‹ Notes et petits traites contenant elements de statistique et opuscules divers faisant suite aux traites d'economie politique et de financesChapitre 24 sur 205 · BUT ET LIMITES UE L ÉCOAUMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

BUT ET LIMITES UE L ÉCOAUMIE POLITIQUE

loiit consister uniquement la richesse dans le nuniéraire; il en est de même des partisans du système douanier prolectcnr qui professent aussi que le travail constitue la richesse d’un peuple, non les résultats du li^avail, cas auquel ils auraient raison, mais Vintensité du travail, ce qui les conduit à prôner les obstacles administratifs qui font travailler beaucoup pour produire peu. Toutefois la théorie de la balance du commerce et celle de la protection sont bien positivement démontrées fausses par la science, depuis les physiocrates et Adam Smith.

Sans compter ces derniers, qui sont évidemment hors de la science, il y a donc lieu de faire entre les économistes deux groupes distincts :

1“ Ceux qui donnent au mot Richesse le sens le plus étendu et lui font signifier les Produits et les Services, satisfaisant les besoins matériels, intellectuels et moraux des hommes, et étant le résultat des arts agissant sur les choses, aussi bien que des arts agissant sur les hommes. — C’est le groupe le plus nombreux.

2® Ceux qui veulent exclure (sans y parvenir toutefois) de l’économie politique, science de la richesse, l’observation des phénomènes économiques relatifs aux arts qui agissent sur les hommes, et qui sont conduits à caractériser la richesse par la ^ matérialité, et à considérer le travail rendant des services conrime improductif de richesse (utilité et valeur), tout en le reaonnaissant très-utile et très-échangeable !

Chacun de ces deux groupes peut ensuite être partagé en deux autres, selon que les économistes qui en font partie appellent Richesse tout ce qui sert et s’échange, tout ce qui a Gtililé et Valeur, ou bien, n’appellent Richesse que ce qui est • susceptible d’être échangé.

Coquelin, dans l’article déjà cité (p. 8i), voit dans cette définition. — l’économie politique est la science de la Hchesse,

— un grave danger. 11 lui attribue, dans le passé, l’erreur mercantile et les mauvais réglements administratifs qui ont

mis tant d’entraves .à rindnstrie des peuples; il dit qu’en donnant pour sujet d’étude à l’économie jiolitique la Richesse, au lieu de l’Industrie humaine, les gouvernements et les publicistes ont été conduits à rechercher les moyens d’enrichir les peuples par la voie des mesures gouvernementales, erreur qui a engendré de fausses mesures en quantité innombrable.

Je crois que Coquelin attribue à tort à une définition qui n’existait réellement pas encore un résultat provenant : de la fausse idée qu’on se faisait de la richesse, d’une part, des attributions dè l’autorité publique, d’autre part, — et aussi de ce qu’on ignorait qu’il existât des lois naturelles du travail, lois à observer pour arriver à la production la plus fructueuse, à la plus grande richesse. '

Un autre danger c’est de faire prendre la science pour l’instrument de la grande richesse, de la puissance, de l’aristocratie, tandis qu’elle considère les droits de tous.

D’autres définitions de la science économique ont été données en formules analogues à celle de — Science de la richesse, — soit pour éviter les inconvénients du mot richesse, soit pour mieux préciser le but et la portée de la science ;

On a dit, par exemple : L’Économie politique est

La science des intérêts matériels. ... (J. B. SayM,

La science de la Valeur (Mac-Culloch*).

La science de l’Échange (VVathely ’),.

La science des Services échangés. . . (Bastiat*).

La science du Travail et de sa rémunération (Fonteyrauds),

La science des lois naturelles du Travail ou de l’industrie humaine. . . . (Joseph Garnier®).

‘ Pasiim.

* The principles of polilical economy, ia-8. Édimljourg, 1825.

^ ïnlrodiictonj lectures on polilical economy {1832).

* Harmonies économiques (1850).

^ Noi ice sul- Ricardo, Collection des principaux économisles.

® Passim.

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La science des lois du inonde industriel (Coquclin ’), etc. .

La science de l’utile et du juste. . . . (J, Garnier-).

La science de l’utile. . (do Fontenay®).

Toutes ces définitions sont relativement bonnes, mais quelques-unes nous paraissent plus justes, plus heureuses que les autres.

Celle de J. B. Say, exacte au fond, peut faire croire que la richesse réside uniquement dans la matière, et qu’elle n’a d’autre mobile que l’intérêt matériel; c’est par suite de cette considération, que J. B. Say regrettait dans son Cours qu’au lieu d’Économie politique on n’eût pas prisÉconomie sociale. En supprimant l’expression de matériels, on exprime plus exactement la pensée de J. B. Say et la nature de la science.

L’expression Valeur est troj) restreinte, et en disant Science de la Valeur, on exclut l’idée des Richesses naturelles.

Un peut dire avec le même droit, ce nous semble, que l’économie politique est la science de la Richesse, qui en est le but, — ou la science du Travail, qui est le moyen d’obtenir la richesse, — ou la science de l’Échange, qui est le fait universel et nécessaire d’une société laborieuse; mais chacune de ces formules ne comprend qu’une partie des phénomènes".

La définition de Fonteyraud, qui a dit scienc.e du travail et de sa rémunération, est assurément plus complète; car, à côté du travail, qui est le moyen, on voit le but et la récompense du travail,- la richesse. ■■

Celle de Bastiat, — Science des services échangés, — nous paraît moins heureuse; elle force le sens de Services, en y faisant rentrer la notion de Produits.

Celle de Coquelin, — Science des lois du monde industriel, — est juste, mais elle a le défaut d’employer le mot industriel dans le sens général, quand l’usage en a rétréci le sens à l’une des industries, à l’industrie manufacturière. Un ne comprend pas bien non plus cette expression de monde industriel. Au

* Dictionnaire (T ÉeonoMie politique, art. Kcoxomik i>oi,rnyut.

^ Traité d' Économie politique, V éd., 1860, p. 6âl.

® Rapport* du juste et de T utile, — Journ. des Écon., juillet 1862.

fiOlËS KT l'tms TliAllÉS.

fond, cependant, cette définition se rapproche le plus de celle que nous proposons, savoir que l’économie politique — est la Science des lois du travail humain ou de l’industrie humaine.

Elle nous parait comprendre d’une manière plus complète toutes les notions, tous les points de vue principalement indiqués par les définitions et formules abrégées que nous venons de rappeler. S’il en est ainsi, elle serait la plus digne d’être mise à côté de celle de J. B. Say, pour définir sous un autre aspect la science économique.

La formule « science de l’utile » est synonyme de « science de la richesse, » puisque la richesse désigne tout ce qui est utile, en nommant le juste après l’utile on est plus exact et plus explicite; caria science économique ne méconnaît pas le juste, elle démontre le juste par l’utile, elle est, comme l’a fort bien dit M. de Fontenay, « la conciliation de l’utile et du juste, réalisée par la science de l’utile. »

A cet égard, chacune des définitions que nous avons mentionnées a son degré d’utilité. Rapprochées, comme nous venons de le faire, elles montrent que les économistes, tout en différant à quelques égards, sont plus d’accord qu’on ne pense, qu’ils ne l’ont souvent dit eux-mêmes, sur le but et les limites de l’économie politique.

Au reste, autre chose, a dit Coquelin, est sentir ou rendre, concevoir ou définir; et il est fort difficile de resserrer dans une formule un vaste ensemble d’idées et de faits. La même difficulté existe pour toutes les sciences; il n'y a pas de formule qui définisse d’une manière bien satisfaisante la physique et la chimie, ou toute autre science que nous pourrions nommer. 11 y a d’ailleurs cela de remarquable, qu’Adam Smith, Sismondi et Storch, qui, dans leurs définitions, ont assigné à la science un champ sans limites, se sont resserrés comme les autres dans le cadre général de la science dont notre Traité peut donner une idée. La même observation est à faire pour d’autres qui, après avoir beaucoup différé en traitant de la question qui nous occupe, renferment leurs recherches dans le même cadre scientifique. L’accord résulte forcément

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de la nature des choses, et à l’insu de ceux qui croient différer.

Je ne veux pas dire que des dissentiments n’existent pas à l’égard du but et des limites de la science économique entre des hommes éminents qui la cultivent avec un égal succès, je veux dire que ces dissentiments, inhérents à la nature des choses, et qui ont leuf utilité, n’ont pas, au fond, l’importance qu’y ont mise les auteurs, et que leur attribuent les ignorants ou les détracteurs à divers titres de la science.

Mais néanmoins les variations qu’a subies la fixation des limites de. l’économie politique, par le fait de divers écrivains plus ou moins compétents (j’en ai cité parmi les plus compétents) surtout en France et en Allemagne, sont une des causes du peu de crédit que la science rencontre dans une classe nombreuse de publicistes, et parlant dans l’opinion. L’enseignement de la science généralisé peut seul désormais faire disparaître ce mal funeste. Alors ses propositions fondamentales seront mieux accueillies, ses conseils mieux suivis, et une foule ‘ d’efforts suivront une direction plus profitable.

g II. Des noms donnés à In seienee économique.

Ce qui a encore nuit à l’autorité des fondateurs de la science économique, c’est la grande variété des noms qui lui ont été donnés sous des impulsions diverses.

Nous avons recherché ailleurs l’origine et la filiation du mot économie politique et des divers autres noms qui ont été donnés à la science économique, dans un travail d’érudition assez détaillé*. Nous rappellerons seulement la plupart des noms donnés à la science qui a été successivement appelée :

Économique, Economice i Édit, lat.), Economies (Éd. ang.).

Economia publica, Economia politica,

1634. iiiss. de la bibliotli. I. voirie P. S. 1729-1747. Hutcheson, Ixçoiu de philosophie morale, à runiversilé de Glasgow.

1763. Verri, l/lemorie sioriche sulla economia publica dello stato di Milano.

' Origine et fllialion du mol écon.pol., J. des écon.; juillet-août, 1852,

NOIES ET PETITS TRAITÉS

Volitical economy,

Economie politique, Physiocraiie^ Economia piiblica, Economia civile, Economia,

Scienza economica,

Economia publica, Economia politica, Économie politique, Polilical economy.

Économie politique,

Économie induolr telle ,

Écenoniie sociale,

Id.

Id.

Science économique,

Science sociale Économique,

1767. James SleiiaiT, Recherches sur les principes d’Économie politique, traduit oii l'raiiçais en 1789.

1708. Dupont de Nemours, 2' vol. du recueil iniilulé Physiocratie.

1754. Genovesi, -leçons professées à Naples dès cette époque.

1769. Beccaria, discours d'ouverture du cours de sciences camérales à Milan.

1772. Verri, Meditazioni sulla economia politica.

1772. Principes d’Éctmomie politique', par le * margrave de Bade.

1775. Adam Smilli, on trouve le mot un petit nombre de fois dans son ouvrage.

1795. Germain Garnier, Abrégé élémentaire des principes de V économie politique.

1796. Création de l’Institut de France et d’une section d'économie politique.

1803. J. B. Sny, Traité d’économie politique.

1803. Sismondi, Richesse commerciale ou Principes d’économie politique.

1819. Création sous ce nom de la chaire du Conservatoire des Arls-et-Métiers, occupée par J. B. Say.

1773. Éléments de politique ou recherches des vrais principes de i’écorunnie sociale.

1829. J. B. Say, Cours complet d’économie politique pratique.

1830. Dunoyer, Traité df économie sociale.

1853. Inscrit par l'auteur dans le sous-titre du Jourml des Économistes; adopté i)ar M. Clierbuliez dans son Traité de la science économique, 1862.

1859 H. C. Carey, Principles of social science i

1852. Proposé par l’auteur dans Origine et filiation du mot Économie politique-

.4 vaut Verri, James Steuart et les physiocrates, le mot d’é-

* De phusis, nature; cratein, commander ; gouvernement de la nature.

BUT ET LIMm;S DE l’ÉCONOJIIE POLITIQDE. ^9

conomie politique était dans la langue politique et philosophique; car Rousseau a rédigé pour V Enajclopédie un article Economie politique, roulant exclusivement sur la théoi ie politique et l’administration gouvernementale qu’il appelait aussi Economie publique. Ce dernier mot se ti’ouve aussi sous la plume de Voltaire dans ses premiers écrits avec le même sens. Un livre de Montchrétien, sieur de Watevillc, publié en 1615, est intitulé : Traicté de l'Œconomie politique; mais le contenu ne répond nullement à ce titre. Ce sont quatre discours au roi et à la reine mère sur l’utilité des arts mécaniques, sur la navigation, sur l’exemple et les soins principaux du prince et sur le commerce, sans aucun principe scientifique et sans grande valeur. On trouve déjà la formule d’économie sociale dans un livre publié, en 1773, par le comte de Buat, et complètement oublié aujourd’hui. (V. ci-contre.)

La science économique a encore été désignée par divers auteurs allemands :

Économie nationale; Économie du peuple ;

Économie de l’État ; Économie universelle.

Science de l'État ;

Divers écrivains ont proposé de l’appeler : '

Crëmalistique, du grec chrema, richesse ' ;

Chrysologie, àechrusos, or;

Katallatique, de katallaguê, échange;

Ploutonomie, de ploutos, richesse, opulence, etc.

Nous ne nous arrêterons point sur ces divers mots et d'autres encore qui ont été proposés à différents points de vue*.

Parmi tous ces noms, ceux que l’usage a le plus^ généralement acceptés sont ceux de :

Économie politique. Économie sociale,

Économie publique, Économie industrielle.

* On trouve'ce mot chrématislikè dans Aristote pour désigner l’industrie du père de famille, par opposition à l'administration du ménage par la femme, VOikonomia.

* Voir Origine et filiation du mot Économie politique, etc.

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HOTES ET PETITS TRAITÉS

Mais ces mots ont chacun de notables inconvénients et ont produit de nombreuses confusions, soit à cause du mot économie, soit à cause du qualificatif qui l’accompagne.

Le mot économie est synonyme d’épargne, d’ordre intérieur et domestique. Le mot politique amène la confusion entre la science économique et la science politique; le mot sociale donne à penser que la science économique aspire à être une , science universelle, la science sociale, c’est-à-dire la synthèse de toutes les sciences morales et politiques. Cette dernière formule a de plus été prise par chacune des écoles socialistes pour désigner leurs conceptions spéciales. Elle a été mise par M. Carey dans le titre de son dernier ouvrage où il a cherché à faire une synthèse économique à l’aide des données des sciences morales et des sciences naturelles*.

Économie publique s’entend plus naturellement de l’administration générale des affaires publiques, comme économie domestique s’entend de l’administration intérieure de la maison. Quant au mot industrielle, il a le défaut contraire des trois autres ; il n’a pas assez d’extension et tend à donner de la science économique l’idée d’un ordre de connaissances plus spécialement relatives au travail manufacturier.

Les confusions avec la Politique ou avec le Socialisme, les idées vagues ou erronées que ces diverses appellations de la science économique ont données de son but et de ses prétentions ont fourni des armes aux adversaires suscités à la science par les intérêts, par les préjugés, par les systèmes qu’elle froisse, ebont beaucoup affaibli son autorité. 11 y a donc à regretter, avec J. B. Say, qu’Adam Smith ait accepté le nom d’Économie politique, et qu’il n’ait pas eu l’idée d’en proposer une plus neutre, que son autorité aurait imposée, et qui aurait

* Principles of social science. Philadelphie, 5 vol. in-8; 1 858-59. Traduits par MM. A. Planche et Saint-Germain Leduc. Paris, Guillaumin, 3 vol. in-8; 1861.

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