FAUSSES DÉCLARATIONS DES ENFANTS
Astley Cooper’, M. BrouardeP en a fait le récit saisissant.
Et je ne parle pas des petites filles dressées à ce qu’on appelle le chantage au viol, simulant des attentats vénériens, provoquant des irritations vulvaires et portant contre des innocents, par spéculation ou par vengeance, des accusations mensongères contre lesquelles se débat avec peine l’homme honnête. Le professeur Fournier a cité plusieurs faits curieux de vulvites traumatiques, déterminées par des frictions avec une brosse à cirage, avec un torchon rude et sale, et n’offrant pas de lésions propres et capables d’éclairer l’expert sur l’étiologie des accidents. La similitude des symptômes est telle que M. Fournier®, avec sa haute autorité, déclare : « Je l’affirme et ne saurais l’affirmer trop énergiquement, entre une inflammation vulvaire dérivant d’un attentat criminel et une inflammation vulvaire déterminée par une violence d’autre nature, il n’est pas un signe, un seul signe, qui permette d’établir sur de solides bases un diagnostic différentiel. »
Je neveux pas, incidemment, discuter la valeur des témoignages des enfants en justice ; mais ils ont
‘ Astley Cooper, Sarjical lectures (The lancet, 1824, t. m, IV, p. 275).
* Brouardel, Des causes d’erreur dans les expertises relatives aux attentats à la pudeur, i883, p. 8.
® A. Fournier, Simulation d’attentats vénériens sur de jeunes enfants du sexe féminin, 1880, p. 12.
,'IOLS ET ATTENTATS A LA PUDEUR
besoin d’être contrôlés de près, et j’avoue que plus je vieillis dans la pratique de la médecine légale, plus je deviens méfiant à l’égard de leurs récits. La vérité ne sort pas toujours, comme on a l’habitude de le dire, de la bouche des enfants.
J’emprunte à M. Rassier' deux cas qui méritent d’être reproduits.
M. Bourdin®, dans une étude sur les enfants menteurs, rapporte le fait suivant :
« Une petite fille abandonnée fut adoptée par M. et M“® X.. ., gens des plus honorables. Un jour, M. X... lut à haute voix le récit d’un scandale qui fit beaucoup de bruit dans une ville du Midi. La petite fille était présente ; mais elle jouait avec ses poupées et paraissait d’ailleurs ne prêter aucune attention à ce qui se disait autour d’elle.
« Le mari et la dame firent leurs commentaires, supposant que l’enfant était incapable de comprendre la conversation tenue à mots couverts. Quelques jours après, M. X... surprit la petite fille qui, tenant sa'poupée, l’embrassait avec effusion à la partie supérieure des jambes tenues écartées; M“® X.. . demanda à l’enfant qui pouvait lui avoir appris une pareille chose.
> Rassier, De la valeur du témoignage des enfants en justice, 1892, thèse, L^on.
* C.-E. Bourdin, Annales médico-psgchologiqiies, 6® série, t. IX, i883,