DÉFINITIONS, I.IMITES F.T DIVISIONS. CH. I
richesses; il n’cn saurait être, de même dans nos connaissances en statistique. Les faits quelle rapporte, comme ceux que rapporte l'histoire, sont plus ou moins incertains et nécessairement incomplets. On ne peut donner que des essais détachés et très-imparfaits sur la statistique des temps qui nous ont précédés et sur celle des pays éloignés. Quant au temps présent, il est bien peu d’hommes qui réunissent les qualités d’un bon observateur à une position favorable pour observer. On n’a jamais eu un état de population véritable. L’inexactitude des rapports auxquels on est obligé d’avoir recours, la défiance inquiète de certains gouvernements et même des particuliers, la mauvaise volonté, l’insouciance opposent des obstacles souvent insurmontables aux soins qu’on prend pour recueillir des particularités exactes ; et, parvînt-on à les avoir, elles ne seraient vraies qu’un instant; aussi Smith avoue-t-il qu’il n’ajoute pas grande foi à l’arithmétique politique*, qui n’est autre chose que Je rapprochement de plusieurs données de statistique. »
Nous trouvons, nous aussi, quelque chose à redire à ce passage un peu pessimiste, quoique vrai à beaucoup d’égards comme le prouvent les détails dans lesquels nous sommes entrés plus loin en parlant des recensements et d’autres opérations de la statistique. D’abord il n’est pas très-exact de dire que l’économie politique est une science expérimentale et la statistique une science descriptive. Elles sont expérimentales toutes deux et toutes deux descriptives à leur façon. 11 n’est pas exact de dire non plus que la statistique est une description détaillée, car elle ne décrit que par voie de relevés numériques. Nous croyons qu’elle peut faire autre chose que plaire à la curiosité, lors même qu’elle ne recherche pas l’origine et les conséquences des faits. Nous croyons encore que J. B. Say a un peu grossi l^a nature des obstacles que la statistique a à vaincre, bien que ces obstacles soient réels. Mais il ne faut pas oublier que J. B. Say écrivait pour la première
* V. plus loin, cil. Il, § 2, p. 17.
fois son Discours préliminaire, d’où ce passage est extrait, au commencement du siècle, et que ce n’est que depuis sa mort, pour ainsi dire (1832), qu'ont été publiés les plus remarquables travaux de la statistique moderne, tant officiels que particuliers, notamment en France, en Belgique, en Prusse, en Angleterre, etc. Quant à l'opinion de Smith, citée dans ce passage, elle n’a trait qu’à l'arithmétique politique, au rapprochement des données statistjques, c’est-à-dire plutôt à la statistique conjecturale (dont nous parlons au chapitre n), qu’à la statistique positive.
Au reste, ce n’est pas dans ce passage critiqué par les statisticiens qu’il faut chercher l’opinion entière de J. B. Say ; il l’a donnée plus complète et plus détaillée dans la ix® partie de son Cours complet ; là elle lui a fourni la matière de trois chapitres, où sont consignées de sages réflexions *.
g III. Des divisions de la Statistique. - Qualités nécessaires aux Statisticiens.
Au point où en sont arrivées de nos jours les recherches statistiques, la science, considérée dans son ensemble, présente deux parties très-distinctes, susceptibles de se diviser elles-mêmes. Ces deux parties sont :
4“ La Statistique proprement dite ;
2“ La partie plus essentiellement mathématique, qui comprend ; d’une part, ce qu’on a appelé la théorie et le caknl des probabilités, branche qui rappelle les noms de Laplace, l.acroix, Poisson, etc.; puis d’autre part, cette branche que M. Quételet a appelée la Statistique morale, dans ses Lettres sur la théorie des probabilités-, et dans son Système social .
Ce qu’on a appelé, surtout à la fin du dernier siècle, l'Arithmétique politique, dénomination qui n’est plus guère d’usage
* J. B. Say a aussi écrit dans la Revue encyclopédique, sept. 1827, un article sur l'objet et l’utilité des statistiques.
* Bruxelles, Hayez, 1846, 1 vol. grand in-8.
® Paris, Guillaumin, 1848, 1 vol. in-8.
it, au mûri, rquapareu s ce rapà h