EXAMEN DES INCULPÉS
Le médecin expert est encore chargé, dans les affaires de viols et d’attentats à la pudeur, d’examiner les inculpés. J’ai fait 21 expertises de ce genre, pour fixer les points suivants :
1° L’inculpé présente-t-il des traces de lutte, des lésions attestant une résistance de la part de la victime ?
Dans deux cas, j’ai constaté sur la face des égratignures multiples, manifestement produites par des ongles.
■ 2° Est-il atteint de maladie syphilitique ou véné¬
rienne ?
Sur dix observations recueillies, neuf fois les individus sont sains ; je note un seul cas de syphilis.
3 “ Porte-t-il des signes spéciaux, remarqués et décrits par la plaignante, déterminant son identité ?
La conformation des organes sexuels, la présence de taches ou de cicatrices ÿur le corps, ont parfois, en médecine légale, une importance capitale.
Une jeune fille de 12 ans porte une accusation d’attentat à la pudeur et, à l’appui de sa plainte, signale des cicatrices sur une région qu’elle précise.
VIOLS ET ATTENTATS A LA PUDEUR
La constatation médicale aura une grande valeur (Obs. XXVI).
L’expert doit donc toujours, dans son rapport, faire une description précise, parfois minutieuse, de la conformation et des particularités des diverses parties du corps; un détail, sans intérêt pour lui, servira utilement soit l’accusation, soit la défense.
Dans une affaire de pédérastie, où l’examen médical était négatif, j’avais relaté la gracilité extrême du pénis. Or le plaignant, lors des débats correctionnels, en fit la remarque, et cette déclaration, conforme aux constatations consignées au rapport, ne fut certainement pas sans influence sur la condamnation.
40 Y a-t-il disproportion entre les organes génitaux de l’homme e.t de la femme? La forme et le volume du membre viril se rapportent-ils aux déclarations de la plaignante?
L’appréciation est souvent délicate ; il me paraît difficile de fixer, d’après l’inspection du pénis à l’état de repos, de flaccidité, les dimensions qu’il peut acquérir en état d’activité, d’érection. Deux fois le magistrat instructeur m’a posé cette question, et, dans une affaire, j’ai fait écarter la prévention. La victime déclarait que le membre viril du violateur devenait gros comme le bras; or l’inculpé avait 69 ans et portait plus que son âge ; le pénis était de petite dimension; il était difficile d’admettre, pendant l’érection, un développement excessif.
DE l’inculpé
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5 ® L’inculpé est-il apte au coït? Est-il atteint d’une infirmité physique ou d’une affection le rendant incapable de commettre les actes qui lui sont reprochés ? Son âge le rend-il impuissant ?
J’ai été invité à donner mon avis dans les deux circonstances suivantes :
Dans le premier cas, l’inculpé, diabétique depuis plusieurs années, affirme que le diabète, dès son début, a amené la frigidité et allègue son impuissance comme moyen de défense (Obs. XXVII).
Dans le second cas, il s’agit d’un garçon de i 3 ans, qui déclare s’être livré à l’acte du coït avec une jeune fille de même âge. En principe, c’est admissible ; à cet âge, et même chez des enfants plus jeunes, le phénomène de l’érection se produit et un acte sexuel peut être accompli. Mais, en fait, il n’y avait pas eu d’intromission complète du pénis, car la jeune fille n’était pas déflorée ; un hymen en croissant, à orifice étroit, formait au devant du vagin un voile épais et résistant.
C’est là, sans doute, ce qui se passe le plus souvent ; le rapprochement sexuel est limité à la vulve. Mais il n’y a plus à mettre en doute la possibilité d’un coït complet sur des petites filles. M. Wilhelm Stekel ‘
* ViLHELM Stekel, Études de psychopathie sexuelle. — Le coi't chez les enfants ^traduit des « Wiener medizinische Blâtler », no i6, i8 avril iSgS, par le Dr Thierry-Miegf et cité par Rev. de méd. lég., iSgS, p. 189).
[04 VIOLS ET ATTENTATS A LA PUDEUR
cite des observations d’intromission partielle du pénis dans la vulve. M. Minime ' rapporte le cas d’un enfant de i 3 ans qui pratiquait le coït avec une petite fille de son âge. Si ces actes précoces de sexualité sont très rares en Europe, ils sont assez communs chez d’autres peuples; les enfants arabes, initiés de bonne heure aux pratiques sexuelles, se livrent dès le jeune âge au coït et surtout à la pédérastie.
« Le voyageur — dit encore M. Minime — qui parcourt certaines régions de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud, où les enfants nègres vivent ensemble à l’état de nudité, est souvent témoin des jeux sexuels auxquels se livrent les petits négrillons, sans que personne songe trop à crier au scandale. On considère cela comme de simples jeux, comparables à ceux des jeunes animaux qui commencent à sentir le rut. J’ai vu souvent des petits nègres en érection pratiquer, ou essayer de pratiquer le coït vaginal ou anal; je dis essayer, car je n’ai pu m’assurer si l’intromission était complète. »
6° L’inculpé est-il sain d’esprit et responsable de ses actes ?
Dans quatre rajiports j’ai eu à apprécier l’état mental d’individus accusés de viol et d’attentats à la pudeur, atteints de faiblesse d’esprit, d’imbécillité, d’épilepsie et de paralysie générale.
‘ Minime, Revue de méd, lég., 1896, p. 25i,