‹ Notes et réflexions sur l'art poétiqueChapitre 4 sur 11 · LE RYTHME. — SILENCES · texte numérisé non relu

LE RYTHME. — SILENCES

La liaison d'un vers à un autre qui supprime un silence, est contraire à la nature du vers.

C'est une hérésie prosodique, que l'enjambement du sens entre les strophes ; les romantiques ont bataillé pour la faire admettre. Son grand tort est de supprimer un silence, qu'on ne peut pas retrouver plus loin.

L'enjambement n'est tolérable que lorsqu'il ne supprime pas un silence, mais qu'il le retarde simplement.

On a longtemps cru que l'enjambement dépendait de la question de la rime, mais c'est à celle des silences qu'il se rattache.

L'enjambement ne doit pas entraîner un prosaïsme, il doit donc être accidentel.

loi NOTES ET RÉFLEXIONS SUR l'aRT POÉTIQUE

Si l'enjambement consiste à suspendre un mot à un vers :

Monstres brisés, bossus OU tordus,

(Baudelaire.)

Il faudrait un autre mot pour désigner le fait de suspendre tout un vers à un mot.

Tout cassés Qu'ils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille.

{Baudelaire.)

Les doctrinaires du vers libre ont voulu voir dans Tusage de renjambement un moyen dissimulé d'employer des mètres prohibés.

Ruse fluette. L'enjambement, avec ses déplacements de silence, est un moyen qui s'offre à toutes les poétifpies.

De même que Racine a dit :

Mais tout n'est pas détruit et vous eu laissez vivre un...

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