II-LUNAIRE LABIE
2 ans
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Ce tableau — vu le petit nombre des observations — ne peut donner de résultats très probants ; je me borne à consigner que l’hymen labié, considéré comme appartenant surtout à l’enfance, s’est présenté le plus souvent chez des jeunes filles audessus de dix ans.
A côté des types habituels de l’hymen existent des formes plus rares.
Trois fois j’ai rencontré l’hymen biperforé, en forme de pont, si bien décrit par M. Delens* ; une bandelette de même structure que l’hymen, en ayant l’aspect, la souplesse et la coloration rosée, n’offrant aucun des caractères d’une bride cicatricielle, est tendue au-devant de l’orifice du vagin qu’elle divise en deux parties, en deux ovales plus ou moins symétriques.
Ces trois cas de malformation se distinguent par des caractères différents. Dans le premier, l’hymen biperforé ressemble de tous points a celui décrit et figuré par M. Delens ; une languette médiane partage l’ouverture d’un hymen annulaire en deux orifices ovales et symétriques. Dans le second, c’est un hymen semi-lunaire divisé en deux orifices ovalaires et de mêmes dimensions par une bandelette exactement médiane, rosée et saine {Fiff. 3 . — Obs. VII).
• Delens, De quelques vices de conformation de l’hymen dans leurs rapports avec la médecine légale (Ann. d’hyg. et de méd. lég., 1877, série, t. XLVII, p. 493).
VIOLS
ATTENTATS
LA PUDEUR
Fig. 3. — Hymen semi-lunaire biperforé.
Le troisième se particularise par une bandelette à bords lisses et réguliers, absolument intacte, qui sépare obliquement en deux parties inégales l’orifice d’un hymen semi-lunaire {Fig. 4 - — Obs, VIII).
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Cette bandelette a parfois une épaisseur et une consistance qui rend la copulation impossible. Récemment, j’ai dû sectionner chez une jeune femme, de mœurs légères, une bride de cette nature que des tentatives fréquemment répétées de coït n’avaient pas réussi à rompre.
Souvent elle n’existe'plus que dans ses vestiges, dit M. Brouardel* ; le pont n’est plus représenté que par une ou deux petites languettes médianes, antérieure et postérieure ; j’ai longtemps visité une fille soumise qui présentait une languette longue et flottante, suspendue au tubercule sous-uréthral, et qui, selon toutes probabilités, n’avait pas d’autre origine.
J’ai eu encore l’occasion d’examiner chez une jeune femme, déflorée, un hymen annulaire biperforé, dont la bandelette, en forme de pont, nettement transversale, épaisse, séparait l’ouverture hyménéale en deux orifices superposés, abords nets et réguliers, d’inégale grandeur, l’un supérieur, petit, circulaire, laissant passer une sonde de trousse, et l’autre inférieur, plus grand, ovale, permettant l’introduction de l’index. Ce n’était pas une bride cicatricielle ; elle avait la couleur rosée et l’état lisse de la muqueuse saine. Ce cas étant rare, je crois intéressant de le reproduire {Fig. 5 ).
* Brouardel, Des causes d’erreur dans les expertises relatives aux attentats à la pudeur, i883, p. i5.
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ATTENTATS
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Fig. 5. — Hymen annulaire biberforé.
La défloration se borne à une déchirure unique, intéressant complètement l’hymen jusqu’à son insertion, au niveau de son tiers supérieur droit. Tout d’abord l’inspection extérieure ne révèle qu’une fente irrégulière ; mais un examen plus minutieux fait constater un second orifice dans le lambeau gauche,
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légèrement rétracté. En rapprochant au contact les deux bords de la déchirure de Thymen, il est facile de reconstituer la forme exacte de ce.tte membrane et de se rendre compte de sa malformation congénitale.
Tardieu a contesté cette variété d’hymen en bride ; pour lui, ce n’était pas là une disposition naturelle ; elle devait être le résultat d’une déchirure de la membrane vers sa base d’implantation : M. Budin ' accepte cette conclusion.
Sans doute Tardieu ® a signalé des hymens déchirés à leur base par des tentatives d’introduction brusque des doigts et réduits à une bandelette
Fig. 6. — Hymen biperforé par l’introduction brusque du doigt.
‘ Budin, Progrès médical, 1879. Recherches sur l’hgmen et l’orijice vaginal, nos 35, 36, 87, 38.
^ Tardieu, Étude sur les attentats aux mœurs, 1878, 7® éd., p. 161.
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étroite tendue au-devant du vagin. Mais ces déchirures ou perforations hyménéales peuvent être différenciées ; elles sont un peu curvilignes ; quand on écarte les lèvres, leur orifice est elliptique et surtout leurs extrémités sont effilées et plus ou moins aiguës {Fig. 6 — Obs. XI).
Dans les malformations congénitales, au contraire, on rencontre des ouvertures assez régulièrement circulaires ou ovalaires, à bords' lisses et à angles arrondis.
Il faut donc admettre deux variétés d’hymen biperforé, l’une accidentelle et l’autre naturelle ; cette dernière ne peut plus être mise en doute.
F. Roze ® a figuré peut-être le premier cas de ce genre.
Richet 3 a vu une jeune fille chez laquelle l’hymen était remplacé par « une simple bride allant d’un des bords de l’orifice vulvaire à l’autre ».
Les deux cas de Delens sont probants.
' Je dois les quatre dessins d’hymen biperforé à l’obligeance et au talent artistique de mon collègue le docteur Mâreau, professeur d’anatomie à l’École de Médecine et à l’École des Beaux-Arts ; je lui adresse mes sincères remerciements.
* F. Roze, De l’hymen, thèse de doctorat, Strasbourg, 2® série, i865, n» 872.
= A. Richet, Traité pratique d’anatomie chirurgicale, 1860, 2e éd., p. 775.
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Dohrn*, dans un mémoire sur les anomalies de développement de l’hymen, a décrit et figuré l’hymen biperforé.
M. Émile Démangé^ en rapporte un cas et en cite un second, observé par son père, le 28 mai i848, où la bride transversale, s’insérant de chaque côté sur les bords de l’hymen, avait persisté pendant la grossesse et qu’il dut sectionner au moment de l’accouchement, lorsque la tête se présentait à la vulve.
J’ai eu l’occasion d’observer deux fois un hymen annulaire double (Obs. X et XVII) ; il était formé dans sa moitié supérieure de deux feuillets, nettement séparés l’un de l’autre, réunis à leur base et divisés par quelques encoches.
La défloration. — L’expert doit déterminer si la défloration, c’est-à-dire la déchirure de l’hymen, est complète ou incomplète, récente ou ancienne, et quelle en est la cause.
L’examen de l’hymen chez les i 59 jeunes filles et femmes, présumées victimes de viol et d’attentats à la pudeur, a donné les résultats suivants :
* Dohrn, Zeitschrift für Geburtshülfe and Gynèkologie, 1884, Bd. XI, Heft I, p. 8.
2 E. Démangé, De l'hymen biperforé; sa valeur médicolégale, sa persistance pendant la grossesse et l’atcoachement (Ann. d’hyg. et de méd. lég., 1887, 3e série, t. XVII, p. 276).
VIOLS ET ATTENTATS A LA PUDEUR
Défloration complète. i6
Ancienne i 4 Récente 2
Défloration incomplète. 18
Ancienne 16 ' Récente 2
Défloration douteuse. 5
Pas de défloration. 120
Dans les cas de défloration complète, la constatation en est ordinairement facile, surtout si les déchirures hyménéales sont récentes.
Il n’en est plus de même lorsque la défloration est incomplète ou ancienne ; en présence d’un hymen partiellement déchiré, il s’agit de préciser si cette scissure est congénitale ou le résultat d’un traumatisme.
Si l’hymen avait son bord libre toujours régulier, comme le présentent beaucoup d’hymens semilunaires, le diagnostic serait aisé à établir; mais il offre souvent des entailles, des échancrures naturelles, de profondeur variable, et la difficulté est plus grande encore sur les hymens labiés et frangés.
Les scissures congénitales ont, il est vrai, des sièges de prédilection ; la moitié supérieure du bord libre est plus fréquemment encochée que la moitié
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inférieure; leur position est le plus ordinairement symétrique et leurs angles sont arrondis. Hofmann les localise à l’union du tiers antérieur avec les deux tiers postérieurs.
D’autre part, les signes de la défloration varient suivant la forme et la consistance des hymens ; tandis que l’hymen annulaire se fragmente le plus .souvent en trois ou quatre lambeaux, l’hymen semilunaire se déchire selon son axe transversal et l’hymen labié à sa partie inférieure.
Malgré les exceptions qu’explique l’inégalité de structure et de résistance de l’hymen en certains endroits, ce sont là d’utiles indications. Rien déplus. La place des échancrures congénitales ou des déchirures traumatiques ne permet pas d’affirmer sans restriction l’origine naturelle ou accidentelle de l’encoche.
Il y a lieu d’examiner avec la plus minutieuse attention la cicatrisation des scissures ; mais il faut avouer que souvent la cicatrice est si fine et si peu teintée qu’il est impossible de la distinguer des parties voisines. J’ai parfois nettement observé sur des hymens annulaires et semi-lunaires, au fond de la déchirure, à l’union des deux lèvres de la plaie guérie, un tissu cicatriciel tranchant par sa couleur blanche (Obs. XX).
Après une défloration, les deux lambeaux de l’hymen peuvent-ils se réunir, se souder sans encoche
VIOLS ET ATTENTATS
PUDEUR
et rétablir l’intégrité, ainsi que la forme primitive de la,membrane? MM. Brouardel et Laugier* ont publié un exemple de restauration parfaite, avec ligne cicatricielle blanche et apparente. Je n’ai jamais constaté de cicatrice linéaire de cette nature, et cependant, dans plusieurs cas (Obs. II), les deux lèvres de la plaie hyménéale étaient étroitement juxtaposées.
L’examen des parties génitales ne permet donc pas toujours de reconnaître avec certitude une défloration.
D’ailleurs l’hymen peut être le siège de déchirures produites de toute autre façon que par l’intromission pénienne — notamment par l’introduction forcée et brutale des doigts de l’agresseur. — Jepublie deux cas (Obs. XI et XII), où les blessures hyménéales, d’origine traumatique, ont été manifestement déterminées par des ongles.
L’onanisme, exercé avec le doigt ou un corps étranger, peut-il être parfois pratiqué avec assez de violence pour occasionner dans les parties sexuelles des lésions analogues à la défloration ? Il est permis d’en douter ; on a peut-être accordé aux manœuvres de masturbation une importance exagérée. Beaucoup d’enfants m’ont avoué leurs habitudes vicieuses et
I Brouardel, Des causes d’erreur dans les expertises relatives aux attentats à la pudeur, i883, p. i6.
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leurs pratiques répétées ; je n’ai jamais constaté chez elles de blessures hyménéales significatives; ces constatations négatives ont leur valeur, s’il est vrai — comme le dit Hofmann ' — que l’onanisme est très répandu chez les jeunes filles. Les cas de ce genre doivent être très rares ; « il n’est guère présumable, comme l’a dit Fodéré^, que la personne même se soit permis ces introductions contre nature assez forcément pour causer des déchirements qui sont toujours plus ou moins douloureux ».
Si l’intégrité de l’hymen constitue la meilleure preuve de la virginité, elle n’a cependant pas une valeur absolue. Dans les rapprochements sexuels, dans des tentatives de viol avérées, et même dans des viols consommés, la défloration, dans le sens médical du mot, ne se produit pas toujours, soit que la verge, d’une gracilité extrême, pénètre dans le vagin sans rupture de l’hymen, soit qu’elle refoule cette membrane et achève l’acte dans le vestibule, soit qu’elle la trouve d’une laxité extrême et dilatable au point d’admettre sans déchirure riiilroduction du pénis en érection.
Dans ces cas la preuve du coït est impossible à établir, puisqu’il ne laisse pas de traces matérielles.
On sait l’extensibilité facile de certains canaux
' Hofmann, Nouueaua: éléments de médecine légale, 1881 p. 68.
* Fodéré, Traité de médecine légale, 1813, t. IV, p. 356.
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étroits ; on utilise en chirurg-ie celle du canal de Turèthre chez la femme. G. Tourdes * a rapporté des exemples de dilatation graduelle et progressive du méat urinaire ; j’ai vu, avec mon collègue le professeur Dezanneaii, une dame mariée pour la seconde fois, atteinte d’imperforation vaginale, et qui présentait une déformation infundibuliformc du méat et du canal du l’urèthre, assez large et assez hospitalière pour permettre une intromission partielle du pénis.
La membrane hymen se prête souvent, par sa souplesse et son élasticité, à une distension progressive ; avec ces hymens complaisants l’entrée du vagin n’est plus défendue.
Or, cette dilatation de l’hymen est plus commune qu’on ne le suppose, qu’elle soit naturelle ou le résultat d’habitudes d’onanisme, ou le fait d’attouchements répétés et pratiqués sans violence. « Quand on examine, dit M. Budin^ les organes génitaux chez des femmes qui ont eu des premiers rapports faciles, on voit qu’il n’existe pas la moindre déchirure de l’orifice vaginal ; ses bords sont souples et laissent pénétrer, sans y apporter d’obstacle, un, deux et même trois doigts. Et ces faits ne sont pas aussi rares
> G. Tourdes, Des cas rares en médecine léjale, thèse de concours, Strasbourg’, 184o.
* Budin, Progrès médical, iS’ÿg.
qu’on pourrait le croire, puisque j’en ai obtenu i 3 en 3 mois, sur 76 femmes enceintes. »
Huit fois j’ai constaté ce relâchement de l’hymen (Obs. IX, XIII).
Sans doute la défloration est pour l’expert un signe de la plus haute valeur ; elle caractérise bien le viol ; mais elle n’en est pas la résultante nécessaire, car la femme peut subir les derniers outrages avec conservation de l’hymen. Le coït et la fécondation sont possibles avec l’intégrité de cette membrane. Les observations des accoucheurs ne laissent pas de doute.
M. Destarac ' rapporte 47 observations de grossesse avec persistance de l’hymen et présente de judicieuses réflexions.
« Dans un premier cas, des rapports ont eu lieu, de la façon la plus complète et avec violence, mais, par suite de son élasticité ou de sa structure fibreuse, l’hymen est resté intact ; ce n’est là qu’un attentat à la pudeur. De plus, la femme devient enceinte et au dommage moral viendra s’ajouter un dommage matériel. Ce n’est toujours qu’un attentat à la pudeur, puisque l’hymen ne présente pas de déchirure. Le prévenu sera puni seulement de réclusion. Dans un second cas, le rapprochement a été incom-
' Destarac, De la persistance de l’hymen dans la grossesse et de son importance an point de rue obstétrical et médico-légal, thèse, Paris, 1890, n» 172.
VIOLS ET ATTENTATS
LA PUDEUR
plet et commis avec moins de violence ; la femme n’est pas fécondée. Mais ici la membrane hymen, d’une structure plus délicate, a été rompue. Le crime, dans ce cas, n’est plus le même ; il est moins grave, pensez-vous? Point du tout; ce n’est plus un attentat à la pudeur,'c’est un viol manifeste, un crime plus grave, et le coupable sera puni, non plus de la réclusion simple, mais des travaux forcés, et cela parce que l’hymen a été déchiré.
« Pourquoi donc séparer arbitrairement des actes qui, ayant les mêmes conséquences et tendant au même but, sont de même nature? »
M. Chabbert ‘ relate aussi un cas de viol suivi de grossesse avec persistance de l’hymen.
M. Charier®, professeur suppléant à l’École de Médecine d’Angers, a signalé un cas de persistance de l’hymen jusqu’à l’accouchement, pendant deux ans de mariage.
Le terme viol ne comporte donc pas nécessairement l’idée de défloration.
Cette opinion a déjà été exprimée.
Toulmouche® admet que la membrane hymen peut
' Ann. d’Hyg. et de Méd. lég., 1898, 3e série, t. XXX, p. 55C.
® Charier, Persistance de l’hymen an moment de l’accouchement {Bull, de la Soc. de méd. d’Angers, 1894, p. 8L
“ Toulmouche, Des attentats à la pudeur et du viol (Ann. d’hyg. et de méd. lég., iS.^G, 2® série, t. VI, p. io4).