CHANGE — AGIOTAGE
I. Notice économique et iiislorique sur le Coinniei’ce. — II. L’approvisionnement. — III. L’accaparement. — IV. Le commerce du Change. — V. Les opérations de Bourse et l’.Vgiolage.
l. .NOTICE ÉCONOMIQUE ET HISTORIQUE SUR LE COMMERCE'
I. Rôle du commerce dans la production et l’économie des nations. — II. Préjugés contre le commerce. — III. La politique commerciale ; Balance du commerce, Traités de commerce, Liberté du commerce. — IV. Histoire du commerce; Compagnies du commerce. — V. Statistique commerciale; tableaux des importations et des exportations, — VI. Enseignement commercial.
{Tidilé d" Economie pnliiiqtu, ilinp. rcKilifsù la ProJuction, ùla Divisoti du travail, à la Liberté du cmiiincrcc, au Système mercantile, au système protecteur.)
§ I. Râle da conimeree dan* la production et l’économie de* nation*.
.... H faut ranger dans V industrie commerciale, ou commerce tous les travaux qui ont pour objet de revendre ce qu’on achète, sans faire subir aux produits d’autre Iransforination matérielle que la division par parties et le transport, afin que le consoinmateur puisse se procurer la quantité dont il a besoin et dans le lieu où il lui est commode de la trouver. On fait donc le commerce tout aussi bien dans de vastes comptoirs que dans les plus petites boutiques, et l’on peut dire, à la rigueur, quiî les hommes qui crient de l’eau dans les mes font le commerce. Ainsi définie, l’action de commercer, c’est-à-dire de faire des échanges de marchandises {cum, avec; 7nerce, marchandise) et de valeurs, a plus d’analogie
* ‘2* édit. — Publié d'abord dans \ Encyclopédie du XIX' siècle, Ibiti.
NOTES ET PETITS THAITÉS
qu’on ne pense avec les deux autres industries. Et d’abord, nous devons dire qu’il est maintenant bien démontré que l’industrie commerciale est tout aussi productive que les deux autres, et qu’elle doit, par conséquent, avoir dans l’esprit de tous, la même importance que les autres. Qu’est-ce, en effet, que la production, à ne considérer que la création des produits matériels? Elle se réduit à prendre la matière que l’homme est impuissant à créer, et à séparer, transporter, combiner, transformer les éléments dont elle se compose. Les matières sur lesquelles s’exerce cette action prennent le nom de matières ■premières; de sorte que, en définitive, produire c’est transformer l’état des matières premières, ce qui leur donne une nouvelle valeur et qui crée une nouvelle richesse.
Or suivons les travaux de l’homme, exerçant son industrie, et constatons l’analogie qui existe entre ces divers travaux. Que fait le cultivateur dans la plaine ? Il met des semences et des engrais dans le champ, et il obtient, à la suite de certaines opérations que l’expérience lui a enseignées, le résultat de la combinaison de la semence, des engrais et des principes contenus dans laterre et dans l’atmosphère, c’est-à-dire des végétaux, du fourrage, par exemple. A l’aide d’un autre instrument, un mouton, ce môme cultivateur modifie les particules qui constituent son herbe, et en fait des engrais et de la laine. Suivons maintenant la destinée de cette laine devenue à son tourmatière première; nous apercevons une série de manufacturiers qui la lavent, la dégraissent, la cardent, la peignent, la filent, la teignent, la tissent, la foulent et l’apprêtent pour en faire une étoffe, nouvelle matière première pour les fabricants de meubles ou de vêtements. Mais, dans toutes ces opérations, nous rencontrons la troisième classe des industriels, les commerçants, qui prennent la laine en suint, lavée ou peignée, les fils écrus ou teints, tissus ou apprêtés, les choisissent, les classent, les transportent, les divisent pour les mettre à la portée des consommateurs; modifiant ainsi leur forme, leur convenance, leur valeur, et créant, par l’action de leur indu-
CÜMMtnCK, CHAKüE, AGIOTAGE.
slrio, une nouvelle richesse que les consonnnaleurs consenlenl à échanger contre des valeurs coiTespondanles. Entre le travail du cultivateur combinant des semences, des engrais et les sucs terreux dans un champ pour avoir du grain, et le teinturier faisant réagir dans sa cuve les éléments de l’eau, de l’alun et de l’indigo, l’analogie est parfaite; tous deu.\, par des procédés différents, modifient la matière première, changent sa valeur en augmentant son utililé. Mais le filateur ne change t-il pas l’utilité, la valeur de la laine, et ne produilil pas aussi bien que l'éleveur fabricant de laine en suint? mais le négociant qui prend les filés au sortir de l’usine et les met à portée du tisseur n’accroit-t-il pas aussi l’utilité, la valeur de ces filés?.... Désormais, c’est une vérité acquise à la science, que l’industrie commerciale est aussi productive de valeur et de richesse que. les deux autres. Les progrès des sciences naturelles et de l’analyse économique ont renversé les fausses théories qui faisaient attribuer une produclivité exclusive par les uns au commerce extérieur, par les autres aux manufactures, par les économistes du dix-huitième siècle ou physiocrales à l'agriculture.
L’analogie, l’identité meme des trois grandes branches do l'industrie humaine est telle, en ce qui touche la production de la richesse, la création d’utilité et de valeur, qu’il faut, quand on veut les distinguer, porter son atléntion sur l’ensemble des détails des opérations propres à chacune de ces branches, qui, alors seulement, apparaissent avec un caractère propre et distinct. 11 serait fort difficile de déterminer le point de séparation entre les travaux agricoles et les travaux manufacturiers ; il serait encore plus difficile de concevoir ces deux ordres de travaux sans l’intervention constante du travail commercial. Les producteurs à l’aide du champ et des troupeaux, ainsi que les producteurs à l’aide de l’alelier ou de l’usine, vendent, achètent sans cesse; ils spéculent, ils commercent. Il est rare aussi que les cojnmerçants eux-mêmes ne fassent pas subir aux produits qui font l’objet de leur commerce une manutention qui rattache leur industrie aux deux
NOTKs ET PETITS TRAITES.
autres. C’est là même un caractère distinctif du commerce que de pénétrer, si l’on peut ainsi dire, dans les ramifications de toutes les autres branches de l’industrie humaine. A tout prendre, les occupations de la société tout entière ne sont qu’une série continuelle d’échanges, et tous les hommes sont commerçants, même ceux qui travaillent et produisent dans les beaux-arts, les sciences et toutes les professions libérales ou soi-disant telles. C'est encore une vérité acquise à la science que l’analogie économique des produits immatériels du médecin, du poète, du savant, du prêtre, de l’administra leur, etc., avec ceux des industries agissant directement sur les choses. Cette analogie peut bien effaroucher encore l’esprit de ceux qui n’y ont pas réfléclii ; mais elle a été mise hors de doute, surtout par les travaux de J.-B. Say, et par ceux de M.M. Rossi et Dunoyer.
En analysant avec plus de soin que ses devanciers l’action de l’industrie commerciale, ce dernier économiste a été conduit à séparer ce qu’on appelle le commerce en deux parties distinctes ; il a donné un nom particulier à l’art de déplacer les choses, et il a réservé le nom de commerce à la fonction des échanges, qui est réellement commune à toutes les industries qu’il propose de classer en industrie agricole ou agriculture, on industrie manufacturière, en industrie voiturière ou voiturage, et en industrie extractive, en comprenant dans cette dernière la production de richesse par la pêche, l’exploitation des forêts, des mines, etc., dont les travaux sont généralement rangés dans l’industrie agricole.
En ce qui touche le commerce, il y a évidemment encore une distinction à faife : il est clair qu’àgriculteurs, manufatturiers, artistes ou savants, nous faisons tous l’échange de nos produits, de notre industrie, de notre travail avec les produits dont nous avons besoin; il est clair que nous sommes fous un peu commerçants et que nous avons tous besoin de nous procurer l’instruction nécessaire pour pratiquer convenablement cet art universel. Il faut encore admettre comme rationnelle la séparation des transports que M. Dunoyer ap-
COMMEHCK, CIIAMGE, AniOTAGE.
peüele voiturage ou l’industrie voilurière, qui prend de nos jours, à l’aide des bateaux à vapeur et des chemins de fer, une si grande importance. Mais, si l’on réserve aux échanges en général le nom de commerce {cum merce) , comment appellerat-on cet ensemble de tr-avaux qui sortent de la ligne des échanges entre le producteur et le premier acheteur, et qui comprennent tous les achats et ventes, toutes les spéculations intermédiaires pour lesquelles le négociant, petit ou grand, fait des réserves, combine, spécule, en vue de saisir les bonnes occasions de se procurer les produits ou de s’en défaire, de choisir le temps et le lieu, et de suivre avec le plus de profit la manife.station de la loi économique de l’offre et de la demande, loi si variable, qu’il fait, pour ainsi dire, de son observation l’occupation de toute sa vie? En y regardant de prés, il est facile de voir que l’armateur et les autres négociants en gros, s’ils SC préoccupent beaucoup du transport des produits, font de nombreux travaux qui ne peuvent être compris sous le nom restreint de voiturage, bien plus propre, ce nous semble, à désigner l’industrie spéciale du roulage, des diligences et des messagers de toute sorte. Les négociants moyens, et même les commerçants en détail, s’ils font des échanges aussi restreints que tous les producteurs, les font néanmoins plus nombreux. L’échange est pour eux une opération habituelle, et elle ne tarde pas à devenir moins directe et plus complexe. 11 est donc bien évident que cette masse de travaux, dont l’une des branches principales est le transpoi t, ne peut pas cependant se contenter du nom d’industiie voitu- , rière ; elle nous semblerait préférer celui de commerce, si ce mot n’avail pas reçu un sens trop général comprenant nonseulement le commerce proprement dit et le voiturage, mais encore l’ensemble des échanges que tous les hommes font entre eux.
Nous sommes entré dans ces détails, non pour nous liu er à une pure discussion de terminologie, mais pour bien préciser les nuances de toutes les acceptions que le mot de commerce comporte et parce que c’est à la définition elle-même que se
“220 .NOTES ET l»ETITS TtAlTÉS.
ratlaclient quelques questions importantes. Nous venons de rappeler les inlcrprétations des économistes ; disons maintenant que le public, dont la langue domine souvent celle des savants, donne au mot commerce les trois significations que nous avons énumérées. Il entend, en effet, par ce mot nonseulement l industrie voituriére (qu’il classerait volontiers, à part cependant), non-seulemeut l'industrie de ceux qui font des échanges et de l'art d’acheter et vendre leur profession hahituellc (profession que l’on a quelquefois voulu désigner par le mol spécial de négoce), mais encore l’industrie de ceux qui produisent agricolement, manufaclurièrement ou de toute autre manière, et échangent leurs produits contre d’autres produits et de la monnaie , prenant ainsi la partie pour le tout et confondant une des branches de la profession avec la profession tout entière. Pour beaucoup de personnes, c'est embrasser la c.arrière du commerce en général que de prendre une carrière qui se rattache à une exploitation quelconque.
11 est inutile de recourir aux dictionnaires : ils définissent le commerce et le négoce « l’échange des marchandises ou d’argent en gros ou en détail. » Or il est évident que l’industrie commerciale fait entrer dans son action toutes les autres valeurs. Une autre observation à faire, ce nous semble, c’est que le mot commerçant, tout en ayant un sens général, est souvent remplacé par celui de négociant, qui n’est pas tout à fait synonyme et qui désigne un entrepreneur d’affaires plus considérables. Mais le code de commerce lui-méme s’est tenu dans un vague sujet à bien des contestations en disant : « Sont commerçants ceux qui font des actes de commerce et en font leur profession habituelle. »
Il y a donc un départ à faire dans l’ensemble de toutes cos acceptions : à réserver le nom d'échange à l’opération générale d’acheter et de vendre commune à tous les hommes, — celui de commerce ou industrie commerciale aux diverees professions consistant à acheter pour revendre, — celui de voiturage ou industrie voituriére à l’ensemble des branches du transport.
COMMERCE, CHANGE, AGIOTAGE
§ 11. Pi'éjucéi» contre le eonimeree.
Le travail, en général, était regardé comme chose vile dans l’antiquité; mais le commerce inspirait principalement du mépris, surtout chez les Romains; aussi était-il laissé presque exclusivement à certaines classes, reléguées, par ce seul fait, au dernier rang de la hiérarchie sociale. Montesquieu cite une loi romaine qui assimile les marchandes publiques aux femmes de mauvaise vie! Beaucoup de ces idées sont encore répandues dans la société. Cela tient à plusieurs causes: d’abord nous recevons, en général, une instruction exclusivement littéraire qui nous familiarise de bonne heure avec les idées et les mœurs de la civilisation grecque et romaine ; ces premières impressions se mêlent ensuite avec les préjugés nobiliaires et militaires du moyen âge, qui ont laissé plus de vestiges qu’on ne croit dans nos mœurs et qui maintiennent encore une certaine interdiction contre les travaux de la paix et les occupations industrielles; enfin, les premiers économistes, les physiocrales, n'ayant pas sainement apprécié la productivité de l’industrie manufacturière et de l’industrie commerciale, ont jeté, dans le domaine de la philosophie, des notions vagues sur ce qu’ils appelaient la stérilité du commerce et de l’industrie. Cette stérilité n’était point, il est vrai, à leurs yeux synonyme à' inutilité; mais elle les conduisit à des conséquences subtiles qui ont fortifié l’erreur populaire. Il n’est pas encore clair pour tout le monde que commercer ne soit pas déroger. Il en résulte que les capitaux et l’intelligence ou la renommée, qui sont aussi des capitaux, refusent souvent leur concours à des opérations qui seraient non-seulement utiles, mais lucratives pour le pays; et que plusieurs fils de négociants, rougissant presque du métier qui a enrichi et élevé leur père, se hâtent de le quitter et de tarir, pour eux et pour la société entière la source des profils que leur procurait leur industrie. Les Anglais n'obéissent point, depuis longtemps, au même préjugé ; aussi voit-on chez eux'un plus grand nombre
->OTES ET PETITS THAITÉS,
de maisons fortes et puissantes traverser les générations. — Une étude superficielle du rôle de l’industrie commerciale dans le mécanisme social a porté une école particulière, et notamment les disciples de Fourier‘, à considérer les commerçants comme des parasites qui prélèvent injustement une partie des profits sociaux. Ce chercheur bizarre et original a voulu faire ce qu’il appelle une économie de ressorts, en supprimant, dans un mode d’association de son invention et que ses disciples travaillent à faire pénétrer dans la pratique, la plupart des travaux de l’ordre commercial. Ce n’est pas ici le lieu de dire en quoi consiste cette combinaison excentrique, ni d’en faire la critique; c’est au point de départ que nous saisissons la théorie pour attaquer ses fondements. Les fouriéristes n’ont pas une notion exacte de la valeur; ils n’altribuent pas un sens net à la production et au rôle que les diverses industries y jouent; ils méconnaissent donc la productivité de l’industrie commerciale, moins avancés encore que les physiocrates, qui n’avaient pas fait une étude suffisante sur ce point. S’il se rencontre, dans le monde industriel, des professions que le progrès et le changement dans le travail font dépérir et disparaître, cela prouve que ces industries ont fait leur temps : la vie les abandonne comme ces plantes qui ont porté leurs fruits, et bientôt l’absence de profits en aura éloigné tous les travailleurs qui voulaient encore s’y livrer. Mais observez bien, vous verrez que ces intermédiaires se sont produits naturellement, qu’ils ont prospéré tant qu’ils ont été nécessaires, enfin qu’ils se rencontrent tout aussi bien dans l’industrie agricole que dans l’industrie manufacturière, que dans l’industrie commerciale. Qu’il faille faire rentrer dans le domaine public telle profession organisée en monopole, que le retour au droit commun, à la liberté d’échange, frappe de discrédit plusieurs professions aujourd’hui lucratives, c’est ce qu’on ne saurait méconnaître; mais rien n’autorise à con-
' Une (les écoles socialistes qui ont agi sur l'opinion publique de 1830 à 1848.
COmiERCE, CHANGE, AGIOTAGE.
sidérer l’ensemble des professions commerciales comme inutile. Celte conclusion était déjà bien loin de l’esprit des physiocrales, qui trouvaient pourtant le commerce stérile. L’école de Fouricr a donc reculé d’un pas, puisqu’elle trouve le commerce nuisible, et qu’elle conclut tout naturellement à la suppression de cette fonction sociale. — On se fait une grande illusion quand on adopte cette manière de voir, et l’on écarte volontairement de son esprit les lumières qu’Adam Smith a répandues sur la matière, en faisant cette belle analyse des avantages de la division du travail. Il faut aussi qu’on ignore ^ la manière dont s’opère la. circulai ion des valeurs et des richesses. Mais, sans faire appel à l’ensemble des c<»nnaissances recueillies par la science économique, voyons seulement ce qui se passe sous nos yeux , dans l’industrie de ceux qui veulent trop faire par eux-mêmes, s’approvisionnant directement de ce qu’ils consomment, pour gagner les profits des commerçants à qui ils s’adressent au fur et à mesure de leurs besoins. Nous les voyons victimes de leur inexpérience et faire chaque fois, à leurs dépens, l'apprentissage d’un métier qu’ilsne connaissent pas. Ils subissent des avaries, desrisques, des faux frais et des mécomptes de toute nature; enfin il tombe sous le sens que, en se livrant aux nombreuses préoccupations que donnent de pareils soins, on perd un temps qu’il eût cent fois mieux valu consacrer à la profession qui fait le but principal de nos efforts. En définitive, le bénéfice du commerçant se trouve réduit, par la concurrence, à n’être juste que le prix d’une façon particulière donnée aux produits pour les opérations de l’industrie commerciale. Or c’est un bon calcul que de ne pas courir après les bénéfices des autres, et de payer ce qu’ils font avec le produit de ce que nous .savons faire le mieux et le plus vite, et que nous n’obtenons à ces conditions que parce que la pratique de notre profession nous y donne plus desavoir et plus d’expérience.
Nous venons de constater que l’industrie commerciale est aussi productive de valeur et de richesse que les deux autres, et qu’elle joue dans l’économie nationale un rôle tout
aussi ulile. Quand ces vérités auront pénétré dans l’opinion publique, toute prévention contre le commerce sera détruite. Mais ce dernier progrès ne sera atteint que lorsqu'un enseignement mieux entendu donnera aux commerçants euxmêmes la notion bien nette de leur position sociale, en même temps qu’il les fortifiera dans la pratique de leur industrie. C’est une erreur généralement répandue, que les professions commerciales ne nécessitent aucune étude sérieuse; mais, quand on pénètre dans le mécanisme des diverses branches que cette industrie comporte, on demeure convaincu des services qu’un enseignement sagement approprié peut rendre à ceux qui le suivront et à la société tout entière. Mallieureusement, la question de l’enseignement professionnel est encore une question neuve en France et à peu près partout. (V. p. 237.)
g III. De In politique commerciale. — Balance du commerce. Traitéa de commerce. — Liborté du commerce.
Dés la plus haute antiquité, la préférence des acheteurs s’est portée sur les métaux les plus précieux qui ont, au plus haut degré, toutes les propriétés capables de les faire accepter le plus généralement à l’e:;clusion des autres marchandises. Partant de ce fait mal apprécié, les gouvernements ont mis leur soin à gêner la sortie du numéraire et à rechercher les moyens de l’attirer : de là tout un système de politique commerciale, désigné sous le nom de système mercantile {exclusif, restrictif, etc.), balance du commerce; mercantile, parce qu’il avait pour conséquence le développement des exportations à l’intérieur; de la balance du commerce, parce qu’il consistait à augmenter la différence des exportations sur les importations, ou, en d’autres termes, à faire pencher la balance en faveur du pays le plus habile. Dans le langage du temps, les importations étaient l’élément passif àa commerce extérieur; les exportations en étaient, au contraire, l’élément actif.
1/ Italie, qui, au temps de la renaissance, était sans contredit le pays le plus lettré, paraît avoir produit, dés le commen-
COHUERCF, CHARGE, AGIOTAGE. 225
cernent du dix-septième siècle, plusieurs traités où l’on établissait scientifiquement ou plutôt dogmatiquement ce système, qui était, nous le répétons, l’expression de l’opinion commune déjà fort ancienne, et qu’un grand nombre de personnes, à l’heure qu’il est, ne croient môme pas susceptible de contestation.
L’ignorance du rôle joué par la monnaie dans la circulation, et par l’industrie commerciale dans les rapports des peuples, avait enfanté ce système qui, dans sa naïve simplicité, conseillait à une nation de toujours vendre plus qu’elle n’achetait et d’accaparer le numéraire des autres. On croyait d'autre part à l’aphorisme- de Montaigne : « Le profit de l’un est le dommage de l’autre. » — Telles ont été les prémisses de ces fâcheuses conséquences auxquelles la diplomatie a été conduite.
Plus tard, le système protectionniste suivi en France par Colbert, exagéré et immobilisé parla politique de ses successeurs, vint encore ajouter à ces idées exclusives : on fit complètement abstraction de l’intérètdc la masse, de l’intérêt des consommateurs, et on repoussa, par la prohibition ou par des tarifs élevés, tous les produits étrangers qui pouvaient porter ombrage aux producteurs de l’intérieur ; on décora ce système du nom de protection du travail national. — Ce n’est pas ici le lieu de montrer combien cette théorie a été trompeuse, même pour les industries privilégiées, et surtout pour les travailleurs qu’elles occupent. Nous dirons seulement que l’administration s’est depuis trouvée tiraillée par les fabricants, qui avaient besoin de tirer leurs matières premières de l’étranger, et par les producteurs nationaux de substances analogues. Citons un exemple : le fer et la houille sont indispensables dans mille branches du travail qui en réclament la libre entrée en France pour jouir du bas prix auquel ces produits se vendent chez nos voisins; mais les maîtres de forges et les extracteurs de houille soutiennent la nécessité des droits élevés dans l’intérêt du travail national. Or, jusqu’à ce jour, il faut le dire, ce sont ces dernière qui ont su faire prévaloir leur opinion et leurs intérêts.
22fi
(Combien d’inimitiés entre les peuples ces théories ont fait surgir, combien de guerres elles ont provoquées, combien de richesses ellesont fait dépenser improductivement, combien de sang elles ont fait verser! Kn lisant l’histoire, on serait presque tenté de croire que la guerre a été l’état normal des sociétés ; et l'on voit assurément que l’intelligence des véritables intérêts commerciaux a été la cause de la moitié de ces luttes sanglantes qui ont usé en pure perte la vitalité des générations qui nous ont précédés. Cependant l’horizon de l’avenir s’est déjà coloré d’une teinte moins sombre, et tout annonce désormais une tendance progressive dans la consolidation de la paix du monde.
Toutefois, à l’heure qu’il est, la vieille doctrine domine universellement les rapports des peuples : partout on retrouve la tyrannie du travail national ; chaque pays continue à faire des efforts pour acheter le moins possible à ses voisins et pour ne pas payer de tribut à l'étranger ; presque tous les gouvernements augmentent ou maintiennent leurs tarifs pour se garer de Y inondation des produits étrangers^ et encouragent, par le fait, la fraude et la contrebande, qui tirent, pour ainsi dire, une certaine légitimité de ce système exclusif.
L’économie politique a combattu ces erreurs; elle a analysé le rôle de l'argent et de la monnaie dans ses rapports avec les besoins des nations et des particuliers ; elle a prouvé qu’il s’établissait, par la force des choses, entre les peuples, un partage de numéraire conforme à leurs besoins et au mouvement rationnel de la circulation ; enfin, que la maxime de Quesnay : « La balance en argent est chose futile, » était complètement vraie. La science a repris ensuite un à un tous les aphorismes du système mercantilo-prolecteur, rais en avant par quelques industries privilégiées, et elle en a fait complète justice; mais la science n’est que dans les livres, et ses adeptes n’ont point encore pu l’en foire sortir.
Nous avons longuement établi ailleurs ' que les tableaux des
* Éléments d’économie politique, p. 3t6. publié à partir de la 4' édition sous le titre de Traité.
CCMIllEBCB, CHANGE, AGIOTAGE.
exportations et des importations ne sont pas dressés avec assez d’exactitude pour qu’on puisse baser sur eux une appréciation bien exacte des soldes soi-disant favorables ou défavorables ; — qu’en admettant ces différences, c’est par exception qu’elles sont soldées en espèces ; — que, fussent-elles soldées en espèces, il n’y avait, en général, ni avantagé ni inconvénient pour une nation à recevoir ou à payer ces différences de cette manière.
Par suite des erreurs dont nous venons de parler et des luttes qu’ elles ont amenées, les nations ont été conduites à signer des traités de commerce^ comme elles ont signé des traités politiques. On attache encore beaucoup d’importance à de pareilles conventions;- mais cette faveur ne dépassera pas l’époque où l’opinion publique aura des notions saines sur la circulation des richesses et la véritable théorie du commerce, qui conduit à la liberté la plus absolue d’entrée et de sortie, que Gournay formulait si bien, en répondant à je ne sais quel ministre de Louis XV, possédé de la manie de réglementer : « Laissez faire, laissez passer. » — Mais, en attendant, les diplomates signent très-victorieusement des traités de paix, de commerce et de navigation, aux grands applaudissements de la masse, quand celle-ci croit qu’il a été fait moins de concessions à la nation avec laquelle on traite que cette nation n’en a fait elle-même. On entend par concessions la diminution des droits de douane, de navigation et autres entraves mises à la liberté du commerce. 11 en résulte qu’on se félicite d’avoir résolu ce problème absurde : vendre le plus possible et acheter le moins possible. C’est à ce point de vue erroné qu’ont été jugés, par les historiens, les divers traités de commerce dont le souvenir s’est conservé, et notamment les deux traités de commerce dont on parle le plus souvent dans les discussions économiques : le traité de 1786 entre la France et l'Angleterre, et le traité de Meihuen entre l’Angleterre et le Portugal (17Ü5). On a dit du premier qu’il avait ruiné la France, et du second qu’il avait ruiné le Portugal. Rien ne prouve qu’ils aient eu ce résultat : en achetant aux deux peuples, les Anglais
NOTES ET PETITS TIIAITÉS
ont payé en valeurs équivalentes; enleurvendant.ilsn’onl retiré d’eux que des valeurs également équivalentes, et toutes les considérations des politiques sur ces deux traités portent à faux.
Ce qui caractérisait les traités de commerce il y a cinquante ans, c’était leur tendance à faire pencher la balance, à exporter . sans importer, à attirer le numéraire, c’est-à-dire à poursuivre, une fiction ; ce qui caractérise les traités de commerce d’aujourd'hui, c’est, en outre, le but dcprotéger le travail national, c’est-à-dire de créer des privilèges au profit des uns, aux dépens des autres. Les négociateurs modernes poursuivent donc, en même temps qu’une utopie, un but nuisible *. Ces considérations pourraient. s’étendre sous notre plume, mais nous avons assez dit pour montrer la nécessité de vulgariser, par l’enseignement, de saines notions d’économie politique, seules capables de faire bien distinguer la politique commerciale de la politique proprement dite, et de proscrire, comme dangereux et insensé, l’usage des représailles douanières, quelles que soient les rel;ilions politiques des deux peuples.
Toutes les analyses de la science économique conduisent, avons-nous dit, à la liberté absolue des échanges. Les données de la statistique, c’est-à-dire l’expérience et les faits? sont constamment venues confirmer ce beau théorème des pliysiocrates, pressenti en France par Sully et Vauban. Quelques hommes d’État, Turgot (il y a bientôt un siècle), Huskisson (il y a vingt ans), sir Robert Peel (de nos jours), ont compris et cherché à appliquer celte doctrine : ce qu’ils ont fait, et les résultats qu’ils ont obtenus, donnent la mesure des grands résultats qu’on peut prévoir dans l’avenir, quand on aura mis en pratique la liberté absolue du commerce ; alors aussi que les, peuples auront tous simplifié leurs poids et mesures, perfectionné les voies do communication; qu’ils connailront la langue dos autres et qu’ils auront fait, de leurs besoins réciproques, une étude plus suivie. Quand on y ré-
* >'ous écrivions ceci en 1845. V. plus loin d’autres observations plus ré-
cenles sur les Traités do commerce.
commercf:, chance, agiotage. 229
fléchit, l’émoncipation des échanges apparaît à l’esprit comme une entreprise grandiose et poétique ; avec elle l’industrie et l’agriculture recevront une impulsion vive et naturelle; le commerce prendra tout son essor. En même temps que la production sera plus féconde, la distribution du capital et de la population se fera d’une manière plus équitable, et la paix du monde sera de plus en plus assurée.
Au moment où nous écrivons, ces idées passionnent nos voisins d’oulre-Mancbe, et, grâce aux efforts d’une association puissante {Y anti-corn-law-league), qui compte, dans son sein, des hommes d’un immense talent et d’un dévouement jusqu’alors inconnu, elles ont pénétré dans la masse de la nation, et le chef du gouvernement, sir Robert Peel, a compris que le moment était venu de faire une révolution pacifique dans le domaine du travail et de compléter ses réformes douanières et financières de 1842, 43, 44 et 45 en affranchissant complètement plusieurs branches de commerce, et en réduisant considérablement les droits sur les autres. L'histoire mentionnera cette belle institution , et tout porte ^ croire aujourd’hui que la réforme entreprise en Angleterre sera le prélude de l’émancipation complète des échanges, constamment réclamée par l’économie politique depuis cent ans
J IV. Hiatoire du «ommerce. — Compagnie» du commerce.
L’histoire du commerce suit en grande partie l’histoire du monde. Quelle qu’ait été la doctrine dominante sur la productivité de l’industrie commerciale et sur les moyens d’enrichir une nation, quelle qu’ait été la considération accordée aux commerçants, les échanges n’en sont pas moins aussi anciens que l’humanité ; un grand nombre d’hommes en ont plus ou moins fa'it leur profession habituelle, et, si des obstacles de toute nature ont pu on arrêter le cours sur tous les points, la force des choses a toujours amené une circulation quelconque
* Voir plus loin î\otice sur la IJherté du commerce et la Réforme doitaniére> •
NOTF.S ET PETITS TRAITÉS
delà richesse. — Il nous est tout à fait impossible de retracer ici même les phases les plus saillantes du commerce ; à peine pouvons-nous citer les noms des peuples trafiquant au loin, qui ont laissé dans l’iiistoire les traces les plus brillantes de leur passüge.
Dans l'antiquité, ce sont moins les républiques de la Grèce et de lUune qui attirent l’attention de celui qui étudie l’iiistoire du commerce, que Tyr et puis Carthage assise au centre du monde alors connu et s’élevant, malgré un fort petit territoire, à une puissance telle, que son génie a tenu en échec celui de Home la superbe. La cause première de la puissance de Carthage, puissance dont sa rivale hérita plus tard, s’e.xplique par la Méditerranée, qui fut alors, qui a été depuis et qui sera encore un centre naturel vers lequel convergeront les efforts des peuples d’ürient et d’Occident. Outre ce commerce du Midi, l’antiquité avait encore le commerce d’Asie (Inde et Chine) d’où le monde romain tirait des soies, des pierreries, des parfums, des vins, de l’ivoire et d’autres productions naturelles, et dans lequel on transportait surtout des étoffes de laine et des métau.v (cuivre, fer et plomb), qu’on se flrocurait en Espagne, en Italie, dans la Gaule et dans la Grande-Bretagne. — L’histoire n’a pas encore dit son dernier mot sur l’antiquité, et il est fort probable, par exemple, que nous nous méprenons sur le pré^ tendu mépris des Romains pour le commerce. Les lois des Romains, sur les négociations maritimes, présentent un ensemble remarquable ; ils faisaient usage de l’assurance pour les risques de mer ; ils avaient des consuls sur plusieurs points du globe, etc. U est donc difficile d’accorder l’édit dont parle Montesquieu (V. p. 221) avec la considération dont jouissaient Caton et Crassus, et tant d’autres chevaliers qui s’enrichissaient par la banque et le négoce. Peut-être n’y avait-il de mal vu que le petit commerce et le travail manuel ; et dans ce cas, nous ressemblerions encore sensiblement à ces fiers conquérants. Quant à la loi Flaminia défendant le commerce aux patriciens, elle a bien pu êlre une loi de réaction, non pour protéger l’honneur du patricial, mais^iour l'exclure des profits du commerce.
COMUEUCE, CHANGE, AGIOTAGE. Qôl
Quoi qu’il en soit, le commerce avait prospéré avec la république et l’empire romain ; sa décadence suivit aussi une marche parallèle avec celle de cette grande organisation politique, et il était tombé dans un avilissement complet après l’invasion des barbares.
Plus tard, après celte longue nuit, on le voit renaître avec la civilisation et prendre un essort jusqu’alors inconnu. Toutefois, nous nous bornerons ici à une nomenclature des faits qui expliquent avant tout ses progrès dans les temps modernes. Ces faits sont :
F.a découverte et le perfectionnement de la boussole à l’entrée du quatorzième siècle (parFlavio Gioia, dit-on, en i302)î
L’usage généralisé de la lettre de change vers le milieu du douzième siècle, et dont la découverte, si elle a jamais été faite, se perd dans la nuit des temps ;
L’institution des banques de dépôt, qui se sont plus tard converties en banques de circulation (banque de Venise, 1171; banque de Gênes, 1407; banque d’Amsterdam, 1609; banque de Hambourg, 1619 ; banque de Londres, 1694, etc.);
L’institution des postes (en France, sous Louis XI, 1464) ;
La découverte simultanée de la route du Cap par Vasco de Gama, et de l’Amérique par Colomb, à la fin du quinzième siècle;
Plus tard, l’émancipation du travail par la révolution française, la suppression des douanes intérieures ; puis l’établissement des canaux, des chemins de fer, des bateaux à vapeur ; plus tard, encore, l’émancipation progressive des échanges.
C’est en Italie que le commerce renaissant trouva son berceau. Venise et Gênes brillent dès le onzième siècle : Gênes, déjà célèbre du temps des Romains; Venise, sortie des lagunes où s’étaient réfugiés quelques pauvres pêcheurs poui-suivis par les Huns. Ces deux peuples vendirent des vaisseaux aux autres nations, et voiturèrent ces milliers de croisés qfle le courant religieux eritraina*it vers la Terre sainte. Ce furent là les deux principales causes de leur prospérité ; cependant ils firent aussi un grand trafic de toiles, d’épiceries, de soieries.
^OTES ET FETITS TRAITÉS.
de pierres fines et môme de reliques. Un morceau de la vraie croix valut, dit-on, des millions aux actionnaires delà banque de Saint-Marc. L’industrie eut aussi sa part dans ce développement des richesses ; de belles découvertes datent de cette époque : les lunettes, les moulins à vent, la porcelaine et la faïence, les miroirs, le papier, etc. — En même temps grandissait la Hanse teutone qui nous a légué les villes libres d’Allemagne. — On voyait poindre, en outre, la fortune des peuples modernes : Espagnols, Français, Anglais, Hollandais, Portugais et Danois. Toutefois, dans ce steeple-chase grandiose des peuples d’Occident vers les découvei tes lointaines, le Portugal devance ses concurrents. Yasco de Gaina double le cap des Tempêtes (en 1497) et porte l'inscription des colonnes d’Hercule vers ce monde mystérieux où abordera plus tard l’intrépide Colomb. Avec la découverte du cap de Bonne-Espérance le courant commercial est divisé : Alexandrie, entrepôt de l’Égypte et des Indes, Venise, la reine des mers, sentent refroidir en elles le germe de la vie. Déjà les capitaines portugais arrivaient, malgré une immense distance, bien plus vite dans les Indes, et il était trop tôt pour faire la section de l’isthme de Suez, à laquelle les Vénitiens auraient, à ce qu’on pense, déjà songé. Le chemin du Cap étant moins coûteux, les Portugais vendirent les produits d’Orient à meilleur marché et supplantèrent le commerce de Venise.
Mais, en môme temps queVasco deGama trouvait la nouvelle route de l’Inde, Christophe Colomb, en suivant une direction opposée, rencontrait un nouveau monde. Rebuté de tous, ce Génois inspiré dota ainsi l’Espagne, sa patrie adoptive, d'une source de richesses et de prospérité qui élevèrent la péninsule ibérique à un degré de prospérité inouï.
L’Amérique fournit à l’Europe de nouveaux produits : des bois, le cacao, l’indigo, le tabac, la pomme de terre, etc., puis le sucre et d’autres productions acclimatées, et reçut d’elle des bestiaux, des grains, du fdt*, de l’huile, des tissus et des produits manufacturés de toute sorte.
L’Amérique donna surtout cette masse de numéraire qui a
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occasionné, dans l’industrie et le commerce d’Europe, le ‘ renchérissement inattendu de toutes choses et une foule de phénomènes nouveaux qui sont longtemps restés sans explication.
En même temps que les découvertes des pays lointains développent la prospérité des deux peuples qui habitent la Péninsule, la petite nation des Bataves se pose en puissance maritime : Amsterdam devient l’une dos plus Borissantes villes du inonde; les Hollandais disputent l’empire des mers aux Espagnols et au.\ Portugais; ils s’emparent du Cap et monopolisent le commerce des Indes. Alors les succès des Espagnols, des Portugais et des Hollandais passionnent les autres peuples; de toutes parts les vaisseaux couvrent les mers et jettent des aventuriers sur tous les points connus. Les Portugais s’emparent du Brésil, les Espagnols s’étendentdu Mexique à la Plata ; les Français s’établissent sur quelques points au nord dans les Florides, au sud sur la plage moins hospitalière de la Guyane; enfin les Anglais préludent à leur développement futur en prenant possession de l’Amérique septentrionale.
Ainsi la découverte du Cap, qui permit d’aller plus facilement dans l’Inde , la découverte de l’Amérique, qui offrit à l’avidité des peuples un immense continent et des îles innombrables, excitèrent les peuples d’Europe à ce mouvement inouï d’expansion, qui a porté leur influence sur les divers points du globe. Tous ont voulu avoir des établissements lointains, des comptoirs, des compagnies privilégiées, des colonies. De cette grande lutte, que notre cadre ne nous permet à peine d’esquisser, est née la puissance commerciale des nations modernes.
Aujourd’hui, bien que l’Angleterre, les États-Unis, la France tiennent réellement le sceptre des mers et soient les premières puissances du monde, leur personnalité ne se détache réellement pas autant que celle des Hollandais, des Portugais et des Espagnols, et, antérieurement, que celle des républiques italiennes. L’égalité entre les nations se manifeste tous les
NOTES ET PETITS THAITÉS
jours davantage, et progresse parallèlement avec la diffusion des lumières, les progrès de la science économique et les développements de l’industrie moderne.
Cependant, au moment où nous parlons et depuis plus de deux siècles, les Anglais sont considérés, à juste titre, comme le premier peuple commerçant du monde. On a beaucoup discuté sur les causes de cette prépondérance commerciale de l’Angleterre qui coïncide depuis longtemps avecune grande supériorilé industrielle, et il est assez d’usage de l’attribuer à son système frohibitif de douanes, à ses .traités de commerce, à son acte de navigation. Elle a longtemps pensé ainsi elle-même et elle a mis au service de celte idée une politique pleine de fourberies, d’exactions, de barbarie, à telle enseigne qu’aujourd’hui ta foi anglaise est partout synonyme de la foi punique, et que les peuples sont portés à voir un piège dans tout ce qui sort du cabinet Saint-James. Il y a bien peu de gens, en effet, qui ne soient encore persuadés que la perfide Albion n’a émancipé ses esclaves et qu’elle n’émancipe son commerce que pour nuire aux autres peuples. -Mais, de nos jours, lés hommes qui gouvernent les affaires de cette nation ont bien réellement reconnu les inconvénients des douanes, l’ineftlcacilé des traités restrictifs et l'inutililé de ce fameux acte de navigation à qui on a attribué tant de vertu, et qui n’a probablement eu d’autre mérite que de ne pas trop empêcher le libre développement de 1a marine anglaise. On sait que cet acte, dirigé en partie contre la Hollande, eut pour but d’exclure l’accès des colonies anglaises aux pavillons étrangers en défendant aux navires de transporter en Angleterre d’autres marchandises que les produits de leur propre pays. Ce sytème exclusif a marché parallèlement avec la puissance commerciale et maritime : voilà tout ce que l’on peut dire. 11 est plus que douteux qu’il ait influé sur les progrès, car il ii’a produit chez d’autres peuples que des résultats contraires. Ce qui a fait la grandeur et la richesse de r.Angleterre, c’est la liberté politique qui s’est établie de bonne heure dans ce pays, c’est l’activité et rintelligence pro-
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gressive de ses habilanls, ce sont les richesses minérales de la Grande-Brelagne, c’est l’esprit à la fois hardi et solide des marins et des émigrants britanniques. Là est tout le st cret que doivent connaître les peuples qui veulent lui faire concurrence. Voyez les États-Unis : si en trois quarts de siècle ils sont arrivés à contrc-balancer l’influence de la mère patrie, c’est queles citoyens de la république ont les qualités de la race anglosaxonne. Les sauvages leur ont laissé, il est vrai, un admirable pays; des côtes immenses, des fleuves gigantesques; mais eux, ont adopté la liberté politique, la liberté religieuse, et ils ont joui de suite des bienfaits de la civilisation moderne. En outre, ils ont su appliquer les découvertes récentes de l’industrie, sans trop méconnaître les lois de l’économie politique, et en quelques années ils sont devenus la seconde ou la troisième puissance du monde.
La France, plus brillante dans son passé, plus grande, plus généreuse que ses deux rivales, a eu le grand tort de vouloir imiter, pour agrandir scs débouchés, développer son industrie et son commerce, la politique des systèmes mercantiles, de la protection et de la navigation exclusive qui n’ont été, pour l’Angleterre, que des entraves dont elle a eu et dont elle aura encore, ainsi que nous, tant de peine à se débarrasser. Colbert, la Révolution, l’Empire et la Restauration ont établi toute une organisation antiéconomique qu’il faut redresser maintenant.
En réfléchissant sur l’état actuel des relations que les peuples ont entre eux, il est, ce nous semble, permis d’aflîrmer que le temps du monopole exclusif est passé. Désormais toutes les nations sont conviées à se développer librement selon le progrès de leurs institutions, leur position géographique, l’intelligence de leur population, selon leur génie enfin. L’Angleterre ne cessera probablement pas d’être puissante ; mais elle sera autrement puissante, et les navires de toutes les nations sillonneront les mers avec celte pensée vraiment chrétienne que la prospérité des autres aide à sa propre prospérité. Dieu veuille que le passage de la vieille politique à cette politique nouvelle n’éprouve pas un trop long temps d’arrêt.
NOTES ET PETITS THAITÉS
§ ▼. 8t«tUti<iae commereiale ; T»ble«a des importntieu et des exportations.
Lorsque la doctrine de la balance du commerce était en faveur, on se préoccupait naturellement du montant annuel des importations et des exportations; l’on tenait à constater en faveur de qui soldait la balance ; de là l'origine des tableaux dressés avec plus ou moins d’exactitude, avec plus ou moins de bonne foi par les administrations; de là tous ces chiffres assez généralement erronés qui sont répandus dans tous les écrits relatifs aux progrès du commerce, et avec lesquels on a l’habitude de mesurer dans le passé l’importance commerciale relative des nations que l’on considère.
Pour juger du peu de portée de pareilles notions numériques, il suffit de jeter un coup d’œil sur les tableaux que les administrations publient de nos jours, en Angleterre, en France, aux États-Unis, en Belgique, en Hollande, en Autriche, en Allemagne, etc., et qui, s’ils ne sont plus dressés en vue de la balance, servent néanmoins à apprécier le commerce de tous les peuples.
L’échange se faisant en général avec des valeurs équivalentes, il est difficile d’admettre qu’une nation cède ses produits pour des produits de valeur inférieure. Si donc, on faisait des relevés exacts d’importation et d’exportation, on trouverait que l’entrée et la sortie forment un équilibre parfait. Malheureusement, et en admettant que les douanes fassent des relevés irréprochables, on ne connaît pas tous les produits qui entrent ou qui sortent par contrebande ; on ne connaît pas le montant des valeurs métalliques ou en papier que les banquiers ou les négociants se transmettent. Il en résulte que la différence entre les importations et les exportations officielles ne prouve absolument rien, et que la somme des importations et des exportations n’exprime qu’imparfaitement le mouvement commercial d’un peuple. — Mais ce n’est pas tout : ce.s documents pèchent par la hase. En effet, la base d’évaluation
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des produits devrait suivre la fluctuation des produits connus; mais un pareil travail étant impossible, la douane française, par exemple, calcule les valeurs, qu’elle compare sur un tarif de prix fixé en 18‘26 : or, depuis, la valeur, de la monnaie a varié sensiblement, et celle des marchandises a subi des oscillations considérables. En Angleterre, la mesure des valeurs de la douane est encore bien plus factice ; elle remonte à un tarif de 1694.
Quoi qu’il en soit de la portée de ces documents, la statistique en est réduite à les consulter à peu près exclusivement. Or, il faut dire cependant que, lorsqu’elle fait scs études avec prudence et savoir, elle peut tirer des données de la douane des indications toujours intéressâmes et souvent utiles. Si donc l’on ne trouve pas, avec la liberté du commerce qui supprimera un jour la milice ruineuse des douaniers, un moyen de constater les mouvements du commerce, la science économique sera privée d’un renseignement important. Mais ne nous préoccupons pas trop d’un fort petit inconvénient, en présence d’un bien incalculable
§ VI. Enseienememt «•■umereiaM.
C’est une croyance assez générale que le commerce ne peut point s’enseigner dans un établissement d’instruction, et qu’on ne peut l’apprendre que dans une maison de commerce et par la pratique des affaires.
Il y a du vrai et du faux dans cette opinion. Le faux, c’est de penser qu’il n’y a pas un ensemble de connaissances, à la fois théoriques et pratiques, que l’on puisse apprendre de divers maîtres ou dans une école, et qui ne peut réellement bien s’apprendre que là. Le vrai, c’est que le maniement des affaires réelles complète et peut seul compléter cette instruction. En
' V. dans le Traité d' Économie politique, alinéa 032, et note finale 21 de la 5* édition.
“ Tiré de notre article E.NSEKNKHtNT couhihcul dans le Dictionnaire universel du commerce et de la navigation.
NOTES ET PETITS TBAITÉS
fait, les jeunes gens qui se préparent à suivre une carrière commerciale par des études intelligentes et rationnelles, ne tardent pas à acquérir, toutes choses égales d’ailleurs, après une courte pratique, une grande supériorité relative dans les emplois qu’on leur confie, et à être bientôt à même, l’âge et l’expérience aidant, de diriger une entreprise ; tandis que ceux qui commencent par la pratique des bureaux ou des magasins ne parviennent qu’à grand’peine à acquérir les connaissances générales nécessaires, absorbés qu’ils sont dans les détails d’une besogne spéciale : c’est par hasard, et ce n’est que par bribes, pour ainsi dire, que les plus studieux et les plus désireux de parvenir arrivent à acquérir des connaissances supérieures à la spécialité dans laquelle on les utilise.
C’est ainsi que parmi les chefs de maison, arrivés à force de zèle, de bonne conduite et de capacité relative, on en voit tant qui manquent non-seulement des connaissances générales que doit avoir tout négociant, mais encore de diverses connaissances spéciales indispensables pour une bonne gestion ; telles que la connaissance des calculs les plus usuels, des formules des livres qui doivent le renseigner sur la siluation et les résubals de ses opérations ; des notions les plus élémentaires du droit civil et commercial ; des matières les plus usuelles de l’industrie ; des principes les plus indispensables de la chimie, de la mécanique et de l’économie sociale. Kl c’est ainsi qu’il faut s’expliquer l’infériorité relative dans la- (luelle se trouvent les classes commerçantes dans divers pays, Ifi France par exemple, et le peu de considération dont elles jouissent par rapport aux autres et à leurs propres yeux. 11 n’est pas rare d’entendre dire à un père ou à une mère, même commerçants : « Mon fils À' a des moyens, nous en ferons-un avocat ; son frère 1 étudiera la médecine ou travaillera pour le notariat, etc.; quant à ce pauvre Z, comme il ne mord pas beaucoup au latin, nous le mettrons dans le commerce. » A quelque temps de là, on est souvent fort étonné que le plus intelligent des trois soit ce pauvre Z, qui a trouvé la voie qui lui convenait et qui ferait bien plus facilement son chemin s’il
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avait reçu une instruction adaptée à la nature de sou esprit et à la direction qu’il a prise. Une autre fois, vous entendrez dire à un honiine qui a eu le bonheur de faire ses affaires malgré son ignorance, que l'instruction est une superfétation, et qu’il est, lui, une preuve vivante delà vérité de la proposition saugrenue qu’il avance. Inutile de discuter avec ce genre d’hommes ; car il est impossible de leur faire concevoir qu’ils ont réussi malgré leur ignorance et non à cause de leur ignorance, et que repousser l'instruction, en vue du succès, c’est comme si l’on faisait fi d’un bon fusil quand on va à la chasse.
D’autres disent, non sans dédain : comment voulez-vous enseigner le commerce? pour commercer il suffit d’acheter à bon marché et de revendre cher ; il n’est point besoin de pâlir sur les bancs d’une école pour apprendre cela. — Assurément il ne s’agit que d'obtenir ce résultat. Mais si la chose est facile à dire, elle est assez difficile à faire. Pour acheter et pour vendre dans de bonnes conditions, il faut tenir compte d’une foule de circonstances, se livrer à une série de nombreuses opérations qui nécessitent précisément non-seulement des connaissances hors ligne, mais encore les connaissances générales et spéciales dont nous parlons, qui donnent une grande supériorité dans les affaires et qu’il faut étudier pour les savoir.
Ûnumérons en peu de mots les principales de ces connaissances.
En première ligne se trouve la connaissance de sa langue, de façon à pouvoir correspondre dans un style net et clair cl à faire un exposé lucide d’une affaire que l’on propose ou que l’on refuse et dont on débat les éléments. — Plus nous allons, plus les voies de communication se perfectionnent, plus les relations avec les pays etrangers s’augmentent, et plus apparaît la nécessité d’apprendre une ou plusieurs langues étrangères, de manière à pouvoir, au moins déchiffrer une lettre.
Ne mentionnons que pour mémoire l’utilité d’une écriture rapide et lisible en même temps, talent indispensable quand il s’agit d’un travail de bureau.
^OTES ET PETITS THAITÉS,
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Pour commercer, spéculer, négocier, il faut sans cesse calculer la plume à la main ou de tête, calculer vite et sûrement. Pour cela il faut avoir étudié et s'être exercé sur les opérations usuelles de l’arithmétique; il faut connaître les détails des systèmes monétaires et métriques des pays avec lesquels on fait des affaires ; il faut savoir raisonner et Calculer une opération de change.
Sans vouloir suivre la modeste profession de comptable, qui nécessite une aptitude toute particulière et des qualités spéciales, tout négociant ou commerçant, tout entrepreneur, tout directeur d’entreprise, tout chef de maison, tout employé qui ne veut pas croupir dans les postes secondaires, doit savoir inscrire une affaire sur les livres dans la forme scientifique voulue et nécessaire pour s’y retrouver ; il doit savoir comprendre les inscriptions de ses employés, connaître les rapports des livres entre eux, suivre les phases et les développements des affaires, dresser un compte à présenter, déchiffrer un compte présenté, faire un inventaire et établir une situation, débrouiller les intérêts réciproques des créanciers, des débiteurs, des associés; distinguer, d’après les livres, les affaires productives de celles qui ne le sont pas, découvrir les vices d’administration et le coulage ; sinon, les livres sont lettre close pour lui ; le travail de scs employés est comme s’il n’existait pas ; il est à la merci de son teneur de livres, incapable de comprendre sasituation, d’améliorer ses affaires ou d’apercevoir le danger et de prévenir une catastrophe.
Il vend, il achète, il fait des transactions de toute sorte; il reçoit et donne des effets de commerce ; il a des rapports avec des associés ou avec des sociétés; il a des intérêts dans des faillites ; il est dans le cas d’être poursuivi ou d’exercer luiméme des poursuites; il perd dix fois plus de temps; il dépense dix fois plus de frais ; il a dix fois plus de chance d’être trompé par les gens d’affaires ou d’être la victime des gens de loi, s'il n’a des connaissances un peu positives des lois et réglements qui régissent le commerce en général et sa profession en particulier. Nous ne mentionnons que pour mémoire l’utilité de
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la connaissance générale des lois civiles touchant les affaires ordinaires de la vie et de la famille.
Voilà, ce nous semble, ample matière pour occuper deux ou trois ans d’études au début de la vie de travail. Mais ce ne sont pas encore là toutes les connaissances indispensables à un jeune hoinrne qui se propose de parcourir, avec chance de succès, la carrière commerciale ou industrielle.
Il faut qu’il apprenne les éléments de la physique et de la mécanique (avec un peu de dessin), et surtout les éléments de la chimie, sans lesquels il lui est impossible de rien comprendre aux procédés et aux progrès deïinduslrie ou de l’agriculture; il faut qu’il connaisse sommairement l’histoire naturelle, les usages et les provenances des diverses matières premières de l’industrie, qui sont l’objet des transactions commerciales, et dont il est à chaque instant question dans la pratique des affaires ; il faut qu’il connaisse assez positivement la géographie commerciale, c’est-à-dire la position, la production, le commerce des diverses places et des divers pays, etc.
Il faut, dans un certain ordre d'idées, qu’il sache se rendre compte de la manière dont la société vit par le travail en créant la richesse, quel rôle joue le commerce dans cette organisation ; il faut qu’il sache Téconomie sociale et l’économie industrielle, et qu’il ne soit étranger à aucune des questions ou dos intérêts qui se rattachent à sa profession, et que rappellent ces mots de valeur, de prix, d'échange, de monnaie, de concurrence, de Hbei'té commerciale, de tarif, de douanes, de prohibition, d’entrepôts, de crédit, de banques, de salaires, d'intérêts, d'impôts, d'emprunts publics, de population, de misère, de socialisme, etc., que nous énonçons ici pêle-mêle, et uniquement pour montrer que l’étude de l'cconomie politique est comme le couronnement d’un enseignement positif, et que cette science est comme la philosophie des' connaissances professionnelles en général, et en particulier des connaissances commerciales dont ce Dictionnaire estl'cn-
NOT^S ET IT.TITi TRAITÉS.
cyclopédio, en fournissant par son contenu une preuve palpable h l'appui de la thèse que nous soutenons de l’utilité de renseignement commercial.
Chacune des éludes que nous venons d’énumérer peut être jioussée plus ou moins loin, selon la carrière à laquelle on se destine et la nature des affaires dont on doit s’occuper ; mais après les avoir énoncées, il est impossible de ne pas les trouver toutes utiles, toutes nécessaires, indispensables même à la plupart de ceux qui se destinent à la carrière commerciale ordinaire. Combien plus nous aurions raison si nous parlions des besoins des jeunes gens qui sont, dans un avenir quelconque, appelés par leur position, leur fortune ou leurs capacités, à compter parmi les notables, à diriger de grandes entreprises, à administrer de puissantes compagnies, à prendre part à la magistrature consulaire, à faire partie des chambres de commerce ou à jouer un rôle dans les affaires publiques.
Toutes ces connaissances ne peuvent point s’apprendre, si on est commis dans un comptoir, un magasin ou un bureaif; mais on peut les acquérir dans une école spéciale organisée et conçue de façon à fortifier l'enseignement théorique par des exemples pratiques, au moyen d’exercices bien entendus, d’opérations commerciales simulées, d’expériences chimiques et autres, et à l’aide de cabinels et de musées garnis de modèles, d’appareils et d’échantillons venant à l’appui des démonstrations des professeurs.
Tout ou partie de renseignement dont nous venons de présenter le tableau peut être enseigné, soit chez des professeurs particuliers, soit dans des établissements publics d'instruclion. Dans toutes les villes commerçantes, il y a des personnes (en général ce sont des comptables) qui enseignent la tenue des livres, les calculs, les changes et d’antres notions générales de commerce.
Les divers établissements d'instruclion font aussi entrer, plus ou moins, l’enseignement commercial dans leurs piogramines, mais il est rare qu’ils tiennent parole: chez les uns,
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Ifi chef, imbu de préjugés classiques ou n’entwidant rien à ces matières, ne sait pas les faire enseigner, et se borne à suivre la routine des collèges officiels qui donnenl l'impulsion à l’ensemble des institutions; dans les autres, ce sont les élèves qui manquent, par suite de l’engouement des parents pour les études classiques. Toutes les classes dites de français, parce qu’on n’y apprend pas le grec et le latin, et dans lesquelles on place renseignement commercial, sont vues avec dédain par les professeurs et par 1rs élèves, et ne sont suivies que par les plus mauvais élèves, par le rebut des autres classes.
En parlant ainsi, nous avons plus particulièrement en vue les maisons d’éducation en France. 11 en est de même dans quelques autres pays ; mais les choses sont mieux entendues à tlivers égards, en Angleterre, aux États-Unis, en Suisse, en Allemagne, en Hollande, pays dans lesquels l’enseignement n’est pas autant qu’ailleurs en désaccord avec les besoins publics.
Les écoles spéciales pour le commerce sont encore fort rares ; on les compte par unités, on devrait les compter par centaines, à en Juger par le nombre de ceux qui ain aient besoin de les fréquenter. Ce fait tient en grande partie au préjugé que nous avons signalé et combattu ci-dessus, et qui consiste à croire que le commerce ne peut s’enseigner et qu’on ne peut l’apprendre que dans un magasin, un bureau de banque ou une boutique *.
' La première école spèciale pour le commerce a èlè fondée à Lubeck, en 17i)3, .sous le nom d’académie pratuiuc du commerce. Un établissement analogue fut créé en t8l5, à Hambourg. Le plus connu des établissements existants, l’École supMeure du commerce de Paris a éié fondée en 1822. V. d’autres détails sur ces établisseir.enls dans notre article cité ci-dessus.
NOTES ET PETITS TIUITÉs.