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ÉCOLE LIBRE DE MÉDECINE POUR LES FEMMES

Programme des cours provisoires de la 1^ année.

« La première année sera principalement consacrée à Tétude des sciences qui sont la base de la médecine : l'histoire naturelle, la chimie, la physique, étudiées dans leurs applications à Tart de guérir, et Tanatomie.

« Pendant le premier semestre, les élèves suivront des cours institués à la Sorbonne pour Tinstruction secondaire des jeunes filles et ayant pour objet :

« !• Des notions élémentaires de physique. — Professeur : M. Jamin, membre de Tlnstitut.

« 2*» Des notions élémentaires de chimie. — Professeur : M. Riche, professeur suppléant à TÉcole supérieure de pharmacie.

« 3® Des notions élémentaires de botanique. — Professeur : M. Van Tieghem, mattre de conférences à TÉcole Normale supérieure.

« 4^ Des notions élémentaires d'anatomieet de physiologie animale. — M. Bert, membre de la Faculté des sciences.

« 5° Des notions élémentaires de mathématiques. — Professeur : M. Philippon, secrétaire de la Faculté des sciences.

« Pendant le second semestre, les élèves suivent :

« i° Un cours spécial de chimie pharmaceutique et médicale. — Professeur : un pharmacien des hôpitaux.

« 2° Des leçons spéciales d'anatomie et de physiologie humaine, considérées dans leurs rapports avec la médecine et ayant principalement pour objet les fonctions de la digestion, de la respiration, delà circulation et de Tinnervation. — Professeur : un chirurgien des hôpitaux.

« 3° Des leçons «Mémentaires sur la pathologie, spécia-

lement sur les maladies particulières aux enfants, et leçons d'hygiène. — Professeurs : deux médecins des hôpitaux.

« A partir de ce second semestre, les élèves fréquenteront les hôpitaux qui leur seront désignés, et où des cliniques spéciales pour elles seront instituées.

« Des conférences complémentaires et des démonstrations sur les mêmes sujets seront faites par des répétiteurs spéciaux.

« Pendant cette première année et les années suivantes, les élèves qui voudront exercer en pays musulman auront, chaque semaine, trois leçons de turc ou d'arabe. — Professeurs : M. Pavet de Courteille, professeur au Collège de France, et M. (?)

« A la (in de Tannée scolaire, examen de passage au cours supérieur* ».

J'avais eu soin d'écrire au Ministre de l'Instruction publique, M. Mège, pour l'avertir du but que nous poursuivions et mettre la nouvelle école à l'abri des sévérités administratives, en obtenant pour elle le droit de vivre comme les autres cours autorisés. M. Mège voulut bien me répondre, le 8 juillet 1870, par la lettre suivante :

« Monsieur le Sénateur,

« J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser pour me demander l'autorisation de fonder une

1. S'adresser, pour les demandes de renseignements et d'inscriptions, comme pour les souscriptions, à titre de sociétaires ou de membres fondateurs, à M. Philippon, secrétaire de la Faculté des sciences et de TAssociation pour les cours secondaires de jeunes filles, tous les jours de huit à dix heures du matin, et le soir de quatre à six, rue du Cardinal-Lemoine, n» 75.

société et d'ouvrir des cours destinés à Téducation médicale des femmes. Après avoir consulté les lois et règlements qui concernent celte délicate matière, je me suis assuré qu'il n'y a qu'un seul moyen de vous donner satisfaction sans sortir de la légalité; ce moyen, c'est celui que vous avez indiqué vous-même lorsque, chargé du département de l'Instruction publique, vous vous préoccupiez d'ouvrir un libre champ aux conférences d'enseignement supérieur. La jurisprudence que vous avez établie très justement à ce sujet est toujours en vigueur; il ne me paraît pas possible d'en introduire une autre. C'est donc conformément à l'article 54 du décret du 17 mars 1808, c'est aussi conformément à la jurisprudence administrative établie par vous en 1865, que l'arrêté relatif à votre demande a été rédigé. Il n'y pouvait être question ni de société, ni de l'enseignement médical des femmes; c'est une autorisation de cours publics avec l'indication des professeurs et des sujets à traiter. Je vous prie de vouloir bien remarquer qu'en autorisant non seulement des conférences^ mais des cours^ j'ai donné à votre demande la solution la plus large et la plus favorable : aller plus loin, c'eût été porter atteinte à la loi et devancer cette liberté de renseignement supérieur qui est, Vous le savez, une des préoccupations les plus sérieuses de mon administration.

« Agréez, Monsieur le Sénateur, l'expression de mes sentiments de haute considération,

« Le Ministre de V Instruction publique.

Signé : « Mège. »

Quelques jours auparavant, un homme qui connaissait fort bien l'Algérie, m'avait écrit :

« Monsieur le Sénateur,

« J'ai rhonneur, suivant votre désir, de vous envoyer quelques mots relatifs aux soins que reçoivent, en Algérie, les femmes indigènes lorsqu'elles sont malades.

« Dans ce pays, la loi musulmane qui interdit aux femmes de montrer leur visage en public, est bien moins rigoureusement appliquée qu'en Orient. A l'exception des Mauresques qui résident dans les villes et ne sortent jamais sans être voilées, toutes les autres indigènes — Kabyles et Arabes — vivant, soit dans des habitations fixes, soit sous la tente, sont journellement appelées à l'extérieur par les soins du ménage ou les travaux des champs, et restent ainsi exposées aux regards des étrangers.

« Quelques grands chefs seuls, dont le nombre est fort restreint, donnent à leurs femmes un personnel de négresses suffisant pour leur éviter tout travail et ont de véritables harems comparables à ceux des Turcs : ce sont, en général, les bach-aghas, les aghas, quelques caïds et quelques kadhis.

« A quelque rang qu'elle appartienne, une indigène malade ne reçoit ordinairement de soins d'aucun médecin. Ses voisines et amies, instruites de son état, viennent la visiter et lui conseiller un remède souvent peu efficace, mais toujours simple et facile à appliquer.

« Cependant s'il se trouve dans les environs une de ces femmes célèbres dans l'art de guérir — il n'y en a peut-être pas dix dans la province d'Alger — , elle apporte ses soins à la malade. La science de ces guérisseuses est limitée à la connaissance des propriétés de certaines plantes; composer des breuvages pouvant donner la mort, fabriquer

NOTES ET SOUVENlItS.

des préparalions propres à détermiDer la délivrance aulicipée d'une femme coupable, telle est généralement leur spécialité médicale.

Il Si la maladie est causée par une entorse ou la fracture d'un membre, le médecin arabe, ordinairement très bon rebouLcur, pose fort habilemeni un appareil. Dans ce cas, la malade est toujours voilée si elle appartient à une famille riche; quelquefois, si son maître est de condition moyenue; presque jamais, si elle dépend de la classe

pauvre. La visite se passe i père ou le mari y assiste.

<> Les médecins indigènes

vec une extrême pudeur; le

^'entourent presque toujours du prestige de la religion, afin d'acquérir la considération et l'induence qu'ils ne peuvent emprunter à la science. Leurs prescriptions sont invariablement accompagnées de prières, d'amulettes renfermant les versets les plus obscurs du Coran, et parfois des papiers couverts de signes hiéroglyphiques dépourvus de toute signification.

i. Les Arabes regardent comme possédé de l'esprit de Dieu celui qui a le talent de guérir. Aussi, ont-ils toujours eu nos médecins en grande vénération. Ils n'ont pas Lardé à reconnaître leur supériorité et à mesure que le mouvement de répulsion instinctif qu'ds éprouvent pour le conquérant commence à s'effacer, ils hésitent de moins en moins, quand ils se jugent sérieusement malades, à les venir consulter.

« Dans chaque cercle, un médecin militaire est spécialement attaché au bureau arabe, non seulement pour pratiquer les opérations de médecine légale, mais encore pour > donner à tous les malades qui se présentent à sa visite les ri soins que leur état peut nécessiter. Il accompagne fré-

quemment le chef de bureau et ses adjoints dans les tournées politiques et administratives que ces officiers sont tenus d^effectuer. Il est remarquable alors de voir avec quel empressement les populations profitent de la circonstance pour solliciter ses soins. Il n'est pas rare qu'il soit introduit, sans répugnance et même avec confiance, dans la demeure consacrée aux femmes.

«c Dans ce dernier cas, la malade reste voilée pendant la visite du docteur. Cependant, si ce dernier en reconnaissait la nécessité, le chef de famille qui raccompagne ferait découvrir le visage. II importe de noter que ces ménagements ne sont pris que pour les femmes d'un certain rang. Celles des classes inférieures ne craignent plus de venir, accompagnées ou non, se présenter au domicile même du docteur.

« Mais ces consultations n'ont jamais lieu que dans des cas d'affections graves qui, souvent, pourraient être évitées, si la science était venue apporter son secours au début même de la maladie. Cet état de choses changerait si la présence d'une femme médecin rendait plus faciles et plus naturelles les consultations pour des indispositions légères.

« Puissent ces trop longues lignes contenir un seul mot qui vous paraisse digne d'attention !

« Je suis avec un très profond respect,

« Monsieur le Sénateur, tt Votre très obéissant et très dévoué serviteur,

Signé : « Rousseau. »

Paris, le 29 juin 1870.

L'Ëcole devait fonctionner régulièrement au mois de '

I novembre 1870; mais, à ce moment, la grande malade

était la France, et le président du Comité fondateur faisait

faction comme garde national sur les remparts de Paris,

assiégé par les Prussiens!...

En écrivant ce chapitre et celui qui précède, j'ai rempli f mon devoir d'historien et non celui de courtisan, quoique ' la cour faite au malheur n'ait rien que d'honorable. Il est certain que je n'ai pas tout su et que je n'ai point pénétré dans l'alcôve où s'échangent les pensées secrètes. Mais l'histoire sérieuse ne va pas 16; elle étudie les faits publics; elle juge d'après les documents, et ceu.\ que j'ai produits sont contraires à ta légende qu'où veul établir.

Dans les conseils du Gouvernement, qui suivirent les batailles de Forbach et de ReichshofTen , le comte de Palikao entendit plusieurs fois l'Impératrice, dégagée de toute préoccupation personnelle, dire aux ministres : " Sauvez la France, sans vous occuper de nous, »

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