VI. NOTICE SUR LES CRISES COMMERCIALES
I. Nalure pt effets généraux des Crises. — II . Causes des crises. — III. Qu’il n'y a pas de remèdes directs aux crises, mais simplement des remèdes indirects.
(V. Traité d'Èconomie politique, cli. xv, sur l'Échange et les Débouchés; — th. xx sur le Crédit et les Itanqiies; — note finale xxviii, sur les Crises *.)
g I. IVature et effetu généraux de« Crises.
Toute Crise, en général, est une perturbation de l’état naturel, une situation anormale dans laquelle la nature des choses lutte contre la cause morbide pour revenir à une situation meilleure. Les crises commerciales sont des perturbations soudaines de l’état économique naturel, et plus parliculièrement des perturbations dans la fonction générale de l’Échange, aussi indispensable à la vie sociale que la circulation du sang l’est à la vie animale et individuelle. Celle-ci est compromise, et des symptômes morbides se manifestent sur l’être vivant, si la circulation du sang est entravée, suspendue ou simplement ralentie. Celle-là est également en danger, et les symptômes morbides se manifestent dans les diverses branches de la production sociale toutes les fois que l'Échange est entravé, suspendu ou simplement ralenti.
Tous nous créons, par notre travail et notre industrie, des
* Deuxième édition. — La première dans le Dictmnaiu du comvterce et de ta navigation.
CniSES COMMERCIALES.
Produits et des Services destinés à l’iisnge d’autrui, et qui ne deviennent profitables pour nous qu’à la condition de pouvoir être échangés contre d’autres produits, un autre travail, d’autres services. — L’échange incessant de ces produits, de ces services, se servant de débouchés les uns aux autres, c’est là la vie sociale, impossible sans l'Kchange.
Toutes les crises économiques sont des manifestations d’une altération plus ou moins profonde de la fonction essentielle et générale de l’échange , d’une gêne, d’une obstruction, d’un dérangement dans la circulation, ou dans le courant des échanges, par suite de laquelle des quantités notables de produits ou de services viennent à manquer de débouchés, c’està-dire qu’ils ne peuvent en trouver qu’à des prix inférieurs aux frais de production qu’ils ont coûtés et ruineux pour les productions et les travailleurs.
Elles sont plus ou moins générales ou locales, c'est-à-dire qu’elles se manifestent sur des marchés plus ou moins étendus; — elles sont générales ou plus ou moins spéciales, c’està-dire qu’elles se manifestent dans des industries plus ou moins nombreuses et liées par des intérêts communs.
Elles sont toutes des crises commerciales^ parce qu’elles sont toutes le résultat d’un dérangement dans des courants plus ou moins nombreux des échanges ; mais on conçoit qu’elles peuvent être plus particuliérement agricoles, industrielles ou financières, selon les branches de la production ou la nature des entreprises qu’elles atteignent. Souvent elles sont complexes, et leur nature Inixte participe de l’ensemble de ces divers caractères.
Toujours elles sont précédées, accompagnées ou suivies d’une perturbation spéciale dans les instniments d’échange, de circulation et de crédit, instruments qui sont les monnaies ou bien les signes représentatifs des monnaies et des valeurs, tels que les billets de Banque et autres effets de commerce facilement transmissibles, — perturbation qu’il faut d’abord s’expliquer pour pouvoir se rendre compte de la nature du dérangement général des affaires.
NOTES ET PETITS THAITÉS
La crise monétaire provient du manque et de la pénurie des instruments d’échange, et cette pénurie se manifesle dans des circonstances bien différentes, qui aboutissent cependant au même résultat.
Dans les époques de confiance, de prospérité, de développement industriel, alors que les entreprises se multiplient, que les capitaux sont demandés pour être appliqués aux emplois auxquels on les destine, — comme ces capitaux, pour passer des mains de ceux qui les possèdent et les prêtent entre les mains de ceux qui les emploient, doivent être mis la plupart du temps sous forme d’espèces ou de billets de banque, — ils sont plus demandés qu'offerts, et leur masse, qui servait à une circulation ordinaire, est insuftlsante, malgré une plus grande rapidité imprimée à leur mouvement, pour une circulation augmentée, surexcitée.
On en manque alors généralement, et il y a tous les symptômes d’une crise monétaire ; rareté des espèces ou des billets, retrait des dépôts des Banques, hausse des escomptes et du taux de l’intérêt, souffrances et plaintes de tous ceux qui ont besoin d’espèces ou de billets de Banque.
En sens inverse, la confiance vient-elle à diminuer, à tort ou à raison, par une cause quelconque, par suite d’un événement politique ou par la crainte d’une crise prochaine? Chacun cherche à toucher le plus d’espèces possible et à en remettre le moins possible, c'est-à-dire que chacun se fait accapareur de cette marchandise par excellence (au point de vue individuel), qu’on est sûr de toujours vendre très-facilement. De plus, la diminution de la confiance tend à suspendre ou à ralentir la circulation des autres instruments d’échange, des instruments de crédit (billets de banque et autres signes représentatifs) ; de sorte que la circulation métallique est appauvrie en même temps que la circulation en papier, et qu’il y a crise monétaire, en sens inverse de la précédente.
On comprend que ces deux espèces de crises spéciales se croisent avec les crises générales, tantôt causes et tantôt effets, et plus souvent effets de ces mêmes crises