‹ Notes et souvenirsChapitre 24 sur 38 · Voyez ci-dessUs p · texte numérisé non relu

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Durant le siège de Paris, j'eus la révélation des effets de cette politique détestable qui met lés théories des temps paisibles au-dessus des nécessités présentes. Un jour, je me trouvais de faction sur le rempart à côté d'un gros canon qui, de l'endroit où il était placé, aurait battu, à deux cents mètres du glacis, un groupe de maisons abandonnées, et non la roule ouverte tout de son long à l'ennemi. J'en fis la remarque au soldat qui gardait cette pièce. Il me répondit qu'il n'entendait rien à ces questions : « Vous « n'êtes donc pas artilleur? Votre pantalon porte cepen- « dant les deux bandes rouges du corps. » — « Oui, on « m'a donné ce costume, mais, de mon état, je suis sabo- « lier et avant d'entrer à Paris je n'avais pas vu un canon. »

En 1870, plusieurs lettres furent échangées entre Napoléon III, François-Joseph, qui n'avait pas oublié Sadowa, et le roi d'Italie, dont la fortune n'était pas encore liée à celle de Berlin. Mais l'occupation de Rome par les troupiers français effaçait dans l'esprit des Italiens le souvenir de Solférino. Pour l'Autriche, elle ne voulait s'unir à la France que si nous lui apportions un traité avec le nouveau royaume, qui lui donnerait toute sécurité sur sa frontière méridionale, pendant qu'au nord elle tiendrait tôle aux Prussiens. C'était la leçon que lui enseignaient les événements de 1866, alors qu'obligée de combattre des deux mains, elle avait été victorieuse à Custozza avec son meilleur général, l'archiduc Albert, mais écrasée en Bohême où elle n'avait pu envoyer qu'une partie de ses forces. Le général Tùrr, Hongrois au service de rilalie, mais Français de cœur, écrivait, le 27 juillet, à notre ministre des Affaires étrangères : « L'Italie ne fera rien si la France n'abandonne pas Rome »; et le duc de Gra-

mont lui répondait : u II nous est impossible de rien faire pour Rome. Si Tltalie ne veut pas marcher, qu'elle reste. » C'est la question romaine qui nous a perdus.

Je ne connus pas, avant qu'elle fût publique, l'imprudente décision qui parut donner à l'Allemagne le droit de se dire attaquée par nous. C'était le prétexte que Bismarck attendait depuis longtemps et qu'il avait habilement provoqué en supposant, dans un télégramme envoyé le 13 juillet à tous les agents prussiens dans les cours étrangères, que le roi de Prusse aurait eu un procédé insultant pour notre ambassadeur.

La France eut le tort, ayant reçu le désistement du prince de IlohenzoUern au trône d'Espagne, d'exiger du roi Guillaume l'assurance qu'il ne permettrait jamais le renouvellement de pareille candidature. Mais, après la falsification de la dépêche d'Ems par Bismark, nous ne pouvions rester sous le coup d'une imputation calomnieuse qui était une véritable déclaration de guerre. Elle fut acceptée le lendemain dans le Conseil des Ministres du 14 juillet au soir, sur cette parole de Le Bœuf que, pour la faire, nous étions mieux préparés que nous ne lavions jamais été. L'Impératrice, entraînée par le sentiment maternel, a-t-clle dit : u Cette guerre est la mienne »? On répèle ce mot, mais je ne l'ai jamais entendu, ce qui ne prouve point qu'il n'ait pas été prononcé *. Les lois de la nature l'y autorisaient, mais celles de la politique y étaient contraires; car, selon toutes les probabilités humaines, TEmpereur n'aurait pas

i. Sans ména^'emcnt pour la plus grande infortune des temps modernes, IHsmarck accusa, en décembre 1874, devant le Ueichslag prussien, l'Impératrice Eugénie d'avoir, en 1870, poussé à la guerre. Mais Bismarck est-il une autorité historique?

eu le temps de raflermir les marches ébranlées de son trône pour y faire monter sûrement le Prince Impérial, encore beaucoup trop jeune. Et lui-même, pourrait-il seulement s'asseoir à un conseil de guerre et y arrêter un plan de campagne*? Devenu, depuis le 12 juillet 1869 et le 2 janvier 1870, prince constitutionnel, il suivit son ministère, la majorité de la Chambre et ce qui paraissait être, en dehors du parti républicain, le vœu de Paris, d'une partie de la France et celui de l'armée. La déclaration du 19 juillet, qui nous mit en état de guerre avec la Prusse, fut accueillie par les applaudissements du Corps législatif, où, seule, l'opposition, fidèle à ses discours et à ses votes, garda le silence. Les vrais coupables ont été ceux qui firent, sans le savoir, le jeu du chancelier allemand, en jetant la France désarmée dans la plus terrible lutte qui nous coûta, en six mois, deux cent mille hommes et deux provinces.

L'Allemagne était prête et nous ne l'étions pas*. Le Gouvernement avait même proposé une diminution de dix mille hommes sur le contingent annuel et de treize millions au budget de la guerre. Autre imprudence, le vote de l'armée, autorisé pour le plébiscite du 8 mai,, venait de révéler à la Prusse que notre effectif ne dépassait pas deux cent cinquante mille hommes en comptant les non-valeurs habituelles ^

Un jour, je rencontrai à Saint-Cloud le prince de Mettcrnich et Nigra. <i Eh bien! leur dis-je, voilà le moment

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