‹ Notes et réflexions sur l'art poétiqueChapitre 3 sur 11 · LE RYTHME. — ACCENTS · texte numérisé non relu

LE RYTHME. — ACCENTS

On ne peut pas multiplier sans péril le nombre des accents, ainsi ceci :

Bonjour, bonjour, bonjour^ bonjour, bonjour, bonjour

(Rostand.)

n'est plus un vers.

Si l'on met un accent sur la syllabe muette qui termine un vers féminin, on fait un vers de treize pieds, chose inadmissible :

Je ne sais plus lequel je préfère, lequel je... — Le coq de Gueldre. — Ah ! quel bonheur ! encor un belge.

(Rostand.)

Il faut n'avoir jamais réfléchi un instant sur la technique poétique pour oser une telle monstruosité !

Ce n'est pas le vers de treize pieds qui est une monstruosité, on m'entend bion, et j'aime voir goûter ceux-ci :

Simplement comme on verse un parfum sur une flamme et comme un soldat répand son sang pour la patrie je voudrais pouvoir mettre mon cœur avec mon âme dans un beau cantique à la Sainte Vierge Marie.

(Verlaine.)

Le silence est une réalité dont on dispose à sa guise, et dont on peut tirer tel ou tel parti.

Les silences sont, ou de véritables temps muets, ou des intervalles au-dessus desquels le son peut se prolonger sans nouvelle articulation.

11 y a quatre espèces de silence ; aux strophes, aux rimes, aux césures, aux accents.

Une trop rapide suite d'accents est nuisible à la qualité d'un vers, puisque l'on invite la voix à s'enfler sans lui laisser le temps de le faire.

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