VALEUR, HO.\>AIE, MÉTAUX PRÉCIEUX, NUMÉRAIRE
On est beaucoup mieux renseigné sur les poids et les titres des monnaies du moyen âge dans les différents pays.
La question du poids et du titre étant vidée, il reste à savoir quelle était la valeur commerciale, le pouvoir de l’or et de l’argent à une époque donnée, c’est-à-diré la valeur en autres marchandises. Pour résoudre le problème, on a pris pour terme de comparaison certaines choses dont on a supposé la valeur commerciale plus stable à travers les siècles, à cause de l’usage ordinaire et régulier qui en a été fait. Ces choses sont particulièrement le blé, la journée du manouvrier et la paye du soldat.
Nous avons dit dans le Traité d'Èconomie politique ‘ les inconvénients que présentent les prix du blé et ceux du travail des ouvriers. Quant à la paye des soldats, que Germain Garnier a voulu prendre pour terme de comparaison, elle a varié comme le strict nécessaire des soldats et leurs besoins ; et, d’ailleurs, la paye en numéraire n’a presque jamais été la paye effective, le soldat recevant des vêlements, le logement, une partie de la nourriture, le chauffage, etc.
Il résulte de ces difficultés que, .pour se rendre un compte non pas exact (c’est impossible), mais approximatif de la valeur relative des métaux dans les temps anciens, il faut prendre plusieurs termes de comparaison. C’est à la solution de ce problème qu’aident les recherches des érudits économistes.
Parmi ces derniers et pour la France du moyen âge, il y a lieu de citer ; Dupré de Saint-Maur *, qui publiait, il y a plus d’un siècle, des recherches sur ce sujet, et ouvrait la voie à d’autres érudits qui ont donné à ces investigations plus de précision; — de nos jours, M. Leber*, qui a publié une pré-
romainet, et sur la valeur de l'or et de l'argent avant la découverte de l'Amérique 181 7, Didot, in-4^.
* Cliap. XVI, § V, Mesure de la valeur.
* Essai sur les monnaies ou réflexions sur le rapport entre l'argent et les denrées. Paris, Coignard, 174C, iii-4“.
* Essai sur l’appréciation delà fortune privée au moyen âge. 2' édition, 1847, un vol. in-8», Guillaumin.
154 NOTES ET PETITS THAITÉS
cieuse enquête sur les usages, sur les mœurs et sur les prix d’un grand nombre d’objets les plus usuels depuis le treizième siècle, avec de nombreux rapprochements tendant à faire connaître ce que M. Leber appelle assez heureusement le a pouvoir de l'argent; )> — et pour l’époque la plus récente, les savantes recherches de M. Th. Tooke sur Icsprix à la fin du dernier siècle et les premières années de celui-ci, formant un demisiècle La statistique des prix bien relevés et rapprochés des causes qui ont influé sur leur taux est une des bases les plus utiles sur lesquelles on puisse appuyer les raisonnements économiques.
Voir, pour le problème de l’évaluation des sommes historiques, outre les ouvrages cités ; les reclierches de M. Cibrario * sur le prix des choses au moyen âge comparé à la valeur du blé; les aperçus de M. Esménard du Mazet*, trois chapitres du Cours de M. J. B. Say *; l’article Évaluation des sommes historiques de Coqueliii, dans le Dictionnaire de l'Économie politique, et une notice de M. P. Clément dans son Histoire de Jacques Cœur *, sur la valeur relative des anciennes monnaies françaises, et particulièrement de celles du quinzième siècle.