‹ Notes et souvenirsChapitre 22 sur 38 · Blumtschli, Droit inlernalional codifié, p · texte numérisé non relu

Blumtschli, Droit inlernalional codifié, p

deviendrait-elle pas une grande associalion de paix et de travail où le seul ennemi à combattre serait Tignorance et le vice, où les seules conquêtes à faire seraient les forces naturelles soumises à notre puissance?

On a- dit qu'en 1851 Foccupation de la Belgique fut décidée, puis arrêtée par un prote d'imprimerie ^ Je n'en crois rien, malgré les affirmations récentes d'un ministre belge, M. Frère-Orban, qui prétend que, du commencement à la fin du règne, la conquête de la Belgique a été la constante préoccupation du gouvernement français et de son chef. L'Empereur ne pouvait, à œtte date, songer à déchaîner une grande guerre où il aurait eu contre lui toute TEurope, y compris l'Angleterre, alors que TefTectif de notre armée était au chiffre le plus bas qu'il ait atteint depuis 1848. Il est vrai que la question fut prise au sérieux, en 1865, par quelques personnes, après une visite de Bismarck à Biarritz, où se trouvait l'Empereur. Deux ministres, un surtout, La Valette, alors titulaire du portefeuille de l'Intérieur, m'en parurent très préoccupés. Un jour, le Prince me permit de lui demander si, à Biarritz, Bismarck lui avait véritablement fait cette ouverture. Il me répondit que le comte s'était tenu dans les termes vagues d'une conversation d'où il n'y avait rien à tirer. C'était une variante du procédé dont usa cet homme si habile à coudre la peau du renard à celle du loup, lorsqu'il fit écrire, sous sa dictée,

1. M. de Falloux, fort hostile h Napoléon 111, quoiqu'il eut fait partie (le son premier ministère, a inséré dans ses Mémoires d'un royaliste, t. II, p. 108, au cours de l'année 1851, ces étranges paroles : - Il écrivit sur son bureau un décret annexant la Belgique...; mais le désespoir patriotique du rédacteur en chef du Moniteur suffit pour le toucher et l'arréler. Le décret fut anéanti dans la même nuit qui l'avait vu naître. • Je ne comprends pas comment un pareil conte a pu être accueilli par un homme sérieux.

par notre ambassadeur à Berlin, un projet d'occupation de la Belgique, qu'il présenta ensuite à l'Europe comme une résolution formelle de la France. « II y a trente-trois ans, dis-je à l'Empereur, la Belgique était facile à prendre, parce qu'alors elle n'existait pas comme nation. Ce pays avait eu, durant des siècles, des cités libres, des comtés, des provinces, jamais de peuple. Aujourd'hui un peuple s'y trouve, une nationalité s'y est formée; et ces gens, après avoir appartenu si longtemps à tout le monde, aux seigneurs féodaux et aux bourgeois des villes, puis à la Bourgogne, à l'Autriche, à l'Espagne, enfin aux Français et aux Hollandais, ne veulent plus appartenir à personne. Puisqu'ils sont assez riches pour se donner le luxe d'un gouvernement particulier, quel profit aurions-nous à envoyer un préfet à Bruxelles? Les prendre de force, ce serait, Sire, la honte de votre règne et l'autorisation donnée aux Prussiens d'occuper la Hollande. Ce qu'il nous faut, c'est un bon traité de commerce avec nos voisins du Nord-Est. » Les choses en restèrent là. Je n'ai, d'ailleurs, pas la pensée d'avoir déterminé, par mes paroles, une conduite prudente que des imaginations surchauffées condamnaient. Plus tard, au lendemain de Sadowa, quand Bismarck, encore en Bohème, craignait une intervention armée de la France en faveur de l'Autriche, il renouvela en termes plus précis à notre chargé d'affaires, M. Lefèvre de Béhaine, l'invitation à Napoléon III de saisir la Belgique. Mais, dans le même temps, un ministre Anglais, lord Stanley, disait à notre ambassadeur à Londres que l'entrée des Français en Belgique serait pour l'Angleterre un casus belli. L'Empereur n'avait pas besoin de cette menace pour repousser la mauvaise tentation du chancelier allemand.

On a cité une conversation du prince Napoléon avec Bismarck, où celui-ci aurait renouvelé la proposition qu*il prétendit avoir faite à TEmpereur, après Sadowa, de prendre la Belgique. Napoléon III, ajoutait le comte, lui aurait répondu en parlant « de son amour pour la paix, de la justice, des droits des peuples », toutes choses que le chancelier appelait « des niaiseries ». Je ne sais si cette conversation est authentique, mais elle est bien dans le caractère des deux personnages. Elle est d'ailleurs confirmée par une lettre de l'Empereur à son ministre des AfTaires étrangères, le duc de Gramont, datée de Metz, le 28 juillet 1870:

a Mon cher duc,

« En partant ce matin, j'ai oublié de vous dire qu'il serait bien important de faire le plus tôt possible une dépêche à Lavalette, afin de rejeter sur qui de droit l'initiative et la responsabilité du prétendu traité.

« Voici ce que m'a rappelé mon cousin Napoléon et ce qui est d'accord avec mes souvenirs : M. de Bismarck a dit au prince Napoléon, à Berlin : « Vous cherchez une chose « impossible : vous voulez prendre les provinces du Rhin « qui sont allemandes et qui veulent le rester. Pourquoi « ne pas vous adjoindre la Belgique où existe un peuple « qui a la môme origine, la même religion et parle la même « langue? J'ai déjà fait dire cela à l'Empereur; s'il entrait « dans ces vues, nous l'aiderions à prendre la Belgique; « quant à moi, si j'étais le maître et que je ne fusse pas <( gêné par l'entêtement du roi, ce serait déjà fait ».

« Ceci est authentique, car Goltz* me l'avait déjà dit.

\. Le comte de Goltz, ambassadeur de Prusse en France.

Aussi, à Tépoque de l'exposition, le roi des Belges parla à Napoléon de ses inquiétudes sur mes intentions; mon cousin lui répondit : « Vous devriez être reconnaissant à « TËmpereur, car Bismarck lui a offert la Belgique et il Ta « refusée. En un mot, c'est la Prusse qui a fait l'offre, et « c'est nous qui avons éludé de répondre.

« Napoléon. »

Dans les papiers saisis aux Tuileries, après le 4 septembre, on a cru trouver une note qui aurait été dictée par l'Empereur à son secrétaire, le sénateur Conti, sur un projet d'annexion de la Belgique à la France {Papiers de la famille impériale^ t. I, p. 14). Les éditeurs de ces papiers ont reconnu loyalement (môme volume, p. 469) qu'ils s'étaient trompés sur cette attribution.

L'Empereur avait, contre l'Autriche, une haine de famille, qui se doublait d'une haine politique contre les oppresseurs de ritalie. Ces sentiments l'avaient de bonne heure rapproché de la Prusse dont l'ambition germanique lui semblait aussi légitime que l'ambition italienne du Piémont; il ne manquait môme pas à Berlin d'hommes sensés qui, entrevoyant une rupture entre Napoléon III et François-Joseph, préparaient une évolution de la politique prussienne vers la France. C'était aller au-devant des désirs de l'Empereur qui, en 1850, avait fait admettre la Prusse au congrès de Paris; en 1857, avait négocié la paix entre Beriin et Berne, à propos de Neufchâlel,qui, plus tard enfin, avait favorisé l'élection d'un Hohenzollern au trône hospodaral de la Roumanie.

Tenu, comme les autres ministres non politiques, à l'écart des affaires extérieures, je ne pouvais entrer dans ces

in SffTEè ET SOCVEMIS.

^tarant es combinaison*, qu'on eût applaudies si elles avaient réasAÎ. Le principe des nationalités nous a perdus: il contenait cependant, an fond, une idée de justice qui aurait fait Ilionneur du prince dont la diplomatie et les armes en auraient assuré le triomphe.

En fH66, j*étai9 avec Drouyn de Lhujrs et le maréchal Randon pour l'alliance autrichienne contre la Prusse, comme le prouve la lettre suivante, du 7 avril de cette année 1866 :

u Sire,

» Que TEmpereur me permette un mot de géographie politique.

« On a dit que Votre Majesté ne s'était arrêtée au Mincie que pour laisser un poignard dans le flanc de l'Italie et la tenir ainsi à sa discrétion. L'Empereur avait assez fait en faveur de ritalic pour songer à la France. Mais si la guerre <|iii s'annonce éclate, n'y trouverait-on pas le moyen d'achever, Sire, voire grande œuvre au delà des Alpes.

« L'Italie ne sera ni assurée ni tranquille tant que lui mnn(|ueronl la cité des Doges et la patrie de Virgile.

« L'Autriche, de son côté, ne peut, sous peine de mort, liiiHser une frontière ennemie s'approcher de Triesle et du <;lieniin de fer qui, seul, fait d'elle une puissance maritime. Mais, entre Venise et Trieste, s'étend une province qui n'a jamais été ni ilalienne, ni allemande, le Frioul; qu'on y pince la commune frontière, le long de la Piave ou de la |jV(Mi/.a, (*ntre los montagnes et la mer, et tous les intérêts vrrilnhhîs siéront sauvegardés.

o L'Autriche, menacée aujourd'hui en Allemagne par la

Prusse, son éternelle ennemie, peut faire sans honte celte concession à la France, en échange de cinquante mille hommes seulement, placés à Metz en observation.

« Or, du jour où les Autrichiens auront quitté Vérone, je ne vois pas dans le monde d'alliance plus profitable à la France que celle de TAutriche ; car, avec elle, nous couvrons Constantinople contre les Russes, et rAllemagne contre les Prussiens. »

Quelque temps après Sadowa, je répétai cette parole au prince de Metlernich, ambassadeur d'Autriche à Paris : « Tant que vous êtes restés à Venise et à Milan, en marche sur Turin et sur notre frontière des Alpes, j'ai été, autant que le peut être un citoyen obscur, votre adversaire. A présent que vous avez quitté le quadrilatère, je suis un de vos meilleurs amis. )>

Mais le Corps législatif ne voulait rien voir de ce qui se passait au delà de nos frontières et, en ce moment, où nous aurions eu besoin d'accroître nos forces militaires, opposition et majorité demandaient, pour notre armée, une diminution d'effectif.

L'unité de l'Italie avait pour conséquence l'unité de l'Allemagne, car le nouveau principe de la nationalité était aussi applicable au nord qu'au sud des Alpes. Mais, faite par les Autrichiens, cette révolution aurait mis quatrevingts millions d'hommes à nos portes; faite par la Prusse, ce n'était plus que quarante millions d'Allemands contre quarante millions de Français : la partie était égale. Malheureusement, TEmpereur se souvenait qu'en 1863 François-Joseph avait essayé, à Francfort, de transformer la constitution fédérale de manière à mettre l'Allemagne dans sa dépendance. Cet effort pour réaliser le rêve de

Charles-Quint et de tous les Habsbourg, n'avait pas plus de chances de succès en 1866 qu'au temps de la guerre de Trente Ans. L'union par rAùtriche, puissance catholique aux trois quarts slave ou madgyare, était impossible; elle ne Tétait pas pour la Prusse, état protestant qui avait joué le principal rôle dans la résistance à Napoléon I«^ Aux Tuileries, on penchait pour elle; le traité d'alliance entre l'Italie et la Prusse fut préparé sous les auspices de la France, ou au moins avec son assentiment tacite. Quelques jours auparavant, 31 mars, M. Drouyn de Lhuys écrivait encore à notre ambassadeur en Prusse, que notre résolution était d'observer la neutralité dans le conflit qui se préparait. A quoi Ton répondait de Vienne que cette neutralité « était bien plus favorable à la Prusse qu'à l'Autriche ».

M. Drouyn de Lhuys parlait en ministre des Affaires étrangères qui ne pouvait pas dire à Berlin ce qui se trouvait au fond de sa pensée. Mes conversations avec lui m'autorisent à affirmer qu'il craignait la Prusse et non l'Autriche. Nous avons môme, au moment de Sadowa, parlé ensemble d'un projet qui aurait réparé la faute commise par Talleyrand * en écartant, aux traités de Vienne, la Prusse de la France, par le don de la Saxe aux vainqueurs de Kœniggrœtz et le transfert du roi saxon, qui était catholique, dans les provinces rhénanes dont les habitants sont de la môme confession religieuse. Un souvenir du moyen âge m'avait permis de lui rappeler qu'il y avait eu autrefois

1. Au nom de la légitimité, qui était le mot d'ordre du moment, et sur les instructions de Louis XVllI, proche parent du roi de Saxe, Talleyrand avait combattu le projet d'échanger les États de ce prince contre la Westphalie. En 1866, au contraire, notre ministre des AfTaires étrangères aurait voulu éloigner la Prusse de la France.

un duché de Saxe s'étendant jusqu'au Rhin, et qu'on n'aurait qu'à changer son titre en royaume pour augmenter le nombre des petits États qui formeraient une zone neutre entre nous et les ambitions prussiennes.

A la veille de Sadowa, le « jeu du monde » était dans les mains de la France. Un inspecteur primaire, en Alsace, que j'avais chargé de regarder autour de lui, m'envoya un rapport que je communiquai au Gouvernement. « Dans les provinces rhénanes, me disait-il, il ne reste que deux régiments prussiens qu'on fait voyager incessamment par les chemins de fer, en changeant les numéros de leurs casques, afin de donner à croire qu'il se trouve dans celte région une force militaire considérable. » En même temps, l'ambassadeur de Prusse à Paris, M. de Goitz, demandait à l'Empereur, en mars 1866, quels agrandissements il désirait, et, le 2 juin, Bismarck disait au général italien Govone. que, pour lui, il nous céderait volontiers le pays entre le Rhin et la Moselle. Il est vrai qu'il tenait en réserve un refus du roi*. La victoire de Sadowa, gagnée le 3 juillet, causa une grande émotion en France. Cet écrasement de l'Autriche donnait raison à ceux des membres du Cabinet qui avaient proposé l'alliance autrichienne. Dès le 5, M. Drouyn de Luys demanda la convocation immédiate des Chambres pour obtenir d'elles les subsides nécessaires à la mobilisation de l'armée. L'Empereur y consentit et il fut décidé que le décret paraîtrait le lendemain au Moniteur, Mais, dans la soirée, deux ministres, Rouher et La Valette, ainsi que le prince Napoléon, intervinrent en sens opposé, et VOfficiel resta muet : ce fut une grande faute. On pré-

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