‹ Notes et impressions, choix de lettres; préf. par le prince Georges StirbeyChapitre 41 sur 56 · CUVILLIER-FLEURY · texte numérisé non relu

CUVILLIER-FLEURY

Le Pnnce JSIapoléon (Jérôme)^ à J.-J. Weiss.

Comte de Moncalieri fChalet de Prangins, prèsNyon), canton de Vaud iSuisse).

Ce 25 novembre 1872.

Monsieur,

Dans la lutte inégale que je soutiens contre les procédés arbitraires du gouvernement français qui me proscrit sans droit, les articles que vous avez faits pour défendre ma cause provoquent toute ma reconnaissance !

Je tiens à vous l'exprimer. Elle est d'autant plus

1. Napoléon (Jérôme), né en 1822 à Trieste,'mort le 18 mars 1891 à Rome. Élu député de la Corse en 1848, il se rattache aux principes républicains. Après la proclamation de l'Empire, il siège de droit comme prince français au Sénat et au Conseil d'État. Il commande un corps d'armée comme général de division dans la guerre de Crimée, d'où il revient avant la prise de Sébastopol. Président de l'Exposition universelle de 1855, il consigne le résultat de ses travaux dans un rapport à l'Empereur. En 1858, il est nommé ministre de l'Algérie et des colonies. Membre de l'Institut (Académie des Beaux-Arts). Pendant la guerre de 1870, il est envoyé en mission auprès du roi d'Italie son beau-père, mais ne réussit pas à attirer l'Italie dans l'alliance de la France. Rentré en France en 1873, il est élu député d'Ajaccio.

En 1886, il est exilé et se retire au château de Prangins. En 1887, il répond à l'ouvrage publié par M. Taine par un livre intitulé Napoléon et ses détracteurs.

vive que votre polémique n'est inspirée que par votre sentiment du droit et de la justice, et non par esprit de parti ou par des relations personnelles.

Vous n'êtes enrôlé dans aucun parti politique, et les trop rares rapports que nous avons eus ne me permettent pas de croire que ce que vous dites provienne d'une sympathie personnelle.

Ce soutien désintéressé est la meilleure consolation dans ma proscription! venant d'un homme de talent, et d'un esprit aussi élevé!

Recevez, monsieur, l'expression de tous mes sentiments les plus distingués.

Votre affectionné.

NAPOLÉON (jKBOME).

/.-/. Weiss au Prince Napoléon.

30 novembro 1872.

Monseigneur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. Le peu que j'ai pu faire ne méritait pas le témoignage précieux pour moi que vous voulez bien me donner de votre haute bienveillance.

J'ai défendu en votre personne le plus clair et le

plus sacré des droits. Il est vrai que je n'ai point agi par esprit de parti. Mon humeur, mes goûts, mes opinions ne me portent point naturellement vers les partis tranchés. Parmi les circonstances périlleuses où flotte la France depuis deux ans, et où le salut, qui ne vient jusqu'à présent d'aucun côté, pourrait venir de bien des côtés divers, je suis de ceux qui n'excluent aucune solution raisonnable et qui, par conséquent, ne voudraient s'ôter le droit d'en défendre aucune à un moment. .J'ai soutenu du mieux que j'ai pu dans ses efforts le parti impérialiste, quoique mes antécédents ne faisaient pas de moi un impérialiste. Il est de mon devoir de; vous avouer franchement. Monseigneur, que si, au moment où j'ai repris la plume, j'avais vu tout autre parti, conservateur ou monarchique, faire les mêmes efforts de résistance à la confusion présente que les impérialistes, je l'aurais soutenu de même.

Si je ne suis pas un impérialiste de profession et de doctrine, je n'ai pas oublié, Monseigneur, les trop courts rapports que j'ai eu l'honneur d'entretenir avec l'Empereur et avec votre Altesse. Le souvenir que j'ai gardé me rend facile la tâche de réduire à ce qu'elles valent, chaque fois que l'occasion s'en présente, les accusations calomnieuses et les insultes grossières dont les malheurs de l'année 1870, encore mal connus dans leurs causes et mal expliqués, ont été

le prétexte. Je mêle au plaisir^ .... que j'éprouve à servir le vrai une satisfaction plus personnelle, celle de reconnaître la loyale conduite de l'Empereur à mon égard et le bon accueil que j'ai reçu auprès de vous.

Je sais mieux que personne pour l'avoir éprouvé en des situations souverainement critiques, combien votre esprit est juste, clair, patriotique et élevé. Je me rappelle vos anxiétés judicieuses, au moment de la réforme constitutionnelle, si peu raisonnable, du mois d'avril 1870. Je me rappelle vos prévisions au moment de la déclaration de guerre. J'ai bien souvent pensé aux deux entretiens que vous avez bien voulu avoir avec moi sur ce double sujet. Il n'a pas dépendu de vous que tant de malheurs fussent évités. C'est un témoignage que je suis heureux de pouvoir vous rendre.

Et maintenant, qui sait ce que l'avenir réserve à noire pays.

Je vous prie, Monseigneur, d'agréer l'expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

J.-J. WEISS

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