Mémoires du comte de Beust, t. II, p
NOTES KT SOIVENIHS,
môme à ce moment qu'il élaîl possible de confier à UB 1 congrès la solulion du différend avec la Prusse et il regrettait la mobilisation des réserves que le maréchal Le liœuf 1 voulait convoquer. Mais, dans la soirée, fut connu le télé- | gramme de Bismarck sur l'insulte priUcndue infligée par j le roi de Prusse à notre ambassadeur, et le parti de lal guerre l'emporta.
Lorsqu'on hésitait encore, Le Btruf, entré dans uael violente colère, avait jeté son portefeuille à terre, comme J protestation suprême contre une indigne faiblesse. Mais j comptant trop sur notre vieu>c renom militaire, il n'avait | pas mis la France sur pied, comme l'Allemagne l'était tout 1 entière. L'insuffisance de nos préparatifs était très grande, j malgré le mot du Ministre de la Guerre : •< Nous sommes I prêts jusqu'au dernier bouton de guêtre » ; et celui que ma ■ femme entendît prononcer par le général Frossard, dans i un salon des Tuileries : « Notre artillerie est en avance de \ deux ans sur celte des Prussiens. » Combien d'autres | m'ont répété : « Nous irons à Berlin la canne à la main ' Et n'est-ce pas la Chambre et les ministres qui ont voulu la guerre, des députés qui ont imposé au Gouvernement ^ Bazaine comme généralissime'? Faites donc la part de chacun dans le commun désastre.
l.Le 31 mars 1811, j'écrivais & • Le Bœot a. invité un de me» ani i. BerUo. .
2. J'ai vuàCoinpiëgne, en l8âS, Bazaine délaissé de toul le mondial □riiciel et réduit h se promener solitaire devant le ctiàleau. Ëtrangorv à ce qui se passait dans les sous-sole de la politique militaire comprenais pas cet isolement d'un maréchal de France, et j'allai h m 1 rencontre pour lui lenir quelques instants compagnie. Cependant te I 15 octobre 196D, il obtenait le commandement de la garde irapérlalft I et, l'année suivante, 9 aofll, l'Empereur remettait entre ses mains J presque tout son pouvoir militaire.
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L'Empereur lui-môme, dans quel état de santé était-il? Une maladie cruelle minait ses forces et affaiblissait sa volonté. Très brave contre les dangers du dehors, il était très faible contre la douleur physique, tout en la supportant avec stoïcisme. Un de ses médecins, le baron Larrey, m'a raconté qu'il fut un jour à Châlons, appelé près de lui dès SIX heures du matin, après une nuit où le prince avait eu d'abominables souffrances. Le docteur reconnut des coliques néphrétiques et parla de faire un sondage, probablement une opération. L'Empereur repoussa bien loin cette proposition et lui enjoignit de garder un silence absolu sur ce qu'il venait d'apprendre. Vers le temps de la bataille de Sadowa, de vives douleurs, en diminuant l'énergie du prince, expliquent qu'il ait alors reculé devant une résolution qui aurait mis l'Europe en feu. Le 2 juillet i870, il y eut une consultation médicale dont la conclusion, semblable à celle du docteur de Châlons, ne fut pas mieux acceptée. Quand l'Empereur partit pour la guerre francoprussienne, il ne pouvait se tenir à cheval. Lorsqu'il s'agit d'un chef d'État, il y a lieu de compter avec ces questions de santé ou de maladie. En 1870, les circonstances forçaient l'Empereur de se rendre à l'armée dont il était le chef ofGciel, et il allait n'y être qu'une cause d'embarras pour les généraux.
Frossard, président du comité du Génie, allait tous les ans inspecter nos forteresses de l'Est et, au moment de la guerre, elles se trouvèrent dans un état lamentable. Le Bœuf, ancien président du comité de Tartillerie, n'avait pas fait mieux pour son arme. Un télégramme du général Ducrot au Ministre de la Guerre, daté du 20 juillet, porte : « Demain, il y aura à peine cinquante hommes pour garder
iCO NOTES ET SOUVENIRS.
la place de Neuf-Brisach ; et Fort-Mortier, Schlestadt, la Petite-Pierre et Lichtenberg sont dans le même état. » Le lendemain, le commandant du II' corps écrit de Saint- Avold : « Nous n'avons pas une carte de la frontière de France. » Le 24 juillet, le major-général reçoit de Thionville la dépêche suivante : « Le IV* corps n'a encore ni cantines, ni ambulances, ni voitures d'équipages. Tout est complètement dégarni ». Le même jour, Tlnlendant du IIP corps se plaint à la Guerre, « de n'avoir ni infirmiers, ni ouvriei*s d'administration, ni caissons d'ambulances, ni fours de campagne, ni train, ni instruments de pesage; et à la 4* division et à la division de cavalerie, je n'ai pas même un fonctionnaire. » Mêmes réclamations à Metz, le 27, de la part de l'Intendant du T' corps, etc, etc. Pour la suite de ces révélations lamentables, voir les télégrammes saisis, après le 4 septembre, au Ministère de la Guerre. Je citerai encore une lettre du 10 août, écrite par un général au comte de Palikao, le nouveau Ministre de la Guerre, et qui montre à quel point tout nous manquait :
« .... Dès mon arrivée à Strasbourg, il y a environ douze jours, j'ai été frappé de l'insuffisance de l'administration et de Tartillerie.
« Dans les magasins, pas. de bidons, gamelles ou marmites; pas de cantines d'ambulance ni de bâts; pas d'ambulances enfin, ni pour les divisions ni pour les corps d'armée. Jusqu'au 7, il était presque impossible de se procurer un cacolel pour transporter un blessé; le 7, des milliers de blessés seront restés entre les mains de l'ennemi, rien n'étant préparé pour les transporter.
« Depuis mon arrivée à Strasbourg, je n'ai jamais vu un jour de distributions régulières pour les hommes ou pour
les chevaux. Depuis le 7, on manque absolument de toul, ce qui fait que noire retraite ressemble à une vraie déroute.
« Je ne puis pas affirmer que Torganisation de Tintendance soit mauvaise, que son esprit soit vicieux, que le contrôle de Tadministration ne soit pas efficace ; mais ce corps est absolument insuffisant pour les besoins d'une armée en campagne.
« Si nos soldats ne vivent depuis quatre jours que des aumônes des habitants, si nos routes sont semées de traînards mourant de faim, c'est à Tintendance qu'il faut en faire remonter la responsabilité.
« Vous aurez peine à croire qu'à Strasbourg, dans ce grand arsenal de l'Est, il a été impossible de trouver des aiguilles^ des rondelles et des (êtes mobiles de rechange pour nos fusils !
c< La première chose que nous disaient les commandants de batteries de mitrailleuses, c'est qu'il faudrait ménager les munitions parce qu'il n'y en avait pas.
<« En effet, à la bataille du 7, les batteries de mitrailleuses, et d'autres aussi, ont quitté le champ de bataille pendant longtemps pour aller chercher de nouvelles provisons au parc de réserve, lequel était lui-môme assez pauvre, dit-on.
« Le 6, l'ordre ayant été donné de faire sauter un pont, il ne s'est pas trouvé de poudre de mine dans tout le corps d'armée, ni au génie, ni à rartillerie!
« Enfin, et c'est ici le plus grave, notre artillerie est dans une infériorité déplorable vis-à-vis de celle des Prussiens, tant sous le rapport du calibre que sous celui du
nombre.
« Nos pièces de 4, jolis joujous dans une exposition, n'ont pu tenir un instant nulle part devant les batteries de 12 des Prussiens; portée, justesse, rapidité du tir, tout est sans comparaison à l'avantage de nos ennemis.
« Tandis que notre artillerie n'a tenu nulle part, celle des Prussiens n'a jamais quitté ses positions que pour se porter en avant, semblant ne recevoir de la nôtre aucune atteinte, et se conduisant avec le môme sang-froid et la même précision qu'au polygone.
« De plus, je crois me rappeler que la proportion de l'artillerie est en Prusse de cinq batteries par division, tandis qu'en France elle n'est que de trois.
« Que l'on double nos petites batteries de 4 des batteries de 12 qui doivent se trouver encore dans les arsenaux, qu'on assure leurs approvisionnements de manière à n'être pas forcés d'interrompre le feu pendant la bataille, il restera encore à notre artillerie le désavantage de ne pas se charger parla culasse; mais déjà, comme calibre et comme nombre, nous nous trouverons dans des conditions meilleures.
« Les seules armes qui aient été vraiment au niveau et au-dessus des circonstances , sont celles qui ne passent pas pour savantes.
« yuand on a dit à la cavalerie de charger, deux brigades de cuirassiers sont allées bravement s'engloutir au milieu de l'infanterie ennemie, où elles ont été anéanties.
« Qu^iit à l'infanterie, sa conduite a été héroïque : tout le monde l'a dit le jour môme, et on ne saura jamais assez le proclamer.
« Au nombre de trente mille contre cent quarante mille, dit-on, elle a défendu ses positions depuis sept heures du
malin jusqu'à une heure de Taprès-midi, sans reculer d'une semelle, chargeant plusieurs fois Tennemi pour le repousser quand il se portait en avant, et avec une énergie dont vous aurez une idée par le chiffre de ses pertes : la moyenne des pertes en officiers est de quarante sur soixante-quatre; celle des soldats de douze cents sur deux mille deux cents : il y a des régiments qui ont perdu moins ; il y en a qui ont perdu plus; la moyenne que je vous donne est vraie, vous le verrez en recevant les situations.
a Cette infanterie n'aurait pas reculé encore, si elle n'eût été tournée, enveloppée de toutes parts, si le canon et la fusillade de Tennemi ne se fussent fait entendre sur sa ligne de retraite : n'est-ce pas vraiment sublime!
« Que l'on fasse de suite^ de sut/e, de grosses promotions pour récompenser et encourager ceux qui ont subi de si graves épreuves et si vaillamment fait leur devoir.
« Et maintenant, mon général, pourquoi, quand Ton a deux cent mille hommes sous la main, faciles à concentrer, chaque petit corps va-t-il successivement se briser contre les masses des ennemis? En nombre à peu près égal, malgré les défauts que je viens de vous signaler, ce sont âes victoires que nous aurions enregistrées au lieu de défaites !
« Pourquoi accepter la bataille, quand on sait que l'on se battra ut) contre quatre ou cinq"!
« Pourquoi, quand on voit la bataille perdue, ne pas profiler du reste d'énergie des troupes pour donner en temps opportun les ordres nécessaires pour opérer une retraite honorable, pour sauver les bagages, les réserves d'artillerie, la caisse de l'armée?
« Pourquoi mettre cette masse d'hommes et de chevaux
en retraite sur une seule route, où elle ne peut se mouvoir ni vivre régulièrement, tandis qu'en lui indiquant au loin en arrière un point de concentration, chaque commandant de division s*y fût rendu plus vite, plus facilement, en nourrissant sa troupe, sans épuiser les localités?
tt En résumé, ce qu'il faut au plus vite, c'est la rapide concentration de toutes nos forces sur un point, l'augmentation de l'artillerie; un meilleur service des vivres et des ambulances, si c*est possible*. »
Et un autre général écrivait après Forbach : « Le grand malheur a été la dissémination des troupes en corps d'armée de vingt-cinq mille hommes, qui ne peuvent tenir isolément contre des armées de cent mille hommes et plus*. »
Notre armée de l'Est était admirable et, bien commandée, elle aurait changé les conditions de la guerre. Si, à Wissembourg, Abel Douay s'était éclairé, au lieu de faire sur la grande route une promenade militaire, ses six mille hommes n'auraient pas été surpris et écrasés par quarante mille ennemis qui se tenaient près de là, en silence et à couvert sous la forêt de Bienwald*. Si, à Wœrth, Mac-Mahon avait pu appeler plus vite à lui, du sud, le corps entier de Félix Douay, et, du nord, celui de de Failly qui entendit, à
1. Général Cousin de Monlauban, comte de Palikao, Un Ministère de vingt-quatre jours, du 10 août au 4 septembre 4870, p. 57-63.
2. Jbid., p. 67. Les Allemands eurent neuf cent soixanle-cinq mille hommes et mille cinq cent trente-huit canons, c'est-à-dire bien près d'un million d'hommes contre moins de trois cent mille Français. — Sur rinsuffisance de nos préparatifs, voir les Mémoires posthumes du général Thoumas, Paris, Tours, Bordeaux; 1893.
3. Mon fils Albert, engagé dans le T' régiment de tirailleurs algériens pour la campagne, se battit à Wissembourg, à Wœrth et dans toutes les afTaires qui eurent lieu jusqu'à Sedan. Par lui j'ai pu aroir des renseignements certains sur ce qu'il avait vu.
quatre lieues de dislance, le canon de Frœschwiller et n'y marcha point, ce n'est pas avec trente-cinq mille hommes qu'il aurait combattu contre plus de cent millet Le jour où commença sa retraite désastreuse, qui ne s'arrêta qu'à Châlons, laissant tous les chemins d*invasion ouverts der* rière elle, le général Frossard envoyait demander l'appui de deux divisions qui le suivaient. Le chef de Tune était couché, l'autre sans ordre; tous deux refusèrent de marcher et la bataille de Forbach fut perdue*. Le 9 août, le protégé de Thiers et de l'opposition, celui que Jules Favre appelait (( notre glorieux Bazaine », fut nommé général en chef de l'armée du Rhin; les choses n'en allèrent pas mieux. Bazaine refusa de suivre l'Empereur à Verdun et dans les plaines de la Champagne, où les Prussiens avaient trouvé, en 1792, « les Thermopyles de la France ». 11 aurait pu transformer les combats heureux de Borny (14 août), de Rezonville (16) et de Saint-Privat (18), en brillantes victoires; il ne Tosa pas, « pour ne pas s'éloigner de Metz », disent les écrivains prussiens, où deux mois après, il capitula avec une armée de cent cinquante et un mille hommes\ A Saint-Privat, Canrobert, avec le Vr corps, détruit une partie de la garde royale de Prusse; pour achever ce succès, il réclame en vain l'assistance de la garde impériale
1. Par excès de bravoure le maréchal fit une trop longue résistance à FroBSchwiller, de sorte qu'il n*eut ni le temps ni les moyens d'organiser la retraite et de s'établir dans les Vosges.
2. Ce fait m*a été raconté [)ar Taide de camp, aujourd'hui colonel, qui fut chargé du message de Frossard auprès des deux divisionnaires.
3. Le rapport du prince Frédéric-Charles porte le nombre des Français qui, à Metz, déposèrent les armes devant lui, à cent soixante-treize mille. Gratiolet, Souvenirs d'un artilleur de Vaiinée du Rhin, p. 209. Voyez dans le même ouvrage, p. 18-20, une citation de la Gazelle de Cologne qui montre les suites fatales qu'aurait pu avoir pour l'armée prussienne la réunion des forces françaises en Champagne.
de France rangée à Plappeville, en arrière de ses troupes; Baïaine refuse, et le prince Frédéric-Charles a le temps de réunir 200 canons contre le maréchal qui n'en a que 62! A Beaumont, le général de Failly se laisse surprendre à son bivouac par Tartillerie prussienne. Le prince royal fait une pointe téméraire sur Paris; Palikao, alors Ministre de la Guerre, en profite pour lancer Tarmée constituée à Châlons sur la route de Metz, oii Bazaine est enfermé avec cent cinquante mille hommes : « Je donnai au maréchal de Mac-Mahon, me dit-il, soixante-douze heures d'avance sur le prince royal*. » Mais celui-ci, averti par nos journaux
1. Dans une dépêche à l'Empereur du 27 août, II heures du soir, Palikao disait encore que Tarmée de Mac-Mahon avait, à celte date, trente-siï, peut-être môme quarante-huit heures d'avance sur le prince royal de Prusse. Le lendemain il répèle à Mac-Mahon : • Vous avez trente heures d'avance sur le prince royal ». Le 31 août, il lui écrit encore : ■ Je suis surpris du peu de renseignements que vous me donnez.... Votre dépèche de ce matin ne m'explique pas la cause de votre marche en arrière, qui va causer la plus vive émotion. Vous avez donc éprouvé un revers? » Le duc de Broglie me dit que le maréchal déclara dans ses Mémoires que ces malheureux changements de direction lui furent imposés par le Ministre de la Guenv. (l'est difficile à admettre, après les paroles que le comle de Palikao m'a dites el après les chiffres donnés par ses trois lettres des 27, 28 et 31 août. Je sais bien que pendant le séjour de Rouher à Reims, la question du relour de l'Empereur à Paris, ou de la continuation de son séjour à l'armée suscita de vives discussions; mais dès que le maréchal sortit de Reims, il fut maître de ses mouvements, avec le droit dcrenoncer à son commandement, s'il désapprouvait la marche qu'on lui imposait. — Dans le livre du général Vinoy sur le siège de Paris, l'auteur écrit à la page 19 : • Le maréchal de Mac-Mahon commença son mouvement vers Metz le 21 août; il n'arriva que le 26 sur l'Aisne, marche indécise qui produisit un retard terriblemenl fatal, et qui aurait été évité s'il eût suivi une roule plus directe. » — Dès le 23, une lettre interceptée d'un officier supérieur de l'armée de Melz avertit le roi Guillaume de la marche de Mac-Mahon. Un télégramme du même jour, parli de Paris et venu par Londres, révéla, le 2"), le même dessein, que confirmèrent nos journaux arrivés à l'état-major prusî^ien et les discours de nos députés signalant la honte réservée à la France, si Bazaine n'était pas secouru.
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de ce qui se prépare sur sa droite, s'arrête, puis retourne en arrière, tandis qu'au delà de Reims nous tenons des conseils au lieu de marcher. Mon fils m'écrivait de Voncq : « Nous faisons un mouvement tournant qui aura des conséquences mémorables. » Deux jours après, nouvelle lettre datée du môme endroit : « Je n'y comprends plus rien ; nous piétinons sur place. » En six jours, du 22 au 28 août, le maréchal changea trois ou quatre fois de direction et donna ainsi le temps aux quatre cent mille Prussiens qui nous attendaient ou nous suivaient, de préparer les deux puissantes tenailles qui, le 1" septembre, se fermèrent sur lui. J'ignore si la marche sur Metz était la meilleure opération à tenter; mais je sais qu'à la guerre, une entreprise hardie veut être audacieusement exécutée. Chercher à délivrer Bazaine, c'était jouer la partie sur une seule carte, et, pour la gagner, il fallait courir à Metz. Les soldats de Napoléon disaient : « L'Empereur remporte des victoires avec nos jambes »; mais l'armée de Châlons n'en avait pas. Au bout de ces hésitations, était Sedan; tout s'y effondra.
Les généraux prussiens se sont-ils montrés grands stratégistes, ou leur victoire n'a-t-elle pas été simplement la solution heureuse d'un problème élémentaire de mécanique : la masse multipliée par la vitesse*. L'armée française, qui, en trente jours, livra dix batailles, a été, par son
1. • Qui pourrait nier qu'avec toute noire science, notre bravoure, notre discipline, nous avons eu aussi un bonheur insolent? Les généraux français semblaient pour la plupart frappés d'un aveuglement sans pareil dans l'histoire de la guerre, et la masse dos fautes commises par eux surpasse de beaucoup le nombre de nos succès et de nos combinaisons heureuses. - (Schreicler, secrétaire du roi de Prusse : Aus meinem Leben, 1872.)
I()8 XOTES ET SOUVENIRS.
courage, digne des plus beaux temps de noire gloire mililaiie. Mais les défenses de Mi'lz el de Strasbourg élaienl aussi négligées qu'en pleine paix '. Nous avions des mitrailleuses sorties la veille des ateliers de Moudon, dont l'arniée, par conséquent, connaissait mal l'usage, et qui, d'ailleurs, ne pouvaient tenir contre les canons ennemis dont la portée était plus grande el le tir plus juste. Nos adversaires avaient pris à leur usage les règlements que Napoléon 1" avait établis pour la formidable cavalerie de Murât, de Lasalle el de Moobrun; la nôtre, en 1870, les avait oubliés et ne sut pas nous éclairer : de là tant de surprises fatales. Un général, envoyé à Lunéville pour y prendre le commandement d'une brigade de cavalerie, fut obligé d'acheter de ses deniers une foule de choses indispensables au campement de ses hommes. Ces régiments, placés à la frontière, ne devaient pas être dans une situalion exceptionnelle; leur dénuement montra rimi>éritie Je l'administration de la Guerre el la hâte funeste de ceux qui firent déclarer les hostilités. Ajoutez que le plan général de la résistance a été très défectueux, de sorte que l'héroïsme de quelques lieutenants ne prévalut pas sur l'insuffisance du commandemenl supérieur, l'éparpillemenl de nos forces et l'insuffisance de nos préparatifs.
Par crainte d'une révolution à Paris, le Gouvernement avait décidé que l'Empereur suivrait l'armée. Mais Napoléon 111 n'avait pas les qualités militaires de son oncle. Aussi n'exerça-l-il pas, dans cette campagne, un comman-
Les forts de Queuleu, de Saint-Quentin, de PlappevUle el de
it-Jiilien éUieot inachevés, uu n'avaient pas encore, le 3 aoiU, les
it5 Uh siège. Souvenii's d'un lancier lU la garde, par M. de Bail-
qui nrriïa i Meti ce jour-li.. Voyez aussi la lettre relative k
urg, citée ci-des*u8, p. leo «I suivantes.