UTILITÉ ET PROGRÈS DE LA STATISTIQUE
I. Utilité de-la statistique. — II. Progrès de la statistique. — Les Congrès
de statistique. — III. Publications et documenls de la statistique.
§ I. Utilité de l« Statistique.
Qui dit conoaissance des faits sociaux, exprimés en chiffres précisant la vérité aux yeux et à l’esprit, dit la suprême utilité de la science qui a cette connaissance pour but. Au point de vue public de la politique et de l’administration des États, la statistique est, nous l’avons dit, tantôt l'indication de mesures à prendre, d'abus à éviter, tantôt la pierré de touche de mesures prises, de progrès accomplis ou d’abus augmentés. Résumant et groupant les éléments de la comptabilité, qui est une de ses sources, elle présente la situation industrielle, commerciale, financière, morale d’un pays; et ses résultats sont comme autant de salutaires maximes inscrites au chevet dos hommes chargés des intérêts généraux. « Jadis, dit M. Moreau de Jonnès *, le cri du peuple était ; Si le roi savait! Maintenant il sait tout; il suffit de quelques chiffres pour lui faire connaître les abus. H y a quinze ans, la mortalité des enfants trouvés était, dans quelques hospices, de 25 sur 100. La statistique dénonça ce méfait, et cette mortalité est aujourd’hui réduite de plus de moitié. Sans elle, on eût continué A’ignorer que, depuis cent ans peut-être, il y avait des hôpitaux où la mort emportait le quart des malheureuses créatures confiées à la monstrueuse charité. »
« Dans la prison de Vilvorde, dit de son côté M. Quételet*
' Éléments de statistique 1847, 1” édit., p. 5.
. * lettre sur ta théorie des probabilités, p. 350.
il a régné pendant les années 1802, 1803 et 1804, une mortalité telle, que jamais les hommes, pendant les pestes les plus affreuses, jamais les soldats, pendant les guerres les plus destructives, n’ont été décimés d’une manière plus épouvantable. Sur quatre prisonniers, il en mourait annuellement trois! Ce fléau, produit d’une administration vicieuse, commença à sévir avec moins d’intensité en 1805, grâce à d’utiles réformes; et, deux ans après, tout était à peu près rentré dans l’état normal .. Une science, ajoute M. Quételet (il s’adresse au duc régnant de Saxe-Cobourg et Gotha), qui a pour mission de révéler des faits pareils ne saurait être sans importance aux yeux d’un prince éclairé. »
Mais on ne .se ferait qu’une idée incomplète de son utilité si on ne considérait la statistique que dans ses rapports avec la politique ou l’administration de l’État; elle est d’un secours non moins utile pour la direction et l’administration des intérêts privés. Les faits qu’elle constate, les chiffres qu’elle met en lumière, sont propres à guider le commerce et l’industrie tant agricole que manufacturière, les entreprises de toute sorte et non-seulement celles qui sont soutenues par de nombreux capitaux associés, mais encore celles qui n’ont à leur disposition que des instruments de travail plus modestes. Elle a d’utiles indications pour tous les ouvriers de la ruche sociale, et, quand elle n’agit pas par des renseignements directs et spécieux, elle exerce une influence salutaire sur l’instruction générale, et contribue à faire entrer la notion de la nature des choses dans tous les esprits — c’est pour cela qu’on doit enseigner l’Économie politique, qui l’attire naturellement avec elle, et sans laquelle elle n’offrirait que des sujets de leçons trop arides.
§ II. Progi'è» de la atati0ti<|ue. — Les Congrès de statistique.
En parlant du cadastre, du recensement, du mouvement de la population et des autres opérations de la statistique, nous sommes entrés dans quelques détails historiques relatifs aux premiers travaux de cette science et au développement qu’ils
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