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114 NOTES ET SOU\TXiRS.
la France *. Fut-il en son pouvoir d'arrêter la plus légitime des révolutions, celle qui, de Palerme à Modène, balaya tous les trônes, moins un? En 1867, son organe au Corps législatif, M. Rouher, dit encore : « Les Italiens n'iront jamais à Rome ». Ce mot jamais^ qui n'appartient ni à la langue des diplomates, ni à celle des politiques, était imprudent, mais nécessaire pour nos catholiques. D'ailleurs Napoléon III est-il le seul souverain dont une conception, bonne dans son principe, ait eu de fâcheuses conséquences *? .
La conduite des Italiens depuis 1870 oblige aujourd'hui la France d'entretenir une armée au pied des Alpes contre nos alliés de Solférino. Mais la politique de l'avenir sera-t-elle celle du roi Humbert? et n'y aura-t-il pas alors à juger diversement la résurrection de l'Italie par la France?
Quand j'arrivai au Conseil, ces événements étaient déjà lointains, mais l'expédition du Mexique était en cours d'exécution depuis près de deux années. Une pensée juste aussi, en théorie, l'avait fait entreprendre : obtenir le redressement de sérieux griefs, soutenir au Nouveau-Monde les
1. La convenlion du 15 septembre 1864, imposée par la France à l'Italie, garantit encore au pape un tiers des États pontificaux et Rome, qui restait la capitale d'honneur des Italiens dont Florence serait la capitale politique.
2. L'Empereur avait écrit à Victor-Emmanuel quel était son plan politique pour l'Italie : fédération italienne sous la présidence d'honneur du pape; retour de quelques-uns des princes dépossédés, qui introduiraient une Constitution dans leurs États, et élection par les souverains, sur une liste dressée par les Chambres, dès membres du Conseil de la fédération qui siégerait à Rome. 11 promettait au roi de Sardaigne, au nom de la France, outre la Lombardie, Parme et Plaisance, la déclaration de Mantoue et de Peschiera comme forteresses fédérales et l'entrée de la Vénétie dans la Confédération. Ce projet eiU donné satisfaction à tous les intérêts, surtout à ceux de la France.
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races latines pour arrêter de ce côté Texpansion des Yankees, peut-être acquérir, d'une manière ou d'une autre, risthme de Tehuanlepec que TEmpereur avait autrefois étudié et où passerait, s'il était coupé, une partie du commerce du monde. Mais à y regarder de près, il étçiit d'une politique détestable d'engager une de nos mains dans ces régions lointaines, quand nous avions déjà l'autre prise, à Rome, dans un engrenage d'où l'Empereur était forcé par nos catholiques de ne la point retirer. L'abandon de l'Espagne et de l'Angleterre qui, d'abord, avaient marché de concert avec nous, fit retomber toute la charge, sur nos épaules. Je ne crois pas qu'il se soit trouvé dans le Conseil, du moins dans celui que j'ai connu, un partisan convaincu de cette aventure, et après que le Ministre d'État eut commis la faute de déclarer à la tribune qu'on ne traiterait jamais avec le président Juarez, c'est-à-dire avec le gouvernement mexicain, nous ne pouvions trouver la paix qu'après avoir conquis le pays tout entier. C'était donc une grande guerre que nous commencions à deux mille lieues de nos frontières, sous les yeux irrités des Anglo- Américains qui, à la fin de leur lutte contre les États esclavagistes, ne manqueraient pas d'intervenir contre nous, au nom de leur doctrine Monroc. C'était aussi donner à l'opposition, dans le Corps législatif, l'occasion de prononcer ces paroles violentes qui commençaient en France la désaffection pour l'Empereur et soutenaient, au Mexique, le courage de nos ennemis ^
1. Le lieutenant-colonel Loisillon, qui était alors au siège de Plevna, raconte que, le lendemain du jour où nous avions perdu trois cent cinquante-cinq hommes dans un assaut, • les Mexicains avaient rempli la plaine et les abords des camps français d'exemplaires d'un discours de Jules Favre •. Lettres sur V expédition du Mexique^ p. 70.
!i6 NOTES ET SOUVENIRS.
Pour diminuer nos embarras, TEmpereur offrit la couronne du Mexique à larchiduc Maximilien. La reconstitution d'une monarchie dans cette ancienne colonie espagnole n'était pas irréalisable. Dès Tannée 1840, on lavait eue à Mexico; Santa Anna Tavail reprise en 1854; cinq ans plus tard, Miramon avait demandé aux cours de Paris, de Londres, de Vienne et de Madrid, de choisir un prince européen pour occuper le trône rétabli ; et les quatre élections présidentielles du plus habile lieutenant de Juarez, Porfirio Diaz, montrent qu'il y avait chez ce peuple un vieux fond monarchique, prêt à faciliter une restauration. Mais cette révolution ne pouvait s'accomplir par l'invasion et la conquête; ce fut l'erreur où le Gouvernement français tomba.
A une soirée des Tuileries, je vis le Prince désigné par nous, sans voir derrière lui l'assistance effective de l'Autriche. Maximilien était calme et plutôt résigné qu'enthousiaste ; mais l'archiduchesse Charlotte me parut fort animée, plus peut-être qu'il ne convenait en circonstances si dangereuses. On sait comment finit cette malheureuse entreprise qui, cependant, n eut pas, comme on le dit encore, des conséquences funestes pour nos forces militaires. A aucun moment, il n'y eut au Mexique plus de trente-cinq mille de nos soldats et de soixante-quatre canons sur les dix mille que contenaient nos arsenaux. On n'a donc pas le droit de faire dater de cette époque l'épuisement de nos régiments et de notre matériel de guerre; mais l'elTet moral fut immense. C'était notre premier échec militaire; et la tragédie de Queretaro, la folie où tomba l'archiduchesse, les tripotages financiers'de gens qui pensaient, comme certain empereur romain, que l'argent sent toujours bon en quel-
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que lieu qu'on le ramasse, mirent dans celte triste affaire de la douleur, de la boue et du sang.
Un jour nous fut soumise la question de la Coehinchine. Fallait-il y rester ou en sortir? La discussion fut assez longue et je n'emportai pas du Conseil la certitude que tous les doutes eussent été éclaircis. De retour chez moi, je rédigeai en quelques heures, sur les différents systèmes de colonisation des puissances européennes, un mémoire pour TEmpereur dont la conclusion était que nos nouvelles provinces ne seraient jamais une colonie de peuplement et qu'il ne fallait compter, pour l'exploitation de ce riche pays, que sur les capitaux et Tinlelligence agricole ou industrielle qu'un petit nombre de Français y apporteraient. Mais j'insistai sur Texcellence de la position militaire et commerciale de Saigon, à l'extrémité du continent indochinois qui plonge, par cette pointe, au milieu du Pacifique. « Avant quarante ou cinquante ans, disais-je, cette mer, devenue le rendez-vous de toutes les flottes
marchandes du globe, jouera en Orient le rôle rempli en Occident par la Méditerranée, dans l'antiquité et aux temps modernes. » L'Empereur communiqua ce mémoire à Billault, qui me pria de le lui rendre, si l'occasion se présentait de s'en servir à la tribune. Le Ministre d'État n'oubliait pas qu'il était l'avocat du Gouvernement. Je ne prétends pas avoir sauvé Saigon, qui avait d'autres défenseurs que le pacifique Ministre de l'Instruction publique; du moins, venais-je de montrer une fois de plus la nécessité pour nous de garder aux mains de la France la clef d'un des principaux passages vers les pays du Soleil levant.
i\S NOTES ET SOU\'EXIRS.
Lorsque commença la guerre du Schleswig-Holstein, je pressai TEmpereur de soutenir notre vieil allié le Danemark. « Mais les Anglais, me dit-il, ne veulent pas lier partie avec nous. » — « Envoyez, Sire, votre flotte à Copenhague, les vaisseaux de la Reine la suivront. » — « Oui, mais dans ce cas, il faut que j*envoie aussi deux cent mille hommes sur le Rhin, ce qui serait le meilleur moyen de créer Tunité allemande. » L'Empereur avait raison et j*avais tort. Pour reconnaître Tappui que la . Prusse lui avait donné contre la France, l'Angleterre et TAutriche, dans les récentes affaires de Pologne, la Russie encourageait les ambitions de la cour de Berlin, jusqu'à renoncer aux droits éventuels des Romanof surles duchés. La France se serait donc trouvée en face d'une guerre formidable et les Polonais auraient pu répéter leur cri de détresse : a La France est trop loin ». Nous ne fîmes rien, en effet, et l'iniquité s'accomplit. L'Autriche et la Prusse se partagèrent les deux duchés qui, après Sadowa, revinrent l'un et l'autre à la Prusse. Celle puissance eut dès lors avec KicI, et elle aura bienlôl, par le canal qu'elle y creuse entre la Baltique et la mer du Nord, une position formidable que l'abandon d'IIeligoland par TAnglelerre, à (juinze lieues du Weser, vient encore d'augmenter.
Le (jouvernemenl français se contenta d'une prolestalion adressée par M. Drouyn de Lhuys à nos agents diplomatiques <( contre cet abus de la force » ; et la Russie doit se repentir aujourd'hui de sa générosité, car Kiel pourra devenir une poutre dans l'œil de Cronstadt.
Dans mon VoycKjr i\ Bukaresl, écrit en 1860 et publié Tannée suivante, j'avais proposé la politique des tampons'.