‹ Notes et petits traites contenant elements de statistique et opuscules divers faisant suite aux traites d'economie politique et de financesChapitre 41 sur 205 · CORPORATIONS, OFFICES. - RÉGLEMENTATION · texte numérisé non relu

CORPORATIONS, OFFICES. - RÉGLEMENTATION

1. Dialogue de la Concurrence ; Réponse à vingt questions de M. JoLarl. — II. Sur la Réglementation moderne et les Corporations-oflices. — III. Sur les exceptions à la Liberté du travail. — IV. Suite de questions relatives à la Réglementation et à l’Intervention de l’État et à ses attributions.

1. — DIALOGUE SUR LA CONCURRENCE», or RÉPONSES A VINGT QUESTIONS DE M. JOBARD.

(V. le chapitre sur la lihcrté du travail dans le Traité d’économie politique.)

Eu publiant dans le Journal des Économistes * un aiTicle de feu M. Jobard, directeur du Musée de l’industrie belge, savant technologue et publiciste spirituel, défendant son idée du vwnautopole (il appelle ainsi le droit de propriété perpétuelle des brevets d’invention , en réponse à un article de M. F. Passy sur les objections que soulève cette théorie, nous avions fait quelques observations sur ces attaques à la libre concurrence, au faire et laissez passer des économistes qu'il a sou-

vent combattu en le travestissant en ceci : Laissez faire tout à tous ou libre déprédation ou libre parcours.

Au sujet de ces observations, M. Jobard nous adressait vingt questions sur la concurrence qui résument une série

» 3'' é(Jit.; la i™ dans le J. des économistes, n” de fév. 1855; la 2'^ diiiis la 1™ édit, de üoles et petits traités, 1858.

* Tome IV, p. 448, 2' série.

® M. Jobard a publié plusieurs écrits pour exposer et défendre sa llicse. V. principalement: Orgatium de la propriété intellectuelle, Paris, Malbiau; Bruxelles, Decq, in-8, 1851.

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d’objections faites à ce grand principe économique; nous les reproduisons avec nos réponses.

Première question. — « La libre concurrence n'est-elle pas le droit laissé à chacun d’entrer en lutte avec tous, en fait de production industrielle et de débit commercial, sans tenir compte de la position et de la qualité des jouteurs, ni du plus plus ou moins d’égalité dans les armes? »

Réponse. — La libre concurrence est bien le droit pour chacun d’entrer en lutte avec tous, en fait de production industrielle et de débit commercial.

Klle ne tient pas compte de la position ou de la qualité des jouteurs, du plus ou moins d’égalité dans les facultés et les instruments de travail ; mais le mot armes est ici fort impropre.

heuxième question. — o Les concurrents à pied, à cheval, en voiture, étant admis à courir pêle-mêle vers le même but, qui est la fortune, la libre concurrence refu5era*t‘elle le prix de la course à celui qui ne l’aura gagné qu’en écrasant les piétons sous les roues de son char, sous les pieds de son cheval, ou à l'aide de crocs-en-jambe de mauvais aloi? »

Réponse. — Tous les concurrents sont admis à poursuivre le même but.

La libre concurrence n’exclut pas la garantie de la sécurité et de l’exercice de la justice paf l’autorité supérieure. Au con^ traire, elle ne s’exerce réellement que sous cette garantie.

Or, les gendarmes ont précisément pour mission d’observer non-seulement les crocs-en-jambe de Inauvais aloi, mais toute espèce de crocs-en-jambe, que les magistrats ont aussi mis^ sion de punir.

Il en est de même pour récrasemcnl des piétons quand il n’y a pas de la faute de ces derniers.

Liberté du thavail, cohPORATioNs, offices, etc. l8o

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Troisième question. — « N’est-il pas vraisemblable que les coureurs les mieux montés sont d’autant plus amateurs de la course pêle-mêle, qu’ils ont plus de chance d’arriver les premiers? »

Réponse. — C’est très-vraisemblable.

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Quatrième question. — a La libre concurrence est-elle autre chose en réalité que la loi du plus fort, s’il s’agit de bataille ; le droit du plus riche, s’il s’agit d’entreprise industrielle; le droit du mieux monté, s’il s’agit de course au clocher?*»

Répo.nse. — Laissons la bataille de côté. Se battre et pror duire sont deux choses différentes, opposées et incompa^ râbles.

S’il s’agit de course au clocher, le mieux monté n’a pas plus de droit pour arriver le premier que le plus mal monté ; mais il a plus de pouvoir pour arriver. Toutefois, le mal monté peut arriver avant lui, s’il sait mieux monter et mieux conduire son cheval. — Que si son habileté ne compense pas l’infériorité de la monture, nous ne voyons pas de quel droit il prétendrait arriver avant le mieux monté.

De même, s’il s’agit d’entreprise industrielle, il ne suffit pas d’être plus riche; quelquefois môme il est nuisible qu’on soit trop riche. Si l’entreprise x a besoin d’un capital y, ce qui dépasse y est une charge inutile. Mais le capital n’est pas le seul instrument de production; il faut encore à l’entrepreneur les facultés nécessaires ; or, la libre concurrence permet le jeu de ces facultés ; elle aide l’entrepreneur pauvre à se procurer par emprunt, commandite ou association, le capital dont il a besoin ; elle l’aide à le bien employer, et ce, de telle sorte, qu’un travailleur sans fortune, mais intelligent, peut arriver à produire mieux et à meilleur marché que le travailleur enrichi par héritage Ou autrement.

Cinquième question. — «La libre concurrence n’a-t-elle' pas été la première charte de l’humanité, qui jouissait du droit de passer partout et de saccager tout sur son passage ? »

Réponse. — La libre concurrence, plus ou moins entravée par les obstacles matériels, les préjugés ou les institutions, est aussi ancienne que la société ; elle durera autant qu’elle. Elle tend à devenir de plus en plus normale et à fonctionner comme un principe d’activité sociale, d'ordre et d'organisation, comme régulateur juste et équitable (le seul même possible) du prix des produits et des services. v

Mais elle n’a aucun rapport avec le droit de passer partout et de tout saccager. C’est ici la racine de votre sophisme. Concourir ne veut pas dire marcher sur son voisin-, ou dans ses souliers, sur son dos, son cheval ou sa terre.

Sixième question. — « L’établissement des fossés et des clôtures n’a-t-il pas été une infraction notable au droit du libre parcours, et cette infraction, en se généralisant, ne fut elle pas la cause première des progrès de la civilisation? »

Réponse. — C’est ici, je le répète, que vous êtes dupe de votre sophisme ; vous voilà argumentant sur la libre concurrence comme si c’était la môme chose que le libre parcours.

L’établissement des clôtures a été une infraction au droit de libre parcours et non à la libre concurrence. L’établissement des clôtures, c’est le principe de propriété formulé, traduit en fait, principe inapplicable avec le libre parcours et sans la libre concurrence.

C’est bien la garantie de la propriété qui a été la cause première des progrès de la civilisation.

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