M. HASE. — LA MALADIE DE PARIS
20 novembre 1880.
Avez-vous, par hasard, connu feu M. Hase, le moins disputeur des juges pour le doctorat es lettres et le plus facile à satisfaire des examinateurs pour le baccalauréat?
Il est mort en 4864, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. C'était, dans ses dernières années, le type achevé du savant d'un autre âge, conservé dans ses sinécures comme dans un bocal. Qui etit dit en ce temps-là qu'il avait été, tout comme un autre, jacobin, enthousiaste et pas mal batailleur, jeune homme poétique et tendre, recherché des dames et leur amoureux timide? Cela est cependant, point pour point. On vient d'exhumer en Allemagne et de publier par
fragments, sous le litre ; Un voyage à Paris, le journal rédigé par lui-même des deux premières années — 1801 et 1802 — qu'il a passées en France. C'est un recueil de notes et de lettres que M. Hase adressa sur le moment à un de ses camarades de gymnase du nom d'Erdmann, devenu depuis général en Russie. La lecture en est charmante : sermo pedestris. Un ton posé, les sensations et les bonheurs de la jeunesse rendus avec une vivacité imaginative, nombre de petites idylles de la société française en ce premier instant d'éveil délicieux où elle secouait la nuit révolutionnaire et le cauchemar de la guerre per])étuelle, oîi le premier consul semblait un dieu, qui terrasse les hydres et dissipe les pestes. C'est l'un des rares documents que nous possédions d'un homme qui ait eu vingt ans, à Paris, au lendemain du 18 Brumaire et à la veille de la paix d'Amiens. Je me remets sous les yeux le M. Hase que j'ai connu ou plutôt côtoyé vers 18o0. Hiver comme été, à dix heures du matin comme à dix heures du soir, il portait l'habit noir à longues b;isques, descendant jusque bien au-dessous du jarret, qui était l'uniforme des universitaires de la première génération, 1808- 1840. Son chef branlant, mais fourni en chair, haut en couleur et droit, émergeait d'une grosse cravale tortillée à la diable autour du cou. Il scandait ce qu'il parlait et, quand il parlait, sa langue pendait
hors de sa bouche, arrêtant chaque son articulé au passage et le forçant à faire une halte d'une demiseconde avant l'émission définitive. Tout cela composait un ensemble inénarrable de paléographe pétrifié dans le parchemin. Il habitait alors, arcade Colbert, au coin de la rue Richelieu, une sombre petite maison dépendant de la Bibliothèque nationale et qui sert toujours de logement à l'un des conservateurs. Bien curieuse, cette maison! Regardez-la en passant. Je n'en connais pas une dans tout Paris qui ait un air plus suspect. Elle est au beau milieu du plus bruyant brouhaha, dans l'endroit de la ville où la circulation des voitures et des piétons est la plus pressée ; et cependant elle est tout ce qu'il y a de plus à l'ombre, de plus silencieux et de plus caché. On dirait la m.aison idéale d'un homme d'étude qui aime la retraite et qui a besoin de cultiver le monde, qui dans le monde est obligé de prendre par état et prend d'ailleurs par goût les apparences d'un vieux savantasse absorbé et ahuri dans le déchiffrement de Platon, mais qui vit avec sa gouvernante et qui, portes closes, suit avec délices les maximes d'Aristippe, Tel est le séjour, tel est le tranquille et discret fromage de Hollande où se trouvait retiré, vers 1850, bien confortablement et chaudement, Charles- Bénédict Hase, ancien étudiant à l'Université d'iéna, qui était arrivé à Paris, dans la première année du siècle,
avec une vingtaine de laubthalers (écus de six livres) dans la poche, et qui, un certain soir d'octobre 1801, s'était assis désespéré sur un banc du Palais-Royal, n'ayant guère dîné ce jour-là et ne sachant pas s'il dînerait du tout le lendemain. Il était là, désormais et depuis longtemps, à l'abri des intempéries des saisons et des vicissitudes de la politique, mais non pas, hélas ! à l'abri des autres étudiants de l'Université d'Iéna, qui continuaient à arriver à Paris avec leurs petits gulden et leurs petits pfennigs pour y chercher un bon emploi dans la philologie et qui tous venaient tout droit relancer dans son fromage leur compatriote, le célèbre M. Hase. Pour ses péchés, M. Hase, conservateur à la Bibliothèque nationale, membre de l'Institut, directeur de l'École des langues orientales, président du conseil de perfectionnement de l'École des Chartes, professeur de langue allemande à l'École polytechnique, examinateur pour les langues vivantes à l'École normale supérieure, professeur de grammaire comparée à la Faculté des lettres, commandeur de la Légion d'honneur et de plusieurs autres ordres, était devenu la légende pantagruélique de tout ce que l'Allemagne possédait alors d'épigraphistes, de romanistes, de latinistes, d'hellénistes et de celticistes, négligés de leur pays et affamés. Le Thuringerwald, l'Odenwald, le Schwarzwald, Giessen, Erlangen, Heidelberg et Kœnigsberg
les vomissaient par douzaines sous l'arcade Colbert.
C'était la brosse de crin dans la douce ouate où se dorlotait Aristippe. Il avait fini cependant par imaginer un procédé de salut qui cadrait admirablement avec la haute mine d'archéologue bienveillant et paisible. Il avait dressé chez lui un registre monumental semblable à celui que Luguet, jouant l'entrepreneur de mariages, maniait si plaisamment daus la Cagnotte. Quand le jeune compatriote de là-bas arrivait avec sa casquette chétive et sa mine dévorante pour lui demander une bonne place, il le menait au registre, il inscrivait le nom, l'adresse et les titres du solliciteur, et, projetant sa langue en avant, il tenait ce discours bonhomme :
« Mon très cher compatriote, disposez de moi; je vois que vous êtes un véritable savant; vous avez tout mon appui. Sur ce registre-là il y a déjà quinze cent dix-sept candidats inscrits par ordre chronologique pour la prochaine place. Ils sont tous mes compatriotes, comme vous; ils sont tous, comme vous, arrivés du pays sans ressources ; ils sont tous presque aussi savants que vous; je me remue beaucoup pour eux; vous avez le n^ISiS; ne vous découragez pas, et venez me trouver sitôt que vous saurez que le n° 1317 est placé; vous aurez aussi une bonne place, mon très cher compatriote; je suis sûr que vous la remplirez très bien. )>
Ainsi faisait-il, moitié croyant ce qu'il disait, et moitié se conjouissant en son large cynisme d'homme plantureux qui ne se souvient plus du jour où il ne lui restait plus rien de ses vingt thalers. Il avait d'ailleurs l'optimisme souverain que donne le suprême scepticisme. Quand il venait à l'École normale examiner sur l'allemand les élèves de troisième année ;
« Mon jeune ami, disait-il de sa voix lente et avec un ton de circonspection impayable, veuillez me dire, je vous prie — si vous le savez, car on peut être un excellent et studieux jeune homme et ne pas le savoir, — veuillez me dire comment vous exprimeriez en langue allemande celte pensée : Mon père est bon. Réfléchissez; ne vous troublez pas: ne vous pressez pas, afin de garder tous vos moyens. «L'élève répondait : De?' Vatei^ ist gut. » Très bien ! s'écriait M. Hase, Mais très bien! très bien! » Et se tournant, comme soulevé d'admiration, vers le maître de conférences pour la langue allemande : « Y a-t-il longtemps, monsieur, que ce remarquable jeune homme apprend l'allemand? Mais c'est qu'il n'a pas dit : Mein Vater. Il a dit excellemment -.Der Vater. Je ne m'y serais jamais attendu; il a fait un germanisme! (^est étonnant, les résultats qu'on obtient aujourd'hui avec de jeunes Français. » Et, à cette époque où le vent n'était pas à la philologie, la jeunesse irrespectueuse de l'École
normale pensait en soi-même : " Quel philologue! quelle baderne ! »
Il avait, au contraire, ou du moins il avait eu, en son premier épanouissement, un esprit et une imagination de la meilleure trempe. Dans son Voyage à Paris, il note vraiment les sensations et les faits comme Stendahl, avec la même brièveté simple, la même vivacité et la même limpidité. Hase était le fils d'un pasteur de Thuringe. Il avait eu pour maître au gymnase de Weimar l'archéologue Bœttiger, l'un des amis de Gœthe et de sa pléiade. Il avait passé de là à l'Université d'Iéna, où il était devenu de première force sur l'arabe et le grec moderne, mais sans négliger pour ces spécialités l'instruction générale, qui est plus que médiocre d'ordinaire chez les érudits et qui chez lui était très étendue. Il avait vingt ans lorsque son enthousiasme républicain et un vague désir de brusquer la fortune le poussèrent à Paris. Il partit d'Erfurt à pied, vers la fin de 1801, son sabre d'étudiant au côte, avec cent quatre-vingts francs pour tout avoir. Il fit son premier souper sur l'ancien territoire français, au bourg de Font-d'Oye. Il note le prix du souper : deux francs trente; une
table aussi copieuse nous dit- il, que dans les premiers hôtels de l'Allemagne, avec deux bouteilles de bourgogne. Tout le long du chemin, vingt sujets d'observations curieux, avec deux ou trois aventures d'une heure.
Les véritables tribulations commencent à Paris, quand les trente écus de six livres sont épuisés. Il avait bien emporté d'Erfurt un petit mot de recommandation pour Millin, botaniste notable, devenu après la Révolution professeur d'archéologie. Mais, sur sa belle mine, Millin le prend pour un riche et noble étranger qui veut jouir de l'entretien des savants de Paris, et il l'invite à venir dîner le seplidi suivant. « J'irai volontiers, écrit Hase tristement sur son journal, si d'ici là je ne suis pas mort de faim. » Ses voisins, dans la maison garnie qu'il habite, ne peuvent lui être d'aucune utilité, et même ils lui empruntent de ci de là un petit écu, entre autres un officier originaire de Gênes qui se dit cousin de la sœur du premier consul et qui est venu solliciter à Paris. Je signale ce singulier cousin au colonel Jung, qui fouille avec tant de soin les origines et les premières années de Bonaparte. Les libraires à qui Hase s'offre comme correcteur de grec et commis le repoussent. Un moment, sur les conseils de rofficier génois, il songe à s'engager dans la garde consulaire. Tout à coup le hasard vint à son aide.
Le hasard est souvent plus propice à la jeunesse que toutes les lettres de recommandation et tous les conseils.
Le soir du 5 brumaire, Hase errait dans le jardin du Palais-Royal, en proie à ses sombres pensées. II se laisse tomber de lassitude sur un banc. Il était onze heures. Les lumières s'éteignaient, les boutiques se fermaient. Un mameluck de Bonaparte vint à passer. Hase l'interpelle et le salue en arabe. Le mameluck est charmé d'entendre tomber d'une bouche européenne la langue du Caire. Il s'informe. Il apprend que Hase sait le grec moderne aussi bien que l'arabe. Il l'adresse à Korikas, Athénien, interprète de l'ambassade ottomane. Korikas, à son tour, l'envoie à l'helléniste Villoison, conservateur à la Bibliothèque. Villoison lui procure tout de suite une écolière pour l'allemand à trente sous l'heure; il est sauvé de la misère imminente, en attendant qu'un peu plus tard il trouve de loccupation et une place à la Bibliothèque. Le mameluck avait été dans sa vie l'être décisif. Sans le savoir lui-même, le mameluck portait dans son turban toute la manne d'emplois innombrables dont le jeune inconnu qui l'avait interpellé devait faire lippée : École des langues orientales. École des chartes. École polytechnique, École normale, Sorbonne, Bibliothèque, Institut. Ceci est tout à fait un conte d'Hawthorne, un conte arrivé.
Pauvre Xaxier Aubryet^ ! Si, au lieu d'être une machine à idées, il avait cultivé l'arménien ou l'épigraphie! Si, au lieu d'être écrivain et moraliste, il avait embrassé la calme profession de savant breveté et patenté de la bureaucratie! Voilà une profession qui n'use ni les moelles ni la matière grise!
Xavier Aubryet est mort cette semaine après avoir été cloué sur son lit pendant sept ans par d'affreuses tortures. Il est remarquable que sa longue maladie a été en tout semblable à celle de Heine, dont il avait contracté peu à peu l'ironie dissolvante. Les pathologistes disputeront sur le cas de Xavier Aubryet et l'appelleront du nom qu'ils voudront : névrose, anémie pernicieuse, paralysie progressive. Sous quelque nom que ce soit, il est mort du mal d'écrire et de la maladie de Paris. Le mal d'écrire consiste à produire incessamment, chaque jour, à n'importe quelle heure, des idées, des images et des formes; c'est la culture intensive du style et de la pensée. La maladie de Paris consiste à transformer en sensations
1. Auteur de : La Femme à vingt-cinq ans; les Idées justes elles Idées fausses; collaborateur à l'Artiste, au Corsaire, à VEvénement, à VlUustration,
vives, élégantes el poétiques, les impressions les plus légères et les appétits les plus matériels, à mettre une de ces sensations dans chaque minute de la journée et à prolonger la journée jusque bien avant dans la nuit. Le chablis et le graves qui pétillent dans la mousseline chez Brébant, chez Bignon, chez Bouvet, sur une serviette bien blanche ; le café, ondine brune qui vous rit du fond de sa petite grotte de porcelaine et vous y attire; la fumée bleue du cigare; l'article de journal qu'on discute avec passion pendant le cigare et le moka; de quatre à six, sur le boulevard, la féerie capiteuse des robes qui font frou frou, frou frou, et des petits pieds qui font toc toc, toc toc ; vingt romans qu'on ne fait qu'y ébaucher et qui grisent plus l'imagination que ceux qu'on mène à leur dénouement ; le soir, l'Opéra, le foyer de la danse, les femmes parées et demi-nues sur la scène et dans les loges, ou bien le petit théâtre avec sa musique de valse d'un rythme frénétique; au sortir du théâtre, chez Tortoni et au glacier Napo litain, des conversations précieuses jusqu'à près de deux heures de la nuit, où le cerveau achève de se préparer l'insomnie finale, en lançant un feu d'artifice de subtilités philosophiques, de galants marivaudages et d'épigrammes spirituelles : tels sont les agents, sans cesse en travail, de l'affaiblissement des muscles, de l'irritation des nerfs, de la perversion
des moelles, de l'inflammation de la méninge, de la stupéfaction des muqueuses. On arrive à l'âge de quarante ou quarante-cinq ans, déjà bien fatigué. C'est l'âge ou Goethe, pour reposer sa puissante imagination, la dériva vers la botanique. C'est l'âge où Racine brisa avec le théâtre, renonça aux Champmeslé et s'en alla chercher à Amiens une bonne et brave femme qui ne connaissait pas la différence des rimes masculines d'avec les rimes féminines. A l'âge de quarante ans, le mal de Paris et le mal d'écrire ne sont pas encore montés chez la plupart des sujets à un point d'où l'on ne puisse les refouler. On guérirait en bouchant son encrier, en ignorant les journaux, la rampe, les coulisses et jusqu'aux couloirs de la Chambre, en se retirant sur quelque colline délicieuse au bord de l'Oise, de la Seine ou de la Marne. Mais on n'a pas de prébende comme M. Hase et les philologues; il faut continuer d'écrire pour écrire, et il faut continuer de se plonger dans le courant parisien pour stimuler l'invention et l'esprit, qui n'en peuvent plus. Alors se déclarent les alternatives de torpeur et de surexcitation. Alors l'organisme fourbu ou surchauffé se brise ou prend le mors aux dents. Les uns tombent foudroyés d'un coup comme Laurier, artiste autant qu'avocat, comme H. Rigault, qui crut qu'un feuilleton parisien ne coûte pas plus d'effort qu'un cours de langue latine.
comme Fiorenlino, arrêté au moment où la joie d'écrire semblait chez lui plus fraîche que jamais. Les autres perdent la raison et reviennent à l'état végétatif, comme Forcade et Delprat; d'autres, comme Aubryet et Heine, plus privilégiés et plus malheureux, restent hommes, c'est-à-dire volonté et connaissance, jusqu'au dernier souffle, mais à condition qu'une perpétuelle toupie plantée de dents de scie aiguës tourne dans leur cerveau et que leur appareil nerveux, autrefois divine harmonie, source autrefois de plaisirs divins, ne soit plus qu'une cacophonie d'horribles souffrances.
Pauvre Aubryet 1 Nous l'avons accompagné, jeudi matin, à Notre -Dame-de-Loret te. La quintessence était là de ceux qui ont, comme Aubryet, le mal d'écrire et le mal de Paris et qui en mourront, celui-ci un peu plus tôt, celui-là un peu plus tard : feuilletonnistes de grand vol, journalistes qui sont les premiers de leur temps; directeurs de théâtre, comédiens et comédiennes, Brébant se tenait en tête comme s'il se sentait le chef de chœur des excités de Paris. II n'y avait pas un visage qui fût reposé, qui respirât la santé et la pleine force. Paulin Ménier, qui était là, aurait pu prendre la voix tragique de Gubetta et nous crier autour de ce catafalque ; Messeigneurs, vous êles tous empoisonnés! Pauvre Aubryet! Paris, dont il est mort, lui a donné du
moins des funérailles bien parisiennes. Il a été enterré entre deux belles premières. Mercredi soir au Châtelet, une grande machine en trente-six tableaux et plusieurs ballets de Jules Verne et d'Ennery. On était sorti à deux heures du matin. A dix heures, le catafalque était dressé à Notre-Dame-de-Lorette. A une heure, nous étions tous à l'inauguration du buste d'Ofïenbach, rOrphée de Paris et de la vie parisienne. L'orchestre des Variétés attaquait la Marche des dieux pendant que le chemin de fer emportait vers Saint- Quentin les restes de celui qui fut Aubryet.
Pauvre Aubryet, tout de même, si spirituel et si bon et si prodigue de lui-même! Pauvre Aubryet! Bast! Hodie tibi, crasmihi! La toile se lève. Voici .Tudic en Bohémienne. Qu'elle est belle!
LES KTUDIANTS RUSSES. — LE SUICIDE SCOLAIRE. j
4 décembre 1880. ^
Les journaux ont rapporté dernièrement le suicide d'une jeune fille russe à Paris. Cette jeune Russe était venue pousser chez nous ses études scientifiques. Elle avait pris le grade de licenciée es sciences. Les journaux ajoutent qu'on ignore pourquoi elle s'est tuée.
— Pourquoi?
Eh! parce qu'elle était licenciée es sciences.
Les gens qui raisonnent sur l'instruction publique — ces gens-là ne sont pas une denrée dont il y ait disette en notre siècle — partent presque tous de l'axiome incontestable que l'instruction est bonne en soi, et ils en tirent presque tous celte conclusion qu'il
faut tout apprendre à tous les êtres créés. Les Anglais ont un mot pour désigner ce système : c'est le mot Cram; en français : le Bourrage. L'ébénisierie aussi est bonne en soi : apprendrez-vous à tout le monde l'ébénisterie ?
La femme est une construction an atomique et cérébrale; l'homme en est une autre. La femme a une destination sociale ; l'homme en a une autre. La femme use naturellement de procédés intellectuels qui sont souvent plus sûrs que ceux de l'homme, mais o\x le raisonnement n'entre que pour une faible part; l'homme à tout instant raisonne et a besoin de raisonner. Cette spécification de la femme et de l'homme est le fait positif primordial dont il faudrait tenir compte pour régler l'éducation respective du jeune homme et de la jeune fille. Au lieu de cela, on se guide généralement par des considérations a priori sur les beautés de l'instruction et les inconvénients de l'ignorance. Je connais môme beaucoup de Français, et non des moins intelligents ni des moins distingués, qui voudraient que les jeunes filles prissent tous les brevets et tous les grades du monde : pourquoi? Uniquement parce que les institutrices congréganistes s'étaient fait dispenser, par la loi de 1860, d'en prendre aucun.
Mettez un appareil imaginatif et intuitif comme est la femme au régime du bourrage : vous le dessécherez
bien plus vite et bien plus complètement que vous ne feriez par le même système un cerveau masculin, dont le volume et la capacité font un récipient de notions et d'idées bien plus commodément distribué, plus solide et plus large. Mettez un appareil nerveux aussi délicat et aussi sensible que celui de la jeune fille devant les angoisses sans cesse renouvelées d'une série d'examens à passer et d'examens d'une difficulté croissante : vous y jetterez la perturbation. Gare au détraquement 1 Gare à la typhoïde ! Gare à la méningite! Gare aux poussées congestives! Gare au suicide !
Comment cette jeune Russe eût-elle pu résister? Ses jeunes compatriotes du sexe masculin ne résistent pas. Il est né et il se développe dans les universités russes un genre de suicide qu'on peut définir le suicide scolaire. Celte espèce était jusqu'ici inconnue. M. Morselli ne l'a pas classée, je crois, dans son livre si complet et si neuf sur le suicide ^
La Russie, depuis la mort de l'empereur Nicolas, est en bouillonnement. Nicolas, en fermant sa frontière occidentale, avait fait de la Russie un cloître du rite