‹ Notes et souvenirsChapitre 3 sur 38 · Sur cette école, voyez le volume de Delalain · texte numérisé non relu

Sur cette école, voyez le volume de Delalain

« Reste la question d'opportunité.

« Les deux lois sur le droit de réunion et sur la presse marquent, à mon sens, que Téchéance de cette promesse est arrivée, et il vaudrait mieux que le Gouvernement eût l'honneur de l'initiative plutôt que de se laisser traîner, sur cette question, à la remorque du parti clérical.

« Cette mesure, comme toute chose humaine, présente des avantages et des inconvénients. Ceux-ci seraient la création problable de cours catholiques en regard de cours ultra -libéraux, bien que la chimie, la physique, etc., ne puissent être ni républicaines, ni cléricales. Mais, en revanche, nous aurions, dans TEnseignement supérieur, par la concurrence des chaires libres, une vie qui, sur bien des points, lui manque aujourd'hui. Ce serait un moyen de découvrir des hommes ou d'en faire, de créer des sciences nouvelles ou de développer les anciennes.

« Par ces raisons, je serais d'avis d'exécuter la promesse de 1850.

« Voici mon projet de loi. Nous pourrons en parler mercredi , au Conseil . Mais trouvez-vous mauvais que je consulte à cet égard le Conseil impérial qui se réunit

lundi.

« J'aurai soin de réserver d'une manière absolue la décision du Gouvernement, en présentant ce projet comme un simple texte à discussion sur une question importante pour laquelle je désirerais connaître à l'avance l'avis du Conseil. »

Le moment était donc venu pour le Gouvernement d'arrêter ses idées à ce sujet. Je rédigeai, sur cette matière difficile, un projet de loi qu'il est inutile de reproduire,

puisqu'il n'alla point aux Chambres, mais qui fui distribué, à titre confidentiel, au Conseil impérial. Une commission de dix membres, choisis parmi les personnages les plus considérables de l'État et du Conseil, en discuta le principe. Je possède encore le procès-verbal de cette très curieuse séance où l'on vit tout ce qu'une liberté de plus pouvait causer d'efTroi à de vieux politiques, satisfaits du présent et fermant les yeux à l'avenir. Deux années et quelques mois les séparaient du temps où le pouvoir exécutif allait être violemment renversé, et ils ne se disaient pas que la grande habileté aux armes est de détourner Tépée de l'adversaire, ni qu'il était utile d'ôter à l'opposition un de ses griefs les plus retentissants.

Le procès-verbal de celte discussion fut rédigé, séance tenante, par le Directeur de l'Enseignement supérieur, M. A. du Mesnil, aujourd'hui conseiller d'État. Je le copie ici, parce qu'il montre à quels obstacles le Ministre se serait exposé en persistant dans son dessein.

Discussion du projet de loi sur la liberté de V Enseignement

supérieur, le 1 3 décembre 1 867,

Présents : le Ministre, MM. Troplong, Vuitry, de Royer, Delangle, Bonjean, Duvergier, Flandin, Le Verrier, Giraud, Dutrey, Ch. Robert; — du Mesnil, secrétaire.

« Le Ministre. — La discussion de la loi sur le droit de réunion, la discussion de la pétition Giraud seront une occasion toute naturelle pour aborder la question de la liberté de l'Enseignement supérieur. Quelle doit être l'attitude du Gouvernement dans cette circonstance, que

i^ NOTES ET SOUVENIRS.

peut-il considérer, que doit-il retenir, Theurc est-elle venue de tenir la promesse contenue dans la loi de 1850; ou bien ne doit-on pas craindre encore de se mettre en contradiction avec les lois générales de l'Étal, et n'est-ce pas convenable tout au moins d'attendre que la loi sur les réunions et la nouvelle loi sur la presse aient été votées? Le Ministre de Tlnstruction publique a cru de son devoir de consulter le Conseil; le projet placé sous les yeux de cette assemblée a été préparé pour elle seule, il est un appel fait à ses lumières, une sorte de thème qui devra permettre à chacun des membres d'exposer ses hésitations et sa pensée. Comme on en pourra juger, le projet se compose d'un petit nombre d'articles. Pour la médecine et les sciences, les excursions dans le domaine politique ne sont pas à craindre ; mais il peut en être autrement pour les lettres et pour le droit. Comment l'enseignement de l'histoire et de la philosophie seront-ils compris; se bomera-t-on à exposer, à faire connaître la Constitution, ou prétendra-t-on la critiquer? Quelle sera la règle, quelle sera la police du nouvel enseignement? 11 est vrai que les élèves de nos écoles actuelles sont nombreux et que la liberté existe déjà en fait, sinon en droit; un très grand nombre d'étudiants ne suivent pas les cours de la Faculté; ils reçoivent des leçons de toute main, l'assiduité n'étant pas exigée à Paris, et les dispenses se multipliant de plus en plus en province. Les inscriptions, que sont-elles en effet? — un moyen fiscal, un impôt, un moyen de discipline ; mais elles n'assujettissent pas, il s'en faut, les candidats aux grades à ne suivre exclusivement que les leçons de la Faculté. Puis, s'il est vrai de dire que la liberté puisse avoir des inconvénients, encore faut-il les préciser et ne pas se ren-

fermer dans un refus qui, s'il n'est pas raisonné, doit donner lieu à d'incessantes revendications.

« M. Delangle, ancien ministre. — ^ Où est l'utilité de créer une École libre de droit à côté de l'École de Paris? A quels intérêts cette création peut-elle donner satisfaction? N'estil pas. déjà malaisé de trouver des professeurs et n'est-il pas vrai que l'on a songé à réduire le nombre des Facultés pour fortifier l'Enseignement?

« Le Ministre. — La difficulté de trouver des professeurs n'est pas un moyen que l'on puisse invoquer. Deux nouvelles Facultés ont été créées tout récemment, et les résultats attestent que les professeurs de Nancy et de Douai ont su acquérir, dès le début, la confiance des familles et des étudiants. A Douai notamment, un certain nombre d'élèves qui habitent les localités environnantes prennent le chemin de fer pour venir suivre les cours de l'École. Le concours d'agrégation de 1867 a été remarquable, et la valeur de ses épreuves, bien loin de décliner, s'élève.

« Le talent des professeurs actuels est donc hors du débat et le recrutement des chaires officielles est assuré. Mais une objection fréquemment reproduite est celle-ci : le jour où les élèves ne seront plus contraints de suivre les cours, que deviendront les doctrines, où sera la discipline, de quoi auront-ils à justifier, quelles preuves exigerez-vous d'eux? Le Ministre a déjà répondu : l'assiduité n'est plus de règle qipe dans les départements, encore peut-on s'y soustraire sous divers prétextes et à l'aide de diverses excuses. L'étudiant, en plus d'un lieu, s'inscrit et disparaît pour ne plus se montrer qu'aux examens. Où va-t-il chercher ses maîtres, quel est le sens, l'esprit des leçons qu 'il reçoit? On n'en sait rien.

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