (de reliques, selon toute apparence) et des grâces qui y sont jointes (1696. E. 522).

La dispute du quiétisme et de l'amour pur vient heureusement animer un peu l'ennui de l'époque. Louis XIV écrit au pape, de sa propre main, une lettre très effrayée sur le péril où il croit voir l'âme de ses sujets (1698. E. 524). En récompense, il se plaint avec modération d'un outrage qu'a reçu son ambassadeur (1700. E. 526). Il y a loin de ce temps à celui de sa jeunesse où il exigea pour une affaire semblable une si éclatante réparation.

Au contraire, l'empereur Joseph l-^"^ écrit au pape une lettre violente et sans ménagement sur sa partialité pour les ennemis de la maison impériale (1705. E. 532). On sent dans cette lettre l'accent du prochain maître de l'Italie.

Il n'y a pas grand'chose de suivi désormais dans ces correspondances. Tout est décousu, excepté toutefois les demandes d'argent que font le Prétendant et autres mendiants de la cour de Rome avec beaucoup de suite et d'insistance.

Ouchiuos fciits sont curieux :

En 1703, on écrit de Naplcs qu'une vaillante reli^fieuse (à l'imitation, sans doute, de Campanella qui appelait les Turcs à délivrer rs'aples) a voulu livrer Gapoue à l'ennemi ; cette reli{jieuse, sœur dun prince napolitain, veut maintenant, à force ouverte, se faire réintégrer dans son couvent (E. 530).

1708-1711. La Hollande, ne pouvant plus supporter la violence des disputes des catholiques entre eux, se décide entre les jésuites et les jansénistes et chasse les premiers (E. 536).

1713 (ou 1714?). La Sorbonne dénonce charitablement au pape un pauvre dial)le de professeur du collège de France, le sieur Yaitasse déjà exilé pour jansénisme. Il s'est réfugié près de l'électeur de Trêves, qui lui donnerait un canonicat. On avertit le Saint-Siège, afin quil ne puisse obtenir aucun bénéfice (E. 540).

1714. Lettre grotesque du célèbre Belzunce, évêque de Marseille, contre les moines de Saint- Victor, mondains et galans, très sujets à se moquer de l'évêque. Ce prélat, courageux et charitable plus que spirituel, conclut sa lettre ridicule en disant : « Ils se font une espèce de mérite de faire tomber les femmes dans un cas que j'ai été obligé de me réserver à moi seul » (E. 540, feuille 4).

Plusieurs lettres de Louis XV ont de l'intérêt. Ce sont, dans les commencements, des lettres fort calculées que son précepteur, l'évêque de Fréjus, lui fait écrire pour se rendre le pape favorable à lui-même (23 octobre et 4 novembre 1721. E. 546). Plus tard, le roi écrira contre les jésuites (E. 571).

Le jansénisme occupe une place considérable. 11 y a des violences incroyables. Un évê(iue de Carcassonne demande seulement qu'on supprime doux congrégations suspectes : l'Oratoire et les Bénédictins de Saint-Maur (1728. E. 549).

1731-32. Fontevraudet Remiremont avaient cette singu-

larité que les femmes y commandaient aux hommes. Béatrice de Lorraine, abbesse de llemiremont, se plaint au pape de ce que ses prêtres ne sont pas modestes et dociles. Ils refusent de lencenser et de la conduire à l'autel pour baiser les évangiles (E. 555, feuilles 1 et 7).

1731. Le duc de Noirmoutiers remercie le pape d'avoir nommé son fds nonce extraordinaire pour apporter les langes de Monsieur le dauphin (E. 555, feuille 13.)

1745. L'archevêque de Mayence déplore la conduite d'un abbé régulier qui, chargé de ramener à la règle des religieuses de Giteaux dont la vie était scandaleuse, a au contraire autorisé leurs désordres par ses propres excès (E. 564).

La seule pièce intéressante que j'ai trouvée vers la fin est la correspondance (très ignorée) du roi de Naples, D. Carlos, et du bon pape Benoit XIV, renommé pour sa tolérance, sur les moyens d'exterminer les francs-maçons (sans date, E. 561).

Pour tout le reste je ne puis que me joindre aux lamentations de M. G. Marini et de ses collègues sur l'ennui de ces derniers temps et la nullité des pièces qu'il leur fallait lire (E. 570-74). Les plaintes de ce dernier archiviste du Vatican m'ont rappelé le triste prologue du pauvre Frédégaire, dernier historien des Mérovingiens, qui déplore la caducité d'un monde qu'il voit fini et dont il est condamné à raconter le néant. (1)

1660, 31 octobre. Dans un bref à l'électeur de Cologne, le pape hasarde un essai de pouvoir qu'Innocent III n'eût pas osé tenter. Il enjoint à ce prince ecclésiastique de ne

(1) Une note de Micheict, insérée à cet endroit, indique que cette partie de son rapport (L. 385) a été écrite le 23 avril 1852, et que ce qui suit, jusqu'à L. 386 exclusivement, est une addition faite par lui le 8 juin.

doiinor les bônrfices de Colo{;ne qu'à des sujets méritans et approuvés du nonce pontificat (E. 475).

Faits curieux pour l'histoire ecclésiastique :

Un prêtre irlandais, établi en Espajjne, demande un bénéfice pour son fils (E. 473, feuille 1, p. 1).

Crime d'un capucin d'une {jrande famille de Naples (E. 498).

Tyrannie de rin(|uisition à Malte (E. 509).

Intrigues des jésuites à la Chine (E. 471, feuille I).

L'historien du commerce remarquerait avec intérêt les né{]ociations de Colbert avec Rome pour l'encouragement du commerce des laines (E. 475).

Il y a enfin une pièce importante pour l'histoire de Sobieski (E. 555).

Lettres des particuliers au pape et aux cardinaux

Ce carton commence une collection intitulée Lettres des particuliers^ titre inexact; car on y trouve beaucoup de lettres de princes. En revanche, ceux qui précèdent sous le titre de Lettres des princes contiennent en nombre infini des lettres de particuliers.

L'intérêt est généralement moindre que dans les cartons précédents. Cependant on y trouve quelques faits politiques importants et peu connus, beaucoup de détails de mœurs.

La première lettre importante est du 15 mars 1634. L'abbé Fontana écrit à monseigneur Panziroli un l'écit curieux de la 'mort récente de Waldstein (il l'appelle Valestayn, mais le célèbre général signait lui-même Waldstein.) 11 y donne d'abord la version officielle des impériaux, avec quelques circonstances que je crois nou-

IIAPPOUT DE MICHELET 337

velles, puis ajoute : que plusieurs répandent que la trahison de Waldstein n'est point avérée, que ce sont ses ennemis, les Espagnols et Bavière (sans doute le duc de Bavière) qui ont tout fait pour le faire paraître coupable (E. 1032).

En 1647 et 1648, on trouve les lettres amusantes et singulières d'un général des Capucins, Innocent de Calatagiron, qui se charge de rétablir la paix de l'Europe. 11 explique lui-même, avec beaucoup d'audace et de forfanterie, comment il se glisse partout et fait la leçon aux reines et aux rois. Il s'adresse au duc d'Orléans, à sa fille Mademoiselle, aux dames d'honneur, etc. 11 croit les avoir toutes remplies du saint désir de la vengeance de la religion en Allemagne et de la nécessité de la paix générale. Les moyens de cette paix sont peu pacifiques; il en veut d'extraordinaires et de terribles^ il veut exterminer ce qui n'est pas catholique, etc. La reine Anne d'Autriche lui dit qu'elle ne demanderait pas mieux que de faire la paix, de se rapprocher des Espagnols. « Alors mon caractère, mon habit me firent tout oser ; je lui dis qu'il ne suffisait pas de la désirer, qii il fallait la faire, C ordonner uses minisires, etc. Ailleurs, la reine lui dit qu'elle a donné ses ordres à ses plénipotentiaires : « Je me mis alors à genoux pour rendre grâces au ciel. Elle s'agenouilla aussi et ne voulut se relever qu'après moi. n Ce capucin croit alors avoir tout fait. Il finit fièrement en disant : Ego planfavi... lUustrissimus dominus nuntius rigabit.

Ce capucin infatigable court et va partout, en Bretagne, à Bordeaux, en Espagne. La foule le suit, l'environne comme un messager de paix, l'étouffé presque. « C'est sans doute en punition de mes péchés, mais ils devinent toujours où je vais passer. Ce concours de monde est chose incroyable, effrayante. C'est comme une insurrection; et il y en aura une, si l'on fait trop attendre la paix. » (E. 1035.)

Dans une lettre des 13 et 18 mars 1663, lettre non

sijfnée, mais d'un homme de cour et qui sait bien les affaires du temps, on trouve ces quelques li[;nes d'une froideur dédai{jneuse et cruelle : « Mercredi, le nommé Morin fut brûlé en place de {yrève. Sa femme et deux hommes de ses sectaires assistèrent à sa mort, et ils furent condamnés aux {jaléres perpétuelles. Il mourut obstiné dans sa fausse doctrine et ses opinions erronées, ce qui le priva des suffra{>es de l'assistance. » Cet infortuné Morin périt un an avant la représentation de Tartuffe, brûlé en plein dix-septième siècle, sous Louis XIV. Il a laissé de très beaux vers sur l'amour (de Dieu) : « Tu sais bien que l'amour change en soi ce qu il aime ", etc. (E. 1060).

En 1668, témoignage éclatant de l'indignation que le double adultère de Louis XIV inspira aux âmes pieuses. Un Joachim d'iUiers écrit au pape qu'il s'est cru obligé de faire des remontrances au roi sur les concubines adultères qu'il entretenait dans son palais aux yeux de tout le monde; c'est peu de jours après que le roi a pris possession de Mme de Montespan, etc. Il parle ensuite de toutes les maîtresses dont il craint la vengeance, etc. (E. 1065).

Une infinité de lettres monastiques, dont chacune est peu importante, révèlent cependant l'état douloureux et misérable de ces pauvres victimes et du siècle en général sous sa surface polie, brillante et magnifique (voir surtout E. 1057). On voit que rien n'est sûr, que rien ne tient par soi-même ; les choses se maintiennent par le cadre qui les entoure et qui les serre.

De là d'étranges contrastes, certaines choses donnant l'idée des mœurs les plus perverses (il en est de dignes du marquis de Sade) et d'autres semblant d'une innocence naïve et quasi puérile. Un chartreux, par exemple, se plaint au pape de ce que la duchesse de Parme, ayant autorisation papale d'entrer dans la chartreuse, a pénétré dans sa cellule, dans celle du prieur et, qui pis est, dans celle d'un jeune chartreux. Il se trouve depuis dans de grandes per-

plexités et craint fort d'être damné éternellement (1669. E. 1066).

Au total, une infinité de choses curieuses, bizarres, scandaleuses, mais beaucoup moins qui éclairent l'histoire proprement dite. C'est une dame qui obtient lettres du pape pour forcer un seigneur suisse à l'épouser, une mère qui demande de l'argent parce que ses deux filles sont possédées du diable, etc., etc. (E. 1061, 1066 etc.).

Lettres des particuliers

Ce carton, stérile pour l'histoire politique, est, comme le précédent, très riche pour l'histoire des mœurs. Il donne l'impression la plus triste du dix-septième siècle, pour l'Italie et même pour l'Europe.

On pourrait le diviser en deux parties : les plaintes et les scandales .

C'est comme un gémissement universel qui monte au pape de toute l'Europe catholique, une plainte d'autant plus triste qu'on y sent moins d'espoir de trouver remède à ces maux infinis.

L'Italie, toute bordée de tours et de fortifications, n'en souffre pas moins des descentes et des rapts des Barbaresques. Les routes de France (sous Louis XIV, en 1672 et 1675, à l'apogée de ce règne) sont couvertes de bandits. Les voyageurs ne partent qu'en préparant de l'argent pour les voleurs, et ces voleurs sont précisément les soldats du roi qui meurent de faim (E. 1071, troisième feuille, deux lettres).

Pour les Etats romains, plus malheureux encore, le seul remède, dit un T'iorentin, c'est de vendre des biens ecclé-

340 HAPPORT DE MICHELET

siastiques pour une somme de soixante-dix millions d'abord (1677. E. 1075). Un autre (qu'on croit Espagnol) suppose que le temporel s'améliorera, si l'on réforme le spirituel, si l'on ("liasse les juifs de Rome, si l'on ramène aux ])onnes mœurs les religieuses (jui, dit-il, vivent toutes avec les prêtres comme en état de mariage. Si le pape n'écoute ces conseils, il a à attendre un horrible jugement de Dieu (1677. E. 1075, feuille 5). Un noble romain, très misérable, déclare que, si le pape ne lui fait charité, le Diable le pousse à se faire turc, lui et ses trois enfants (1086. E. 1078).

Ce (ju'on trouve à cbaque pas dans ce carton, ce sont des plaintes lamentables de prisonniers, les uns, forçats qui rament sur les galères, les autres, ecclésiastiques engloutis dans les in pace.

Un forçat turc se plaint de ce que, pris par les chevaliers de Malte, racheté de l'argent des mosquées, au lieu d'avoir sa liberté, il a passé sur les galères romaines ; le grand maître en a fait don au pape (1685. E. 1086).

La plainte la plus douloureuse et qui arrache des larmes, est celle des forçats des galères françaises. Ces infortunés, qui, depuis dix ans, vingt ans, trente ans, ont acquitté leur triste dette et devraient être en liberté, restent pour ramer jusqu'à la mort. Les prêtres ne font rien que leur prêcher la patience ou même les persécutent. Enfin ils s'adressent au pape. Leur mémoire commence par ces mots : Quis dab't nobis ministrinn justitiœ? (1673. E. 1070, quatrième feuille).

Les plaintes des ecclésiastiques prisonniers sont tellement nombreuses, qu'il faut renoncer à les énumérer. Plusieurs ont été enfermés pour les motifs les plus futiles : l'un d'eux, par exemple, pour n'avoir pas favorisé l'acquisition qu'un riche amateur de Mantoue voulait faire de certains tableaux (1675. E. 1071, cinquième feuille). Un capucin de Florence est incarcéré à Paris par ordre de

Tarchevêque pour avoir donné les sacrements à M. le nonce, qui les avait demandés (1678. E. 1076). Un autre écrit au pape pour un de ses confrères plonjjé dans un cachot d'Allemagne pour avoir fréquemment sollicité la réforme de son ordre. Ses supérieurs le voient mourant et lui refusent les sacrements (vers 1692. E. 1078).

Une lettre qui fait horreur et donne la mesure de l'arbitraire fantasque de ce temps, c'est celle d'une grande dame, Victoria, cousine du cardinal régnant (cardinal Cibo), qui lui écrit qu'elle s'occupe d'enlever une jeune fille (elle ne dit pas son nom) pour l'enfermer dans un couvent ; de plus, elle demande autorisation d'enlever une dame (qu'elle dit intime avec la marquise Olympia ÏXari Caprara), en dépit de la résistance des magistrats de Bologne (1687. E. 1090). Cette Olympia n'est-elle pas celle qui gouverna l'Eglise sous l'un des papes précédents? On serait tenté de le croire.

En 1693, un seigneur écrit de Montescaglioso que l'abbé du Mont-Cassin, sous prétexte de faire la police dans son voisinage, fait sortir ses religieux en armes pendant la foire de la localité; il leur a fait tirer un coup d'arquebuse ■ sur un noble qui passait, etc. (E. 1099).

Les histoires des religieuses sont plus gaies, mais plus difficiles à raconter. Les plus innocentes sont molles et paresseuses; jeunes et bien portantes, elles veulent avoir chacune une servante, dit une abbesse deNaples; le cardinal Carracciolo ne les (jàie que trop, etc. (1677. E. 1075). Les Carmélites de Elandre, n'étant point flamandes, mais liégeoises, françaises de cœur et de langue, déclarent qu'on ne peut faire son salut avec des confesseurs flamands; elles sont en pleine révolte (1685. E. 1086). Une courtisane de liologne écrit au pape qu'elle se mettrait aux converties, mais que le P. Don Ridolfo l'en empêche et la persécute parce qu'elle ne veut plus le recevoir (1684. E. 1084). Un secrétaire du duc de Mantoue prie le pape de tenir sous clôture sa femme qui s'est faite religieuse, mais qui ne

848 IIAPPOUT DE MICHELE!

veut plus l'être, sous prétexte qu^ elle n^ avait pris le voile que sur la promesse de son mari de faire vœu de chasteté (1689. E. 1093).

]Nonibreuses histoires d'abbés puissants qui vivent d'une manière princière, à la turque, avec des harems, et sans faire aucune pratique qui puisse les faire soupçonner de rester chrétiens (voir par exemple, 1681. E. 1079).

Deux jésuites, honnêtes gens, l'un Français, La Quintinye, l'autre Espa^jnol, Gonzalès, écrivent au pape avec douleur pour déplorer la morale relâchée de leur ordre (1678. E. 1076; 1681. E. 1079).

Nonciatures.

Ce carton contient peu de choses antérieures aux guerres de religion, peu de choses relatives aux règnes de Louis XIll et de Louis XIV. Les analyses et extraits qu'il renferme sont presque tous compris entre tannée 1565 et Cannée 1610. Il contient, en réalité, le cœur du seizième siècle. Quelque imparfaits que soient ces extraits, informes et très inégaux en mérite, la plupart, selon nous, pourraient être imprimés. Bons ou mauvais, ils donneraient une instruction immense.

Dans cette richesse infinie de détails curieux, nous négligeons le commencement et la fin, (jui n intéressent guère que l'histoire diplomatique. INous arrivons au cœur même, c'est-à-dire à ces années vraiment vitales et d'une vitalité terrible, où les (|uestions profondes sont mises à nu.

Avant 1561, on ne voit rien dans des régions politiques auxquelles nous avons affaire. Tout se passe au fond des masses, dans la conscience du peuple. Enfin se produisent

les résultats, et, l'an 1563, je vois dans nos correspondances le grand mot lâché : « Le nonce est inquiet, parce qu'on parle encore de vendre une partie des biens du clergé, et il s'est déjà présenté des acheteurs. » (D. 1421, fin de la cinquième feuille).

Toutes les pièces qui suivent pourraient se ramener aux propositions suivantes :

Le nonce : Il faut couper court, détruire les prédicateurs huguenots (feuille 3 du mômen»).

Le connétable : Je sais de bonne part que le pape a un million d'or, réservé pour cette guerre; il nous faut 200.000 écus.

Le nonce : Merci, Monseigneur; vous faites Sa Sainteté plus riche qu'elle ne l'est (Ibidem).

Le pape se saigne alors, donne cent mille écus et plus tard en prête cent mille. Le roi d'Espagne ne donne pas d'argent, mais il brûle de donner des hommes; il offre trente mille fantassins, six mille cavaliers. Charles IX est effrayé de cette amitié. On sent le mot de d'Aubigné : Les étrangers frétillaient d'entrer en France.

Ce qui n'est pas moins effrayant, c'est l'action toutepuissante du clergé sur les marchands de Paris, dont les troubles de religion entravaient le commerce. Le prévôt des marchands (en 1562} se présente à la reine, tout botté, et lui dit qu'il y a quarante mille hommes prêts à prendre les armes contre les hérétiques. Le même prévôt, peu après, avec quarante gros bourgeois, va à la rencontre de M. de Guise, qui fait son entrée avec mille cavaliers, et lui offre tout ce qu'il voudra d'argent pour soutenir la religion.

Le prévôt a protesté vivement contre la faiblesse de la reine, qui voulait laisser aux huguenots tin lieu hors des murs. Elle avait dit au prévôt : « Vous voulez donc qu'il pleuve sur eux? — Madame, répliqua t-il, s'il ne pleut sur eux, il pleuvra sur vous. » (D. 1421, feuille 2).

Le nonce croit pourtant que la reine a, au fond, de

bonnes intentions. Le seul personnaj^e dont il se défie vraiment, c'est le chancelier de l'ilospital, qui, auec sun apparence de bonté, brouille tout et serait capable de faire paraître blanc tm nègre {Ibidem).

L'année de la Saint-Barthélemi (1572) offre {.kisieiirs détails importants. On y voit que, quoique le pape eût envoyé peu auparavant des troupes contre les hu[;uenots (avec recommandation de «e pas faire de prisonniers, si nous en croyons son panégyriste), il ne fut pas mis dans le secret du moment de Texécution ; il s'inquiéta de l'alliance récente de la France et de l'Angleterre (20 juin 1572. D. 1500). Au massacre, le petit peuple une fois en train de tuer et piller, il fut très difficile au roi de l'arrêter (Ibidem). Ce qui est bien plus choquant, c'est que le 2 septembre (huit jours après la mort de l'ami rai' , le maréchal de Montmorenci, son proche parent, demande et obtient une abbaye dont Coligni avait les revenus. Le roi n'est pas moins avide. Le 6 septembre, sous prétexte des craintes que lui donne le prince d'Orange, il demande au pape le prix du massacre, un prêt de cent mille écus (Ibidem). Le 11, il avoue au pape qu'il craint extrêmement de recevoir un légat, ce qui augmenterait l'irritation des princes d'Allemagne et de la reine d'Angleterre {Ibidem).

Mais la barrière est rompue, le roi est perdu ; les étrangers entrent en France, et d'abord une petite troupe de soldats pontificaux. Ils trouvent à Marseille l'expresse défense de débarquer; ils n'en tiennent compte, traversent la Provence, entrent dans Avignon (décembre 1572. D. 1502). On tient si peu compte du roi, qu'un seigneur Avignonais, par conséqvient sujet du pape, excite, dans la cour même. Guise et Montmorenci à tirer l'épée l'un contre l'autre. Le roi dépérit à vue d'oeil, et il s'extermine lui-même par les moyens les plus rapides, les plus violents. Depuis peu il a éreintéà la chasse cinq mille chiens; il crève pour trente mille francs de chevaux par année.

Le reste du temps, il bat l'enclume, forgée des visières (celate, gravées? mot sans doute impropre; le nonce veut dire sans doute repoussées au marteau), des cuirasses, des corselets à l'épreuve de l'arquebuse.

Le roi, enfermé à Saint-Germain avec 1.300 hommes, a tellement peur d'y être forcé par les hugfuenots qui passent par là avec 600 fantassins et 600 cavaliers, qu'il se réfugie à Paris {Ibid.). Le cardinal de Lorraine craint extrêmement un arrangement et conseille un nouveau massacre (1574, D. 1502, feuille 4). Le roi trouve des hommes cachés dans son Louvre (29 avril 1574). L'Espagne offre de le rassurer en lui envoyant des troupes; mais il a encore plus peur de ses amis que de ses ennemis {Ibidem). Le 9 mai, la vieille reine s'imagine qu'on a mis de la poudre dans son lit pour la faire sauter; elle cherche et ne trouve rien {Ibidem, feuille 6).

Le roi meurt, et les évêques viennent demander à la régente ce qu'il a dit en mourant. Elle répond spirituellement : « que vous résidiez dans vos diocèses » {Ibidem, feuille A). Elle ne veut ni les secours de l'Espagne, ni ceux du pape. Sa misère est grande cependant; les cardinaux de Lorraine, de Bourbon et d'Est se cotisent avec d'autres prélats pour lui procurer cent écus (22 juin 1574. D. 1502, feuille A).

Enfin Henri III arrive. Les correspondants du pape, le •nonce et l'archevêque de Nazareth, en font le plus lamentable portrait. Le premier dit : « 11 est faible et luxurieux; il n'aura pas de postérité. Quand il passe une nuit ou deux avec une femme, il reste huit jours au lit. » L'archevêque écrit : " C'est un jeune homme aussi jeune d'esprit qu'on puisse imaginer, une créature paresseuse et voluptueuse qui passe sa vie à niaiser au lit. Il a peu de mois à vivre, » etc. Le même correspondant ne tarit pas sur la faiblesse et la tristesse d'Henri III; il parait désirer vivement la mort d'un prince dont Rome ne peut tirer aucun parti

dans cette {jraiide crise (septembre et octobre 151^. D. 150i>, feuille E et V).

La mère et le fils écrivent Je longues lettres radoteuses et pleureuses au pape pour demander de l'arjjent (novembre. Ibidem, feuilles G).

Henri III se remet un peu et commence à boire du vin. Il se rend à Avi{jnon, non sans insultes des hu{}ucnots, qui des rives tirent sur sa barque des arquebusades. Renfermé dans les murs d'Avignon, dont il n'ose sortir, il procède, sans doute avec autorisation pontificale, à 1 aliénation de quelques biens d'Eglise qui le feront vivre un peu de temps (Ibidem).

Il reçoit là la protestation de Dampville pour les huguenots : i< Depuis la mort d'Henri II, dit Dampville, les rois sont esclaves de conspirateurs étrangers qui veulent s'emparer du trône " (Ibidem).

Le cahier qui suit, moins intéressant sous le rapport anecdotique, n'en a pas moins une grande importance historique. Il renferme l'extrait des lettres de la maison de Lorraine de l'an 1587 à l'an 1590 (D. I5I6). Il y a aussi des lettres d'autres personnages.

Rien de plus intéressant que les lettres qui suivent sur l'état de la France et l'état moral d'Henri III après le meurtre du duc de Guise. On y voit d'abord la censure terrible dont la Sorbonne foudroie cinq propositions de l'évéque de Sens aux états de Rlois en faveur de la tolérance; elles sont déclarées abominables et impies (D. 1429, feuille 7).

On reproche particulièrement à Henri HI de s'être entendu avec la reine d'Angleterre pour la mort de Marie Stuart. Elisabeth vient de lui envoyer la Jarretière. Il a fait enfermer à la Rastille l'bomme d'affaires de la reine d'Ecosse. Il est entré en fureur, en apprenant qu'on a exposé au cimetière Saint-Séverin uzi tableau du martyre des catholiques anglais, etc. (Ibidem, feuille 8).

En mars 1589, le nonce le représente très naïvement éperdu de peur, et comme effaré au milieu de la meute aboyante des prédicateurs, confesseurs et moines de toute couleurs qui crient après lui. « Je sais ce que j'ai à faire, dit le roi. Je suis en danger de prendre tous ces gens-là en haine éternelle et de me jeter dans quelque terrible résolution. I) Il a fait cet aveu à M. de Saint-Germain, homme pieux et savant, qui a été son confesseur et qui lui-même en informe le nonce pour le soulagement de sa conscience (D. 1429, feuille 4).

Deux lettres de mars montrent parfaitement cette àme troublée {Ibidem^ feuilles 12 et 14). Le légat Moresini s'étant retiré à l'abbaye de Marmoutiers, le roi y vient pour se récréer, dit-il; puis il avoue qu'en réalité c'est pour parler au légat. Il s'excuse de s'appuyer sur l'alliance des hérétiques. Suit un dialogue très vif et très naturel. A tout ce qu'objecte l'homme du pape, le roi répond toujours par l'impossibilité d'apaiser les catholiques. « Que voulezvous que je fasse si le duc de Mayenne \'iGnX pour me couper le cou? il me faut bien une épée, recourir aux hérétiques, aux Turcs mêmes. Ils veulent absolument ma tête, et, moi, je veux la garder », etc., etc.

Une scène non moins vive est celle du légat avec Mayenne. Celui-ci se montre fort défiant. Le légat en vient à lui dire que, s'il ne s'arrange avec le roi, les huguenots triompheront, les moindres artisans se moqueront des nobles; que, s'il éprouve quelque défaite, le peuple le lapidera, etc. Le duc, en réalité, refuse avec respect la médiation du Saint-Siège qu'acceptait le roi.

Le cardinal Gajétan fait, le 28 mars 1590, un long rapport sur la situation. La conclusion est que, si le Navarrais arrive à la couronne de France, il faudra très peu de temps pour que la religion catholique soit exterminée (D. 1431, feuille 7). Villeroi lui a conté un entretien de Duplessis-Mornay, d'après lequel le Navarrais ne se fera pas^

3V8 BAPPORT DE MICHELET

catliolique, mais laissera tout le monde croire et vivre à su yuise; il l'éformeia le catholicisme, se fera roi des Romains, envahira Tltalie, bouleversera la chétienté. « Le Navarrais, dit Cajétan, a su, par des lettres interceptées, nue te pape me donnait ordre de travailler à (;a{;ner le cardinal de Vendôme et de semer la division parmi les princes du sang. »

On est saisi d'étonncment en voyant, quelques feuilles plus loin, à si peu d'années de distance, Henri IV devenu si indifférent (ou hostile) pour le parti protestant, q.u'il sonjje à épouser une fille de Philippe II (26 juin 1597. D. 1423). L'unique crainte de la cour pontificale à cette époque, c'est qu'Elisabeth venant à mourir, Henri IV ne fasse tomber la succession dWntjtelerre dans les mains des Espagnols; le pape en est très inquiet, il y pense nuit et jour (Ibidem). Prodigieuse mobilité des politiques ! Cet âge, commencé tout à l'heure dans la plus violente fureur, est déjà calmé et finit dans lindifférence absolue.

J'oubliais, au commencement, une réflexion très grave du connétable de Montmorenci. « Monsieur, disait-il au nonce, la religion n'est pas ce qui les meut; c'est la haine des Ghàtillons et des Guises; si les Guises se faisaient huguenots, les Ghàtillons se feraient catholiques. » (1564. D. 1420, feuille 2).

Je ti'ouve, au régne d'Henri IV, une observation fine et remarquable du nonce sur la personne du jeune dauphin (Louis XIII). " Par sa gravité, dit-il, il rappelle absolument la maison de Medicis ; il ressemble tout à fait à sa mère, » etc. Observation d'autant plus importante que Louis XIII et Louis XIV n'ont rien eu d'Henri IV. L'élément primitif a disparu et par Marie de Médicis et par Anne d'Autriche. Enfin, une mère saxonne a définitivement changé les Bourbons dans la personne de Louis XVI et de Louis XVIII, qui ont eu tous les caractères extérieurs de la maison de Saxe.

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