FALLOUX
J.-J. Weiss à Monsieur de Falloux.
Monsieur, Vous voudrez bien m 'excuser (de violents maux de tête que j'ai eus ces jours -ci et auxquels je deviens malheureusement trop sujet), si je ne vous ai pas écrit plus tôt combien j'ai été sensible cà votre aimable lettre. Je ne mérite pas vos remerciements. J'avais trouvé M. Cocliin particulièrement obligeant pour moi, il y a une dizaine d'année^ ; j'ai été d'autant plus heureux qu'un livre, où il est peint avec tant de délicatesse, me permît de m'acquitler envers sa mémoire, car la meilleure manière de louer un homme comme lui, c'était de dire simplement la vérité. Cette tâche m'a d'ailleurs été rendue bien facile par le bel
ouvrage que vous lui avez consacré ; vous y avez réuni tous les traits qui feront vivre son nom, et vous avez procuré à vos lecteurs le plaisir bien rare de notre temps, de lire un livre qui est à la fois éloquent et... (mot illisible).
Veuillez agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments les plus recpectueux et dévoués.
I.-J. WEISS
Monsieur Franceschini Pietri^ à J.-J. Weiss. Camden Place, Chisleliurst, le 2'i février 1875.
Monsieur,
L'Jmpératrice et le Prince impérial viennent d'apprendre la perte cruelle que vous avez faite-. Sa Majesté et Son Altesse Impériale pensent à la douleur profonde qu'elle doit vous causer et me chargent de vous dire qu'ElIes prennent une part très grande à votre malheur.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération très distinguée.
FRANCESCHINI PIETRI.
1, Franceschiai Pietri, né à Sarlène (Corse) vers 1830, secrétaire particulier de l'empereur Napoléon III.
2. Celle de madame Weiss, née Rose Tende, mère de J.-J. Weiss.
Wciss à Monsieur Fr. Pietri.
12 mars 1875.
Monsieur,
J'ai reçu la lettre par laquelle vous m'informez du témoignage de haute sympathie qu'ont daigné me faire adresser dans mon malheur Sa Majesté l'Impératrice et Son Altesse le Prince impérial. L'occasion m'a manqué jusqu'à ce jour pour vous prier de transmettre à l'Impératrice et au Prince impérial l'expression de ma respectueuse gratitude. Si cruellement frappés eux-mêmes, ils trouvent dans leurs cœurs une soliicilude constante pour les malheurs de ceux qu'ils ont connus en des jours plus prospères. Je ne suis pas surpris de cette marque de leur bonté, mais, quand je mesure l'étendue de la perte encore récente qu'ils ont faite, j'en suis véritablement touché et je les prie de me permettre de rapporter à la mémoire du Souverain magnanime qu'ils pleurent une part de mes hommages reconnaissants.
Veuillez recevoir, monsieur, l'assurance de ma considération très distinguée.
J.-J. WEISS
Monsieur Hdzel^ à J.-.J. Wtiss.
Novembre 1877.
Mon cher Wciss,
Je suis depuis douze jours renfermé, tenu moitié au lit moitié dans ma chambre par une invasion de clous, qui me font si cruellement soulfrir que je changerais de tête avec n'importe qui, môme avec un décapité.
Il a fallu cet état de santé pour que vous ne me voyiez pas au nombre de vos plus sincères amis dans votre chagrin.
Votre père avait quatre-vingt-cinq ans, mon cher Weiss, eh bien, vous ne vous ferez pas à l'idée de ne plus être un fils, plus vous irez et plus vous sentirez que ne pouvoir filus regarder au-dessus de soi est cruel. Tout voir au-dessous, ne plus pouvoir remonter au-dessus de soi-même dans ses souvenirs vous fera un vide qui ne se comble pas. .l'écrivais tous les
1. Hetzel (Pierre-Jules), né à Chartres le 15 janvier 1814, mort à Monte Carlo le 16 mars IS^G. Libraire et littérateur. A publié sous le pseudonyme de P.-J. Stahl un grand nombre d'ouvrages à l'usage de la jeunesse, entre autres : Maroussia, les Patins d'argent. Les quatre peurs de notre général, Les bonnes fortunes parisiennes, etc.
dimanches à mon pauvre père et à ma mère ; il y a de longues années que je les ai perdus, eh bien, tous les dimanches mon cœur et ma main cherchent une plume. Ce que je leur disais à eux, rien qu'à eux, il faut le garder. On est orphelin, on a besoin d'être l'enfant de quelqu'un à tout âge. C'est le vrai commencement d'être tout seul que de n'avoir plus son père et sa mère.
A vous,