Voyez ci-dessus, p
Deutschland, au temps où l'empereur Julien les chassa de l'Empire par la victoire de Strasbourg. J'imprimai, sur toute cette zone, la plus grande activité à l'enseignement primaire et, sans employer les procédés suivis aujourd'hui par les Prussiens pour germaniser de force nos deux anciennes provinces, j'usais, afin d'y répandre notre langue nationale, de moyens que la civilisation et l'équité pouvaient avouer tout haut.
Beaucoup de petites réformes, que l'on trouvera au Bulletin administratif, furent faites dans l'enseignement primaire. Croirait-on, par exemple, qu'on n'y enseignait que l'Histoire Sainte, dont la partie comprise dans l'Ancien Testament n'est pas toujours un livre d'édification. Élèves et maîtres passaient des années dans cette étude et sortaient des écoles sans savoir un mot de la vie de leurs pères et de celle de leur pays. La même pensée qui m'avait fait introduire l'Histoire contemporaine à l'École Polytechnique et dans nos classes de philosophie, me fit placer l'Histoire de France parmi les matières obligatoires de l'enseignement primaire, afin que nos élèves ne fussent pas comme des étrangers dans leur pays.
Une 1res petite chose, qui pouvait avoir d'utiles conséquences, fut la révolution que j'essayai de faire dans l'imagerie d'Épinal. Toute une famille de paysans venait d'être empoisonnée par la ciguë prise dans les bois pour du persil. Je priai M. Milne Edwards, du Muséum, de faire un choix des animaux et insectes utiles ou nuisibles à l'agri-
culture et des plantes de nos campagnes nécessaires ou dangereuses à l'alimentation; les habiles dessinateurs du Jardin des Plantes en firent des dessins coloriés d'une exécution parfaite; les professeurs rédigèrent le texte explicatif mis en regard de chaque figure; et des imprimeurs d'Épinal se chargèrent d'établir à très bas prix ces collections dont le Muséum leur donnait gratuitement la copie. De gros éditeurs de Paris suivirent cet exemple, et les murs de beaucoup d'écoles rurales se couvrirent de dessins qui parlaient aux yeux. Cela commençait au mois de mai 1809; quelques mois après, je quittai le Ministère et l'entreprise tomba '.
Il en fut de môme pour l'Ecole d'agronomie établie au mois d'avril 18G9 au Muséum, avec les meilleurs élèves des Écoles normales primaires. (Voir Bail, adm., 1869, p. 494-195, et les programmes des cours, ibid., p. 502-533.)
Cette école n'a vécu que quelques mois; mais son histoire rappelle les temps héroïques de la vieille Université de Paris et des clercs de la rue du Fouarre. La ville me laissa établir ces jeunes gens dans un bâtiment abandonné de l'ancien collège Rollin, Saint-Louis prêta des couchettes, Louis-le-Grand des matelats et des draps, Henri-IV
1. Voir au Bulletin administratif pour 1869, p. 534, les moyens proposés pour organiser, sans frais. 330 stations agricoles, c'est-à-dire autant de laboratoires qui auraient rendu de grands services par l'analyse des eaux, des terres et des engrais; les agriculteurs étant souvent trompés par des falsifications que les analyses de laboratoire auraient révélées. Nos professeurs de chimie dans les lycées, les collèges et les écoles normales auraient été autorisés à rendre ce service moyennant une rémunération pour chaque manipulation, laquelle se serait ajoutée à leur traitement. M. J.-B. Dumas préparait les instructions qui devaient être remises à chaque professeur et M. Balard avait déjà enfermé tous les réactifs nécessaires dans une boite modèle de très petite dimension, qui aurait été envoyée dans chaque station.
leur donna la nourriture que je payai sur des épluchures de budget; et les aides-naturalistes, chargés des cours sous la direction des professeurs titulaires, se jetèrent avec une juvénile ardeur dans la carrière nouvelle qui leur était ouverte.
Auprès d'eux se seraient formés les professeurs qui nous manquaient et dont nous avions grand besoin, car j'avais rendu obligatoires les exercices d'horticulture jusqu'alors facultatifs. Chacune de nos quatre-vingts Ecoles normales fut invitée à envoyer aux instituteurs du département des graines, des greffes, des boutures pour renouveler les espèces inférieures de légumes et de fruits cultivés par eux et autour d'eux. Enfin l'administration fit savoir qu'elle n'autoriserait aucun plan d'école rurale où l'on n'aurait pas réservé pour le jardin un terrain loué ou acheté.
Le Ministère de l'Instruction publique, avec ses écoles normales, ses cinquante mille instituteurs et ses trois cent cinquante laboratoires de chimie, avait les moyens de multiplier et d'améliorer la production des denrées qui entrent peut-être pour la moitié dans l'alimentation générale du pays et dont la valeur en argent se chiffre par des milliards. Promoteur du progrès moral, il peut donc l'être aussi du progrès industriel '.
1. Pour l'ensemble des mesures prises ou proposées en vue de développer renseignement agricole, voir la table des matières du vol. de Delalain, au mot Agriculture, et i/nd., les p. 682-693.