‹ Notes et petits traites contenant elements de statistique et opuscules divers faisant suite aux traites d'economie politique et de financesChapitre 18 sur 205 · CHIFFRES, MOYENS DE LES RECOEILLIB. — CH, IV · texte numérisé non relu

CHIFFRES, MOYENS DE LES RECOEILLIB. — CH, IV

cielles. Ce sont les résultats des évaluations et produits selon des prix remontant à 1796 en Angleterre, à 1826 en France, par opposition aux évaluations selon des prix vérifiés d’année en année et qui donnent lieu à des évaluations dites valeurs actuelles. Ajoutons qu’il serait vraiment utile que les ministres et les chefs de service renonçassent à la fiction, en vertu de laquelle ils signent des travaux qu’ils n’ont ni inspirés, ni dirigés, ni surveillés, induisant le public en erreur sur la qualité et la nature des documents, exonérant les auteurs de la responsabilité de leurs œuvres, leur enlevant l’honneur qui devrait leur en revenir, et contribuant ainsi à faire obtenir des résultats moins contrôlés et finalement inférieurs.

Ce qui serait encore utile, c’est que chaque document fût accompagné, sinon d’un commentaire, au moins d’une explication indiquant la nature des sources auxquelles on a puisé, l’espèce des agents et la nature des procédés qui ont été employés.

Au sujet des chiffres compilés, nous dirons encore avec M. Moreau de Jonnés‘ : i que les chiffres compilés par des auteurs quelconques, dans les documents officiels, exigent deux conditions de crédibilité qui leur sont absolument nécessaires : l’une est la citation précise des papiers d’État qui les ont fournis, à l’effet qu’on puisse au besoin les éclaircir ou les vérifier ; l’autre est le nom de celui qui en a fait l’emprunt, afin d’apprécier le degré de confiance qui lui est dû. Vouloir s’affranchir de ces trois conditions, c’est substituer à des témoignages décisifs une opinion isolée, et réduire des preuves indubitables à des assertions sans valeur. On dirait volontiers, en voyant la répugnance que quelques auteurs ont à citer les sources de leurs chiffres, qu’ils prétendent s’attribuer, devant le public, les travaux qu’ils ont recueillis, constatés et élaborés. »

Pour les chiffres compilés comme pour ceux qui sont d’une origine individuelle, le nom de celui qui les produit est égale-

' Éléments de statistique, p. 131, 1« édit.

70 NOTES ET PETITS TliAITÉS. ÉLÉMENTS DE STATISTIQl'B .

ment indispensable ; cai' tant vaut l'homme, tant vaut le document; et, dans ce dernier cas, il est pareillement nécessaire de spécifier l’origine des chiffres, la manière dont ils ont été recueillis, et les causes qui les ont fait rechercher.

On comprend que les chiffres d’une origine individuelle ne peuvent porter que sur des sujets restreints : les particuliers travaillant seuls on avec des moyens plus limités que les administrations ou l’autorité publique. Cependant il peut y avoir et il y a des bureaux de statistique attachés à de grandes entreprises, qui peuvent produire des documents d’une certaine étendue ; mais alors ces documents affectent le caractère des documents officiels, et on peut leur appliquer les observations que nous avons faites plus haut.

Kn général les efforts des statisticiens, qui travaillent librement et individuellement, portent de préférence sur les commentaires et les explications des divers documents officiels et autres dont ils rapprochent les éléments et dont ils tirent les conséquences, faisant en cela, à certains égards, œuvre de statisticiens, et, à d’autres égards, œuvre d’arithméticiens politiques, s’ils suppléent par des inductions aux lacunes et au silence des documents officiels.

§ II. De rorganisation dea «tatistiquea orfleiellea.

Nous venons de voir le rôle important des statistiques officielles. La question de leur organisation, c’est-à-dire de la manière dont sont organisés administrativement les hommes qui les dressent et les élaborent, est une de celles sur lesquelles il a été beaucoup discuté depuis quelques années.

Deux systèmes sont en présence ; celui d’un bureau de statistique central, dépendant de l’autorité ministérielle, pouvant se servir des agents et des rouages de l’administration pour recueillir des faits et des chiffres qu’il est chargé ensuite d'élaborer, de contrôler et de publier au nom de l’autorité; et celui de commissions spéciales de statistique, organisées dans 1e pays en corps scientifiques, indépendants, travaillant sous la

CHIFFHES, MOYENS DE LES KECUElLLIll. UÎ. IV. 71

protection, mais non sous la dépendance de l'aulorilé ministérielle et administrative. Le premier système est notamment celui de la France et de la Prusse ; le second celui qui a été adopté par la Belgique et, à son exemple, par le Piémont et l’Espagne.

Les deux organisations ont leurs avantages et leurs inconvénients. Assurément un bureau central peut tirer ui» excellent parti des ressources de la hiérarchie et de la centralisation administrative pour transmettre ses indications et recevoir les résultats; mais la qualité de ces résultats n’en reste pas moins subordonnée à la nature des agents administratifs, dont les uns peuvent être très-aptes à cette besogne et dont la plupart y sont parfaitement impropres. Telle n’est pas cependant l’opinion de M. Moreau de Jonnès en ce qui concerne la France. « Il se trouve, dit-il *, que presque partout les travaux de statistique sont maintenant exécutés avec régularité, exactitude et précision • par tous les fonctionnaires. L’expérience des dernières années a montré que, d’un bout à l’autre de la France, on peut faire -dresser, dans chaque commune, un tableau des cultures ; dans chaque fabrique, un bulletin industriel; dans chaque ville, .un état de consommation et un relevé des salaires des ouvriers; dans chaque préfecture, une multitude de tableaux sur les hôpitaux, les aliénés, les enfants trouvés, les bureaux de bienfaisance, les prisons, etc. »

Assurément l’expérience de M. Moreau de Jonnès est imposante : cependant notre confiance ne saurait égaler la sienne. Dans le système des commissions locales, reliées par une commission centrale qui dirige les travaux, coordonne et contrôle les résultats, l’avantage est dans l’indépendance vis-à-vis de l’autorité, dans l’appel fait à la collaboration d'hommes zélés et spéciaux, qui se surveillent, se contrôlent les uns les autres ; dans une plus grande responsabilité de tous les collaborateurs ; dans une émulation réciproque. L’inconvénient

' Éléments de statistique, p. 108, 2' édit., 1850.

iT-*,

est dans imc hiérarchie plus faible et une moindre action de la direction divisée et peut-être neutralisée.

Les remarquables travaux publiés depuis quelques années par la commission centrale de statistique belge, que préside M. Quételet et dont M. Heuschling est le secrétaire, prouvent en faveur de cette organisation, qui a déjà donné de bons rèsullats^n Piémont et pour laquelle nous aurions une préférence, bien que nous soyons très-loin de méconnaître l’importance des publications faites par l’autre système, celles notamment dirigées en Prusse par Dieterici et M. Engel, — en France par M. Moreau de Jonnès et M. Legoyt, etc.

Ce système a été modifié en France et rapproché du système des commissions. Un décret du 1" Juillet 1852, inspiré par M. Legoyt, successeur ' de M. Moreau de Jonnès, a créé des commissions ou sociétés de statistique permanentes dans chaque chef-lieu de canton, dont les travaux sont contrôlés par des sociétés de chefs-lieux d’arrondissement et des départements, et centralisés au bureau de statistique de Paris'. Des sociétés analogues fonctionnent en Prusse. Cette nouvelle organisation a donné quelques bons résultats en certains endroits, mais elle laisse à désirer. 11 eût mieux valu conserver à ces sociétés un caractère scientifique et indépendant en dehors de l’action des préfets et des sous-préfets, très-souvent tout à fait étrangers aux notions statistiques et économiques, et dont le caractère politique peut écarter d’autres hommes plus compétents et plus dévoués à la science.

Quoi qu’il en soit, l’adjonction des sociétés de statistique est un correctif au système des bureaux trop exclusivement administratifs, qui gagneraient encore à être rendus tout à fait indépendants de l’autorité politique, comme est devenu le Ooardof trade en Angleterre, bureau d’informations, d’investigations et de publications statistiques. C’est en une institution semblable que finiront par se réduire tous les ministères et

* Les membres de ces sociétés sont nommés par les préfets et les sonspréfets, et présidés par eux.

CHIFtIiES, MOïESS DE l.ES RECUElIXir..

divisions ou direclions de l’agriculture, des manufactures et du commerce. — Kn composant ces bureaux d’une manière à la fois scientifique et administrative, c’est-à-dire en laissant la direction des travaux à un chef responsable, pouvant être conseillé et centrolé par une commission scientifique, on arriverait à avoir les avantages des deux systèmes sans leurs inconvénients.

§ III. Ve» antre» manière» de recueillir le» fait». — Conimia- »ion» spéciale». — Enquête». — Société» libre» de atatistique.

L’expérience qui a été faite par la chambre de commerce de Paris prouve que les investigations statistiques peuvent être habilement conduites et menées à bonne fin, sans aucun appareil administratif, par un ou plusieurs hommes compétents. Les laits de la Statistique de l’industrie de Paris, que cette chambre a publiés (1851) en un gros volume in-folio, ont été recueillis sous la direction de M. Horace Sav, secrétaire de la chambre, et parles soins de MM. Natalis, Rondot et Léon Say, directeurs adjoints, qui, pouvant disposer des fonds votés par la chambre, ont choisi des employés propres au travail, les ont organisés, guidés, contrôlés de façon à produire les informations statistiques les plus riches en faits et les plus dignes de confiance.

Le mode qui a si bien réussi pour Paris pourrait être employé pour d’autres villes, pour un département, pour une province ; et c’est ainsi que peut-être on arriverait, à l’aide (l’un petit nombre d’hommes capables et dévoués à la science, à des résultats profitables, plus facilement qu’avec l'appareil administratif. On pourrait, en ce cas, tirer un grand parti des hommes les plus capables des sociétés départementales ou provinciales; et on comprend que le bureau central ou la commission centrale aurait à opérer sur des bases bien plus sûres que celles que présentent les documents recueillis par des maires ou des sous-préfets ou par d’autres agents administratifs plus ou moins insouciants.

Indépendamment des organisations statistiques, il est un

74 NOTES ET TETITs TP.AITÉS. ÉLÉMENTS DE ST.VTISTK'UK .

mode d’invpsligalions duquel ou a tiré, surtout eu x\ugleterre, un très-grand profit pour ravancement des sciences êcono iniques et pour le développeinent de la slatistique. Nous voulons parler des Enquêtes dites parlementaires quand elles sont conduites par une cominission noininèe par le pouvoir législatif, et administrative^s quand elles sont provoquées et dirigées par une administration quelconque. Ces commissions s’adressent à toutes les personnes qu’elles supiiosent devoir éclairer la question, — provoquent, dans de nombreux interrogatoires, des dépositions plus ou moins éten;iues; — recueillent des masses de faits à la connaissance des particuliers, qui resteraient inconnus sans elles ; — surexcitent les recherches administratives, — et mettent au jour des renseignements et des chiffres qui projettent la lumière sur les questions à l’étude*.

On peut, à de certains égards, donner le nom d’enquêtes à des travaux de recherches individuels ayant pour but de colliger, mettre en ordre, grouper et élaborer soit des faits épars dans divers établissements ou administrations, soit des faits dont les éléments sont encore plus disséminés et qu’on ne peut se procurer qu’avec beaucoup de peine, de sagacité et de persévérance*. Quelques-unes de ces productions

' En Anfïletprro, la coniniission (l'emiuiHc parlcincnlaire est toujours composée d'un nombre étral des deux opinions. En France, il y a eu sous la Restauration des enquêtes sur les ((iiostions des fers, di s bouilles, des sucres; — Sons le gouvernement de juillet, des enquêtes sur les prohibitions (1834), les tirtiac-s, l'esclavage, etc.; — Sous la Républiipte, des enquêtes par le conseil d'État sur IcschcBiiits de fer, les théâtres, les inouts^ de-piélé, le crédit foncier; des enquêtes par la chambre sur les boissons; sur le matériel de la marine (a été interrompue par les événements de décembre 1852); — Sous l’empire; l'enquête sur le traité du commerce de 1860 entre la France et l’Angleterre; — l’enquête sur l'échelle mobile, à l’occasion de ce traité; — l’enquête sur la marine marchande (en cours d’exécution); — toutes administratives par des commissions spéciales. — Parmi les enquêtes anglaises consignées dans ces volumineux in-folios, qu'on afipelle des Blue Books (livres bleus), nous citerons, entre autres : L'enquête sur Ip taxe des pauvres (1833); sur les lois d'usure (1841), publiée en 1845; sur les lois de navigation (1816); sur l’.\ustralie (1851).

' Nous pouvons citer dans cet ordre des documents recueillis par

Page 1