‹ Notes et réflexions sur l'art poétiqueChapitre 7 sur 11 · MUSIQUE · texte numérisé non relu

MUSIQUE

méritoires. Elle s'entête à l'impossible entreprise de renouveler les rythmes et ne s'enorgueillit point d'avoir fait une révolution dans le royaume des sons. Est-ce par bonne grâce et modestie, ou bien l'a-t-elle donc fait comme M. Jourdain sa prose? Ouvrez au hasard des recueils de vers modernes, lisez haut et notez ces nouvelles voix:

Avant de la ouïr dans le soir cjiii va mourir

(//. de Régnier, « Mercure », 1805, n" 68.)

et des gemmes et des trésors turcs et persans {Ahel Bonnard. « Ermitage », 15 janvier 1906.)

et voici, coulis, un soupir (/?. de Souza, « Mercure », octobre 1895, n» 70.)

ni aux fruits, non plus qu'à des coupes secouées

{Gossez, « Ermitage », septembre 1904.)

les psychés ont gardé ton ombre Aloïda oià tu penchais ta robe puce ou bien grenat

(H. Bataille.)

tu y sais bien glousser, etc.

ÇXndré Spire.

On désarticule facilement un morceau, une période, une strophe, on en mesure les éléments, on les pèse, mais un vers pris isolément, on ne l'analyse point, on n'a pas d'instrument assez fin pour l'entamer, c'est presque un atome.

La sonorité est dans les mots pris individuellement, la musique dans leur ensemble.

Les moyens musicaux les moins mystérieux sont Tallitération, les répétitions de voyelles, les liaisons, les hiatus.

Quand on essaie d'analyser un vers, on est tout heureux, si l'on y trouve un de ces effets bien sensibles ; quand il est musical sans user d'aucun d'eux, on ne comprend plus.

Nos modernes ont cru que toute la musique des vers résidait dans ces gros effets, ils e:i ont abusé.

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