‹ Notes et observations de médecine légaleChapitre 14 sur 48 · SIGNES · texte numérisé non relu

SIGNES

attentats a la pudeur

de déterminer une vulvite aiguë, avec écoulement purulent.

Mais toutes les vulvo-vaginites n’ont pas cette origine traumatique ; elles ne sont même qu’exceptionnellement le fait d’une tentative criminelle; leur source, dit M. Jules Comby*, « n’est presque jamais vénérienne ». Il est des vulvites spontanées, aigues ou chroniques ; si elles s’observent souvent chez les enfants lymphatiques et malpropres, elles résultent ordinairement d’une contagion accidentelle, la plupart du temps familiale; la transmission, parfaitement innocente, se fait au foyer domestique, dans la communauté des lits et l’usage des mêmes objets de toilette intime; c’est la mère, une grande sœur, atteintes de fleurs blanches, qui la déterminent par des contacts directs ou indirects, par l’intermédiaire des mains, des draps, des éponges. La contagiosité de la vulvite infantile n’est pas douteuse. Dans mon service d’enfants, à l’Hôtel-Dieu, j’en ai rencontré de fréquents exemples. 11 faut les différencier des vulvites traumatiques ; cela n’est pas toujours facile, — je dirai même : cela n’est pas toujours possible.

J’ai été appelé à donner mon appréciation dans 17 cas et j’ai toujours cru devoir émettre des conclusions réservées (Obs. XVI, XVII).

' Jules CoMBY, Étude sur la vulvo-mginile des petites Jilles (Ann. d’hyg. el de méd. lég., S® série, 1892, t. XXVII, p. 66).

8o VIOLS ET ATTENTATS A LA PUDEUR

On peut ébaucher un diagnostic différentiel; on ne peut guère l’établir nettement et sans restrictions. La rapidité du début, sa soudaineté même, l’intensité de la rougeur, l’acuité de l’inflammation, sa limite au voisinage du méat urinaire, l’abondance de l’écoulement purulent ne sont pas des signes incontestés de vulvite traumatique et ne constituent pas des caractères cliniques ou anatomo-pathologiques qui lui soient propres.

La vulvite spontanée présente souvent des phénomènes inflammatoires d’une acuité excessive d’emblée et des caractères objectifs analogues à ceux de la vulvite traumatique. L’embarras est grand, en l’absence de lésions matérielles, d’ecchymoses, de coups d’ongles, de déchirures.

Je ne connais pas d’examen plus délicat pour l’expert; car son rapport sera souvent le point de départ de l’accusation, en tout cas lui servira de base.

Une égale réserve s’impose pour les vulvites blennorrhagiques (Obs. XVllI, XIX).

Peut-être l’inflammation est-elle plus vive, les grandes lèvres plus œdématiées, l’écoulement plus verdâtre? Peut-être les vaisseaux répandus à l’entrée de la vulve et du vagin sont-ils plus turgescents et la vascularisation de la muqueuse plus intense, comme le dit Tardieu ? Quoi qu’il en soit, l’ensemble de ces symptômes ne peut que faire soupçonner la blennorrhagie et ne la démontre pas. Je serais dis-

SIGNES DES ATTENTATS A LA PUDEUR

posé à attacher plus de valeur à l’uréthrite; mais l’inflammation se limite le plus souvent à la vulve, au vagin, et s’étend plus rarement à l’urèthre. Sur 17 cas de vulvo-vaginites je n’ai rencontré que trois fois une urélhrite concomitante.

Faut-il admettre avec Cullerier que « la contagion est absolument nécessaire pour le développement de l’uréthrite chez les femmes » ? Cette opinion, qui est aussi celle de Rollet *, est trop absolue ; il est indiscutable qu’à côté de l’urétbrite blennorrhagique on doit admettre des uréthrites de natures diverses. Dans une de mes observations, le traumatisme, des attouchements répétés avec les doigts étaient certainement la cause de l’écoulement uréthral ; le début avait été rapide chez une enfant de 7 ans ; l’écoulement avait suivi de près l’excitation mécanique et avait été d’assez courte durée. Cet exemple vient à l’appui de l’opinion émise par M. Brouardel®, « que ces uréthrites traumatiques des petites filles ne survivent pas à la période la plus aiguë de la vulvite traumatique ou spontanée, tandis que, lorsque l’uréthrite est d’origine blennorrhagique, sa durée est beaucoup plus longue ».

* Rollet, Dict. encyclop. des sc. méd., art. Blennorrhagie, 1868, t. IX, p. 689.

’ Brouardel, Commentaires de la traduction française des Noaveauæ éléments de médecine légale d’HoFMANN, 1881, p. 682.

VIOLS ET ATTENTATS

LA PUDEUR

L’uréthrite étant rare, il convient surtout de suivre la marche de la vulvite elle-même ; blennorrhagique, elle 'a une durée plus longue, provoque plus de gonflement des ganglions inguinaux et se complique fréquemment de bartholinites ; mais tous ces symptômes n’ont qu’une valeur relative, ce sont des signes de probabilité, et non de certitude.

Mes dernières observations datent d’une dizaine d’années ; depuis, de nombreux travaux ont été publiés sur la nature et l’origine de la blennorrhagie, — sur le gonocoque, sa recherche et son importance en médecine légale.

Le médecin expert est-il actuellement en mesure d’affirmer la nature blennorrhagique d’une vulvovaginite ? Le critérium bactériologique existe-t-il ? La spécificité du gonocoque de Neisser est-elle unanimement admise ? La médecine légale, qui ne doit s’appuyer que sur des données scientifiques incontestables, peut-elle utiliser sûrement la notion du gonocoque ?

Des réserves s’imposent encore. Trop d’opinions discordantes se sont fait jour dans les divers travaux publiés sur le gonococcus de Neisser ; il suffit de lire l’étude critique, présentée récemment par M. Bosc' dans une excellente thèse soutenue devant la Faculté de Montpellier, pour se rendre compte

* P. Bosc, Le gonocoque ; bactériologie, clinique, médecine légale. — Montpellier, 1898.

SIGNES DES ATTENTATS*A LA PUDEUR

que le diagnostic du médecin légiste ne peut encore être établi avec une rigueur absolue.

M. Finger ‘ est assurément très affirmatif ; il prétend que le gonocoque se retrouve sans exception dans toutes les suppurations de nature blennorrhagique, que ce raicroorganisme fait défaut dans tous les autres processus et que l’inoculation des cultures de gonocoques reproduit toujours la blennorrhagie.

M. Chantemesse ^ estime que la vulvo-vaginite des petites filles est presque toujours de nature blennorrhagiqueetquela présence du microbe de Neisser dans des écoulements uréthraux qui ne sont pas d’origine vénérienne prouve simplement qu’il ne présente pas toujours le môme degré de virulence.

Le professeur Castiaux^ et M. Lober se croient en mesure de caractériser avec certitude le gonocoque dans les écoulements et même dans les taches qui se trouvent sur les linges desséchés ; ils proclament sa valeur en médecine légale.

Mais d’autres auteurs nient la spécificité du gonocoque et font remarquer qu’on le trouve parfois dans le mucus vaginal de femmes saines, — que, dans l’état actuel de nos connaissances, il n’est pas tou-

* E. Finger, La blennorrhagie et ses complications, traduit d’après la troisième édition allemande, par M. A. Hogge, 1894.

^ Bulletins et mémoires de la Société médicale des Hôpitaux de Paris, 1891.

® Bulletin médical du nord de la France, 1887, p. 221.

84 VIOLS ET ATTENTATS A LA PUDEUR

jours possible de le distinguer des autres microcoques qui peuvent exister dans les écoulements vaginaux, — que la culture de ce microorganisme ne le caractérise pas toujours d’une façon certaine, — et que le même syndrome morbide peut être produit par des agents bactériens différents.

M. De Amicis* nie la possibilité de différencier le gonocoque des diplocoques qu’on trouve dans la vaginite des petites filles.

Le professeur Strauss * rapporte le cas d’un jeune malade de seize ans qui, à la suite de manœuvres de masturbation et sans rapports sexuels, fut atteint d’une uréthite à écoulement, dans lequel le gonocoque fut rencontré.

MM. Vibert et Bordas ^ ont examiné des petites filles atteintes de vulvite et qui avaient été l’objet de violences de la part d’individus sains, n’offrant pas le moindre écoulement blennorrhagique, et ont cependant constaté la présence de gonocoques, qui, au point de vue bactériologique, par leurs réactions, leur morphologie et leurs cultures, ne différaient en

' De Amicis, Salla natura parasitaria délia blennoragia (Rivista clin, e terap., i884, traduit in France médicale, 2 août i884).

“ Strauss, Présence du gonocoque de Neisser dans un écoulement uréthral survenu sans rapports sexuels (Arch. de méd. expérim., mars 1889, t. I, no 2).

3 Vibert et Bordas, Du gonocoque en médecine légale (Ann. d’hyg. et de méd. lég., 3® série, 1891, t. XXV, p. 443)-

Page 1