‹ Notes et impressions, choix de lettres; préf. par le prince Georges StirbeyChapitre 48 sur 56 · ALFRED ASSOLANT · texte numérisé non relu

ALFRED ASSOLANT

Monsieur F. de Saulcy^ à J.-J. Weiss.

Paris, 25 octobre 1879.

Monsieur, De ma vie (et il y a longtemps, hélas! que cela dure) je n'ai éprouvé le besoin d'adresser un compliment à un journaliste, et voilà que vous venez de me forcer la main ; ma foi, je vous le déclare, j'en suis ravi!

1. M. de Saulcy, antiquaire et numismate, né à Lille en 1807, mort en 1880. Membre de l'Institut, Académie des Inscriptions et Belles-lettres. Ancien officier d'artillerie. Sénateur sous l'Empire. Auteur de l'Histoire numismatique de Henri V et VII, rois d'Angleterre; du Règne de François I" ; Jérusalem; Philippe le Bel a-t-il mérité le surnom de faux monnayeur?

Depuis la trausformatioQ du Gaulois, je lis avec un vif plaisir tout ce que vous y écrivez; mais je n'avais pas encore, autant que ce matin, admiré et votre talent d'écrivain et votre bon sens pratique. Le mot est un peu plat ; pardonnez-le moi.

Votre article sur le baccalauréat est si excellemment pensé, que je ne résiste pas au plaisir de vous en remercier.

Vous avez raison, cent mille fois raison; rien de plus ridicule, même de plus inutile que cet examen, qui n'a d'autre destinée que de créer de pitoyables serinettes. Les études qu'on nomme si drôlement « les Humanités » ne doivent servir qu'à une chose : apprendre à apprendre. L'examen du baccalauréat ■qu'à prouver qu'on est capable d'apprendre, plus tard, lorsqu'on a quitté les bancs du collège.

Cela posé, le programme de cet examen serait bientôt rédigé : « Les candidats au baccalauréat au- « ront à répondre sur tout ce qu'on leur a enseigné, « jusqu'à la sortie de la philosophie. »

De cette façon on ne trouverait plus un candidat répondant imperturbablement à l'examinateur qui lui posait la question saugrenue : « Oîi a été écrit l'Apocalypse? — Dans l'île de Calypso! » (Historique).

J'ai été professeur, j'ai été examinateur, et je vous confesse, entre nous, que j'ai parfois adressé au pauvre garçon que j'étais chargé de jauger des ques-

lions auxquelles j'aurais été parfaitement incapable de répondre proprement.

Donc, je vous le redis de tout cœur, vous avez cent mille fois raison, et je vous rends grâces de l'avoir si bien et si courageusement fait voir.

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de tous mes sentiments de haute considération et de parfaite

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