‹ Notes et souvenirs (1811-1894) (volume 4)Chapitre 32 sur 43 · I. Op. cit., p · texte numérisé non relu

I. Op. cit., p

coup, malgré son hostilité au Gouvernement Impérial, M. Bersot. Je lui répondis par la lettre suivante, en date du 30 août 1865 :

« Monsieur,

« Dans un article de critique, d'ailleurs fort courtoise, vous exprimez la crainte que je ne sois trop épris de Tidée de concours, et vous plaisantez fort agréablement sur les compositions spirites qui, peut-être, un de ces jours, nous viendront des mondes translunaires.

« Toute question peut prôlcr à rire, surtout à un homme d'autant d'esprit que de talent; celle-ci est cependant fort sérieuse.

« Le concours, c'est-à-dire le principe d'émulation, n'existait pas dans l'instruction primaire; je cherche à l'y mettre comme il est dans l'instruction secondaire et supérieure, et il serait très simple dans son mode, n'en déplaise à M. le baron Dupin, qui montre des abécédaires tombant de toutes les communes au canton; comme vous, Monsieur, vous nous faites venir des Ihènrcs de Saturne et d'Uranus. Quant aux récompenses, la plus haute qu'il serait possible d'obtenir serait une bourse dans une école industrielle, agricole ou spéciale.

« Je ne puis voir là un danger. Vous dites, Monsieur, très justement : « Il y a un grand concours, universel et « perpétuel, celui de la vie, qui a lieu tous les jours entre « tous les hommes venus de toutes paris.... C'est pour cela « qu'il faut préparer des hommes ». Je le sais. Monsieur, et tous mes efforts tendent énergiquement à ce but. Mais, n'est-ce pas dans l'enfant, par conséquent à l'école et au lycée, que l'homme se prépare?

« Vous voulez une prèparatioD lai^ et vous nous accuset

d'autoriser, en vue des coucours, que chaque élève suive

UDiquement l'élude où il réussit le mieux ; vous rappelez

enfin la confection hAlive des bacheliers.

■ Je réponds que la réforme récente du baccalauréat et du plan d'études a eu pour but de rendre, sinoo imposable, du moins très difTicile, cette préparation artïRcielle des bacheliers.

• Ensuite, il n'esl pas exact que chaque élève soit préparé en vue d'un succès partiel. Je sais trop bien que les fruits forcés, venus en serre chaude, sont sans saveur et ne se gardent pas.

« Vous oubliez que les prix d'excellence ne sont donnés. Il Pftques, qu'aux élèves ayant réussi dans toule$ les facultés.

a Si, A la fin de l'année classique, il y a des récompenses pour chaque étude, c'est qu'il est bon d'employer les deux systèmes et d'ailleurs, en vérifiant les nominations, vous verrez, Monsieur, que beaucoup d'Olèves sont nommés dans les facultés les plus diverses.

a Ainsi, au Concours géni^ral do celle année, Charlemagne a eu 89 nominalions, gagnées par .">9 élèves; Louis-le- Grand... 123 nominations, gagnées par 83 élèves; Bonaparte... 93 nominalions, gagnées par ">i élèves.

■ Dans les distributions particulières de chaque lycée, la moyenne des nominalions obtenues par chaque élève couronné a été : à Charlemngne, de près do 3; à Loiiis-le- Grand, de plus de â; à Bonaparte, de i.

« L'Université étant désintéressée de toute vue de spéculation, ne vise pas & produire des succt'^s éphémères et trompeurs, mais cherche pour ses élèves le plus large développement de i'esprit. C'est là sa force el sa dignité.

L'ENSEIGNEMENT SECr»NDAlRE CLASSIQUE. '287

<« Le concours entre tous les lycées et collèges de TEmpire a été constitué dans ce but.

« Il consiste en cinq prix seulement; et je résisterai de toutes mes forces au projet d'en ajouter un de plus; deux pour les mathématiques élémentaires et spéciales qui représentent, à deux degrés diflTérents, Tensemble des études scientifiques qui se font au lycée*; trois pour la dissertation française de philosophie, le discours latin et rhistoire, qui sont la plus haute expression de nos études littéraires. Tout élève qui gagne une de ces récompenses est nécessairement un esprit bien cultivé, qui réussira dans le combat de la vie, s'il y porte sa première ardeur et s'il y rencontre des circonstances favorables.

u Quant aux compositions, qui seront envoyées à la commission impériale, elles seront également en petit nombre et auront le même caractère. L'Université, en les y portant, ne fera que dire loyalement à la France el nu Monde, si le Monde veut y regarder : « Voilà ce (jue produit u dans nos lycées, comme pensée, méthode et style, l'ensei- « gnement le plus élevé des sciences et des lettres. »

« Les concours, comme toutes les choses de ce mon<le, sont mêlés de bien et de mal. Mais vous avez été, Monsieur, trop longtemps, et trop bien, des nôtres, pour que je ne m'étonne pas quelque peu de vous voir supposer que l'Université sépare quelquefois l'éducation de l'instruction.

« Le professeur qui, même dans les sciences, ferait ce divorce coupable, serait à mes yeux un détestable professeur, manquant au premier de ses devoirs.

I. 11 n'aurait pas sufli de ne couronner (|iie h's niallH'Minliqii*"^ ^f»«'*ciales qui existent dans 20 lycées seulement.

« Une accusation du Journal des Débats passant par votre bouche où elle se tempère de beaucoup de bienveillance, m*e8l toujours pénible; je ne vous demande pas de la rétracter, mais je serais charmé qu*à Toccasion il vous plût d*utili8er quelques-uns des chiffres et des faits que je viens d^avoir Thonneur de vous citer, pour éloigner de mon administration le reproche qui me serait le plus sensible : celui que j*enseigne aux jeunes gens à ne courtiser que le succès retentissant.

« Si vous vouliez causer avec moi de ces choses et de uelques autres, je suis tout à votre disposition. « Excusez, Monsieur, ce griffonnage d'un homme pressé croyez à tous mes sentiments de considération et d*esle. »

Nos lycées et leurs éludes prospéraient. Le 21 novembre 1867, je pus écrire à TEmpereur :

« Je vous soumets, Sire, le tableau des admissions aux grandes écoles pour Tannée 1H67; il est instructif et rassurant.

« Sur 836 admissions, les maisons ecclésiastiques, malgré leur nombreuse population et leurs richesses, n'en comptent que 127, soit 15 sur 100.

« Mais ce qui est plus remarquable, c'est qu'elles ne font arriver qu'un très petit nombre de leurs élèves aux écoles d'accès véritablement difficile et d'où sortent les hommes qui exercent de l'influence sur les lettres, les sciences et l'industrie.

« Pas un à l'École Normale.

« 15 sur 143 à TÉcoIe Polytechnique.

« 2â sur 233 à TÉcoIe Centrale, la grande école industrielle.

« En revanche, les Jésuites ont eu pour Saint-Cyr 69 admissions sur 301. Ce succès s'explique par la facilité relative de Texamen, mais surtout parce que les Jésuites ont la clientèle assurée des familles légitimistes qui. par leurs traditions, sont des familles militaires et, par leurs opinions, ne veulent ser>'ir qu'à l'armée, parce que là, selon elles, on sert TÉtat et non pas le Prince.

« Il y a eu, en effet, cette année à Saint-Cyr 8i noble» et 219 roturiers.

« Cependant, je ne me tiens pas pour battu, mém^r sur ce point difficile; car, en somme, Sainl-Cyriens à part, l'Université a la préparation aux grandes écoles.

« J'ai plaisir à annoncer à l'Empereur que les lyc/*#-s ont, cette année, 1871 élèves de plus que l'an d^Tnier; que les grandes classes de rhétorique' et d<r pliilosojihi#î, dépeuplées par la bifurcation, comptent ou <:r inorrif-nt 3 562 élèves, dont 193 vétérans; que b-s liov^n^ de I;i^ij|. tés, interrogés sur l'état des études, soni n,ifi,i'niii'< a d' rl;irer qu'elles sont revenues au niveau d<-^ /-iioqu'"» h" pbjH prospères et, sur certains points, le dép;i--rrit : qu «mfifi, I«h résultats des concours généraux prouv^mt I;j v< rih- 'b- 1 ojn nion des Dovens.

« L'Empereur me disait à lîiarril/, il y ;i quin/'r moi**. : Il <« ne faut pas que l'Enseignem^'Hl «-jM-'i;!! f;j--'' Jorl ;i I Kn- « seignement classique. -

« Voilà la réponse. »

Afin de rendre la lutte jJu'^ UitiU-, u',tu- J#'r luiwou-. 'b--. Jésuites pour la préparation aux Krol'-- du i io\\\ti\n'u\*ti^ . I. r^

290 NOTES ET SOLVENiaS.

il fut opéré dans nos principaux lycées un mouveoient de concentration qui permit d'offrir aux candidats des moyens d'instruction plus efficaces. On suit encore cette méthode et Ton s'en trouve bien.

S'il y avait peu de chose à changer au fond de notre organisation classique , beaucoup de petites réformes étaient nécessaires. Rendre les classes plus courtes , au moins jusque dans la division de grammaire, et partout les récréations plus longues avec des exercices multipliés; pour les langues vivantes, répartir les élèves, non pas daprès leur numéro de classe, mais selon leur degré d'avancement dans cetle étude', etc. Mais tout cela aurait dérangé la somnolence de maint proviseur. J'en eus la preuve quand je décidai qu'il serait fail, dans un lycée par Académie, l'expérience des classes courtes. Il fallut, pour que cet essai fût tenté, un ordre ministériel. « Êtes-vous capables d'écouter un sermon de deux heures? » avais-je dit aux proviseurs, dans une réunion provoquée à cet elTet. — w Assurément non », répond le plus récalcitrant. — « Et pourquoi tenez-vous un enfant de dix ou douze ans immobile à la même place deux heures durant? — Mais il n'écoule pas tout ce temps-là! — Alors, à quoi bon lui infliger cet ennui et le confiner dans un air qui l'étiolé? »

L'n autre jour, sur le quai Voltaire, je rencontrai des compagnies de lycéens qui se traînaient paresseusement le long des vitrines en s'arrôtant à toutes les nudités qui y

1. Cet ordre (renseignement fut complètement renouvelé : aux professeurs, la création d'une agrégation spéciale assura les avantages que possédaient les autres aprégés de rUniversité, ce qui éleva le niveau du recrutement, et Tad mission de leurs élèves aux (concours académiques et au Concours général, stimula et récompensa leur zèle. Voyez au volume de Delalain, les pages 22-32 et 12'J-i2o.

cM aient exposées. Au même moment, une mouche descendait la Seine. Un rapport s'établit aussitôt dans mon esprit entre le bateau qui filait joyeusement sur Saint-Cloud et les élèves que ces promenades urbaines ennuyaient ou instruisaient trop. Je retournai sur Theure au Corps législatif d'où je sortais et où je devais rencontrer M. Calvet-Rognial, le président de .l'administration des Bateaux-Omnibus. M Combien me prendriez-vous pour enlever tous les jeudis huit cents à mille collégiens, les porter à Meudon, à Saint Cloud ou au Bois de Vincennes et les ramener deux ou trois heures après? — Vingt-cinq centimes par tète, aller et retour ». Le prix était alors de trente centimes pour un voyage. J'accepte, mais les proviseurs n'acceptent pas. Je les convoque au ministère, j'écoute leurs raisons et comme ils insistaient sur les dangers de traversées si longues, sur leur responsabilité compromise : « Votre responsabilité sera à couvert, leurdis-je, car vous accompagnerez vos élèves et, si un malheur arrive, vous le partagerez avec eux, ce qui vous mettra à l'abri de tout reproche. A jeudi prochain le premier départ; je serai moi-même au (juai d'embarquement. » Il fallut bien se résigner, et tant «pie je restai au ministère les voyages se firent; mais le lendemain de mon départ ils cessèrent. Mieux avisés, les Frères de la Doctrine Chrétienne les continuèrent.

L'Université est une grande machine qui, depuis (jualrevingts ans, va du même branle et dont trop de gens sont intéressés à ne pas déranger les habitudes.

Pour les exercices militaires, je fus plus heureux. Je n'imaginai pas les bataillons scolaires; j'ai même reproché un jour à Paul Bert d'avoir contribué ti les établir. « Sans parler des habitudes soldatesques que vous donnez à vos

NOTFLS RT SOUVENIRS.

btcakin», leurs fiiatl» rn*inquièlont ■. lui dis-je. — Bah! c» fusils ne poricnl qu'à vingt-cinq pas? — C'est suflt<«nt potir une émcule. lui répondis-jn •<. Bt jelui mconlai quVn 1830, un ctilonH dp cuirassiers avait été Irté par un gamio. avec un pîslolpt à domi-casHé.

1^» éi^vcu lie rti((lorJ(]U(' et du philo^optùp. âgi^s d« plu? lie Bcizc an», rcçoiv^nl encore aujourd'hui l'inslruclion (>t*scritp par les r^glernenU ilu 9 marsi 1869 ', et c'est un* pn'puriilion Hurfisantc pour relier l'iScolc à l'arma. Ltf t^l^ves des écoles normales primaire» furent (wumis m in^m*> rt'gini*.

Dans une Iclln- du II' février 18(1", j'écrivais & l'Empereur ;

Sire.

1. Je proposerai A Volrc MajesW, dans la loi »ur la mràtcine, qui se pri^parc, une chose très importante et Irr^ politique ; assurer le service médical à loutcs les populations rurales et leur garantir la santé du corps, en m^m» t^mps que l'École el l'Kglise leur donncronl celle de l'espril et de l'âme.

a Or, celle révolution hygiénique a pour corollaire It succès de la campagne que j'entreprends en ce momeni pour la gymnastique.

■■ Je proposerais ;

!'• De développer largement l'École de gymnastique mililnîre qui existe à la Faisanderie.

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