‹ Notes et observations de médecine légaleChapitre 18 sur 48 · FAUSSES DÉCLARATIONS DES ENTANTS · texte numérisé non relu

FAUSSES DÉCLARATIONS DES ENTANTS

« Nullement déconcertée, elle répondit qu’elle faisait à sa poupée ce qu’on lui avait fait à elle-même. Elle déclara, en outre, qu’étant en nourrice, son frère de lait couchait avec elle et qu’ils se conduisaient comme mari et femme. Après le petit garçon, était venu le père nourricier, puis le grand-père luimême, qui avait pris les mêmes licences que le frère de lait.

« Grand émoi dans la maison. La petite fille fut soumise à l’examen d’un médecin habile, qui déclara nettement qu’aucun attentat n’avait été commis sur elle.

« Questionnée et poussée dans ses derniers retranchements, elle avoua qu’il n’y avait rien de vrai dans son récit et qu’elle avait simplement voulu faire comme les dames que l’on avait mises dans le journal. »

Le professeur Lasègue racontait qu’un jour il avait eu à intervenir dans une affaire grave.

« Un négociant chemisier est appelé chez un juge d’instruction sous l’inculpation d’attentat à la pudeur sur un enfant de dix ans. Il proteste en termes indignés; il affirme qu’il n’a pas quitté sa maison de commerce à l’heure où aurait été commis l’attentat dont on l’accuse. La déposition de l’enfant est là, claire, précise ; il la reproduit dans tous ses détails, et les parents confirment ses dires. Le magistrat, ébranlé par l’attitude du négociant, homme parfai-

VIOLS ET ATTENTATS A LA PUDEUR

tement honorable, s’arrête et ne poursuit pas l’affaire. Mais celui-ci reprend l’enquête pour son compte ; il veut savoir pourquoi l’enfant l’accuse, et voici ce qu’il apprend, dirigé par les conseils de M. Lasègue.

« L’enfant avait fait l’école buissonnière. Il était rentré à la maison après l’heure habituelle. À son arrivée, sa mère, inquiète, lui demande d’où il vient ; il balbutie ; elle le presse de questions, il répond « oui )) à tout ce qu’elle demande ; elle s’imagine qu’il a pu être victime d’un attentat à la pudeur et, lancée sur cette piste, on ne sait pourquoi, elle interroge dans ce sens, elle prépare à son insu-ses réponses et, quand le père arrive, c’est elle qui, devant l’enfant, raconte l’histoire telle qu’elle l’a créée. L’enfant la retient, il la sait par cœur ; il se laisse emmener rue Vivienne et, quand on lui demande s’il reconnaît la maison où il a été conduit par « le Monsieur », il désigne la demeure du négociant et l’histoire est ainsi complète, jusqu’au jour où il a été possible de reconstituer l’escapade et de réduire à néant une fable dont les conséquences pouvaient être si graves. »

Il convient donc d’être prudent en présence des dépositions des enfants, de rechercher si elles ne sont pas troublées ou faussées par une influence quelconque, au besoin d’examiner leur état psychologique et de se rendre compte des conditions dans lesquelles se sont formés leurs récits, parfois mensongers

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