‹ Notes et impressions, choix de lettres; préf. par le prince Georges StirbeyChapitre 42 sur 56 · Mot illisible · texte numérisé non relu

Mot illisible

Une dame à J.-J. Weiss.

11 janvier 1873.

Votre lellre m'a fait plaisir et peine en même temps. Votre isolement et vos soucis de famille m'inquiètent. Quand je vous sais malheureux, je me retrouve de l'amitié pour vous, et, comme ce n'est que pour m'aflliger de vos chagrins, songez combien je souhaite de vous savoir content, indifférent et heureux.

Vos \isites d'aspirant académique doivent vous ennuyer, car je ne pense pas que vous dérogiez à 'usage, et accédiez au règlement; l'un demande un acte courtois de présence, l'autre l'interdit. Une carte de visite peut, heureusement, concilier les deux.

Avez-vous assisté à la réception de M. de Loménie? Y avez-vous remarqué mademoiselle***, l'inconnue à Mérimée? Ressemble-t-elle au portrait qu'on m'a fait d'elle : laide malgré de beaux yeux, un nez énorme, maigre à faire peur, et pédante par-dessus le marché ? Je comprends dans ce cas que Mérimée ait préféré lui écrire que de la voir. Ne pensez-vous pas qu'une correspondance quasi quotidienne, si

elle ne répond pas à un besoin du cœur, n'est que du bavardage littéraire? Avez-vous lu ces lettres? Un jeune romain, a qui j'ai vu feuilleter ce livre sur la table d'un salon, laissait clairement entendre, par ses exclamations, qu'il trouvait que les lettres qu'il avait eu occasion d'écrire étaient beaucoup plus spirituelles et mieux faites pour toucher. Cela m'a amusée avoir.

Monsieur le comte de Falloux^ à J.-J. Weiss.

Angers, 21 décembre 1872.

Monsieur, Vous venez de me causer un vrai plaisir et un vrai chagrin, qui se confondent du moins dans une bien sincère reconnaissance. Si vous m'aviez donné le choix, j'aurais interverti les parts, et c'est madame Swetchine'*, vous le croyez bien, qui eût pris la place que votre bienveillance m'accorde. Vous avez été

1. Comte de Falloux (Alfred-Pierre i né à Angers le 7 mai 1811, mort le 6 janvier 1885. Homme d'Etat. Ministre de Napoléon avant le coup d'Etat. Membre de l'Académie Française. Auteur des ouvrages suivants: De la Contre-Révolution, Discours et mélanges 'politiques. Éludes et souvenirs. L'Évéque d'Orléans. De l'Unité nationale. Mémoires d'un royaliste.

1. Madame Sopliie Soymonof Swetchine, auteur de Pensées et traités divers, publiés par M. de Falloux.

injuste pour elle, et je penserais qu'il y a là grandement de ma faute, si je n'essayais de me persuader que vous avez voulu faire un sacrifice à quelques-uns des préjuges que vous vous gardez de partager m petto. Quoi qu'il en soit, Monsieur, vous assurez à tout journal que vous dirigez une trop brillante place, pour que votre suffrage, même avec de sévères réserves, ne garde pas un grand prix, et ce que vous avez refusé au caractère de madame Swetchine, l'élévation désintéressée, vous l'accordez si pleinement à son esprit que vos lecteurs concevront le désir de devenir les siens; c'est la mettre en mesure de se défendre et c'est assez pour faire de tous ses amis vos véritables obligés.

Pour moi, dont la dette est double, je vous offre, croyez-le bien, Monsieur, tous les sentiments d'une profonde gratilude, en y ajoutant, au point de vue politique, tous ceux de mon admiration pour votre courage et de l'appréciation la plus vive pour des services qui grandissent à chaque épreuve.

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