I. On le trouvera op. cit., p. G
Je me bornerai à appeler l'attention sur trois propositions qui y sont faites : les bourses de l'Enseignement supérieur (op. cit., p. 728), établies plus tard sous le nom de bourses de licence et d'agrégation; l'École pratique des Hautes Etudes, aujourd'hui encore en pleine prospérité; les laboratoires de recherches et d'enseignement, moyen indispensable d'assurer le progrès scientifique; enfin, la pensée qui se trouvait au fond de ces réformes, de reconstituer une grande Université parisienne et quelques Universités provinciales en ramenant la vie scientifique dans celles où ce réveil se montrait de lui-même l. Mais je donnerai quelques lettres de cette époque qui feront connaître la part prise par l'Empereur à ces créations et les efforts faits par le Ministre se débattant douloureusement au milieu des difficultés financières.
La lettre ci-après, de janvier 1868, fut le point de départ de la campagne qui aboutit à la création de l'École des Hautes Études. Celle-ci surprit d'abord, parce qu'elle n'était point enfermée en une maison spéciale; elle fut établie à Paris et en province, partout où existait un homme éminent capable, soit de faire lui-même des découvertes (laboratoires de recherches), soit de mettre des jeunes gens sur la voie où l'on en trouve (laboratoires d'enseignement).
Janvier 1868.
u L'Empereur a paru désirer connaître l'ensemble des moyens d'instruction supérieure dont nous disposons à Paris. Le plan ci-joint montrera à Sa Majesté que la plu-
I. Voir le projet de loi que j'ai présenté au Sénat, le 14 juillet 1870, comme membre de celle assemblée.
part de nos grands établissements scientifiques sont groupés sur le plateau, sur les flancs ou au pied delà Montagne Sainte-Geneviève (Panthéon), à très courte distance les uns des autres, de sorte qu'un étudiant peut, en quelques minutes, aller aux études les plus diverses.
« Les connaissances humaines qui forment l'objet de l'instruction supérieure sont enseignées dans les cinq facultés de théologie, des sciences, des lettres, de droit et de médecine, et dans l'École supérieure de pharmacie.
« Ces six établissements ont des cours réguliers auxquels 6 000 étudiants sont inscrits. On y prépare aux grades universitaires et on y délivre ces grades à la suite d'examens publics.
« L'Observatoire, le Collège de France et le Muséum ne font point partie de l'Université. Ils n'ont point d'élèves inscrits et ne délivrent point de grades. Leur fonction est, non d'enseigner la science faite, comme les facultés universitaires, mais de faire avancer la science.
« L'Ecole normale prépare le recrutement du haut enseignement, et l'Institut en reçoit les représentants les plus autorisés.
« Les artistes (École des Beaux-Arts), les architectes (Ecole d'Architecture), les ingénieurs (École des Mines), les membres futurs des corps savants et de l'armée (École Polytechnique), se mêlent à ce monde de la science et des lettres.
« Sept grandes bibliothèques (à Sainte-Geneviève, à la Sorbonne, à l'Institut, à la Mazarine, au Muséum, à l'Arsenal et à l'École Normale); trois musées, ceux de l'Ecole des Beaux-Arts pour l'art antique , de Cluny pour le moyen âge, du Luxembourg pour l'art moderne; enfin, les
3Ui NOTES ET SOUVENIRS.
incomparables, mais trop souvent inaccessibles richesses du Muséum, offrent à l'homme d'études les ressources les plus précieuses, et le Louvre est à deux pas.
« Dans aucune ville de l'Univers, ne se trouve réuni sur un aussi petit espace un pareil ensemble d'établissements de premier ordre. Tous les moyens de travail pour les plus hautes études littéraires et scientifiques peuvent être compris dans un cercle dont le rayon ne serait que de quelques centaines de mètres.
« Dans quelque direction que la pensée humaine veuille aller, elle trouve là une voie et des guides.
u Toutes les sciences naturelles sont au Muséum.
« Toutes les sciences physiques et mathématiques à la Sorbonne, au Collège de France et à l'Observatoire.
« Toutes les sciences médicales et anthropologiques aux Écoles de Médecine et de Pharmacie, au Val-de-Grâce, à l'Ecole pratique, aux amphithéâtres d'anatomie.
« La physiologie est, ou devrait être, partout.
« Le droit, la théologie, les lettres, l'histoire, la philologie et l'érudition la plus variée se trouvent à l'Ecole de Droit, à la Sorbonne et au Collège de France.
« Tandis que les sciences faites, et pour ainsi dire assises, sont enseignées dans les cinq Facultés, les sciences nouvelles s'essayent dans les cours libres de la clinique et de la rue Gerson. Les sciences en formation s'élaborent au Collège de France et au Muséum.
« Il n'y a pas à déranger ce tout harmonieux et complet, mais il est à peine un seul de ces établissements qui n'exige d'importantes réformes dans son matériel comme dans ses études.
« C'est l'objet d'un travail difficile, délicat, long par con-
séquent, que le Ministre est obligé de faire personnellement, môme pour les détails, et qui sera bientôt soumis à Sa Majesté. »
Tous les établissements scientifiques dont j'indiquais, dans la lettre précédente, remplacement géographique et la fonction devinrent des annexes de Y Ecole pratique des Hautes Etudes parla création, dans chacun d'eux, d'un cabinet d'études ou de laboratoires. L'élasticité de l'institution permit de rattacher plusieurs savants de province à la nouvelle école dont l'unité fut maintenue par le budget que le Gouvernement lui constitua, et par le Conseil supérieur qui, investi de pouvoirs étendus, en relia toutes les parties. Là, point de programmes ni de paperasserie administrative; absolue liberté laissée aux maîtres pour leurs études et pour le choix de leurs auxiliaires. L'État ne s'étant réservé que le droit d'aider les professeurs en mettant à leur disposition les fonds nécessaires pour l'achat des instruments les plus perfectionnés et pour la publication de leurs mémoires.
Un personnage 1 qui a occupé une très grande position dans la politique et qui en garde une considérable dans les Lettres, me demanda un jour des renseignements sur cette école. Je lui répondis par la lettre suivante, en date du 6 décembre 1882 :
« Mon cher ami, « Je vous envoie les renseignements que vous m'avez demandés. Permettez-moi, en même temps, de vous remettre en mémoire le caractère particulier de l'École pratique des Hautes Études.