II
274 NOTES ET SOtVENIBS.
« Pour saisir cette marche logique de Hiumanilé, il fiiol supprimer les siècles et ne tenir compte ni des moments d*arrêts, ni des retours en arrière, comme on oublie le temps et les accidents locaux )orsqu*on fait lliistoire géologique de la terre.
« Que d^années, que de luttes pour que le fils s*affraacbisse du père, le client du patron, le serf du seigneur, Tesclave du maître, le sujet du prince, le penseur du prêtre, lliomme enfin de sa crédulité, de ses passions et de son ignorance!
« Quel travail herculéen pour mettre Tégalité dans la loi, la liberté dans les institutions, la paix dans la rue, la charité dans la société et Tindividu en pleine possession de lui-même, à la condition de respecter les droits d*autrai, c*est-à-dire Tordre et la liberté partout !
« Voilà le but. Y touchons-nous déjà? Pas encore. Mais nous sommes sur la voie et une partie du monde marche avec nous vers cet idéal où, pour nous venger, il nous faudra tratner nos ennemis mêmes.
« Je ne sais si nous aurons raison d'eux avec le canon. Oui, si la France fait son devoir, comme Paris, à cette heure, accomplit le sien ; mais je suis sûr que, par les idées, nous pouvons prendre une revanche éclatante, et nos grands aïeux de la Constituante ont mis dans nos mains, ou plutôt sur nos lèvres, une arme terrible, cette parole qui rendra éphémères toutes les œuvres de la force : « Le droit est le souverain du monde ».
« Or le droit est-il avec eux ou pour nous?
« A bien des égards, ils remontent le courant que je montrais tout à Theure, et nous le descendons.
u Nousavons Tégalité et ils sont encore en plein moyen âge.
« Ils vont à la dictature; nous allons à toutes les libertés.
« Ils ont toutes les convoitises, nous avons tous les renoncements compatibles avec Thonneur.
« Ils veulent unir pour dominer; nous nous proposons de diviser pour affranchir.
(( La nation française est faite. Rien ne peut plus la défaire ; renversons sans crainte l'œuvre de Richelieu et de la Convention : centralisation, bureaucratie, réglementation infinie, brisons toutes ces lisières à qui nous avons dû notre force et qui font aujourd'hui notre faiblesse.
« Nous avons constitué TÉtat à Timage d'une pyramide renversée, la tête portant tout ; il faut que le corps porte la tête : donc, à la base, la commune; aux assises intermédiaires, le département et la province, tous avec de libres institutions, sauf la police, qui, dans les grandes villes, est affaire d'État; au sommet, une double représentation nationale siégeant loin des clubs ; cinq ministères : Tintérieur, pour le maintien de l'unité nationale; les Affaires étrangères, pour la protection de nos intérêts au dehors; la Guerre et la Marine, pour la défense du pays; l'Instruction et les Travaux publics, pour tous les progrès; les Finances, pour les intérêts économiques du pays tout entier. Un président du Conseil élu pour cinq ans par les deux assemblées et rééligible après une égale période de temps. Partout le peuple armé, la conscription abolie et tous les citoyens passant deux ans sous les drapeaux.
« La cour de cassation pour Tunité de la jurisprudence.
« Les juges, élus par les licenciés et docteurs en droit de chaque province.