‹ Notes et petits traites contenant elements de statistique et opuscules divers faisant suite aux traites d'economie politique et de financesChapitre 6 sur 205 · DÉFINITIONS, LIMITES ET DIVISIONS. CH. I · texte numérisé non relu

DÉFINITIONS, LIMITES ET DIVISIONS. CH. I

dans les détails. » C’est à peu près l’opinion inverse de celle de Playfair.

M. Guerry, dans son beau travail sur la statistique criminelle* a dit de son côté : ,« La statistique générale, que l’on a longtemps confondue avec la géographie, exclut les descriptions, et consiste essentiellement dans l’énumération méthodique d’éléments variables dont elle détermine la moyenne. »

M. Dufau, auteur d’un Traité de statistique publié en 1840*, définit l’ensemble des connaissances qui font l’objet de son livre ; « La science qui enseigne à déduire des termes numériques analogues les lois de la succession des faits sociaux. »

M. Quételet, dans un ouvrage publié en 1846 et consacré en partie à la statistique, détermine les limites de cette science en disant qu’elle « ne s’occupe d’un État que pour une époque déterminée ; qu’elle ne réunit que les éléments qui se rattachent à la vie de cet État; qu’elle s’applique à rendre comparables et combine de la manière la plus avantageuse tous les faits qu’ils peuvent nous révéler". »

M. Quételet cite aussi* une définition donnée par M. Villermé en ouvrant un cours de statistique à l’Athénée de Paris : « La statistique est l’exposé de l’état, de la situation, on, comme l’a dit Achenwall, de tout ce qu’on trouve d’effectif dans une société politique, dans un pays, dans un lieu quelconque. — Mais cet exposé, dégagé d’explications, de vues théoriques, de tout système, et consistant, pour ainsi dire, en un simple inventaire, doit être rédigé de telle façon, que l’on compare aisément tous les résultats, et que les eflets généraux des institutions, le bonheur ou le malheur des habitants, leur prospérité ou leur misère, la force ou la faiblesse du peuple, puisse s’en déduire. »

* Page Ci.

* Traité de statistique. Paris, Pelloye, 1840, 1 vol. in-8.

'• J.ettres sur ta théorie des probabilités, p. ‘ico.

* Ibid., p. 4Ô2.

Enfin, M. Moreau do Jonnès, qui a publié plus récemment encore (1847), des Éléments de statistique', commence son ouvrage par cette formule : « La statistique est la science dos faits sociaux exprimés par des termes numériques. »

11 nous parait que, sans entrer dans aucune discussion, nous pouvons légitimement établir notre préférence pour cette dernière définition, qui dit la même chose que celle de M. Dufau, en termes plus heureux ; qui exprime bien plus la véritable nature de la statistique que toutes celles que nous avons reproduites, et d’autres encore que nous aurions pu reproduire. Mais il faut avoir bien soin de ne pas séparer les deux idées qu’elle renferme : l’idée des faits sociaux, et celle des faits sociaux exprimés par des termes numériques. En effet, si l’on disait seulement ; science des faits sociaux, on embrasserait un champ trop vaste, qui comprendrait celui de l’économie sociale tout entière et de la plupart des sciences qui s’y rapportent. Mais en indiquant qu’il ne peut s’agir pour elle que des faits sociaux susceptibles d’être formulés en nombres, on la circonscrit dans le domaine qui lui est propre.

Au surplus, le mot « sociaux » est encore trop exclusif. Tout relevé numérique, de quelque ordre de faits que ce soit, est du domaine de la statistique. C’est l’idée qu’exprimait (en termes inexacts) Napoléon I" en définissant la statistique « le budget des choses. »

En considérant ainsi la statistique, on n’a aucune peine à la distinguer de l’histoire, de la géographie et de l’économie politique, dont elle est l’utile auxiliaire, et qui lui fournissent également leurs secours.

g II. DeH rapporta de la Statiatique avee l’Kcononiie politique*.

L’économie politique étudie les lois naturelles des sociétés au point de vue des travaux auxquels elles se livrent ; elle

* Paris, Guillaumin, 18i7,t vol. in-18, 2* édition, 1856.

* V. plus loin dans l'écrit But et limites de l'Économie politique, § VII. un autre rapprochement entre les deux sciences.

I^K.FINITIO^S, UIIITES ET DIVISIONS. — CH. I. 7

nt constate, en d’autres termes, comment se forme, se distribue

in et se consomme la Richesse résultant de ce Travail. Pour arri-

es ver à ses fins, elle a souvent besoin de la statistique, soit pour

vérifier, par le relevé des faits accomplis, la justesse de ses is déductions spéculatives et synthétiques, soit pour obtenir une certaine masse de faits bien observés d’après lesquels elle , établit, en suivant la voie analytique, des lois générales, ex-

! pression des faits constants et universels. Remarquons toute-

5 fois que la science économique n’a recours à la statistique

que pour les faits numériquement exprimés, et que l’observation des autres phénomènes sociaux rentre dans son propre domaine ou fait partie du domaine de l’histoire, de la morale, de la philosophie ou des autres branches des connaissances humaines.

Il résulte de ceci que l’économiste fait souvent de la statistique, et qu’il y a beaucoup de cas oi’i il lui serait impossible de ne pas en faire; il en résulte encore que le statisticien, pour procéder à ses recherches, a besoin d’être guidé par des notions bien précises et bien claires sur l’économie de la société, sur les causes et sur les résultats des faits sociaux dont il recherche les relevés numériques.

Comment se fait-il cependant qu’il existe entre les économistes et les statisticiens proprement dits une certaine opposition qui s’est quelquefois traduite par de l’acrimonie et des quolibets? — Cela tient à ce que ni les économistes, qui ont un superbe dédain pour la statistique, ni les statisticiens, qui fout fi de l’économie politique, n’ont pris la peine de se rendre compte des attributions bien définies des deux sciences, de l’appui qu’elles se prêtent et du besoin indispensable qu’elles ont l’une de l’autre. Il n’est pas rare, en effet, de voir le même économiste qui a décoché quelques traits satiriques contre la statistique prodiguer dans ses raisonnements, et même jusqu’à l’abus, les faits et les chiffres qu’il invoque à l’appui de ses opinions; semblable en cela à ces philosophes moralistes qui font profession de dédaigner l’éco- ^ nomie politique comme une science basée sur l’intérêt et

l’utile, et qui ne savent pas faire un pas sans s’appuyer sur ces deux mobiles non uniques, mais fondamentaux cependant, des actions humaines. 11 n’est pas rare aussi de voir des statisticiens très-dédaigneux des études économiques, et qui, soit pour se guider dans leurs recherches, soit pour en faire ressortir la signification et l’importance, se livrent à des élucubrations économiques, avec cette différence qu’ils se prononcent la plupart du temps en faveur du préjugé, qu’ils appellent la pratique, contre la vérité, qu’ils voudraient flétrir du nom de théorie.

Ce sont là deux travers assez communs de notre temps, même parmi les hommes d’un certain mérite. 11 faut dire, à la décharge des uns, qu’il y a de prétendus économistes à qui la science a de terribles comptes à demander; et, à la décharge des autres, qu’il y a eu des. statisticiens parfois bien ridicules. Si l’enseignement de l’économie politique était plus répandu, ces charlatans de l’une et de l’autre science n’auraient pas eu le crédit qu’ils ont usurpé quelquefois.

Nous ne pouvons pas cependant nous dissimuler que ce travers est encore fondé sur la manière inexacte dont plusieurs esprits honnêtes et sérieux envisagent la statistique. Us pensent que, par cela seul qu’ils se livrent avec conscience et prédilection à la recherche et à la discussion des faits numériques, l’expression des résultats qu’ils en tirent et des déductions auxquelles ils sont conduits sont toujours de la statistique, bien que souvent ils se trouvent lancés dans les théories les plus vastes, soit de l’économie politique, soit de la morale, soit de l’économie sociale tout entière. .Partant de là, ils s’estiment, eux hommes de chiffres et de faits, moins sujets à errer que les économistes, qui ne se donnent pas la même peine pour les recueillir, et ils oublient qu’ils ne peuvent avoir raison qu’à la double condition d’avoir l’intelligence des lois économiques et de savoir tirer la philosophie des faits qu’ils ont recueillis, cas auxquels ils joignent à la qualité de statisticiens celle d’économistes.

Nous le répétons, il est bon que celui qui s’occupe de sla-

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