NOTICE SUR L ASSOCIATION
trouvent la liberté de réunion et la liberté d’association, se rattachant plus spécialement au sujet de cet article. On peut les distinguer, car l’association indique en plus un lien, une continuation, un action permanente.
Ces deux libertés sont le complément nécessaire d'un régime de libertés publiques et notamment de la liberté religieuse, de la liberté d’enseignement, do la liberté de la tribune, de la liberté de la presse. Les deux premières ne peuvent exister, ne peuvent môme se concevoir sans le droit de réunion et d’association. Les deux autres peuvent se concevoir isolées de ce droit; mais en fait, elles ne sont pas entières, si à l’appui qu’ elles se prêtent mutuellement, ne vient pas se joindre le droit de réunion et d’association. La tribune et la presse sont des organes de l’opinion publique, mais ce ne sont pas les seuls organes de l’opinion, qui doit pouvoir se manifester encore par les vœux des réunions et des associations, contrôlant les manifestations de la tribune et de la presse, v qui souvent n’expriment que les sentiments de quelques individualités brillantes et influentes; c’est seulement avec l’ensemble de ces moyens, que les majorités et les minorités peuvent se formuler telles qu’elles sont réellement.
La plus grande liberté possible de réunion et d’association est à la fois le signe et la condition d’un bon régime social et politique. De même, la plus grande liberté de pensée, de discussion, de propagande, est le meilleur moyen de progrès dans la voie de la vérité, dans celle de la civilisation, en même temps que la meilleure condition de stabilité. En effet, l’expérience démontre que la discussion éclairant les partisans et les adversaires de la même idée, la vérité se fait jour, les abus vont disparaissant sous l’action législative, et les révolutions sont évitées par les réformes ; tandis que la prohibition produit l’obscurité et le silence, à l’abri desquels les abus de toute sorte naissent et se propagent, et puis engendrent les catastrophes et les ébranlements sociaux.
Un peuple étant donné, il y a sagesse de la part de ses législateurs à établir ou à rétablir la liberté de réunion ou d’as-
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sociation. C’est parce qu’une loi de 1790 avait mal défini ce droit en France; c’est parce qu’en février 1848 ni le gouvernement, ni l’opposition parlementaire, ni l’opinion publique, n’avaient le sentiment net de ce droit; c’est parce le peuple français n’avait pas l’habitude de s’en servir, que tout le mécanisme politique, alors existant, est tombé en pièces; c’est en partie parce que cette liberté est passée dans les mœurs en Angleterre, que la société de ce pays se trouve dans de meilleures conditions de stabilité.
Théoriquement, une religion, une doctrine morale, un système politique, un principe économique, n’ont d’autorité que s’ils résistent à la discussion se produisant sans trouble et sans violences. En fait, les nations éclairées et progressives marchent vers cet idéal; celles qui rétrogradent marchent en sens inverse. Or, la liberté de réunion et d’association, comme celle de la presse et de la tribune, ne sont dangereuses que lorsque les pouvoirs publics sont en désacord avec l’opinion publique et ne veulent pas en tenir compte.
Ici on. peut objecter qu'il peut se présenter le cas où les sommités des pouvoirs publics ont une meilleure notion du progrès que l’opinion publique, et qu’il est utile que ces chefs agissent sans se préoccuper de l’opinion et lui fa.ssent violence au besoin. C’est la théorie de l’absolutisme, que nous n'avons pas la prétention de réfuter ici en quelques mots. Disons seulement qu’en admettant la dictature dans les meilleures conditions d’intelligence et de moralité, ces conditions n’ont qu’une courte durée et les pouvoirs publics doivent se hâter de se mettre d’accord avec l’opinion. Or, pour arriver à cet accor 1, il faut, avant tout, connaître quelle est celte opinion, et pour cela le meilleur moyen est assurément la libre manifestation delà pensée par la discussion écrite et parlée, à la tribune, dans la presse, par voie de réunion ou d’association.
Nous venons 'de faire la théorie. Dans la pratique les choses ne se passent pas aussi facilement, et il faut bien établir des limites. Les législateurs placent ces limites à des points bien
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dilTérents, selon les pays, selon l'état des mœurs publiques et des esprits : les uns, voulant toujours marcher vers la prohibition ; les autres se laissant inspirer par l'esprit de liberté. Et ici encore ces derniers peuvent choisir entre deux tendances, dirigeant le gouvernement soit dans la voie de la répression par la justice, soit dans celle de la prévention par la ‘police. La première est bien supérieure à l’autre. Il est dangereux de mettre le pouvoir exécutif dans la nécessité de suivre la voie préventive, qui a toujours pour effet de mécontenter les populations, Dans les deux cas, il est nécessaire de bien préciser les limites; car il dangereux pour la liberté, comme pour la stabilité du gouvernement et la tranquillité sociale, d’inscrire dans la loi des formules vagues, que l’administration pourrait interpréter contre l’opinion publique.
Il est de la dernière évidence que la liberté ne peut aller jusqu’à laisser faire les sociétés secrétes ; car il en est des associations comme des individus : or, le pouvoir ne doit aide et protection à ces derniers, qn’autant qu'ils marchent le visage découvert, et qu’ils ne se livrent point à des actes immoraux et dangereux pour la liberté des autres.
La principale fonction des pouvoirs publics est précisément la protection sociale; or, pourrait-il y avoir protection avec la tolérance des sociétés secrètes, qui ne tarderaient pas à dégénérer en conspirations organisées, non-seulement contre l’état politique, mais encore contre la sécurité et la moralité des citoyens?
Quand on parle d'associations et de réunions politiques, la pensée se reporte de suite sur les réunions qui se forment rapidement dans les temps de crise, pour discuter des affaires publiques, et qui portent, en France le nom de clubs, bien différentes des cercles ou réunions privées portant ce nom en Angleterre. Ce sujet est traité dans un article à part. Nous nous bornerons à dire ici que la liberté peut être laissée avec avantage à ces réunions qui naissent et meurent avec la crise. Ce sont des organes de l’opinion qu’il est nécessaire de con-
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naître et et qu’on ne pourrait point assez apprécier par la presse et la tribune ; ils prêtent souvent un appui à l’autorité qui prend possession du pouvoir; en tout cas, ils servent de voiriitoire au volcan des passions surexcitées et subversives qui se calment par la libre expansion, et qui deviendraient explosibles par la compression. Au surplus si le pouvoir, d’accord avec la majorité de l’opinion, croit plus utile de fermer cette soupape de sûreté que de la laisser ouverte (les clubs fonctionnant autant comme foyers de désordre que comme moyens d’apaisement), — c’est ici une question d’opportunité pour un expédient dans un temps de fièvre, sur lequel il est impossible de formuler une règle invariable. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la liberté est, en général, la meilleure des solutions, et qu’il faut se hâter d’y revenir, quand on a cru devoir s’en écarter.
S IV. E.’A«iaoeiation au point de vue religieux.
En traitant du point de vue politique, nous avons traité du point de vue religieux. Ce qui est vrai dans le premier, est vrai, à fortiori, dans le second.
La question est aujourd’hui résolue en théorie et en pratique dans la majorité des intelligences, et dans le sentiment et les mœurs des masses. C’est avec la liberté et par la liberté de pensée, de discussion et de propagande, c’est, en d’autres termes, par la libre concurrence que les diverses religions s’épurent et restent légitimement en possession des cœurs et des esprits.
§ V. E.’Asiteeiation au point de vue «oeial. — li'AaHoeiation. moyen de refonte ooeiaie. — Combinaiaona aoeialintea. — lllusiono de l'opinion publique. — Cbartianie.
L’association a joué un grand rôle dans le mouvement intellectuel et les discussions publiques, depuis plus de quarante ans, sous deux rapports : premièrement, comme moyen de
NOTir.K srn i,’ association.
refonte sociale; secondement, comme moyen de production et d’organisation économique. Arrêtons-nous d’abord sur le premier.
Lorsque les questions soulevées par les écoles socialistes eurent pénétré, les romanciers aidant, dans les masses, les partis virent un levier dans les formules mises en circulation par ces écoles. Parmi ceo formules, deux ont été principalement en faveur ; celles de l’Association et de l’Organisation du travail. Mais cette dernière ..se confondait avec la première, car il s’agissait de l'organisation du travail par l’association. C’est l’association, — avaient dit Robert Owen et les proinoteurs des société.!^ coopératives, au commencement de ce siècle, avaient répété les Saint-Simoniens, quelques années plus tard (1830-1831), — qui fera cesser <i l’exploitation de l’homme par l'homme »; qui effectuera «l’amélioration physique, intellectuelle et morale des classes les plus nombreuses et les plus pauvres » ; qui supprimera la concurrence industrielle et les autres causes de misère sur la planète ; c’est l’association, ajoutaient-ils, qui émancipera la femme et la fera sortir de cet état de demi -servitude où la tient la civilisation des peuples les plus avancés.
Les Plialanstériens, disciples de Fourier, continuèrent la propagande en faveur de l’association, en faisant ressortir, à l’aidé de l’originale imagination de leur maître, d’une part, les vices de la société actuelle, de la sodéiè civilisée (pour eux, c'e>t le dernier terme de mépris), et, d’autre part, les avantages des procédés de l’association domestique agricole, applicables aux communes transformées en phalanstères, et constituant, à leurs yeux, la science sociétaire, la science sociale par excellence, à l’aide de laquelle l’humanité pouvait passer en quelques années de la période arriérée ou de « civilisation » à la période « d’Iiarmonie. »
L’association était la conclusion de toutes les écoles communistes, celle de M. Cnbet et autres, rêvant la transformation des diverses nations en grandes familles patriarcales. L’association était la conclusion de tous les organisateurs du travail.
NOTES ET PETITS TBAITÉS
soit qu’ils aient imaginé le retour à un système de corporations fermées, ou bien l’absorption des industries privées par l’É(at et la transformation des diverses branches de l’activité sociale en régies administratives, en ateliers sociaux, ou bien à toute autre organisation et réglementation plus ou moins bien définie.
L’association était non-seulement la conclusion des diverses sectes du socialisme, mais encore celle des romanciers les plus P ipulaires ‘ et d’une foule de publicistes marchant à leur suite, faisant à qui mieux mieux le procès à la société, et prônant, sans trop s’en rendre compte, l’association, « formule magique, » panacée politique et sociale devant faire cesser l’antagonisme des classes et produire l'abondance dans la production, la justice dans la répartition, le bien-être, le bonheur en ce monde, et même dans l’autre, au dire de Fourier.
Le mysticisme avait gagné la majorité de l’opinion publique et particulièrement l’esprit des masses, à qui on avait persuadé qu’il était possible (au moyen d’une révolution politique suivie d'une révolution sociale) d’organiser le travail par l’association, de manière à les faire passer de l’état d'employés à celui d’fiwsocids, de l’état de prolétaires à celui d’entrepreneurs, de l’état de salariés à celui de bénéficiaires, de l’état de travailleurs à celui de bourgeois oisifs, avec le bien-être, l’aisance, les loisirs, l'influence dont jouissent les classes supérieures.
La voix du bon sens était couverte par la clameur générale des publicistes, des romanciers et des hommes politiques. L’association était dans le programme des partis avancés, comme dans celui de l'opposition dynastique, comme dans celui des conservateurs.
' \ay. le Juif errant, public par Eugène Sue d&m le Conitilntionnel, journal conservateur-libéral : — les Compagnons du tour de France, le Meunier d’ A ngibaut, le Péché de M Antoine, publiés par inadaine Sand le deuxième dans la Réforme, journal d'extrême opposition; le troisième dans le Globe, journal ultra-conservateur.