‹ Notes et impressions, choix de lettres; préf. par le prince Georges StirbeyChapitre 34 sur 56 · GUIZOT · texte numérisé non relu

GUIZOT

Monsieur Saint- Ma rc-Girardin^ à J.-.T. Weiss. F , ce 30 janvier 1865.

Mon cher ami, Je lis un peu tardivement dans le Journal des

rAcadéinie des Sciences morales et politiques. Professeur (riiistoire moderne à la Sorbonne, auteur de Vllistoire de la ClviUmlion en Angleterre, en France, de Mélanges biographique et littéraires, Mélanges politiques et historiques, etc.

1. Marc-Glrardin, dit Saint-Marc-Girardin, né à Paris le 12 février 1801, mort en 1875. Professeur en Sorbonne, pendant

Débats l'article de M. de Sacy qui m'annonce la publicalion de votre livre; et voilà un des inconvénients de l'absence. Je ne puis pas vous lire aussitôt que vous paraissez, mais je puis au moins vous remercier de votre dédicace^ et vous dire combien je m'en tiens honoré. Rien n'est plus [>récieux aux vieux écrivains et aux vieux journalistes que de voir que leur nom n'est pas tout à fait oublié, et surtout par ceux qui ont su s'en faire un. Ce sera une des joies de mon retour que de lire votre livre, de vous dire tout le bien que j'en penserai et de vous expri-

trente ans, dans la chaire de poésie française ; rédacteur aux Débuis, député de 1834 à 1848 ; membre de rAcadémie française ; auteur de : Cours de littérature dramaiiqut' ; Souvenirs et réflexions politiques d'un journaliste; La Fontaine et les fabulistes; Essais de littérature et de morale, etc.

1. Voici cette dédicace, par laquelle s'ouvraient les Essais de Weiss sur l'Histoire de la Littérature française, un volume publié en 18Ô5:

A Monsieur Saint-Marc-Girardin, de l'Académie française. Clier maître et ami,

En vous dédiant ces quelques pages d'histoire littéraire, je croyais remplir un devoir de reconnaissance, et je m'aperçois que je contracte envers vous une obligation de plus. Votre nom a le privilège de rappeler tout ensemble les meilleures traditions de la presse et de l'enseignement public. A ce titre, il sera la plus efficace des recommandations pour un livre modeste, où, à défaut d'autre mérite, j'ai essayé de mettre quelque chose des bonnes doctrines que vous avez défendues avec tant d'honneur et d'éclat dans votre double carrière de professeur et de publiciste.

mer de nouveau le regret que j'ai de n'avoir pas pu vous donner la parole dans ma chaire. Je réfléchissais, en lisant ce que vous disiez dernièrement de

mon confrère M , que vous étiez un de ces

hommes qui ont le don de faire des perles et je vous assure que devant mon vieil auditoire vos paroles n'auraient pas été perdues.

Je ne veux pas, mon cher ami, causer avec vous de l'Italie et de ce qui s'y fait administralivement, et

non nationalement. J'en dis un mot à M dans la

lettre que je lui écris aujourd'hui ; non que j'aie la prétention que mon opinion puisse influer sur celle du journal, il y a longtemps que j'ai perdu cette illusion. Je suis heureux encore, pourtant, quand je me rencontre dans le même cercle d'idées avec mon vieux journal, et, en ce moment, je dois vous remercier de m'avoir procuré ce bonheur à propos des protestations des évoques. Je me souviens qu'il y a vingt ans, au Conseil d'État, je combattais la proposition de déclarer qu'il y avait abus dans un

mandement de M. de M Ce n'était pas le même

qu'aujourd'hui. Je disais aux ministres du roi Louis-Philippe que c'était à la tribune qu'il fallait de notre temps revendiquer les droits de l'État contre les évêques, quand il y avait lieu ; notre gouvernement est encore assez parlementaire, si peu qu'il le soit, pour suivre celte marche. Toute votre

i02 CHOIX DE LETTUES.

polémique dans celte question a élé excellente et vraiment libérale. J'ai lu avec un extrême plaisir ce

que vous dites de la lettre de M. de S En vérité,

la prétention du gouvernement de redevenir gallican, après s'être glorifié de ne plus l'être, est étrange. En Pologne, en Danemark, et dans la question des évèques, on copie trop les mauvais côtés du gouvernement du roi Louis-Philippe. Nous sommes ti'op vengés.

Adieu ; je ne m'occupe ici que du Giolto et d'André del Sarto ; je suis tout étonné de causer politique et de reprendre mes vieilles habitudes de France. Mais avec qui les reprendre avec plus de plaisir qu'avec vous.

Mille bien atTeclueux remerciements.

SAINT-MAUC GIRAKDIN.

Monsieur Alexandre Dumas fils^ à J.-J. Weiss.

Monsieur, Je viens de recevoir le volume^ oii vous me

1. Dumas (Alcxaiulre), né à Tiiiis le 28 juillet 182i, mort en 1893, romancier, puis auteur dramatique, avait donné au théâtre, à la date de cette lettre, La Dame aux Camélias, Diane de Lys, le Demi-Monde, la Question d'Argent, le Fils naturel, le Père prodigue, VA mi des Femmes.

2. Ce volume était sans doute le recueil d'articles qui parut

consacrez quelques pages dont la lecture m'a vivement intéressé. Vous êtes un juge trop indépendant et trop délicat pour que voire jugement me reste inJifférent, d'autant plus qu'il est toujours enveloppé d'une grande courtoisie. Dieu me garde de discuter vos critiques ; je les sens bien trop sincères et trop réfléchies pour me le permettre. Ce que je puis vous dire cependant, c'est que j'ai toujours été aussi sincère dans mes conceptions, bonnes ou mauvaises, que vous dans vos arrêts, et que vous me prêtez des préméditations que je n'ai jamais eues. J'ai obéi constamment à ma nature. J'ai exprimé comme je pensais. J'ai rendu ce que j'ai vu ou cru voir sans aucune préoccupation de ce que penserait la foule. Je n'ai pas repoussé de parti pris la sensibilité, l'allendrifsemcnt, l'idéal; je les ai évoqués, quand ils m'ont paru vrais et nécessaires. J'ai été dans la pitié aussi loin que possible ; mais nos temps sont durs, et les cœurs des hommes de nos temps plus durs encore. Si vous étiez encore mon voisin, j'irais causer un peu de tout cela avec vous. Ce serait ma façon de vous remercier, mais vous êtes loin. Je ne veux pas abuser de votre solitude, et je me

en 1865, et où il s'en liouvuit un sur le ihéâtre du second des Dumas. Une réimpression de cet article a pris place dans un autre volume publié par Weiss en 1889, sous le titre de Le Th'Jdtre et les Mœurs. La lettre de Dumas doit donc être de 18G5.

contente de vous assurer de tous mes sentiments les plus dévoués.

Page 1