‹ Notes et observations de médecine légaleChapitre 42 sur 48 · AVEUX · texte numérisé non relu

AVEUX

des vices, et ces vices les classeront pour la vie au pilori de la honte. Adolescents, ils ont des câlineries qui ravissent leurs parents, la timidité d’une jeune fille ; ils parlent avec retenue, ne prennent aucun plaisir aux joies du café, n’aiment que peu les délassements que procure l’exercice du cheval; mais, en revanche, ils sont passionnés pour les théâtres et les cafés chantants, recherchent avec avidité les pièces à travestissement. Ils ont une tendresse native, une imagination disposée au romanesque, causent chiflbns avec leurs mamans. Les bonnes chères femmes sont heureuses de ces enfants et elles disent à leurs amies : « Mon Charles est doux et aimant comme une fille. » A l’âge où l’on doit choisir une profession, l’embarras des bons parents est grand ; quel état donner à cet enfant si doux, si paisible? On ne le mettra sûrement pas ébéniste, mécanicien ou même armurier, lui que le moindre bruit ennuie et effarouche; du reste, dans les ateliers où s’exercent ces travaux, il y a un trop grand nombre d’ouvriers, les mauvais exemples y seraient trop à craindre ; puis, plus que tout cela, ce sont des professions trop vulgaires. 11 lui faut un état élégant, gantier, commis, coiffeur, dessinateur pour impression et, s’il annonce des dispositions vraiment artistiques, on le fera étudier pour devenir peintre, sculpteur, ou tout au moins maître de dessin ou professeur de piano ; s’il a une jolie voix, les pauvres gens pensent

d’un parisien

à le mettre au théâtre ou à en faire un artiste lyrique.

N’ayant plus le soutien du marquis, je ne pouvais rester rue de Trévise ; un appartement de deux mille huit cents francs ne convenait pas à un chanteur qui gagnait huit francs par soirée. Je déménageai donc et vins habiter rue d’Astorg ; mes réminiscences d’enfant me faisaient chérir ce quartier, du reste fort convenable ; j’avais peu loin pour me rendre aux cafés des Champs-Élysées. Je passe sous silence les faits qui me mirent en relations suivies avec la belle Anglaise, la Charles et la Belge ; qu’il suffise de savoir que je leur avouai mon travestissement et qu’il fut convenu que je ferais le racolage, comme ils le faisaient, une fois le concert fini...

Le jeudi j’inaugurai mon nouveau logis par une soirée. C’était un appartement bien modeste que celui que j’avais loué rue d’Astorg ; une chambre à coucher faisant salon, ornée de deux fenêtres, et un cabinet que j’avais transformé en boudoir ; mais les meubles du marquis avaient encore plus d’éclat dans un lieu si .restreint. Mes invités, mâles et femelles, trouvaient que j’étais tout à fait bien meublé j il est de fait que les mille futilités dont ces deux pièces étaient remplies les rendaient fort agréables. 11 est d’usage, parmi les Complaisants, de baptiser tout nouveau membre de la société ; mon nom de Pauline de Floranges était un pseudonyme, mais il ne

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