MBERTÉ DU TRAVAIL, CORPORATIONS, OFFICES, ETC
uns de porter préjudice aux droits des autres; mais, avant de les établir, l’autorité doit examiner si la liberté d’action suivie d’une intelligente- répression, en cas de nuisance, ne suffirait pas. Si elle suffit, elle est préférable; car elle laisse au principe de concurrence foute son action, tandis que le système de prévention entraîne vers l’excès des prescriptions.
L’esprit réglementaire se manifeste à tout propos au sujet des substances alimentaires.
Mais s’agit-il du poids et de la mesure, on ne peut vouloir qu’il y ait un agent de l’autorité chez tous les marchands pour surveiller les transactions ; la seule chose désirable, c’est que la justesse des poids et mesures soit contrôlée de temps en temps par les moyens les moins gênants pour les vendeurs.
S’agit-il de la qualité, l’expérience démontre qu’ici encore le consommateur, agissant directement pour ses intérêts, fait la police la plus intelligente possible des fraudes et des ruses du producteur ou du marchand, et qu’il est beaucoup moins facile à tromper que l’autorité forcée d’agir par des intermédiaires qui n’ont pas d’intérêt direct, et chez lesquels les petits calculs de vanité ou d’inlérêt privé penvent l’emporter sur l’intérêt public qu’ils ont à défendre.
A tout prendre, le pain, la viande, les boissons, les légumes, les fruits sont plus faciles à apprécier que la plupart des autres produits; et si la réglementation était nécessaire pour les subsistances, elle le serait pour toutes choses. Si l’homme et la femme ne sont pas capables de choisir eux-mêmes leur nourriture, de quoi seront-ils donc capables? On leur laisse leur libre arbitre pour se marier, pour acheter ou vendre les services personnels, diriger leurs familles, leurs biens ; on en fait des témoins, des jurés, des électeurs, et on ne voudrait pas leur laisser leur libre arbitre comme acheteurs de leur consommation quotidienne !
Leur intérêt, nous le répétons, est un contrôleur bien supérieur à tous ceux qu’on pourrait leur donner. La libre concurrence entre les fournisseurs est la meilleure protection que l’autorité publique puisse leur garantir.
La réglementation, pour être complète et efficace, nécessiterait la création d’un grand nombre de corps d’experts vérificateurs, qui ne tarderaient pas à se donner des airs d’importance vaniteuse, qui tracasseraient le producteur sans éclairer le consommateur aussi expert qu’eux, qui seraient exposés à la tentation de la vénalité, et qui, en tout cas, vivraient naturellement aux dépens du public. On recommencerait l’expérience des contrôleurs aux empilements de bois, des contrôleurs essayeurs de beurre salé, des contrôleurs essayeurs de beurre frais, etc. ‘.
L’esprit réglementaire s’est aussi manifesté et se manifeste quand il s’agit du commerce et des transactions sur les substances alimentaires. Les populations et les gouvernements se sont bien souvent ngités pour prévenir les accaparements, * encourager les importations, prohiber les exportations, faciliter les approvisionnements, maintenir des greniers d’abondance, opérer des achats par l’administration, forcer les boulangers à avoir des réserves. Toutes les mesures préventives ou restrictives; toutes les défenses, entraves ou violences, toutes tes dépenses ont été inutiles ou nuisibles et n’ont servi qu’à décourager le commerce et la culture, à empêcher la circulation des grains, à accroître la panique, à augmenter les prix. La théorie et l’expérience sont d'accord pour proclamer qu’il n’y a qu’une seule manière de faciliter les approvisionnements, l’arrivage des grains et des autres substances alimentaires, c’est le maintien de l’ordre public, la sécurité et liberté des transactions, la suppression de toutes entraves administratives, de tous règlements, de toute prohibition, la cessation de toute opération commerciale par l’administration*.
En résumé : — il n’y a pas d’exceptions rationnelles à faire à la liberté du travail au point de vue économique; — il yen a infi-
•* Charges crééessous Louis XIV. V. Siècle de iMiis A’/r,cliap. xxx.parVoltaire.
* Voir plu.s loin les noies sur l’acciiparemi nl et rapprovisinmiement.
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