LIBERTÉ DU TRAVAIL, CORPORATIONS, OFFICES, ETC
Un de ces préjugés consiste pour le public à croire que le gouvernement peut influer sur la hausse ou la baisse des vivres, et à le rendre responsable de la disette et de la cherté.
Les gouvernements ont alimenté ce préjugé, en attribuant ou en laissant attribuer l'abondance à leur habileté, en ne faisant point enseigner les notions élémentaires d’économie sociale ; en laissant taxer le pain par l’administration ; en le faisant taxer, en temps de disette, au-dessous de son prix naturel.
11 y aurait, disions-nous dans la présente édition, tout à gagner pour les producteurs et les consommateurs, si l’on remettait ces deux professions sous le régime libre. *
Instruit par l’expérience, qui a sanctionné les prévisions des économistes, le gouvernement français a rends ces deux professions sous le régime de la liberté.
Le privilège de la corporation des bouchers profilant surtout aux gros bouchers, àxischevillards'^, assez vivement attaquée par les éleveurs de bestiaux parlant au nom de l’agricul- ture *, avait été diminué avant la révolution de 1848 par les facilités accordées à l’importation des viandes sur les marchés des villes, ainsi que par la vente à la criée sur ces marchés, et la Législative avait été saisie d’un projet de loi pour sa suppression. Mais, sousla pression de l’opinion publique, le monopole avait été renforcé, quelques années après, par la réglemenlalioii des prix, quiaélé pratiquée de 1855 à novembre 1858, époque où la liberté de la boucherie a été proclamée par un décretimpérial. Lataxeavailnécessité une classification artificielle des viandes en catégories par parties de l’animal; d’où il résultait que les bouchers n’avaient plus intérêt à acheter de belles bêtes, que les producteurs n’avaient plus intérêt à les élever; qu’il fallait abattre un plus grand nombre d’animaux
* Achetant en gros sur les marchés pour revendre aux bouchei’s, et marquant anciennement sur une cheville en bois.
^ Voir dans le Ciel, d'écon. polit, l’arlicle boucherie, par M. Biaise, des Vosges.
KOTES ET PETITS TRAITÉS
et que les existences allaient diminuant et amenant forcément une cherté progressive pour des qualités de viande inférieure.
Le monopole de la boulangerie qui a été supprimé de la même manière en 1865‘, avait toujours existé concurremment avec la taxe sympathique aux masses et en vue de la sécurité publique.
Il y a cela de remarquable que la taxe , qui a recommencé le système de la réglementation, a été autorisée en France par la loi des 19-22 juillet 1791, un mois après celle qui proclamait la liberté la plus entière des transactions. L’article 50 de cette loi dit : « La taxe des subsistances ne pourra provisoire* ment avoir lieu dans aucune ville ou commune que sur le pain et la viande de boucherie , sans qu'il soit permis en aucun cas de l'étendre sur le vin, le blé, les autres grains, ni autres espèces de denrées, et ce, sous peine de destitution des officiers municipaux. » La taxe prou/soirc du pain a duré jusqu’au milieu de 1865*!
Le monopole et la taxe avaient entraîné une série d’entraves et une surveillance gênante pour l’autorité chargée de constater les approvisionnements exigés en farines, l’emploi de ces farines et les rendements du sac de farine en pain, les qualités du pain, etc.; d’autre part, la taxe était souvent calculée d’après des moyennes des mercuriales des marchés établis sur des données inexactes par suite de divers subterfuges des marchands et des facteurs aux halles. Enfin, les boulangers se trouvaient conduits à mal cuire les pains taxés, ou à y introduire le plus d’eau possible 42 0/0 et à vendre les pains non taxés avec des déficits considérables sur les poids. Somme toute, l’industrie a été abandonnée par l’intelligence et le capital, et est restée dans une routine préjudiciable au consommateur.
La liberté de la boulangerie, pour être réelle, nécessite la
* V. Notre article boulaboerie, dans le Dicf. d'écon. polit.
* Après une enquête faite en France et l'étranger sous la direction de M. Leplay, conseiller d’État.
^ Voir le et le Pain, in-18, par M. Barrai. 180.".