II. EXPORTATION
Pour la France. . . .
Reste du continent.. .
Hors d’Europe
Voyez la note de la page 164 sur la puissance des mines aurifères el argentifères de l’Amérique.
VI. — DE L’EXTRÊME ABONDANCE ET DE L’EXTRÊME DISETTE DES MÉTAUX PRÉCIEUX'.
(Traité d'économie politique ; Aliuéa 428.)
On a des raisons de croire que l’immense fécondité des mines d’Amérique a versé dans le monde, jusqu’au commencement de ce siècle, douze fois autant de métaux précieux qu’il y en avait auparavant. 11 semblerait donc que les prix auraient dû être douze fois plus considérables ; mais on estime que les choses qui doivent avoir le moins varié de valeur coûtent environ six fois autant seulement (J. -B; Say). L’explication de ce fait se trouve dans les développements de l’industrie, dans l’accroissement de la population, el enfin dans l’exportation tles métaux précieux en Asie*. En effet, le passage des Indes par le cap de Bonne-Espérance ayant ouvert une communication avec un pays où les métaux précieux étaient plus
* Note comprise dans la I ™ édition de Notes et petits traités. — Développement d'un passage du cliap. ii de la deusième édition des Eléments, maintenant le Traité.
* F. l’article précédent.
VALEOR, MOSNAIE, MÉTAÜX PRÉCIEIJX, NÜWÉRAIRE, 165
rares qu’en Europe, le commerce trouva plus avantageux de faire des envois en argent en échange des marchandises. Mais ce flux régulier d’Occident en Orient, qui reprend de nos jours, s’est quelquefois arrêté, et on l’a même observé en sens inverse.
Des révolutions contraires à celle qui suivit les premiers temps de la découverte de l’Amérique ont aussi été observées par suite de la diminution dans la production des métaux précieux. Quand, par exemple, la guerre civile, en suspendant au Pérou et au Mexique les travaux des mines, réduisit l’extraction au tiers de ce quelle était auparavant, l’Europe y sup pléa par les signes représentatifs de tout genre, qui ont pour but de remplacer ou de compléter le service de la monnaie.
On a quelquefois paru redouter que les bouleversements politiques des républiques de l’Amérique du Sud n’anéantissent tôt ou tard l’approvisionuemeut des métaux précieux.
Sans combattre cette crainte de peu de valeur (car les États possesseurs des mines ou dépôts métalliques seront toujours vivement intéressés à exploiter leurs richesses naturelles) , admettons la possibilité d’une production arrêtée. Qu’arriverait-t-il? On consommerait moins d’or et d’argent pour les objets de luxe; d'un autre côté, la déperdition des monnaies existantes serait très-lente, parce que chacun est intéressé à la conservation des métaux précieux, et parce qu’on pourrait les garder en dépôt et se servir pour les représenter des signes en papier. 11 en résulterait seulement une augmentation de valeur dans une faible progression. Mais celte crainte est de plus en plus hypothétique, surtout depuis la découverte des placers de la Californie et des diggings de l’Australie, qui fournissent de l’or en grande abondance.
D’après ce qui se passe et les progrès de la fabrication qui permettent d’attaquer les minerais de quartz jadis improductifs, il est permis de supposer que les métaux précieux ne sont pas près de nous manquer. D’ailleurs, il n’est pas impossible que les montagnes du Thibet, d’où l’on exporte de la poudre d’or et d’autres minerais, que les mines du Japon ne soient
pas quelque jour aussi productives que les Cordillères , la Californie et l’Australie. Qui sait ce que nous réserve l’Afrique? Qui nous dit que l’application des nouveaux procédés scientifiques à l’exploitation de l’argent ne produira pas en Amérique une révolution analogue à celle que produisit, il y a trois siècles et demi, la découverte de l’Amérique elle-même, et que semblent devoir produire les exploitations aurifères de la Californie et de l’Australie ?
Il y aurait moins lieu à se préoccuper d’une disette future des métaux précieux que d’une trop grande production *. Et si cette production excessive arrivait, si, par suite de mines nouvelles et de procédés d’extraction nouveaux et économiques, l’or et l’argent devenaient communs au point de n'avoir plus qu’une petite valeur sous un gros volume, la situation deviendrait embarrassante.
On referait peut-être de la monnaie avec du platine ou avec d’autres métaux que nous connaissons encore fort peu, tels que le palladium, le titane, etc., ou enfin avec des produits que nous ne connaissons pas, ou bien on y suppléerait par l'emploi de signes représentatifs perfectionnés. Toujours est-il que la découverte de la pierre plülosophale jetterait une très-
* Dans le courant de 1859 on apprit en Europe qu’on avait découverten Californie une mine d’argent de plus de 10 mètres de puissance sur une longueur de 60 kilomètres. Peu de temps après, on recevait en Angleterre plusieurs tonnes de minerais très-riches. Un ingénieur des mines, M.Laur, reçut la mission d’aller reconnaître l’importance des nouveaux gisements, qu’il remplit dans le courant de 1860-61. Dans son rapport, M. Laur fait la description des gisements aurifères de la Californie, des liions argentifères du pays de Wasliæ et du territoire des Indiens Pah-Utab, ainsi que des exploitations de cinabre (sulfure de mercure) dans les montagnes de la cô:e. Ses conclusions sont que ces mines offrent un champ d’exploitation sans limites;— i\ue des moyens de travail extrêmement puissants et mécaniques permettent d’e.vploiter avantageusement les alluvions les plus pauvres; — que les gisements de mercure assurent l’avenir des mines d'argent des Cçrdilières et des Andes; — d’où, avec la tranquillité des républiques américaines, la possibilité d’une production nouvelle et extraordinaire des métaux précieux, avec ses conséquences économiques! . . . (V. De ta production des métaux précieux en Californie, par M. Laur, broch. in-8°, 1862, Dunod et Guillaumin; — et Baisse probable de l’or, par M. Michel Chevalier, in-8», Capelle.
VALEUR, MONNAIE, MÉTADV Pl ÉCIEUX, KEUÉRAIRE. 165
grande perturbation dans les relations commerciales du monde.
Il faut observer que, dans l’hypolbèse d'une production qui avilirait le prix des métaux précieux, et diminuerait la valeur des pièces d’or ou d’argent au point d’en rendre l’usage Irès-incommode, le jeu des banques et la circulation de leur papier viendraient compenser, jusqu’à un certainpoint, les effets de l’abondance métallique, à la condition toutefois que la dépréciation n’irait pas jusqu’à enlever à l’or et à l'argent la faculté de servir comme lingots d’une valeur encore supérieure.
La progression dans la production des métaux amène la diminution de leur stabilité dans la valeur des monnaies, c’està-dire de leur qualité par excellence. L’extrême abondance produirait la disparition de l’utilité des métaux précieux comme bijoux et ornements, et aussi de la qualité d’avoir une grande valeur sous un petit volume. Le jour où le bas prix de l'or permettrait de dorer les grilles des jardins ou d’en faire de la batterie de cuisine, son usage pour la parure aurait disparu; ensuite, comme il faudrait un âne pour porter une petite valeur, son usage pour la monnaie aurait aussi disparu.
Donc, bien que l’or et l’argent pussent être avantageusement employés à une foule d’usages dont la cherté les éloigne aujoui’d'hui, il est à désirer que leur production continue à être relativement bornée , afin qu’ils rendent toujours les mêmes services dans la circulation.
En résumé, l’idéal, pour un métal monétaire, c’est qu’il s’en produise le moins possible ; c’est, du moins, que la production soit régulière et lente et ne dépasse pas les besoins nouveaux provenant de l’augmentation de la population, et auxquels satisferont de plus en plus les signes représentatifs.
Si cependant il était donné aux hommes de découvrir des amas d’or et d’argent, c'est que celte abondance serait dans la nature des choses et finirait probablement par tourner à bien dans l’intérêt de l'humanité. S’il peut y avoir trop d’or ou trop d’argent au point de vue monétaire, il ne peut y en avoir trop au point de vuedesautres usages. Cela est vrai detoutcequi est utile.
BOTES Et PETITS TRAItIs.