‹ Notes et observations de médecine légaleChapitre 43 sur 48 · AVEUX · texte numérisé non relu

AVEUX

pouvait tenir lieu du nom 'de guerre obligé. Quand on fut au champagne, l’Anglaise prit une coupe pleine, puis se levant : « Au nom de toutes ces demoiselles, ainsi que de nos chères sœurs, ici présentes, moi, Auguste D..., dit la belle Anglaise {Fig. i4), je baptise Arthur W... du surnom de La Comtesse » ; puis elle m’aspergea de quelques gouttes de Clicquot. Tous les témoins de cette scène bouffonne s’étaient levés et tous en regardaient les détails avec un sérieux parfait, sérieux qui chez eux était réel. Pour les Tribades et les Mignons qui étaient là, c’était un acte notoire et puissant ; pour moi, je le regardais comme une plaisanterie, et quand D..., en se rasseyant, ajouta : « Ma toute belle, je t’ai nommée la Comtesse, je te jure que ce nom effacera ton véritable », il ne me disait que trop la vérité. Le premier de mes convives était Charles B..., avec lequel j’étais déjà en sincère camaraderie ; il ne faut pas croire que cette camaraderie, cette amitié, soit jamais le manteau de liaisons sensuelles ; non, tout au contraire ; chez la fille, jamais une camarade, si jolie fût-elle, n’éveille une idée lubrique ; il ne leur vient jamais la pensée de chercher à s’amuser ensemble; elles ont leurs hommes pour cela.

Charles ou la Charles {Fig. i5) était passionné au-delà de tout possible ; il aimait les hommes avec frénésie et avouait les avoir aimés dès sa toute jeunesse, dès son enfance; une parole lascive, la vue

d’un parisien

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d’une image obscène le mettait en pensée d’amour ; des dessins, des photographies d’hommes nus le transportaient ; il se masturbait en les regardant.

ün jour il vit un album que je venais de terminer ; c’était une collection d’organes sexuels mâles, de grandeur naturelle et peints a l’aquarelle. Quand la Charles vit cette collection de i6o planches ; « Oh ! Comtesse, Comtesse, que tu es méchante de ne pas m’avoir parlé de cette belle galerie ; prête un peu », et il s’enfuit dans le salon se livrer à l’onanisme...

L’Anglaise vint un jour me voir; elle me parla d’un nommé Prosper qui serait l’ami qu’il me fallait pour aller travailler. « 11 veillera sur toi, me dit-elle, et tu verras comme c’est amusant d’être en ménage. » Il fut convenu que je verrais ce Prosper le soir même ; après tout, j’avais véritablement besoin de quelqu’un qui pût me protéger au besoin, car mon costume me mettait quelquefois dans des situations embarrassantes ; puis je m’ennuyais seul, je pensais souvent aux bonnes soirées que je passais avec le marquis, à ses attentions, à ses caresses qui me faisai&nt croire à la réalité de mon plus cher désir. Depuis qu’il m’avait quitté, j’éprouvais souvent des instants d’ennui et de chagrin, qui me remettaient en tête mon dégoût de moi-même et mes poignants regrets d’autrefois...

Le soir, après la séance terminée et comme je prenais congé des chanteuses du café où j étais alors.

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Prosper me fut présenté. C’était un garçon bien fait et de figure avenante, bon enfant, d’un caractère

Fig. 21. — Prosper chez la Comtesse.

d’un parisien

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très gai et toujours égal ; il avait vingt-deux ans. Il m’accompagna et me voilà avec un amant à ma charge; c’était bien l’inverse de mon début, mais Prosper {Fig, 21 ) fut toujours plutôt un camarade qu’un souteneur exigeant ; je lui donnais ce que je voulais pour aller au café et il était content.

[Un soir, une rafle eut lieu dans un café chantant des Champs-Élysées ; la Comtesse fut arrêtée ; elle resta trois mois à Mazas.]

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