‹ Notes et observations de médecine légaleChapitre 44 sur 48 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les amants de cœur. — Ces demoiselles. — Un nouveau protecteur. — Les coups de cravache.

— Conscrit. — Au 44^^ de ligne. — La permission. — Déserteur.

Les amants de cœur s’appellent entre eux des Garçons, surtout quand ils vivent avec des Complaisants, sans doute pour se distinguer de leur moitié.

Le Complaisant obéit au besoin naturel d’une compagnie, d’une affection. Malgré la déprava¬

tion qui naît d’une situation aussi dégradante pour l’homme, malgré le plaisir de la débauche qui colore tout aux yeux de ceux qui la pratiquent, il n’est pas un prostitué qui, semblable en cela à la fille publique, n’éprouve de l’éloignement pour l’homme qui le paie ; alors de cet éloignement, voisin de la répulsion, naît nécessairement le besoin de se donner à un être

d’un parisien

qui, non seulement ne paiera pas, mais encore recevra des dons de celui qu’il aura charmé. Cette abjection dans l’abjection même est pourtant le seul palliatif que les pédérastes trouvent en eux pour les relever dans leur propre estime. Celui-là, je laime, je suis à lui pour rien ! disent-ils avec une sorte d’orgueil.

Pour le Garçon, la vie est beaucoup plus paisible avec nous que près des femmes ; elle est toute tranquille et exempte de ces querelles violentes auxquelles

s’abandonne si facilement la femme prostituée.

Aussi l’amant de cœur, presque toujours grossier et brutal avec elles, devient-il tout autre en ménage

avec un Mignon.Quand le Complaisant est sans

bonne, son amant lui sert de valet de chambre ; il lui donne un à un les objets nécessaires à sa mise. Il lui tient le miroir de poche tandis qu’il fait sa raie, car il redoute de quitter son feu et ne se met à sa toilette que le plus tard possible. Cette toilette est longue et bien plus minutieuse que celle de la femme, voire la plus coquette, car le garçon-fille n’ignore jamais ses imperfections, ses laideurs même, et il apporte toute son attention, tous ses soins à les dissimuler pendant l’opération du maquillage.

L’amant de cœur est content de lui ; il est amoureux de sa personne; il se gobe. Comment en serait-il autrement? Il ne peut ignorer aucun de ses avantages, et ils ont d’autant plus de prix à ses yeux qu’ils

CONFIDENCES ET AVEUX

lui ont toujours fait la vie oisive et souvent heureuse.

Les Pédéfastes de profession sont loin d’être tous jolis ; il y en a même beaucoup qui ont des traits très insignifiants, des figures dont le masque est grossier et sans distinction ; mais voici justement où commence le prestige, c’est qu’à force de recherches, d’études, ceux-là arrivent à égaler les plus heureusement doués de la nature ; ils parviennent à se faire une tête nouvelle, comme l’on dit au théâtre; les yeux sont agrandis par le pinceau, la bouche est rapetissée par un sourire étudié, les cheveux — tels rebelles soient-ils — se plient au fer du coiffeur et prennent le cachet gracieux de la mode ; s’ils sont rouges ou d’une teinte équivoque, on les teint; la peau peut être d’un tissu grossier, sujet aux efflorescences rugueuses, aux boutons; le lait d’iris, la crème d’amande la rendent souple et fine comme la peau d’un gant. La tournure même se parfait et les écarts de la nature se trouvent redressés par miracle. La fille, tout en se pliant avec une religieuse docilité aux changements de la mode, a une façon de se vêtir qui est tout à elle, et toutes se basent sur le même modèle. C’est ainsi qu’en i856 les Mignons se faisaient tous friser en boucles s’avançajit le plus près possible des yeux et s’étageant avec régularité de chaque côté des tempes. Quant à la raie, elle est et fut de tout temps placée droit au milieu de la tête.

d’un parisien

Les filles qui subissent une peine de plusieurs années dans des maisons centrales remarquent de suite ce garçon qui leur rappelle les jours de leur existence de prostituées ; elles s’intéressent à lui, lui écrivent; la liaison est vite faite, le ménage est établi. Alors commence pour l’un et l’autre cette vie de crainte, de jalousie, d’alarmes, que la moindre indiscrétion rend pénible au plus haut point. Il faut se défier des gardiens qui les ont à l’œil, des compagnons d’atelier qui'n’en sont pas, et plus encore de ceux qui en sont et qui, ayant été repoussés delà fille, ne cherchent qu’une occasion de se venger. On ne peut se faire une idée des luttes, des désespoirs, des souffrances poignantes qu’occasionnent de telles fréquentations. L’homme privé de toute distraction, de toute satisfaction des sens, s’adonne non seulement à la masturbation en songeant à l’ami, mais encore il ne songe plus qu’à l’occasion de le voir, de le rencontrer; pour être ensemble, un instant, il brave des mois de cachot. La difficulté double le charme de ses désirs ; de là des découragements, des mouvements de colère, des menaces aux camarades qui portent ombrage. La prison n’a pas amorti le courage du garçon ; il a toujours la réplique et la main prompte, et les batailles sont vite engagées. De tout cela résulte le cachot, la privation complète de nourriture. Il faut les voir alors, sortant de cellule après un mois, quelquefois deux, n’ayant eu que du

CONFIDENCES ET AVEUX

pain sec et pas leur content et s'étant adonnés au plaisir secret presque chaque jour. Dans cette occurrence, la fille est ce qu’elle était dehors, bon cœur et dévouée ; elle donne toutes ses rations de cantine à celui qui est avec elle et qui, souvent, vient de souffrir pour la défendre. C’est ce que l’on nomme en prison le boulottage; elle fait boulotter son homme, disent les gardiens. Le jour de la libération venu, le premier sortant attendra l’autre ; il viendra à sa rencontre ou lui donnera une adresse précise, et les désirs inassouvis se réaliseront.

Les femmes pour femmes, les Tribades, ont une vive sympathie pour les êtres que je viens de décrire ; ayant comme eux une passion à part, elles ont de l’indulgence et de l’affection pour les jeunes gens

qu’elles appellent leurs sœurs . Ceux-ci le leur

rendent avec sincérité.

La tapette a un langage tout affecté, tout maniéré et étrange comme son étrange 'vie. Le mot le plus usité par elle en parlant à ses semblables est mesdemoiselles, et rien ne peut rendre la singulière intonation avec laquelle ce mot, ainsi que celui de ma chère, est prononcé. Rien de plus curieux pour un peintre de mœurs que ces dialogues où la frivolité du caractère de ces garçons, souvent à l’âge d’hommes faits, étincelle aux premières paroles.

Deux tapettes se rencontrent sur le boulevard ; le

'signe de ralliement est exécuté, presque imperceptible pour les ignorants ; il consiste à porter la main

à la hauteur du col en joignant le doigt médius au pouce et en faisant avec cette main le geste que j’ai reproduit dans le portrait de la Belge (Fig. 23). « Bonjour, ma bonne petite, que deviens-tu donc, il y a un siècle qu’on ne t’a vu? — J’ai eu tant d’affaires, Auguste est malade, j’ai fait revernir mes meubles, et ces ouvriers sont si lents que je ne pouvais sortir; tout était en branle-bas chez moi ; tu sais que j’adore mes meubles. Lundi.je devais aller t’inviter, mais puisque te voilà, l’invitation est faite. Ah ! ma chère! ce sera tout à fait amusant. Toutes ces demoiselles y seront, j’aurai la Comtesse, on fera concert, elle nous chantera trois morceaux.

— Mais, ma toute belle, es-tu bien certaine d’avoir la Comtesse ; une soirée est une affaire pour elle ; si elle s’absente sans prévenir, c’est une perte de neuf francs, huit de son gain et un de l’amende ; je ne sais même pas si ce n’est pas trois francs que le directeur impose. — Ma chère, j’ai vu la Comtesse hier ; elle m’a promis; du reste, elle peut .prendre une soirée, je la paie quinze francs. Oh 1 je ne suis pas chiche ; je fais bien mes affaires, je puis me donner ce luxelà. Tu sais que toutes ces demoiselles viendront en femmes et que ces dames seront presque toutes en culottes. Tu te mettras aussi en Bordelaise, n’est-ce pas? tu es si bien ainsi. Je verrai la Comtesse, car, moi qui ne me mets en lorette que pour les bals, il me manque beaucoup de choses ; mais elle me les

procurera. — Il y aura des hommes ? — Oui, nos amants, w

Une après-midi on sonna; je me levai et allai ouvrir. Un monsieur très élégant me demanda la faveur de me causer en particulier. Je l’emmenai dans ma chambre et lui dis que j’étais seul. Il m’apprit alors qu’il avait eu des relations avec Paula, qu’elle lui avait parlé de moi et que, si je n’avais personne, il s’offrait à être mon protecteur; mais il avait essuyé de grandes pertes d’argent èt il ne pouvait, disait-il, me donner que dix louis par mois ; encore exigeait-il que je fusse tout à fait libre de tout attachement et exigeait-il une clef en sa possession pour venir à toute heure. Je lui dis que je lui rendrais réponse le lendemain à trois heures de l’après-midi. J’étais fatigué de cette vie errante où, chaque soir, il me fallait me promener comme une femme en carte ; je donnai donc la moitié de mon argent à Prosper, quelques petits souvenirs; il fit ses malles e^^ nous nous quittâmes en bons camarades.

Le lendemain j’avais un nouveau maître. Maître est bien le mot, car cette fois jamais je ne fus si esclave, si sevré de tout plaisir. M. de T..., mon second entreteneur, était un homme de trente-sept ans, bien fait, de bonnes manières, d’une figure belle, mais empreinte d’un air de dureté farouche qui, à la moindre contrariété, faisait place à une

CONFIDENCES ET AVEUX

fureur qui tenait de la rage. Dans ces instants-là il me frappait violemment de sa cravache, car il avait toujours cet objet à la main.

Combien je pensais à M... Gomme tous les cœurs secs, cet homme était avare et parcimonieux; il grondait chaque fois qu’il fallait payer soit la couturière, soit la modiste ; ne m’emmenant que rarement avec lui, il trouvait mauvais que je fisse autant de dépenses de toilettes ; il comptait mes paires de gants. Mais je n’étais plus l’enfant naïf d’autrefois; au bout de trois mo'is de ces preuves de ladrerie, je lui dis froidement : « Mon cher, quand je consens à prendre un protecteur, c’est à condition qu’il fasse mes fantaisies et consente à mes caprices ; vous êtes d’un caractère qu’une grande générosité pouvait seule excuser ; pour ma part je n’éprouve que de l’ennui avec vous, je n’ai pas une parcelle d’amitié pour l’homme qui me bat et m’isole de tous mes camarades ; donc j’ai assez de vous et de vos générosités ; rendez-moi de suite ma clef et faites-moi le plaisir d’oublier le chemin de mon logis. C’est le seul que je vous demande. » Le superbe homme n’en revenait pas ; il essaya de me fléchir, m’offrit cent francs de plus, une parure que j’avais souhaitée à quelque temps de là, mais rien n’y fit. Voyant qu’il ne pouvait rien obtenir, il tira ma clef de sa poche, la plaça sur le coin de la cheminée, remit ses gants et sortit en disant : « Tu me regretteras. — Jamais I » lui

criai-je, et je fermai violemment la porte de ma chambre. Je commençai à respirer; cet homme m’avait fait, pendant ces trois mois, une vie de souffrances de toutes sortes. Je résolus de me replacer dans les concerts et, cinq jours après, je débutais. Je revis mes anciennes connaissances, et j’oubliai dans mes amusements frivoles et leurs amabilités la liaison taciturne de M. de T...

Bien des jours de folie, bien des fautes avaient passé sur les années de ma vie ; j’avais enfin atteint l’âge de vingt-et-un ans. Mais dans le monde frivole que je hantais, dans le rôle surtout que j’avais adopté, les années ne comptent pas; on semble les oublier, ainsi que les ravages qu’elles traînent souvent à leur suite. Ainsi le temps, dans cette secte d’êtres qui renient leur sexe, n’a pas de valeur, pas d’espace ; j’en fus un exemple. Corrompu et avili dans mes mœurs et ma façon de vivre, j’étais resté en dedans de moi-même l’enfant aimant et naïf des anciens jours ; j’avais des élans passionnés d’affectueuse tendresse pour ma bonne mère; je me retrouvais enfant pour passer de longues heures à ses cotés, lui lisant ses livres aimés, causant avec elle comme lorsque j’étais digne de recevoir ses chastes baisers. Puis, de retour dans mon intérieur, dont tout me rappelait une honte et une complaisance infâme, je me jetais à genoux, je pleurais, je tendais vers Dieu mes mains

CONFIDENCES ET AVEUX

impures, mais mes lèvres ne savaient plus prier... Doué d’un caractère aimant, enclin à l’enthousiasme, ces deux qualités développèrent chez moi un courage qui n’a pas faibli devant la perspective du bagne et de la prison centrale. J’étais coupable, et je ne voulus pas que celui qui l’était presque autant que moi fût puni ; je fis donc ma peine avec énergie et je la subis pendant mes dix ans sans faiblir. Eh bien, ce caractère ferme s’effraya dans une circonstance bien puérile et il me fallut la présence de ma tendre mère pour l’affronter. Je veux parler ici du jour où je dus me rendre à Neuilly pour le tirage au sort. Ayant toujours vécu loin des actes de la vie masculine, j’en redoutais toutes les nécessités, et, sans aplomb pour accomplir une tâche qui pour tous était une occasion de joie bruyante, il me fallut le bfas de ma bonne mère pour m’appuyer çt me donner du courage dans cette journée, qui me parut interminable. Je tirai le numéro 180; j’étais de la réserve. Certes, en une année, j’aurais grandement pu amasser pour mon exonération, mais étourdi, toujours dépensier plus que jamais et comptant sur des promesses qui ne se réalisèrent pas, je vis arriver le jour où je devais rejoindre mon régiment, ayant devant moi à peine cent francs. 11 fallut partir. Ah ! quelle douleur s’empara de moi quand je vins, le jour du départ, embrasser ma pauvre mère tout en larmes; je jurai de revenir bientôt, j’avais l’état de soldat en horreur

D*UN PARISIEN

et la vie de caserne en haine. Je rejoignis mon détachement à Melun.

CONFIDENCES ET AVEUX

Malgré les avantages dont je jouissais au je ne laissais pas que de m’y trouver bien malheureux ; aussi je n’eus plus qu’une idée : partir au plus tôt... Je me lançai dans la voie qui devait me faire accomplir une désertion et entraîner à la suite les fautes qui m’ont poussé à accomplir l’acte pour lequel j’ai subi dix ans de réclusion. J’avais été chanter à une soirée que donnait mon colonel ; je demandai une permission de dix jours pour aller près d’un oncle que je disais riche et en état de me faire exonérer; j’obtins cette permission et, le cœur bondissant de joie, je revis mon Paris où j’arrivai par le chemin de fer du Nord, à six heures du matin, par un temps pluvieux, mais qui me parut le plus radieux du monde.

J’arrive, je me jette dans les bras de mà bonne chère mère et je lui dis en pleurant que jamais je ne retournerai au régiment. La chère femme s’effraie un peu ; mais elle m’aimait tant, et l’on sait quel éloignement presque toutes les mères professent pour l’état militaire; maman fut donc vite gagnée, car c’était son plus vif désir que j’effleurais là. Nous avions dix jours pour aviser aux moyens ; pour moi ils étaient trouvés depuis longtemps ; mais ma bonne chère mère, qui ne savait rien, eherchait dans sa tête et dans son cœur. Je lui dis alors, avec cette parole convaincante que je savais si bien prendre pour la tranquilliser, combien j’étais bien en femme et qu’au

d’un parisien

lieu de m’y mettre seulement pour chanter, j’y resterais toujours. L’excellente femme, dont le plus vif souhait avait été jadis d’avoir une fille, fut tout heureuse de mon invention ; je lui dis que dès le lendemain je la ferais juge de ma transformation. Effectivement, le lundi à trois heures de l’apfès-midi, une femme en deuil, mais mise avec une grande distinction, sonnait à sa porte ; cette femme se jeta dans les bras de la bonne dame et la couvrit de baisers ; désormais je n’avais plus à mentir à ma mère.

Le douzième jour les gendarmes étaient à ma recherche. Une après-midi du mois de mars, j’étais près de ma mère, je lui chantais sa romance favorite « les bâtons de vieillesse » ; on sonna ; je me levai pour éviter à maman la peine d’aller ouvrir. Un beau brigadier de gendarmerie entra en nous saluant très humblement ; le pauvre homme était, paraît-il, venu une fois déjà, et il revenait savoir près de ma mère si elle avait des nouvelles de son fils. Maman, qui s’était aguerrie en voyantcombienj’étaisirréprochable dans mon nouveau costume, répondit au gendarme qu’elle était toujours sans nouvelles et que bien certainement je devais être passé à l’étranger, ce que j’attestai. Le gendarme m’avait regardé à plusieurs reprises, mais à la dérobée', et seulement parce qu’il me trouvait à son goût.

Ce qui me reste à dire n’est plus que douloureux et pénible. Je continue à vivre presque comme avant.

avec cette différence que je vois ma bonne mère presque chaque jour et que je lui procure le plus de douceurs possible, car la chère femme n’a plus que moi. Mon père a fait de mauvaises affaires, il s’est ruiné ; une faillite a été déclarée et mon père en est mort de chagrin. Ma mère, forte et courageuse, ne s’est pas laissé abattre par l’adversité. La marquise de K..., dont ma mère avait été femme de chambre de ses parents, témoigna à maman une confiance que sa probité si pure méritait à bon droit. Cette dame habitait un petit hôtel, rue d’Amsterdam ; elle quittait cette maison cinq ou six mois de l’année, laissant, pendant son absence, la garde de son hôtel à ma mère, qui venait tous les deux jours y donner un coup d’œil et faire prendre air aux appartements, pouvant y demeurer si tel était son désir.

En l’année 1860, M™® de K... partit pour Alger, en laissant les clefs de son hôtel à maman. Ce fut dans cette maison que ma pauvre mère ressentit les atteintes du mal qui l’emporta. Elle tomba malade et fut contrainte de prendre le lit ; à cet effet elle s’installa dans une chambre au troisième étage de l’hôtel. Je vins la voir, la soigner; j’étais alors toujours aussi élégant, mais aux abois ; j’avais de nombreuses dettes et je ne savais comment faire. C’est alors que ma pauvre mère mourut. J’avais les clefs en ma possession ; je fouillai partout et je fracturai les meubles que-je ne pus ouvrir. J’aurais facilement

d’un parisien

réalisé plusieurs mille francs, avec lesquels j’eusse pu passer à l’étranger; mais, n’ayant jamais volé ét n’en ayant même pas le goût, je pris à droite, à gauche ; je payai mes dettes et,- avec le reste, je m’étourdis de mon chagrin ; j’étais désormais seul au monde. Il m’était indifférent de perdre cette vie, qui m’avait été si chère et dont la continuelle mascarade me pesait désormais. J’attendis; au bout de deux mois je fus arrêté et condamné à dix ans de réclusion.

Page 1