‹ Notes et impressions, choix de lettres; préf. par le prince Georges StirbeyChapitre 37 sur 56 · A. THIERS · texte numérisé non relu

A. THIERS

Monsieur Thiers à J.-J. Weiss.

Franconville-sous-Bois, par Luzarches.

21 septembre 1868.

Mon cher Weiss,

Pardonnez-moi de vous écrire quelques mots pour l'objet suivant, qui selon moi a une réelle gravité. Vous savez que je ne désire ni donner un caractère individuel à votre journal, ni surtout me rendre aux yeux du public le personnage inspirateur du journal même le meilleur ; et assurément le vôtre est si honnête, si sage, si bien fait, que la responsabilité ne serait pas lourde. Mais en ne voulant pas tout occuper de ma personne, pardonnez-moi de vous dire qu'il y a des choses qu'il ne faut pas laisser passer.

Avant-hier la Finance a dit que M. Thiers luimême, en 1866, avait conseillé l'inaction, et le Temps avec raison a cru devoir répondre, non pour moi, que le Temps aime peu, mais pour notre parti qui est celui des gens raisonnables.

La France en a menti, tout simplement.

En 1866, dès l'hiver, dans la discussion de l'adresse, j'avais fait renvoyer la rédaction de l'adresse à la Commission pour omission de la question allemande,

SOUS le motif que la France ne pouvait se désintéresser d'une pareille affaire.

La Commission fit une phrase nulle et, grâce à M. Ollivier, la Chambre s'en contenta.

Et moi, je conseillai non la guerre qui n'était pas nécessaire, mais d'empêcher l'union de l'Italie et de la Prusse, ce qui était facile, et d'empêcher la guerre elle-même, en déclarant que la France serait avec la puissance attaquée contre la puissance attaquante. Il n'y avait pour cela qu'un mot à dire, et je suppliai le Gouvernement de dire ce mot. Trois semaines après, je revins à la charge, et on me ferma la bouche.

Le lendemain de Sadowa, on pouvait encore, non pas réparer tuut le mal, mais en réparer une partie avec un seul mot encore. Mais la Chambre était congédiée depuis un mois, et je ne pouvais pas intervenir même par la simple demande de la parole.

Pourquoi, mon cher ami, vous dis -je tout cela? Ce n'est pas pour faire valoir, ni ma personne, ni mes services. Je me suis fort habitué à voir taire ou méconnaître ceux que je rends, et je ne me décourage pas, parce que je connais le monde, et que je sais à quelle récompense il faut aspirer^

mais parce que notre force est

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